Skip to main content

Full text of "Dictionnaire de médecine ou répertoire général des sciences médicales considérées sous le rapport théorique et pratique par MM. Adelon, Béclard, Bérard et al ; 2è éd. Tome 20"

See other formats


DICTIONNAIRE 

DE MÉDECINE. 


TOME XX. 



PARIS—IMPRISIERIE ET FONDERIE DE RIGNOUX, 

hde des francs-bodrceois-s.-michee, fi" 8. 



‘i £ 39 0 

DICTIONNAIRE 

DE MÉDECINE 

OU 

RÉPERTOIRE GÉNÉRl^ife 

DES SCIENCES MÉDICALES ^ 

CONSIDÉRÉES îÿl 

SOUS LES RAPPORTS THÉORIQUE ET PRATI^pE^^*^ 

PAR HH. ADERON, BÉCRAED, A. BÉ&ABD, P. H. BÉBARD, BIETT, BRACHE, 

CAX.UEIL, AL.€AZEI¥AVE, CHOME£, H. CIOQÜET, J. ClOQUET, COÜTAIVGEAÜ, 

BA£UÂS, DANCE ^ DES01U1Q3AUX, DEZEnUEBIS; P. DUBOIS , FERRUS , CEORGET, 

CERDT, eURRARD, GUERSEWT, IXARD, RAGNEAU, LANDRÉ-BEAUVAXS, RAUGIER, 
EITTRE, tOms, MARC, MARJOIIN, MURAT, OlIIVIER, ORFILA, OÜBKT, 
PELLETIER, FRAVAZ, RAJCE - DELORME, RETNAÜD, RICHARD, ROCHOUX, 

ROSTAN, ROUX, RUIillER, SOUBEIRAN, TROUSSEAU, VELPEAU, VZLLERMÉ. 

ÏDpttiEthtw €îrition, 

EHTIÈREMEST BEFOHDDE ET COKSIDÉBABEEMERT AUGMEKTÉE. 


TOME VINGTIÈME. 


MIE-NER. 


PARIS. 

«ECHET JFB et LABÉ , LIBRAIRES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE, 

PLACE DE l’École de médecine, h” 4. 

1839. 







DICTIONNAIRE 

DE MÉDECINE. 


M 

MIASMES. Voyez Méphitisme. 

MIEL. — Substance sucrée, de consistance sirupeuse, pro¬ 
duite par les abeilles qui la déposent par dégorgement dans 
les rayons de leurs gâteaux. Elle est préparée par ces insectes 
au moyen des sucs visqueux et sucrés qu’ils recueillent dans 
les nectaires et sur les feuilles de certaines plantes. On ne sait 
pas si le miel est tout formé dans les plantes, ou s’il est le ré¬ 
sultat d’une élaboration qui aurait lieu dans l’estomac des 
abeilles. Quoi qu’il en soit, il paraît certain que sa composition 
varie suivant les sources végétales où il est puisé. 

On récolte le miel au printemps ; on enlève avec un cou¬ 
teau les lames de cire qui forment les alvéoles des gâteaux. 
Ceux-ci sont placés sur des claies d’osier et soumis à une 
douce chaleur. Il s’écoule goutte à goutte du miel, qui est 
le plus pur ; c’est le miel vierge. ‘Lorsque les gâteaux n’en 
fournissent plus, on les brise et on les fait égoutter de nou¬ 
veau, en élevant un peu la température; puis on les soumet à 
une pression graduée qui extrait tout ce qui reste de miel. Si 
le miel qu’on s’est ainsi procuré est trouble, on le laisse re¬ 
poser pendant quelque temps, on l’écume et on le décante. 

On connaît, indépendamment de variations particulières, 
trois espèces de miel : 1° le miel de Mahon, du mont Hymette, 
du mont Hyblaet de Cuba; il est liquide, blanc et transparent, 
et entièrement formé de sucre, liquide incristallisable, ana¬ 
logue à celui de la canne à sucre, de sucre cristallisable, 
semblable à celui de raisin, et d’un principe aromatique ; c’est 
Dict. de Méd. xx. 1 




MIEL. 


le miel de premièi-e qualité. Le miel de seconde qualité, tel 
que celui de Narbonne et du Gatinais, contient en outre de la . 
cire et de l'acide; il est blanc et grenu. Le miel de qualité in¬ 
férieure, tel que celui de Bretagne, contient déplus une sub¬ 
stance granuleuse, fusible, soluble dans l’eau et l’alcool; il 
est d’un rouge brun; sa saveur est âcre, et son odeur désa¬ 
gréable. Il est susceptible d’éprouver la fermentation spiri- 
tueüse lorsqu’il est étendu d’eau et soumis à une température 
de 15 à 18“ th. cent. ; il se forme alors une liqueur alcoolique 
sucrée, connue sous le nom à’hfdromel. 

Les labiées fournissent la matière d’un bon miel, qui a une 
odeur aromatique agréable, comme celui de Narbonne , qui 
l’emporte en cela sur celui du Gatinais ; tandis que le sarrasin 
paraît donner au miel de Bretagne les qualités défavorables 
que nous avons indiquées. On dit aussi que'le miel puisé par 
les abeilles sur des plantes narcotiques, telles que le rAodo- 
dendrum ponticum et Vaxalea pontica, retient des principes nar¬ 
cotiques et occasionne des vertiges, des nausées, du dé¬ 
lire, etc. 

te miel de bonne qualité a une saveur douce, agréable; 
mais en vieillissant il fermente aisément et prend un saveur pi¬ 
quante, On rencontre quelquefois dans le commerce des miels 
fermentés auxquels on a donné de la consistance et de la blan¬ 
cheur en y incorporant de l’amidon. En délayant ce miel dans 
l’eau froide, il laisse un dépôt formé par l’amidon, qui est in¬ 
soluble. Un autre moyen de découvrir cette fraude est de 
verser sur ce même miel de la teinture d’iode, qui se colore 
aussitôt eu bleu. 

Le miel, dont les usages culinaires sont connus, est employé 
aussi comme substance médicamenteuse;- ses propriétés va¬ 
rient suivant l’espèee qu’on emploie. Le miel de bonne qua¬ 
lité, étendu d’eau, est émollient, légèrement laxatif. On peut,, 
le prescrire ainsi dans la plupart des maladies aigues ; on s’en 
sert surtout pour édulcorer les tisanes pectorales dans le trai¬ 
tement des phlegmasiea de poitrine. Le miel de qualité infé¬ 
rieure est àere, irritant, détermine des flatuosités, et est pur¬ 
gatif. On ne doit pas en faire usagelorsqu’on a lieu de redouter 
ces effets. On se sert encore du miel à l’extérieur, quoique 
très rarement. Apposé sur les plaies et les ulcères trop enflam¬ 
més, il diminue l’irritation et amène une bonne suppuration. 
Le miel inférieur, au contraire, excite les surfaces dénudées 



MIGRAINE. 


qui ne marchent pas à la çicatrisaliqn par défaut d’inflaïu- 
mation. 

On forme avec le miel traité par l’eau un sirop qui est emr 
ployé comme celui de sucre, et qui est désigné par le nom de 
imllite. On lui associe spus cette forme différens principes qui 
lui donnent des propriétés médicamenteuses variées, de même 
qu’aux sirops. Ces meilites composés, ou miels médicinaux, 
sont principalement le miel rosat, le miel sçillitique, le miel 
mercurial, le miel égyptien, improprement appelé onguent, 
puisqu’il ne contient aucun corps gras. 11 en sera parlé aux ar- 
ti( les qui traitent de chacune des substances dont le sirop de 
miel est l’intermède. Le miel sert encore d’excipient à des 
poudres pour en former des bols ou des électuaires, Enfin, uni 
an vinaigre, le miel forme l’oxymel. 

JlUGRAINE. —^ La migraine ou hémicrânie a été considérée 
comme une affection rhumatismale, comme une espèce de né- 
vj algie, une variété de la céphalalgie. Elle se distingue du 
mal de tête ordinaire par le siège qu’elle occupe , la nature de 
la douleur, la périodicité des accès, la ressemblance qu’ils ûf- 
fient entre eux , l’ensemble des symptômes généraux qui la 
coippliquent. Toutefois cette maladie n’est pç® sans varier 
beaucoup dans son mode d’expression. En général, les dou- 
hiurs de migraine sont locales, limitées à la partie frontale du 
crâne, occupant à droite ou à gauche la région du sourcil, la 
fosse temporale, la cavité orbitaire, rarement l’occiput ou le 
front tout entier. Elles se manifestent par accès, dont le nombre 
varie depuis un , deux par mois,jusqu’à trente, quarante par 
9U, siégeant constamment du même côté, ou tantôt vers un 
jioint, tantôt sur unautre. Elles sont vives, poignantes, insup- 
j ortables, faciles à distinguer lorsque déjà l’on en a ressenti 
î atteinte. 

La migraine éclate presque ponstamment en plein jour:elle 
débute d’une manière subite, ou elle est annoncée par dès sigpes 
Itrécurseurs. Quelques malades ressentent plus ou moins lopg- 
. temps avant l’invasiou de l’accès de la tristesse, du malaise, 
de la morosité, des envies de vomir, de bâiller, de la répu¬ 
gnance pour la nourriture, pour le tabac, une faim insatiable, 
UP refroidissement considérable des pieds; d’autres accusent 
de la surdité, des illusions visuelles qui prêtent aux objets ex- 



MIGRAINE. 


térieui’s des formes bizarres, des teintes, des reflets lumineux 
extraordinaires. La douleur cominence-t-elle à marquer la place 
qu’elle doit bientôt complètement envahir, le sujet souffre 
encore avec résignation; il ne désespère pas de voir avorter, 
en quelque sorte, un mal qui s’annonce jusqu’ici vaguement, 
et qui lui permet de poursuivre ses occupations. Peu à peu 
les accidens se dessinent, s’accroissent, s’aggravent ; les traits 
du visage se contractent, s’allongent; une inquiétude mêlée 
d’impatience, d’anxiété , agite l’esprit du malade ; la figure de¬ 
vient pâle ou rouge ; le besoin d’isolement et de silence se fait 
sentir; un attouchement léger des cheveux, le moindre mou¬ 
vement, le bruit d’une montre, augmentent la douleur et le 
malaise ; il semble que le cuir chevelu soit tuméfié , que la 
masse encéphalique, flottant dans sa boîte osseuse, vienne 
heurter la face interne du crâne, que les artères temporales 
vont s’ouvrir, les sutures céder, en s’écartant, à la violence de 
l’hémicrânie. Au fort de l’accès, le pouls est concentré, dur, 
vibrant ; la sensibilité générale est exaltée, l’exercice de la pen¬ 
sée presque nul et très ralenti; le malade, absorbé par la vio¬ 
lence du mal, cherche à prendre une position horizontale; enfin 
des envies de vomir, suivies d’évacuations bilieuses, lui procu¬ 
rent, pour l’ordinaire, quelque soulagement; et bientôt le 
sommeil qui s’empare de sa personne achève de juger les prin¬ 
cipaux accidens neryeux. 

Tous les accès de migraine ne présentent pas la même in¬ 
tensité. Quelques personnes ne vomissent jamais, interrompent 
à peine le soin de leurs affaires, se contentant tout au plus de 
rester tranquillement à la meme place pendant le paroxysme. 
La migraine ést, au contraire , une indisposition, une névrose 
véritablement sérieuse pour certains malades. L’on cite des cas 
où la douleur partant du fond de l’orbite, était jugée atroce, 
où les muscles de l’œil, la paupière inférieure, les musclés de 
la face étaient agités de spasmes convulsifs ; où la douleur se 
répétait vers les gencives, vers les côtés du cou ,• les arcades 
dentaires ; où l’hypérémie du front communiquait aux tégumens 
une teinte violacée ; où la conjonctive se couvrait d’ecchymo¬ 
ses , où des picotemens, des fourmillemens inquiétans occu¬ 
paient le côté du corps correspondant où opposé- à l’hémicra¬ 
nie; où le mal allait en s’irradiant jusqu’à la nuque, sans même 
permettre au sujet de poser sa tête sur un coussin. Il est en¬ 
core des cas où les objets semblent doubles, tourner sur eux- 



MIGRAISK, 5 

mêmes, et où des pleurs involontaires coulent-abondamment 
sur la joue. 

La durée moyenne d’un aceès de migraine est de huit à dix 
heures; l’on cite des accès qui ne se sont calmés qu’après 
trente, quarante-huit, soixante-seize heures de souffrance. La 
plupart des sujets ne se ressentent pas le lendemain des phé¬ 
nomènes de la veille; d’autres se sentent encore étonnés, 
étourdis, tristes et abattus pendant plus ou moins long-temps. 
Le vomissement, avons-nous dit, juge parfois la migraine. 11 
en est de même du larmoiement, d’une abondante excrétion 
d’urine. Quelquefois l’hémicrânie est jugée par une transpira¬ 
tion abondante des pieds, des mains, d’une moitié de la face, 
par une épistaxis, une hémorrhagie spontanée de l’artère tem¬ 
porale , un flux considérable de mucosité nasale. 

La migraine débute quelquefois dès l’âge de huit, de dix ans ; 
mais il est plus ordinaire de la voir éclater vers l’époque de la 
puberté. En général, les accès sont plus longs, plus intenses, 
plus fréquens depuis trente jusqu’à .cinquante ans, tandis qu’ils 
s’affaiblissent ou disparaissent complètement dans la vieillesse. 
Sur les personnes du sexe, ils coïncident souvent avec l’épo¬ 
que mensuelle, affectant une sorte de régularité dans leurs 
retours. L’on a vu, sur l’homme, les accès se déclarer égale¬ 
ment à des intervalles égaux, observer même un type tierce ou 
quotidien. Tissot a vu l’hémicrànie éclater régulièrement tous 
les quinze jours, tous les mois, tous les trois mois. Salius 
donna des soins à un moine qui éprouva tous les lundis à la 
même heure, pendant trois ans et sept mois, une migraine vio¬ 
lente qui occupait la tempe, et qui ne lui permettait pas, pen¬ 
dant près de trente heures, de supporter l’éclat de la lumière 
et du bruit. L’hémicrânie à type tierce coïncide souvent avec 
l’invasion du frisson d’une fièvre intermittente ordinaire et 
bénigne. 11 suffit presque constamment d’éprouver une première 
atteinte de migraine, pour rester exposé, pendant le reste de 
la vie, aux retours de cette affection. 

La migraine est beaucoup plus fréquente sur la femme que 
sur l’homme; et comme elleestaussi très souvent héréditaire, il 
senible permis de conclure que la constitution et la conforma¬ 
tion primitive du système nerveux prédisposent à cette espèce 
de névrose. L’on serait quelquefois très embarrassé pour saisir 
les causes qui provoquent chaque accès de migraine. L’influence 
des saisons est peu marquée; cependant un excès d’électricité 





alraosphérique ramène presque toujours l’attaque.de certaines 
personnes. D’autres sont sûres d’être affectées de migraine 
chaque fois qu’elles passent un trop long temps sans prendre 
de nourriture, chaque fois qu’elles boivent certaines espèces 
dé vins, qu’elles mangent des poissons ou des viandes qui ne 
conviennent point à leur estomac, qu’elles s’abandonnent trop 
long-temps au sommeil, chaque fois qu’immédiaternent après 
le repas elles s’appliquent à un travail intellectuel assidu, qü el¬ 
les demeurent long-temps sans aller à la garde-robe, sâns per¬ 
dre de sang par le flux hémorrhoïdal, chaque fois qu’elles fré¬ 
quentent une assemblée nombreuse et bruyante. Les ouvriers 
qui manient les métaux sont très exposés aux attaques d’hémi¬ 
cranie. La plupart dès causes accidentelles que nous venons de 
signaler agissent par la voie de conducteurs nerveux sur la 
masse encéphalique, et probablement elles agissent ensuite 
d’une manière consécutive sur les filets nerveux répandus dans 
les muscles de la face et du crâne, où siège en partie la mi¬ 
graine. Gètte maladie est donc souvent occasionnée par une 
lésion viscérale placée loin de la tête. L’on a vu la migraine se 
déclarer parce qu’une collection de pus, un Ulcère, s’étaient 
formés dans le sinus maxillaire, qu’une larve d’œstre s’étaitin- 
Iroduite dans le sinus ethmoïdal, qu’un filet nerveux était 
agacé par une dent cariée. Il importe beaucoup, dans les cas 
de ce genre, de ne pas confondre l’accident primitif avec la 
modification de tissu à laquelle la migraine emprunte son ex¬ 
pression symptomatique. 

Il s’en faut de beaucoup que l’on s’accorde sur le siège dé 
l’altération nerveuse qui donne lieu à la migraine. Quelques 
auteurs attribuent ce genre de douleur à une lésion partielle et 
intermittente de la substance encéphalique; d’autres l’attri¬ 
buent à une lésion locale des méninges, du péricrâne, du cuir 
chevelu ; un grand nombre des médecins est porté à penser 
que la migraine a son siège dans l’iris, dans les nerfs qui tra¬ 
versent le sourcil, les paupières, la peau du front ; de sorte 
que la migraine appartiendrait à la classe des névralgies, et 
quelques ramifications nerveuses appartenant à la cinquième 
paire seraient surtout affectées. Il est positif que quelquefois la 
douleur dessine assez exactement le trajet de certains rameaux 
nerVeüx ; mais les faits dé cé genre sont loin d’être les plus 
nombreux, et le mal semble quelquefois aussi résider dans l’in- 
tériéür de la tête. L’on peut ajouter qüê la douleur né constitue 



MIGKAITVE. 


pas à elle seule toute la maladie^ il fout apparemineut teuii- 
cofti!)te aussi de l’état de la sensibilité morale j des aberrations 
des facultés intellectuelles et affectives, de l’affaiblissement 
qu’éprouve souvent la mémoire. En définitive, il paraît rationnel 
de conclure que généralement la migraine se rattache à une 
lésion double et simultanée du système nerveux central et pé¬ 
riphérique , et que la cause matérielle prédomine tantôt à l’in¬ 
térieur, tantôt à l’extérieur de la cavité crânienne : bien en¬ 
tendu que le désordre peut affecter divers points du cerveau, 
différentes branches des conducteurs nerveux. Et s’il est vrai, 
comme tout porte à l’établir, que le nerf facial préside seul aux 
mouvemens des principaux muscles du visage, lorsque la mi¬ 
graine se complique de convulsions locales, la portion dure 
de la septième paire doit être lésée de son côté, Quant à la 
filiation qu’observe la nature en enchaînant les unes aux autres 
toutes les altérations indiquées ici par le raisonnement, qui ne 
juge qu’on ne peut la deviner qu’en tenant un compte exact du 
moment où chaque symptôme commence à devenir appréciable 
pour nos sens? Or, les douleurs névralgiques elles phénomènes 
cérébraux sont presque constamment simultanés ; les phéno¬ 
mènes spasmodiques éclatent en général au moment du pa¬ 
roxysme ; les accidens gastriques éclatent sur lafin ou au début 
de l’accès. Pour l’ordinaire, l’encéphale et la branche ophthal- 
mique de la cinquième paire sont donc pris à peu près en même 
temps; le nerf facial s’affecte plus tard, le système nerveux 
gastrique tantôt avant, tantôt après l’encéphale et les nerfs qui 
président à la sensibilité de la face. Les éblouisseraens , les il¬ 
lusions de la vue, qui attirent l’attention des praticiens depuis 
quelques années, et qui les portent à admettre une migraine 
irienne , ne méritent pas l’importance qu’on semble vouloir y 
attacher; ces accidens, comme beaucoup d'autres, sont pure¬ 
ment ou en grande partie cérébraux. 

Nous n’avons aucune idée positive sur la nature des désor¬ 
dres qui donnent lieu à l’ensemble des symptômes qui caracté¬ 
risent la migraine. Il existe évidemment sur quelques sujets 
une hypérémie locale très prononcée. L’injection de la con¬ 
jonctive , la chaleur de la face, le gonflement du cuir chevelu, 
les battemens artériels, la fréquence des hémorrhagies locales 
spontanées, indiquent suffisamment qu’il s’opère pendant l’at¬ 
taque une fluxion sanguine très active vers les parties malades. 
Mais en supposant qu’elle soit constante, cette accumulation 



aUGKAI«£. 


de sang, qui se dissipe si rapidement, qui n’offre ni les carac¬ 
tères d’une phlegmasie aiguë, ni ceux d’une simple congestion 
sanguine ordinaire, suffit-elle pour expliquer d’une manière 
satisfaisante la spécialité des accidens nerveux dont nous avons 
donné la description ? Ne doit-on pas plutôt considérer l’afflux 
du sang lui-même comme un effet concomitant d’un trouble 
inconnu de l’innervation, trouble qui est ensuite augmenté par 
la stase sanguine des tissus? Cette dernière manière de voir me 
semble la mieux fondée. Je ne crois pas devoir réfuter sérieuse 
meut l’opinion des pathologistes qui font dépendre immédiate¬ 
ment la migraine de la présence d’un ulcère ou d’une tumeur de 
la dure-mère, d’une inflammation périodique, d’une hydropisie 
de la pie-mère, d’un coryza, d’une maladie des sinus maxil¬ 
laires ou frontaux, ayant déjà établi en parlant de l’action des 
causes qui donnent lieu à la migraine, que la plupart des dés¬ 
ordres qui nous frappent le plus sur les sujets qui ont été long¬ 
temps exposés à l’hémicrânie, n’ont pu agir qu’à la manière des 
causes indirectes, c’est-à-dire en faisant surgir dans le sys¬ 
tème nerveux un dérangement spécial dont nous avons indiqué 
le siège probable: mais ce désordre secondaire sera d’autant 
plus difficile à apprécier qu’il doit se dissiper avec l’accès de 
migraine, et que rarement la mort survient au moment où 
l’homme est en proie aux douleurs de cette affection. 

La migraine est le plus souvent exerppte de tout danger ; et 
une fois que l’accès est passé, la plupart des malades ne son¬ 
gent même plus à prévenir le retour de nouvelles attaques. Ce¬ 
pendant , lorsque la douleur occupe la cavité de l’œil, qu’elle 
retentit eruellement vers le cerveau, que la face est très gon¬ 
flée , la paupière comme paralysée, la fibre musculaire dans un 
état de contraction spasmodique, que les vomissemens sont 
suivis de défaillances, diverses parties du corps couvertes de 
sueur, que le mal tend à persister au-delà d’un jour, la mi¬ 
graine nécessité des secours véritablement actifs. L’expérience 
enseigne qu’à la longue la fréquence et la violence de la mi¬ 
graine peuvent entraîner la cécité, la perte de l’odorat, de 
l’ouïe, l’épilepsie, l’affaiblissement de la vue, de l’exercice in¬ 
tellectuel , agissant aussi d’une manière fâcheuse sur le carac¬ 
tère et sur l’ensemble des dispositions morales. Mais l’on au¬ 
rait tort, si je ne me trompe, d’attribuer à un transport mé¬ 
tastatique, ainsi que cela est professé par beaucoup d’auteurs, 
la plupart des maladies qui atteignent les personnes qui étaient 



MIGKAISE. 


anciennement tourmentées par l’hémicrânie. Combien d’acci- 
dens purement fortuits, dont l’on croit trouver la cause dans 
la disparition d’une névrose, et qui se seraient également ma¬ 
nifestés quand bien même la douleur locale et les autres symp¬ 
tômes eussent persisté avec la même intensité ! Sans nier les 
inconvéniens de la migraine, tâchons de nous tenir en garde 
contre les inductions exagérées. 

Beaucoup de personnes calment la migraine en mangeant 
modérément et à propos, en buvant, au début du mal, ou pen¬ 
dant l’accès, quelques tasses d’une infusion chaude de thé , de 
café, de feuilles d’oranger, de véronique d’Europe, de sauge, 
de fleurs de tilleul, de camomille, etc.. D’autres font usage de 
lotions d’eau froide, d’alcool, d’éther, d’eau de mélisse, dont 
elles provoquent rapidement l’évaporation. Quelquefois le 
mieux est d’observer une immobilité complète, et d’attendre, 
sans s’imposer aucun remède , la fin de l’attaque, qui semble 
hâtée sur quelques sujets par l’usage de l’opium administré 
par quarts de grains. A. Paré obtint la guérison d’une mi¬ 
graine rebelle en faisant ouvrir l’artère temporale. La rup¬ 
ture spontanée du même vaisseau a quelquefois produit 
un résultat aussi avantageux. Les émissions sanguines lo¬ 
cales et générales, la saignée de la veine jugulaire, la sai¬ 
gnée de pied, sont indiquées dans les violentes attaques de 
migraine, lorsque la congestion du cerveau et de la face devient 
alarmante; il injporte aussi, dans de semblables momens, de 
remédier à la constipation. Mais c’est surtout dans l’intervalle 
des attaques que l’on doit chercher à modifier l’innervation, et 
parfois plusieurs systèmes d’organes. Les malades ont, en gé¬ 
néral besoin de s’astreindre à un régime alimentaire régulier, 
à des habitudes constantes de sobriété, évitant aussi de se li¬ 
vrer trop long-temps au sommeil, s’appliquant à fatiguer leurs 
membres par un exercice journalier. Les applications réitérées 
de sangsues, faites à l’entrée des narines, à l’anus, à la vulve, 
suivant les indications particulières que l’on a à remplir, l’u¬ 
sage des bains tièdes, des pédiluves irritans, l’application pro¬ 
longée d’un exutoire, tempèrent heureusement sur quelques su¬ 
jets des accès de migraine devenus inquiétans. La migraine 
dont la périodicité est marquée par des intervalles régulière¬ 
ment égaux cède dans quelques cas à l’emploi des prépara¬ 
tions de quinquina, et les décoctions de plantes amères pro¬ 
curent quelquefois un soulagement marqué aux femmes 



ailUAlRE. 


10 

chlorotiques et attaquées de flueurs blanches^ Là ttiigraiue est 
si souvent symptomatique d’une affection gastro-iütestinàle 
chronique, que l’on doit se niontrer très réservé sUr l’emploi 
des purgatifs, et l’on ne saurait trop réfléchir avant de se ha¬ 
sarder à établir une contre-stimulation active vers les organes 
digestifs. CalmëiL. 

Tissot. Des nerfs et de leurs maladies. Chap. xxil®. De la migraine. 

Foxhergili (Jean). Bemarks on theai complaint commonly korowd under 
thenameofthe sickt Bead-Ach. Dans Medical observât, and inqmries, 
t. VI, p. 103, et dans Œuvres complètes. 

Reil. De hemicrania sic dicta -uera. Halle. 1791. 

Moeeler. Praktische Bemerkungen über die Kur des halbseitigen Kopf- 
H'e/iej, etc. Francfort, 1813. 

PiORRŸ. Mémoire Sur la migraine. lmp. à la suite du Procédé opératoire 
par la percussion médiate. Paris, 1831, in-S”. 

PELtETAà (J. P.). Coup-dœil sur la migraine et ses divers tntitemens. 
Paris; 1832, in-8‘’. 

Labarraqde (Henri). Essai sur la céphalalgie et la migraine. Thèse. 
Paris, 1837,^-4°, n°101. 

MILIAIRE. — On a donné ce nom, soit à une éruption 
de petits boutons qu’on a comparés pour leur forme et leur 
volume à des grains de millet, soit à quelques maladies fé¬ 
briles qui sont accompagnées de cette éruption. L’éruption 
miliaire, qu’on a aussi désignée sous les noms de millet, de 
millot, consiste en de petits boutons, très nombreux , dispersés 
sur presque toute la surface du corps , mais réunis en plus 
grand nombre sur le tronc et sur le cou ; ces boutons, d’a¬ 
bord rouges , se transforment en vésicules remplies d’un 
fluide transparent, quelquefois opaque , qui se dessèchent et 
laissent sur la peau des aspérités plus sensibles au toucher 
qu’à la vue. 

Les médecins anciens n’ont presque rien écrit .sur l’éruption 
tniliaire , soit parce qu’ils l’ont peu connue , soit parce qu’ils 
ne l’ont pas jugée digne d’attention. Aussi, lorsqu’au milieu du 
dix-septième siècle, elle fut observée à Leipsick, elle parut une 
maladie nouvelle, du moins dans la partie civilisée djc l’Eu¬ 
rope ; on supposa qu’elle avait été importée par les Polonais , 
(|ui eux-mêmes l’auraient reçue des Russes : opinion double¬ 
ment erronée, puisque, d’une part, trente ans auparavant, 
Lazare Rivière l’avait observée en France, et que bien plus 



MILtUKE. ii 

anciennement Gelse (lib. v, cap. xxxtUj §§ 15 et 18) et Aëtiüs 
(Tetrâb. Iv, serin, ii, cap. ix) l’avaient décrite avec assez d’exac- 
titüde, et que, d’autre.part, comme nous aurons occasion de le 
prouver, l’éruption miliaire n’est pas contagieuse. 

La plupart des médecins qui ont écrit sur l’érüption miliaire 
ont supposé que, comme les éruptions variolique, morbilleuse 
et scarlatineuse, elle était accompagnée d’une série particu¬ 
lière de symptômes, dont elle était à la fois le plus remar¬ 
quable et le plus important : ils ont donné le nom de _/îeVre 
miliaire à cet ensemble de phénomènes , comme ils ont appelé 
fièvre scarlatine, fièvre morhilieuse -, le concours de symptômes 
qui caractérisent la scarlatine et la rougeole. Mais si l’on com¬ 
pare les descriptions de ces diverses maladies faites par les 
divers auteurs,îon trouve, d’une part, une ressemblance parfaite 
entre toutes les descriptions de la scarlatine, entre toutes celles 
de la rougeole, observées en divers temps et en divers lieux , 
et, d’une autre part, une dissemblance non moins remarquable 
entre toutes les descriptions de fièvre miliaire qui nous ont 
été transmises par les observateurs. Dans l’épidémie de Castel- 
nàudary, l’éruption miliaire était accompagnée des symptômes 
généraux dè la fièvre inflammatoire ; chez les femmes récem¬ 
ment accouchées, elle se montre souvent avec les symptômes 
ordinaires à la fièvre de lait la plus bénigne, comme l’a ob¬ 
servé M.Gastellier; ailleurs elleestjoinieàdes symptômes ady^- 
namiques et ataxiques, comme l’a vu Dehaën , et après lui tous 
les médecins ; elle accompagne souvent le typhus, la scarlatine, 
et presque toujours la suette de Picardie : dans quelques épi¬ 
démies , elle s’est montrée chez tous les sujets atteints de ma¬ 
ladies aiguës, comme l’a observé Quarin : enfin elle a quelquefois 
paru dans les redoublemens fébriles des maladies organiques, 
comme Bouteille et d’autres en ont cité quelques exemples. 
Il résulte évidemment de ces faits, 1“ qu’il n’existe point 
de maladie particulière qu’on doive appeler fièvre miliaire ; 

que le médecin doit se borner à étudier l’éruption de ce 
nom , sous le rapport des conditions dans lesquelles elle sur¬ 
vient, des causes qui la provoquent, des formes qu’elle pré¬ 
sente , de sa marche , de sa durée, et de ses terminaisons^ des 
signes pronostics et des indications thérapeutiques qu’elle 
peut fournir. 

Les conditions dans lesquelles se développe l’éruption mi¬ 
liaire ont été l’objet d’opinions contradictoires parmi les méde- 



MILIAIllE. 


12 

cins : les uns ont prétendu qu’elle se montrait particulièrement 
dans les temps froids et humides, dans les endroits bas et ma¬ 
récageux ; d’autres, qu’elle se développait spécialement sous 
l’influence de la chaleur. Sanchez avait avancé que l’habitude 
de coucher sur la plume était la principale cause de la fré¬ 
quence de cette éruption chez les Allemands, et que si les 
Russes en étaient exempts, il fallait l’attribuer à ce qu’ils ne 
font pas usage de cette espèce de lits; d’autres, comme on l’a 
vu, ont soutenu que la miliaire avait été importée de Russie en 
Pologne. Dehaën avait cru trouver dans l’usage des remèdes 
échauffans et des sudorifiques l’origine de l’éruption miliaire 
qui est si fréquente dans le cours des affections aiguës ; d’autres 
avaient pensé qu’une sorte d’embarras des premières voies en 
était la véritable cause. Mais des faits nombreux déposent contre 
ces assertions, ou démontrent tout au moins que si les causes 
qui augmentent la chaleur animale chez les malades peuvent 
quelquefois provoquer artificiellement le développement de la 
miliaire, ces causes sont loin d’êtreles seulesqui produisent cette 
éruption. Bouteille l’a observée chez quatorze cents malades, 
dont aucun n’avait été soumis au régime chaud; M. Rayer l’a 
vue également dans l’épidémie de suette de 1821, chez un 
très grand nombre de malades, traités presque fous par la nié- 
thode antiphlogistique. Enfin, Ouarin a vu, eni7&8, cette érup¬ 
tion se montrer dans les maladies les plus variées , chez des 
sujets qui n’étaient point chargés de couvertures épaisses, qui 
n’avaient pas été tourmentés par des remèdes chauds , et dont 
les premières voies avaient été convenablement évacuées. 
D’autres avaient émis l’opinion que l’impression du froid sur 
le corps en sueur était la cause spéciale de la miliaire ; qu’elle 
produisait la constriction, puis l’inflammation, le soulèvement 
sous forme de vésicules, des extrémités des vaisseaux exhalans. 
Mais pourquoi le refroidissement du corps en sueur ne pro¬ 
duit-il pas toujours cet effet? Quant à l’hypothèse de Linné, 
que la miliaire serait due à un insecte particulier, comme elle 
est purement conjecturale, elle n’a pas même besoin d’être 
discutée. 

Sans prétendre fixer l’étiologie très obscure de cette 
affection, j’exposerai ce que l’observation m’a montré.l® L’é¬ 
ruption miliaire ne se montre que chez des sujets atteints 
de maladies fébriles : Bosquillon et Gastellier citent, à la vé¬ 
rité , quelques cas dans lesquels ils ont vu cet exanthème chez 



nniUtRE. 


13 


des femmes qui n’avaient pas de fièvre ; mais, d’une part, des 
exceptions peu nombreuses n’infirment point un axiome géné¬ 
ral , et, d’autre part, il n’est pas bien certain que les malades 
chez lesquels ils ont observé l’éruption miliaire sans phéno¬ 
mènes fébriles n’eussent pas eu de fièvre au moment où l’érup¬ 
tion s’était faite. 2° C’est particulièrement chez ceux qui ont à 
la fois delà fièvre et des sueurs, mais surtout des sueurs aigres, 
que cet exanthème se manifeste. 3® Il se montre presque tou¬ 
jours chez ceux dont les sueurs ont lieu sans interruption pen¬ 
dant plusieurs jours. 4° Enfin, lorsque ces sueurs continuelles 
et prolongées sont reçues dans des vêtemens de laine placés 
immédiatement sur la peau et conservés plusieurs jours sans 
être changés, il survient presque constamment une éruption 
miliaire, dans toutes les parties recouvertes de laine im¬ 
bibée de sueur, qui'n’est peut-être pas exempte d’une sorte de 
fermentation. 

Quant aux causes prédisposantes de l’éruption miliaire, on 
a cru observer que le sexe féminin, une constitution faible, 
le tempérament lymphatique, la jeunesse, les évacuations 
abondantes, les chagrins, la vie sédentaire, y prédispo¬ 
saient particulièrement. De toutes ces causes, la première 
est peut-être la seule dont l’action soit bien constatée ; les 
femmes sont plus sujettes à l’éruption miliaire que les hommes, 
non pas peut-être indistinctement dans toutes les circonstances, 
mais dans les jours qui suivent l’accouchement. A cette époque, 
en effet, au milieu des sueurs qui précèdent la sécrétion du 
lait, un ti-ès grand nombre de femmes, surtout parmi celles 
qui n’allaitent point, présentent l’éruption qui nous occupe. 
Du reste cette affection, qui est le plus souvent sporadique, 
devient épidémique dans quelques circonstances qu’il n’est 
pas encore possible de déterminer. Enfin, comme son apparition 
est suivie quelquefois d’un amendement notable, ou même 
d’une disparition presque complète des symptômes que le ma¬ 
lade éprouvait, on a admis qu’elle pouvait être alors considérée 
comme critique. 

Quelques médecins ont regardé la miliaire'; comme conta¬ 
gieuse : cette opinion me paraît erronée, et voici les motifs 
qui me portent à rejeter entièrement toute idée de contagion. 
1° La miliaire n’a paru contagieuse que lorsqu’elle a régné épi- 
démiquement ou lorsqu’elle s’est montrée avec quelques ma¬ 
ladies contagieuses. Dans le premier cas, on a facilement pu 



miliaire. 

supposer la transmissioa là où il y avait seulement exposition 
commune à des causer générales. Dans le second cas, c’est-à- 
dire lorsqu’elle se montre avec le typhus ou la scarlatine, la 
eenlagion appartient évidemment à celles-ci et non à la miliaire- 
Si, hors de ees circonstances où l’erreur a pu être facile, la 
miliaire n’a jamais offert d’appareuce de contagion, on doit 
conclure qu'elle n’est pas contagieuse. 2^ L’analogie a porté à 
croire que la miliaire devait être contagieuse, comme le sont 
les ticvres éruptives avec lesquelles elle a paru avoir quelque 
ressemblance ; mais il existe entre elles une trop grande différ 
rence pour que ce rapprochement soit de quelque poids. Eu 
effet, les maladies contagieuses exanthématiques n’affectent 
qu’une seule fois la même personne ; l’exanthème se montre 
à une époque déterminée de la maladie; il persiste un nombre 
fixe de jours; il est accompagné de symptômes généraux qui 
lui sont propres. La miliaire, au contraire, se montre plu¬ 
sieurs fois chez la même personne ; quelques individus même 
semblent avoir une disposition telle à en être atteints, qu’elle 
survient comme épiphénomène dans presque loutesleurs affec¬ 
tions; elle peut se montrer à toutes les périodes des maladies, 
dès leur début, comme à leur déclin; sa durée n’a rien de 
fixe; souvent même elle disparaît et se reproduit plusieurs 
'fois dans le cours d’une seule affection : enfin, eomnoe nous 
l’avons vu, elle n’a point cette escorte spéciale,de phéno¬ 
mènes généraux qu’on observe dans les exanthèmes contagieux, 
et qui forme, avec l’éruption, les deux principaux earacr 
tères de ces mal ladies. 

En étudiant Thistoire de la miliaire, on est -frappé de la 
fréquence extrême de cette maladie à certaines époques, et 
de sa rareté à d’autres, et l’on est conduit nécessairement à 
rechercher les causes de cette différence. Daus la seconde 
■ moitié du dernier siècle, les journaux de médecine , les naé^ 
-moires des sociétés savantes, sont tellement remplis d’observa¬ 
tions et de dissertations sur celle maladie, quelques médecins 
disent l’avoir rencontrée un si grand nombre de fois, qu’elle 
semble avoir été alors une des affections les plus fréquentes. 
Aujourd’hui, au contraire, qu’il n’en est point question dans les 
ouvrages périodiques, qu’on ne s’en occupe point dans les 
sociétés savantes, qu’on la nomme à peine quelquefois au lit 
des malades, que beaucoup de médecins ne la couuaissent en 
quelque sorte que de nom, elle est ou tout au moins paraît 



3ULUIKE. 


U 

être infiniment plus rare qu’autrefois. Quelques médecins, et 
en particulier Bateman, pensent que la miliaire est devenue 
réellement plus rare, et ils attribuent cette différence à celle 
qui s’est opérée dans la manière de traiter les maladies : nul 
doute que la coutume de tenir les malades le plus chaudement 
possible, de les charger de couvertures épaisses, de ne point 
renouveler l’air de leur chambre, n’ait contribué à rendre 
autrefois .la miliaire plus fréquente qu’elle ne l’est aujourd’hui ; 
mais, pour qu’un médecin ait à lui seul observé cette affection 
chez quatorze cents individus, dont aucun n’avait été traité 
par le chaud, il faut bien admettre d’autres causes encore. 
Parmi ces causes, je placerai d’abord le degré très différent 
d’importance qu’on accordait alors et qu’on accorde aujour-!- 
d’hui à cette éruption. Il est en effet d’observation que, dans 
tous les temps, la fréquence des maladies a paru augmenter ou 
diminuer, selon qu’on s’en est plus ou moins occupé. Il en a été 
ainsi pour la miliaire, à la fin du dernier siècle: on la cherchait 
attentivement dans toutes les maladies : toutes les fois qu’elle 
se montrait, elle devenait le principal symptôme de la mala¬ 
die; elle lui imposait son nom ; elle devait donc paraître alors 
beaucoup plus fréquente qu’elle ne le paraît aujourd’hui 
que personne ne la cherche, et qu’elle est généralement re¬ 
gardée comme un épiphénomène presque insignifiant. Il me 
paraît en outre très probable qu’une éruption analogue ( suda- 
mina),doïit il sera question plus loin, a souvent été confondue 
avec la miliaire, et aura conduit à regarder cette dernière 
comme beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’est en réalité. 

Nous avons dit que l’éruption miliaire n’a pas de phéno¬ 
mènes généraux qui lui soient propres. Toutefois cette opi¬ 
nion n’est pas admise par tous les auteurs ; au rapport de quel¬ 
ques-uns , elle serait annoncée par des phénomènes précurseurs 
particuliers,tels que le mal de tête, la somnolence, un délire 
sourd, une oppression fatigante, de l’ansiété, des défaillances, 
des réveils en sursaut, quelques soubresauts dans les tendons , 
la fréquence et la dureté du pouls. Mais ees phénamèPes, qu’on 
a observés ebe* quelques malades, ou peut-être chez un grand 
nombre, mais dans le cours d’une seule épidémie, n’pnt eu 
général rien de constant. On peut affirmer que, dans le 
plus grand nombre des cas, aucun phénomène particulier 
n’annonce l’éruption miliaire, hes sueurs, elles-mêmes, qui 
ont peut-être quelque part à la production de cet exanthème, 



16 MIIUIRE. 

ne la précèdent pas toujours. Enfin les démangeaisons , les 
fourmillemens, les picotemens à la peau , que quelques ma¬ 
lades éprouvent avant que l’éruption soit apparente, en doivent 
être considérés comme les premiers symptômes locaux, plutôt 
que comme les préludes de la maladie. 

Quoi qu’il en soit à cet égard, l’éruption commence ordinai¬ 
rement par de petites taches rouges qui se montrent d’abord 
au cou, sur le devant de la poitrine, au ventre et à la partie 
interne des bras et des cuisses : quelquefois elles s’étendent 
aux avant-bras et aux jambes et même aux mains et aux pieds, 
très rarement au visage. Ces taches, qui sont presque toujours 
en très grand nombre, présentent bientôt à leur centre un petit 
point saillant, d’abord rouge, qui se transforme en une vési¬ 
cule hémisphérique et transparente. Cette vésicule est peu 
sensible à la vue, mais on la distingue facilement au toucher: 
elle paraît formée par une sérosité limpide accumulée sous 
l’épiderme, et présente la couleur rouge du corps muqueux 
sous-jacent; c’est la miliaire rouge des auteurs. Dans quelques 
cas , le liquide prend une couleur blanchâtre ou opaline, la 
vésicule qui participe à cette coloration devient très apparente 
à l’œil du médecin, c’est la miliaire blanche on miliaris opaca ; 
la plupart de ces vésicules se déchirent par le frotteinent le 
plus léger; quelques-unes restent intactes, et le liquide qu’elles 
contiennent s’épaissit et se concrète. Dans tous les cas, elles 
laissent à leur suite soit des pellicules sèches, soit des petites 
croûtes qui forment sur la peau de légères aspérités. Les dé¬ 
mangeaisons et les sueurs aigres sont à peu près les seuls 
phénomènes locaux qui accompagnent l’éruption miliaire. On 
a quelquefois observé sur la langue, pendant le cours de cette 
affection, de petits points rouges qu’on a considérés comme 
des vésicules miliaires ; on a même avancé que l’éruption pou¬ 
vait s’étendre jusque dans la trachée-artère, l’œsophage et 
l’estomac; mais ces assertions ne sont pas établies sur des faits 
authentiques. • 

La durée de la miliaire est très variable ; la même éruption 
ne persiste pas ordinairement au-delà de quelques jours, de 
cinq à six jours au plus; elle peut disparaître beaucoup plus 
vite en quelques heures, par exemple; mais quelquefois elle 
se reproduit dans les paroxysmes des maladies fébriles conti¬ 
nues, ou dans les accès des fièvres intermittentes, et disparaît 



MILIAIRE. 


17 

dans ia rémission ou l’apyrexie; ailleurs enlin elle se montre 
subitement sous l’influence de la chaleur et s’efface immé¬ 
diatement par l’impression du froid. Dans cette première es¬ 
pèce de miliaire chaque bouton présente évidemment dans 
son cours les symptômes d’une inflammation bornée à un très 
petit espace : la rougeur, la formation d’une vésicule qui se 
remplit de pus, ne laissent pas de doutes à cet égard. 

Mais il est une autre forme du millet dans laquelle il n’existe 
aucune apparence inflammatoire ; c’est celle à laquelle on donne 
aussi le nom de sudamina, et que quelques auteurs ont peut-être 
décrite sous le nom de millet blanc. Les sudamina surviennent 
dans les mêmes conditions que l’éruption miliaire, occupent le 
même siège, se montrent souvent mêlés avec elle dans les 
mêmes régions. Ils consistent en des vésicules transparentes, 
hémisphériques, qu’on prendrait à l’œil pour des gouttelettes 
de sueur, mais qu’on en distingue aisément par le toucher; en 
effet, quelque mince que soit l’enveloppe épidermique qui 
renferme la sérosité, elle offre à la pulpe du doigt une résis¬ 
tance légère qui ne permet pas de confondre cette sensation 
avec celle que produirait un liquide. On les reconnaît du reste 
assez facilement à la vue, lorsqu’on les regarde obliquement, 
et qu’on les a déjà plusieurs fois observées. Le doigt qii’on pro¬ 
mène sur ces vésicules est ordinairement mouillé par le liquide 
qui s’écoule de celles qui se rompent. Ces vésicules sont géné¬ 
ralement très petites : elles ont une demi-ligne ou une ligne de 
diamètre; quelques-unes sont plus larges, mais souvent alors 
elles proviennent de la réunion de plusieurs et sont irrégulières à 
leur circonférence. Lors de leur apparition, elles sontpleines et 
exactement hémisphériques ; plus tard, lorsqu’elles ne se sont 
pas rompues, elles s’affaissent, et les plus grandes deviennent 
flasques et ridées; elles perdent quelquefois alors leur trans¬ 
parence, et offrent une teinte sale et comme ternie ; mais elles 
ne prennent ni l’aspect purulent, ni la couleur opaline que pré¬ 
sentent souvent les vésicules de la première espèce. 

Les médecins des siècles précédens craignaient singulière¬ 
ment la rétrocession des exanthèmes miliaires, et mettaient en 
usage les moyens les plus énergiques pour la prévenir ou y 
remédier; mais une observation plus exacte a conduit à re¬ 
connaître que généralement l’apparition de ces exanthèmes 
n’ajoute et n’ôte rien au danger de la maladie, et que leur 
Dict. de Méd. xx. 2 



18 


MILIÀIKE. 


disparilioa ne change également rien aux chances favorables 
ou fâcheuses de l’affection principale. Toutefois il est quel¬ 
ques cas dans lesquels l’éruption des vésicules miliaires bu de 
sudamina fournit au diagnostic et au pronostic des signes 
d’une certaine valeur. Ainsi, dans les cas où un exanthème 
tient à la fois de la rougeole et de la scarlatine, l’apparition de 
vésicules miliaires aux aisselles, aux plis du bras, aux aines, 
ne permet guère de douter que la maladie n’appartienne à la 
scarlatine. Dans une maladie aiguë fébrile dont le caractère 
est resté équivoque jusque dans le second septénaire, le dé¬ 
veloppement de sudamina vient ajouter un nouveau signe à 
ceux qui font craindre la lésion des plaques de Peyer. L’appa¬ 
rition sur le tronc de sudamina larges, nombreux, confluents , 
le décollement consécutif de l’épiderme, sont des signes du 
plus fâcheux augure dans les maladies les plus graves, et spé¬ 
cialement dans la maladie typhoïde. 

Le traitement de la miliaire a été soumis aux vicissitudes 
des théories. Les médecins qui voyaient dans celte éruption 
le transport vers la peau d’un principe délétère ont recom¬ 
mandé tous les moyens propres à favoriser ce mouvement ex¬ 
centrique, tels que la chaleur extérieure,les sudorifiques , lès 
cordiaux. Ceux, au contraire, qui ont vu dans la miliaire une 
maladie artificielle produite par l’abus des remèdes échauffans 
ont recommandé les boissons antiphlogistiques , les saignées , 
une lempéralurè fraîche. Les uns et les autres admettaient 
entre l’éruption et les autres phénomènes de la maladie une 
connexion intime;'ils voyaient là une affection unique dont 
l’éruption formait le principal symptôme et décelait la na¬ 
ture; c’était en un mot Xsl fièvre miliaire qu’ils croyaient avoir 
à traiter et non la maladie quelle qu’elle lut dans laquelle cet 
exanthème apparaissait. Quelqu’erronée que fût cette opinion, 
elle n’a pas eu généralement dans la pratique, il est satisfaisant 
de le penser, les conséquences qu’elle pouvait avoir : elle n’a 
pas empêché les médecins judicieux de s’attacher aux véri¬ 
tables indications, c’èst-à-dire, à celles qui étaient fournies par 
l’état général des sujets. Aussi voyons - nous que, selon les 
forces et les autres circonstances, la fièvre miliaire a été traitée 
là par les antiphlogistiques, ici par les stimulans ou les cor¬ 
diaux , ailleurs par les révulsifs. 

On a dû conclure de ce que nous avons dit précédemment 



mILITAIUIÎ. 


que l’éruption miliaire n’étant clans tous les cas qu’un épiphé¬ 
nomène, elle doit à peine apporter quelques, modifications 
dans le traitement, loin d’être la source des premières indica¬ 
tions. Dans le cas où elle paraîtrait due à l’emploi intenipesiif 
des remèdes éehauffans, ou delà chaleur extérieure, on de¬ 
vrait, par l’éloignement des causes qui y auraient donné nais¬ 
sance , en abréger la durée, et en prévenir la reproduction. 

Chomel. 

Un grand nombre d’écrits ont été publiés sur la miliaire ; nous ne 
croyons pas devoir en donner les titres, vu le peu d’importance ac¬ 
cordée aujourd’hui à cette éruption. Nous nous contenterons de citer, 
outre les mémoires de Baraillon et d’Aufaiivre, dans les Mém. de la 
Soc. roy. de méd. pour les ann. 1776, p. 193 , 1777-8 , p. 198 , et 1780- 
81, p. 147 , les traités suivans: 

Allioni (Ch.). Tractatus de miliarium origine, progressa , naturà et 
curalione. Turin, 1758, in-8“; léna, 1775, in-8“. Édit. augm. Turin, 
1792, in-8». 

Gastellier (R. G.). Traité delà fièvre miliaire épidémique. Paris, 1784, 
in-12. — Traité de la fièvre miliaire duz les femmes en couche. Montargis, 
1779, in-8o. 

Barbie dd Bocage (Isid. Louis). De l’éruption de sudamina. Thèse. 
Paris, 1828, in-4o. 

Maügin (Jul.). Essai historique et pratique sur lafièvre miliaire. Thèse. 
Strasbourg, 1834, m-4°. R. D. 

SIILITAIRE. — Bien que la médecine militaire semble 
former une division à part dans la science, qu’elle ait ses his¬ 
toriens et ses classiques, que des dispositions spéciales pré¬ 
sident à son organisation , nous ne croyons pas devoir lui con¬ 
sacrer un article étendu, par cela seul que cette séparation 
nous semble plutôt administrative que scientifique. Les condi¬ 
tions dans lesquelles le soldat se trouve placé ne présentent 
aucun caractère qui soit tellement inhérent à sa profession 
qu’on n’en puisse observer les effets dans la plupart des cir¬ 
constances de la vie civile ; et, tout en profitant des enseigne- 
mens que nous ont transmis, pour l’hygiène et la pathologie, 
les médecins et les chirurgiens militaires, et dont ils avaient 
puisé les matériaux au milieu des camps, nous nous borne¬ 
rons ici à des considérations générales sur cette époque de la 
vie que tout citoyen est appelé à passer sous les drapeaux. 

La première question qui doit naturellement nous occuper 

2 . 



20 


MILITAIRE. 


est celle de l’âge auquel il convient de lever les soldats. Les 
inconvéniens attachés à un recrutement prématuré ne se bor¬ 
nent pas aux individus atteints par cette mesure , ils s’éten¬ 
dent sur les populations à venir. Lors de la campagne d’Aus¬ 
terlitz, en 1805,l’armée, partie des côtes de l’Océan, parcourut 
quatre cents lieues pour arriver à sa destination, et ne laissa 
presque pas de malades en route : les plus jeunes soldats 
avaient vingt-deux ans, et comptaient deux années de service. 
En 1809, les troupes eurent moitié moins de chemin à faire 
pour atteindre Vienne , et dans leur trajet elles avaient rem¬ 
pli les hôpitaux. Cette différence, hâtons-nous de le dire, tient 
à ce qu’ici on comptait dans les rangs une foule de conscrits 
au-dessous de vingt ans ( Dict. dés sciences méd. , art. Hygiène 
militaire). Mais, ainsi que nous l’avons annoncé plus haut, ces 
funestes conséquences retentissent beaucoup plus loin encore. 
M. Benoiston de Châteauneuf a établi dans ses Recherches sur 
la mortalité dans l’armée française, sur une moyenne de treize 
ans (1816 à 1829), que les réformes pour infirmités et défaut 
de taille s’étaient élevées à.54,2 pour cent, tandis que, il y a 
seulement cinquante ans, la proportion n’était que de 29,4; et 
si l’on remarque que la taille exigible a été abaissée à 1 mètre 
57 millimètres ( 4 pieds 10 pouces ), on voit que la dif¬ 
férence en est encore plus considérable qu’elle ne le paraît. On 
ne peut en accuser que les guerres longues et meurtrières qui 
ont eu lieu pendant ce laps de temps , ainsi qu’on avait eu oc¬ 
casion de le remarquer à la suite des désastres qui affligèrent 
les dernières années du règne de Louis XIV, et qui obli¬ 
gèrent sous Louis XV à porter à cinq pieds le minimum de la 
taille des recrues. La conséquence que nous devons tirer de 
ces faits en découle naturellement ; le développement de 
l’homme, d’après les observations de plusieurs auteurs, et no¬ 
tamment de M. Quetelet, n’étant jamais accompli avant l’âge de 
dix-neuf ans, et cette limite se prolongeant, chez quelques 
individus, jusqu’à vingt-cinq , l’âge de vingt ans paraît être le 
plus propre à la levée des jeunes soldats. 

D’un autre côté, on s’accorde à admettre que la vie mili¬ 
taire ne doit pas s’étendre au-delà de l’âge de quarante ans, 
du moins pour les simples soldats et les sous-offieiers. 

Le mode de recrutement adopté aujourd’hui en France est 
le tirage au sort. Après les exemptions déterminées par la loi. 



viennent les réformes. Ici l’intervention du médecin est indis¬ 
pensable : c’ost à lui qu’il appartient de déterminer jusqu’à 
quel point les 'affections invoquées pour obtenir l’exemption 
de service sont réelles , provoquées ou non, et incompatibles 
avec les fonctions nouvelles auxquelles est appelé le jeune 
conscrit. Les diverses maladies qui entraînent la réforme sont 
réparties dans un tableau réglementaire divisé en cinquante- 
quatre articles ; ce tableau suppose tous les cas d’exemption, 
•qui n’y sont pas nominativement spécifiés : il faut donc en¬ 
core qué le médecin supplée au défaut d’indications positives 
lorsque la circonstance l’exige; enfin il peut être consulté sur 
l’aptitude au service des hommes qui, se présentant comme rem- 
plaçans , ont intérêt à dissimuler des affections dont la con¬ 
naissance les exposerait à être refusés. 

Nous n’entrerons point ici dans le détail de ces maladies si 
nombreuses et si variées : elles constituent autant de pro¬ 
blèmes de diagnostic que tout médecin doit être en état de 
résoudre ; et sans parler des affections des viscères thoraci¬ 
ques et abdominaux, des vices de conformation congénitaux ou 
acquis, etc., j’ai peine à me persuader qu’un observateur tant 
soit peu exercé puisse: être aujourd’hui la dupe de ruses sem¬ 
blables à celles dont les auteurs nous offrent de singuliers 
exemples, à l’occasion de certaines rhumatalgies ou de quel¬ 
ques névroses. Le médecin appelé à remplir les fonctions dont 
nous parlons devra sàns cesse se tenir sur ses gardes, et, tout 
en s’abstenant de recourir à des tortures que l’humanité ré¬ 
prouve, il parviendra toujours à reconnaître la fraude en exer¬ 
çant sur le prétendu malade une surveillance de tous les in- 
stans, le trompant par des remarques ou des questionsinsi- 
dieuses, l’effrayant même par la crainte d’un traitement 
énergique : et ce dernier moyen sera d’autant plus efficace 
que le médecin aura mieux réussi à simuler une entière con¬ 
fiance dans les assertions du malade. 

Parmi les questions qui ressortent de l’hygiène militaire, 
l’une des plus importantes est celle qui a trait au régime du 
soldat. Malgré les améliorations dont ce régime a été jusqu’ici 
l’objet, on peut avancer, sans crainte de se tromper, qu’il est 
encore loin d’offrir le degré de perfection dont il est süscep- 
tible.En comparant la mortalité des soldats avec celle des autres 
hommes durant la période de vingt à vingt-cinq ans, M. Benois- 



22 


DimXAUlE. 


ton de Châteauneuf, dont nous avons déjà invoqué l’autorité , 
a reconnu que le chiffre des décès, généralement supérieur 
dans l’armée, tend à s’abaisser à mesure que s’élève le chiffre 
de la paye, c’est-à-dire de l’aisance : ainsi, sur dix mille in¬ 
dividus , dans la vie civile, il* en meurt annuellement cent 
vingt-cinq;sur lemême nombre de soldats, on comptait, à l’épo¬ 
que des recherches dont nous parlons, deux cent vingt-trois 
décès pour la ligne, et cent soixante-sept pour la garde royale; 
tandis que, parmi les sous-officiers, on n’en trouvait que 
quatre-vingt-dix dans ce corps privilégié, et cent huit dans le 
reste de l’armée. Si nous n’hésitons pas à rapporter en grande 
partie à l’influence du régime les différences énormes signalées 
par les chiffres que nous venons de donner, c’est que, d’une 
part, les objections tirées de l’ancienneté de service, et de la 
moindre fatigue , ne sont guère applicables lorsqu’il s’agit des 
soldats et des souS-officiers appartenant aux mêmes corps , et, 
de l’autre, c’est parce que l’aisance résultant de la supériorité 
de paye de ces derniers constitue la différence la plus sensi¬ 
ble entre ces deux classes d’hommes ; or, cette seule condi¬ 
tion d’inégalité suffit, comme l’a prouvé M. Villermé, à rendre 
raison de toutes les autres. 

Il n’en est plus de même I orsque l’on compare entre eux les 
milit*ires des différentes armes : le problème se complique 
par l’intervention d’autres causes. C’est ainsi que l’infanterie, 
qui est à la fois plus exposée et moins ménagée par suite de 
la facilité avec laquelle on en répare les pertes , offre toujours 
un nombre de malades supéi’ieur à celui des autres corps. 

D’vn autre côté, les cavaliers sont sujets à certaines affec¬ 
tions inconnues à la masse des fantassins; telles sont les her¬ 
nies, l’hydrocèle et le sarcocèle. Vient-on à pénétrer encore 
plus avant dans la spécialité des armes, on ne tarde pas à y 
découvrir des influences qui avaient d’abord échappé à l’ob¬ 
servation. Ainsi l’hématurie, commune chez les cavaliers, af¬ 
fecte principalement les troupes légères, dont les chevaux sont, 
en général, plus fougueux que ceux de la grosse cavalerie, et 
passent fréquemment d’une allure à l’autre (Aran, thèse de 
Paris, 1811). Les cuirasses, dit Vaidy, causent plus souvent la 
mort de ceux qui les portent, par les maladies qu’elles occa¬ 
sionnent, qu’elles ne les protègent contre l’ennemi ( Dict. des 
sciences méd.^ art. Hygiène militaire). Serait-il également vrai 



MIUTAIRE; 


23 

que l’on a souvent occasion d’observer chez les jeunes fantas¬ 
sins des inflammations du grand pectoral, du biceps et du 
deltoïde, déterminées par le choc du fusil pendant les manœu¬ 
vres de l’exercice ; plus tard, les fibres musculaires deviennent 
tendineuses , puis cartilagineuses , et enfin osseuses ; mais les 
parties ossifiées demeurent encore séparées dé la peau par 
une couche de fibres musculaires (Burdach, Physiologie, 
t. vm, p. 262)., 

Parmi les effets généraux qui sont la conséquence du ser¬ 
vice militaire, un des plus inléressans est sans contredit l’ac¬ 
climatement, rendu nécessaire chez le jeune soldat, soit par 
le changement subit qu’éprouvent toutes ses habitudes, soit 
par les nouvelles contrées dans lesquelles il peut être appelé à 
vivre. Sous ce dernier rapport, les conditions de cet acclima¬ 
tement pourraient peut-être -, malgré leur. complexité , être 
soumises à certaines règles : c’est ainsi, par exemple, que les 
habitans de nos provinces méridionales sont plus propres que 
tous les autres à résister au climat de l’archipel des Antilles, 
tandis que ceux du nord ne peuvent pas y séjourner sans que 
leur constitution prédominante ne les expose à de grands dan¬ 
gers (Moreau de Jonnès, Hyg. milit. des Antilles). Les anciens 
militaires jouissent aussi du privilège de s’acclimater plus fa¬ 
cilement que les conscrits ; observation pour ainsi dire vul¬ 
gaire parmi les Anglais, qui choisissent, pour les Indes orien¬ 
tales, les troupes qui ont séjourné pendant un temps plus ou 
moins long en Espagne, en Italie, à Malte ou à Corfou: aussi, 
lors de la fameuse campagne de 1799, qui les rendit maîtres 
de Seringapatam, les soldats du général Baird venaient-ils du 
cap de Bonne-Espérance , où ils avaient fait un long séjour. 
On comprend dès lors de quel prix doit être, sous ce rapport, 
pour cette nation, la possession de Gibraltar, qui offre la 
réunion des conditions les plus propres à préparer les hommes, 
qu’on y envoie aux funestes influences du climat des tropiques 

Quant aux effets du changement introduit brusquement 
dans les habitudes de l’homme que la loi enlève à sa famille, 
pour le soumettre à une nouvelle existence, le plus frappant 
et le plus funeste, de l’aveu de tous les observateurs, est la 
nostalgie. Sans doute, cette étrange maladie, qui sera spécia¬ 
lement étudiée dans uu autre article de ce Dictionnaire, n’est 
pas tellement propre au jeune soldat qu’on ne l’observe dans 




MIIITAIRE. 


24 

d’autres conditions sociales ; mais elle est ici plus fréquente et 
ydus grave; elle compliqua la peste en Égypte, le typhus à 
Mayence ; elle fit de terribles ravages, en l’an II, sur les jeunes 
Bretons de l’armée de Moselle, et, en l’an VIII, sur’celle des 
Alpes ; elle décima les conscrits des camps de Montreuil et de 
Boulogne; quelquefois même on l’a vue se montrer chez d’an¬ 
ciens militaires ou chez des hommes qu’un engagement vo¬ 
lontaire avait amené dans les rangs de l’armée ; tel était le cas 
de ce jeune soldat dont Percy nous a conservé l’observation ; 
l’ardeur qui l’animait pour ses exercices cessa tout à coup, et, 
malgré les soins les plus éclairés, il ne put guérir qu’en pre¬ 
nant son congé ; tel fut encore ce médecin militaire qui, après 
vingt-cinq ans de repos, voulut reprendre du service et se 
rendre en Pologne: atteint de nostalgie pendant sa route, il 
ne recouvra la santé qu’après avoir passé le Bhin ( des 

sciences méd., art. Nostalgie). Mais ces derniers cas sont ex¬ 
ceptionnels ; le plus ordinairement, la maladie frappe les re¬ 
crues , et telle est l’influence du changement d’habitudes sur 
son apparition, que tandis qu’elle épargnait les jeunes soldats 
sortis des villes, qui avaient retrouvé au camp les plaisirs aux¬ 
quels ils étaient accoutumés, elle sévissait sur ceux que l’on 
avait recrutés dans les campagnes de l’Ouest, et qui, habitués 
à une vie active, se trouvaient inoccupés et oisifs ; mais bientôt 
incorporés les uns et les autres à l’armée du nord, la disci¬ 
pline sévère et les fatigues continuelles rendirent à ceux-ci la 
santé, et appelèrent sur les premiers le fléau qui leur avait 
d’abord été inconnu (Moricheau-Beauchamp, Sur la nostalgie 
pendant la dernière guerre. Dans Mém. de la Soc. méd. d'émul ., 
t. !*■'). 

C’est afin de prévenir le développement de cette terrible 
maladie que l’on avait proposé, dans les premières années de 
la restauration, de composer chaque régiment d’hommes de la 
même province: on supposait que l’identité de mœurs, d’ha¬ 
bitudes , de langage, contrebalancerait suffisamment, chez les 
jeunes conscrits , l’éloignement du foyer domestique. Ce 
projet fut même mis à exécution lors de la réorganisation de 
l’armée, en 1818 :les légions, substituées aux régimens, furent 
composées d’hommes fournis par les départemens dont elles 
portaient le nom ; mais on ne tarda pas à reconnaître les vices 
inhérens à ce mode de répartition des recrues, et, sans entrer 



MIUTilRE. 


25 

dans le détail des divers motifs politiques qui obligèrent à y 
renoncer, on jugea que cette mesure pourrait en un seul jour 
causer plus de mal qu’elle n’eût fait de bien dans le cours de 
plusieurs années, si, par les chances de la guerre, toutes les 
familles d’une seule contréé eussent eu à déplorer un double 
malheur, la perte de leurs enfans et le sort de ceux qu’il fau¬ 
drait envoyer pour les remplacer. Il est d’autres moyens plus 
sûrs d’arriver au but que l’on s’était proposé : en entremêlant 
avec habileté les devoirs.et les plaisirs du soldat, ses travaux 
et ses délassemens, on le,soustraira toujours à l’ennui, à l’oi¬ 
siveté, et à leurs funestes conséquences. 

Ces considérations nous amènent naturellement à rechercher 
les causes de l’excessive mortalité que l’on observe dans l’armée, 
comparativement à ce qu’elle est pour les autres conditions so¬ 
ciales. Chez les hommes de vingt à trente ans, la proportion an¬ 
nuelle des décès est, comme on l’a dit, de 1,25 sur cent ; et, dans 
les bons pays, c’est à peine si elle atteint l’unité. Au contraire, 
d’après les comptes de l’administration de la guerre (session de 
1825), le chiffre, pour les militaires, s’est élevé à 2,72. Il est 
vrai que M. Benoiston de Châteauneuf n’a trouvé que 2,25 (loc. 
cit.y, mais si l’on réfléchit qu’il s’agit ici.d’hommes à la fleur de 
l’âge, choisis parmi une foule d’autres, comme mieux consti¬ 
tués , plus vigoureux, plus aptes à supporter les fatigues du 
service militaire ; si l’on songe, en outre, que ces mêmes 
hommes sont soumis à des habitudes d’ordre, de propreté, 
de régime, qui devraient diminuer encore pour eux les chances 
de mort, le chiffre précité, malgré son élévation, paraîtra en¬ 
core bien inférieur à la réalité. Quelles peuvent être les causes 
d’un contraste aussi affligeant avec les conditions dans les¬ 
quelles se trouvent placés ceux qui le présentent ? Sans doute, 
la nostalgie, les suicides, les duels, les excès divers auxquels 
se livrent quelques individus, réclament une part notable dans 
cet excès demortalité; mais elle est loin d’être égale à celle 
qui résulte du brusque changement de climat, du séjour dans 
des garnisons malsaines, telles que Rochefort ou Auxonne, des 
fatigues qu’amènent à leur suite les exercices journaliers , les 
revues, les parades, lès grandes manœuvres, exécutées sou¬ 
vent en pleine campagne, pendant les chaleurs, les veilles fré¬ 
quentes, les gardes multipliées, le passage subit de la tem¬ 
pérature élevée du corps-de-garde au froid souvent excessif 



MltlTAIRE. 


des nuits d’hiver, les marches-forcées, etc. Les observations 
particulières ne nous manqueraiant pas pour donner de l’au¬ 
torité à nos assertions ; tous les auteurs de médecine militaire 
ont consigné des faits qui les confirment ,^t si nous nous abs¬ 
tenons de les retracer ici , c’est uniquement pour ne pas sortir 
du cercle de généralités que nous nous sommes tracé. 

C’est par le même motif que, pour terminer cet article, nous 
emprunterons au mémoire déjà cité de M. Benoiston de Châ- 
teauneuf le passage suivant, qui résume de la manière la plus 
claire et la plus précise les améliorations à introduire dans 
l’hygiène militaire ; après avoir reconnu en principe qu’il est 
certaines rigueurs inhérentes au métier des armes, qu’aucun 
gouvernement ne peut épargner à ses troupes, et qu’on ne 
peut se refuser à les accepter, l’auteur fait remarquer que 
cette résignation, après tout, par cela même qu’elle est com¬ 
mandée par la force des choses , n’est pas celle qui coûte le 
plus; on a toujours assez de courage contre la nécessité. 
«Mais, ajoute-t-il, on peut, en les faisant avancer lentement 
d’un pays chaud vers un climat froid , à l’aide des garnisons 
intermédiaires, épargner aux soldats les changemens trop 
brusques de température, changemens qui ne manquent ja¬ 
mais d’altérer leur santé; ou, ce qui vaut mieux encore, si 
les raisons du service ne s’y opposaient pas souvent, laisser 
les troupes le plus long-temps possible dans les lieux où elles 
sont acclimatées, ce qui ménagerait à la fois la dépense et les 
hommes, car c’est presque toujours dans les déplacemens 
que l’on voit naître les maladies ; mais on peut les préserver 
de la fraîcheur des nuits par des vêtemens plus chauds, et de 
la fatigue souvent excessive des manœuvres en leur donnant 
une durée moins longue, qui n’accable pas les forces, et ces 
forces, on peut les soutenir par une nourriture plus copieuse, 
plus restaurante; on peut surtout, dans une armée où chaque 
soldat est appelé à devenir officier, en exerçant son corps, oc¬ 
cuper, intéresser son esprit ; on peut, partons ces moyens, 
rendre moins pénible, moins accablante, cette gêne, cette 
contrainte perpétue'le, cette discipline toujours présente, qui 
enchaîne les actions, les gestes , et jusqu’aux paroles mêmes, 
qui prescrit l’obéissance la plus passive et veut en même 
temps la fermeté la plus intrépide, discipline aussi sévère 
qu’inexplicable, qui exige dans la paix toute la soumission 



MIJtITAîRÉ (bIBLIOGR.). 27 

de l’humilité, et demande aux jours du combat toute l’énergie 
du courage.» Gübrakd. 

Bibliographie. — § I. Littérature. 

Baldinger (E. g ). Introductio in notiliam scriptorum medicinœ mili- 
taris, etc. Berlin, 1764, in-8“- 

LebÈgüe de Presle. Dans son discours préliminaire de la traduction 
delà Médecine d'armée de Monro. 1769. 

S II. Hygiène militaire. 

Cette partie est traitée dans beaucoup d’ouvrages de la section 
suivante, avec les autres objets qui concernent la médecine militaire, 
particulièrement dans les ouvrages de Monro, Colombier. 

PoRZio ou PoRTiüS (L. A. ). Oe militis in castris sanitate tuenda. Vienne, 
1685; Naples, .1728. Edit, neviss. Access. J. F’al.Willütractat.de morhis 
casttensibus. Curante J. Chr. Rieger. La Haye, 1739, in-8". Trad. en 
franc, sous ce titre : La médecine militaire, ou l’Art de conseiver la 
santé dans les camps. Paris , 1744, in-12 , fig. 

Dietz (Phil.) Diss. de àere et alimentis militum, prœdpuis hygeines 
OTiViVam moments. Tubingue, 1762, in-12. 

Avis sur les moyens de conserver et de rétablir la santé des troupes à 
t’armée d’Italie. Paris, an IV (1796), in-8*.— Composé par le Comité 
des inspecteurs généraux du service de santé. 

Blair (W.). The soldiers friend, or the means of preserving the health 
of mititary man. Londres, 1798, in-8‘’. 

Lachaise. Essai sur l’hygiène militaire. Thèse. Paris , 1803, in-i”. 

Mantovani (V.). Délia sanita militare e relativo al serviâo nei corpi. 
Milan, 1804 , in-8". jip. 123. 

Revolat (C. b.). Nouvelle hygiène militaire, 6u Préceptes sur la .santé 
de l'homme de guerre. Lyon, an XII (1804), in-8". 

De la santé des troupes de la grande armée, par le prem. méd. et le 
chirurgien en chef fPercy etCoste). Strasbourg , 1806, in-8",pp. 104. 

Jacqdineele. Dans Mém. delà Soc. roy. de méd. Ann. 1782-3. 

Moread deJosnÈs. Hygiène militaire a es Antilles. Paris, 1816, in-8“. 

Despas. Considérations médicales Sur la marche des troupes. Thèse. 
Paris, 1816, in-4o,n» 23. 

Vaidy. Art. Hygiène militaire du Dict. des sciences méd., t. xxx, 1817. 

Kirchoff (J. R. L. de). Hygiène militaire à l’usage dés armées de 
terre. Malines, 1815, in-8» ; Anvers, 1823, in-8". 

. Wendt ( J. Chr. W.). Uéber Transportmittel der verivundeten und 
kranken Krieger. Copenhague , 1816, în-8" , fig. 

Encholm (SXiavA ). Hanbuch der Kriegshygieine ; oder Ueberbhch über 
die Gesundheitsfftege des russischen Soldaten. Trad. du russe, avec Re- 



28 MILITAIllE (bIBLIOGE,). 

marques, par H, Fr, Kilian, et préface et remarques de J. Ch. Rosen- 
müller. Leipzig, 18f8, in-8“. 

Hempei (E. a. C.). Handbuch der Kiiegshygeine. Avec Préface de 
C. J. M. Langenbeck. Gottingue, 1822, in-8<>. 

Desgïnettes. Remarques sur les institutions militaires de Vegèce, dans 
leurs rapports constans avec l’hygiène spéciale des troupes. Dans Journ, 
complém. du Dict. des sc. méd. 1827, t. xxvii, p. .309 ; xxviu, p. 116 , 
268; XXIX, p. 139, 222. 

Ouvrages généraux. — § III. Maladies des gens de guerre. 

Cober (Tobie). Observationum medicarum castrensium HUngaticarum. 
décades très. Francfort, 1606, in-S». Ed. H.Meibom. Helmst., 1689, in-4°. 

RamazziNi. Pe morbis arüficurti. Cap. xt. De morbis castrensibus. 

WiBt (J. Val.). De morbis castrensibus. Leyde, 1741 , in-8°, fig. 

Pringee (John). Observations on the diseuses of the army, in camp and 
ingarnison. Londres, 1752, 1753, 1761, 1765, 1768, 1775, 1783, in.8<>. 
Ibid, 1810, in-8". Trad. en franc, par Lefeure de Villebrune. Paris, 
1755, in.l2, 2 vol. Trad. sur la 7' édit de Pringle. Ibid, 1771, in-12, 
2 vol. 

Mezeeey. ie meWfcin d’armée, contenant des moyens aisés de préserver 
de maladies et de guérir les gens de guerre. Paris, 1754, et 1785 in-12, 

ScHAARSCHMiDT (Samuel). Abhandlungvon den Feldkranhheiten. Berlin, 
1758-59, in-S», deux vol. Publié par E. Th. Kurella. 

SwiETEN (Gérard A'an). Description abrégée des maladies qui régnent le 
plus communément dans les armées, avec la méthode de les traiter. Vienne, 
1759, in-8“. Ibid., 1760, in-8Mbid., 1807, in-8». 

Monro (Donald)i An account of the diseuses which are most frequent in 
the bristish military hospitals in Germany, etc. ; to which is added an 
essay on the health ofsoldiers andconducting military hospitals. Londres', 

1764, in-8». — Observations on the means of preserving the health of sol¬ 
dées, and of conducting military hospitals; on the diseases incident to 
soldiers in the time of service , etc. Londres, 1780, in-8», deux vol. Trad. 
en franc.par Lebègue de Presle, avec augmentation, sous ce titre: 
Médecine diarmée, ou Traité des maladies les plus communes dans les 
camps ou les gamisons.Pavis, 1769, in-8»;deux vol. 

Baldinger (Ern. God.). De militum morbis, imprimis exercitus regis 
BorussUs. Wittemberg, 1763, in-4». — Trad. en allemand. Langensalza, 

1765, irt-S»; 1774, in-8°. 

Richard de Hadtesiérk. Recueil diobservations de médecine des hôpi¬ 
taux militaires. Paris , 1766-72, m-4», deux vol. — Plus particulière¬ 
ment consacré à des observations de médecine et de chirurgie com- 

CoioMBiER. Code de médecine militaire pour le service de terre. Paris, 
1772, in-12, cinq vol. — Préceptes sur la santé des gens de guerre, ou 



MIUTAIRE (bHîLIOGR.). ' 29 

Hygiène militaire. Paris, 1775, in-8". Ibid. , 1779, in-8“, sous le titre 
èi Avis aux gens de guerre .— Médecine militaire, bu Traité des maladies 
tant internes qu’externes, auxquelles les militaires sont exposés dans leurs 
différentes positions de paix ou de guerre. Paris, 1778, in-S", sept vol. 

. Stoerck (Fr. Ant. A.). Medizinisch-praktiseker Unterricht fur die 
Feld ~ und Landwundàtzte der ôsterr. Staaten. Vienne, 1776, in-8“. 
3° édit., 1789, in-S”. Trad. en latin par J. M. Schosulan, sous ce titre, 
Praxepta medico-practica in usum chirur^orum castrensiura et rura- 
lium ditionum Justnacorumi Vienne, 1776 et 1791, in-8°. 

Danger (Thom.). Historyof the expédition againstfort Juan, so for as 
it relates to the diseuses of tha troops. Londres, 1782, in-8". 

Observations on the diseuses which appeared in the army on Sant-Lucia, 
1778, 1779. Londres, 1782, in-8». 

Millar (J.). Observations on the management of the diseuses in tlte 
àrmy andnavy, during the American war. Londres, 1783, in-d". 

Hdnter (John). Observ. on the diseuses ofthe army in Jamaïeui etc. Lon¬ 
dres, 1788-96, in-8. 

Bonté-Thion DE LA Chadmb. Maladies des troupes. Dans Mém. de la 
Soc. roy. de méd. Ann. 1789, p. 161. Ibid., p. 463. 

Rosted (H.). Diss. sistens annotata circa morbos inter copias Norvegicas 
1789 grassatas. Copenhagne, 1790, in-S». 

Fernandez (Fr.). Tratado de las epidemias malignas y enfermedadas 
particulares de los exercitos. Madrid, 1790, in-4“. 

Beee (John). Inquiry into the causes andprévention of diseuses among 
soldiersin the West Indies. Londres , 1791, in-S». 

Ackehmann (J. Chr. Théoph.). Handbuch der Kriegsarzneylcunde, oder 
üher die Erhaltung der Gesundheit der. Soldaten im Felde, iiber die Ans- 
talten zur Heilung der Krankheiten derselben, und üher die Kenntniss 
und Kur der wichtigsten Feldkrankhûtein. Manuel de médecine mili- 
litaire, etc. Leipzig, 1791-95, in-8°, deux vol. — Handbuch der ausU- 
benden Arzneymssenchaft und Wundarzneykunst bey Armeenin Felde, 
oder Anleitung fur Feldârzte und Feldwundàrtze , etc. Manuel de méde¬ 
cine et de chirurgie pratiques aux armées, en temps de guerre, etc. 
Leipzig, 1797, in-8“, deux vol. — Chaque volume forme un ouvrage 
séparé, ayant pour titres: Hand-und Hülfsbuchfür Feldârzte, etc., et 
für Félwundârzte , etc. Manuel et mémorial à l’usage des médecins mili¬ 
taires — ou des chirurgiens militaires. 

Reide (Th. Dickson). A wiewof the diseuses of the army in Great-.Bn- 
tain, America, West-Indies, and on board of ships, from the beginning 
of the late war to the présent time. Londres, 1793, in-8“. 

PiDERiT (Ph. Jac.). Praktisch. Annalen von Militair-Lazareth in Cassel. 
Marbourg, 1794-99, quatre cah. — Plan zu einer Feldapotheke für 
Hessen-Casselsche T/a/ÿ^en. Marbourg, 1792, in-8». 

Meeoni (Vinc. Aug.), Breve e semplicé trattato delle malattie aile quali 
sogliono esser soggetti i militari. Rome, 1794, in-8». 




30 MILITAIRE (BIBUOGR.). 

Ji.EGER (J. C,). Beitrage zur Kriegsarzneiwissenschajt, welche auf die 
Erhaltung der Gesundheit der Soldaten ; auf die Kriegshospitâler, und 
auf die innerüchen Krankheiten und üuszerlichen Verwundungen der SoU 
daten Bezug haben. Francfort-sur-le-Mein, 1794-95, iii-12, deux vol. 

Lorentz (J. A.). Rapport sur la dysenterie régnante à l’armée du Rhin. 
Strasbourg, 1795, in-4“. — Mém. sur les maladies de l'armée du Rhin. 
Strasbourg, an U (1794), in-S». 

Mic’Lexn (Héctor). Jtn inquiry into the nature and causes ofthe gréai 
mortality among the troops at Saint-Domingo, 1797, in-8“. 

Roccber. Traité de médecine clinique sur les principales maladies des 
armées qui ont régné dans les hôpitaux de Montpellier pendant les der¬ 
nières guerres. Paris , 1798, in-S®, deux vol. 

Desgenettes (R.). Fragment d’un mémoire sur les maladies qui ont ré¬ 
gné à l’armée d’Italie. Paris, 1797, in-8 , pp. 12. — Histoire médicale de 
l’armée d’Orient. Paris, an X (1802),iin-8°. Ibid., 1830, in-8“— Histoire 
médicale du siège de Torgau en 1813 et 1814. Dans Joum. gén. 

Gilbert (N. P.). Plan d’un cours d’institution de médecine pratique sur 
les maladies les plus fréquentes chez les gens de guerre. Paris, 1798, 
in-S®. — Histoire médicale de f armée française à Saint-Domingue , ou 
Mém. sur la fièvre jaune , avec un aperçu de la topographie médicale de 
cette colonie. — Tableau historique des maladies internes de mauvais ca ■ 
ractère qui ont affligé la grande-armée dans la campagne de Prusse et de 
Pologne, et notamment de celles qui ont été observées dans les hôpitaux 
militaires, etc. Berlin, 1805, in-8“. 

Lemprière (W.). Practical observations on the diseuses ofthe army in 
Jamaïca, as they occurred 1799-1797. Londres, 1795, in-8“ , deux vol. 

Martin. Manuel de l’officier de santé militaire. Paris , 1801-4;, in 8“ , 

Renoult. Sur les maladies des gens à cheval. Thèse. Paris, 1803, in-4“. 

Mac’ Gregor (Jam.). Medical sketches of the expédition toEgyptfrom 
/««fta. Londres, 1804, in-8®. 

Sayaresi. Ristmre médicale de l’armée de Naples. Paris, 1805, in-8<'. 

Cerveau. Sur la clinique des casernes. Thèse. Paris, 1805 , in-4°. 

Becker (G. W.). Der Feldwundarzt in Kriege-und Friedenszeiten. Nonv. 
édit. Leipzig, 1806, 1813, in.8®. 

Kaush (J. Jos.). Fragmente der milit. Staatsarzneikunde. Leipzig, 1806, 

Hecker (Aug. Fred.). Medicinisch-praküsches Taschenbuch fur Fel- 
dârzteund Wundârzte teutscher .drmeen. Erfurt, 1806, in-8“. Ibid., 
1814. in-8°. Trad. en franc, par B. Brossier etM. F. Rampont. Paris et 
Strasbourg, 1808, in-8®.— Wollstandiges Handbuch der Kriegsarznti- 
kunde. Gotha. 1816-17, in-&,® , trois vol. — Anal, dans Joum. univ. des 
sc. med., t. ly, p. 167. 

Augustin (Fréd. Louis). Medic.-chir. Taschenbuch fur Felwundàrzte, etc. 
Berlin 1807, in-8®. 



MILITAIKE (BIBUOGR.). 31 

Arin. Sur l'hématurie à laquelle sont sujettes les troupes à cheval. 
Thèse. Paris, 1811, in-4'>. 

Larrey (D. J.). Relation, historique et chirurgicale de l'armée d’Orient en 
Égypte et en Paris, an XII, in-8".— Mémoires de chirurgie militaire 

et campagnes. Vavis, 1812-17, in-8“ , quatre vol. 

Parenteaü-Desgranges (J.). Précis hist.des événem.les plus remarq., 
depuis la rentrée delà Rassie jusqu'au passage du ü/an. Paris, 1814. in-8“. 

fiÉVEiLLÉ-PARiSE (J. H.). Relation médicale du siège de Saragosse, en 
1808 et 1809. Thèse. Paris, 1816, in-4“. 

Bosch (W.). Jnleitung, die Krankheiten der Feldhospitaler zu erkennen 
undzu heilen. Marbourg, 1812, in-8“. 

Mann (J.). Medicalsketches of the campaigns of Philadel¬ 

phie, 1816, in-S”. 

SoMERS (J.). Essay on army diseases.luonàves, 1816, in-8“. 

Der Feldzug von Portugal in den Jahren 1811 und 1812, in Bistorisch. 
undmedizin. Kinsicht beschrieben von einen Arzte derfranz. Année von 
Portugal. Stuttgard, 1816, in-8°. 

Eichheimer (G. F.). Umfassende Darstellung des Militair-Medizinal- 
Wesens in allen seinen Beùungen, mit Rücksicht auf die dermalén Armeen 
Verfassungen im Allgemeinen, zunüchst aher als an vollstând. Reglement 
fur die Kônig. Baierische in Friedens-und Kriegszeiten. Âugsbourg, 
1824, Munich, 1825, in-S®, fig.; deux vol. 

Waetenebrg (Fr. J. M.). Kandbueh fur Militür-Aerzte deutscher Ar- 
meenimfelde. l'^®part. Munich, 1832, in-12. 

Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacie militaires, rédigé 
par Dehorne. Paris, 1782-89, in-8°, sept vol. — Journal, etc. , rédigé 
sous la surveillance de MM. les inspecteurs généraux du service de 
santé, par Biron et Fournier, puis par Laubert, Estienne et Bégin. Pa¬ 
ris, 1815-1839, in-8“, 45 vôl. 

§ IV. Hôpitaux mililaires. 

Brocklesby (Rich.). OEconomical and medical observations to the im- 
provements of military hospitals, and to the cure of camp diseuses incident 
to soldiers. To which is subjoined an appendix containing an nccount of 
the climate and diseuses in Africa , upon the great river Sénégal. Lon¬ 
dres, 1764, in-S". 

Dàignan (M. g.). Ordre du service des hôpitaux militaires, etc. Paris' 
1783, in-8o. 

CoSTE (J. Fr.). Du service des hôpitaux militaires ramené aux vrais 
principes. Paris, 1790, in-S». — Avis sur les moyens de conserver et de ré¬ 
tablir la santé des troupes à l’armée d’Italie. Paris, 1796, in-8". — Vues 
générales sur les cours d’instruction dans les hôpitaux militaires. Paris 
1796, in-8“. 

Webbkind (Chr. Théoph.). Nachrichten nier das franzosische Kriegs- 
Leipzig, 1797-9, in-8<>. 



32 


MltlTAIUK (biBLIOGR.). 

Michaelis (G. Ph.). ÏJebei\die zi^’ecbmüzigsie Einrichlungder Feldhos- 
pitâler. Gottingue, 1801, in-8°, pl, 

Roito (J.). A short account of the royal artiïlery hospital at Woolwich, 
m'th some observations on the management qf artiïlery soldiers. Londres, 
1807,10-8". 

CoDRTiN (Ch.). Recueil général des lois, règlemens, décisions et circu¬ 
laires sur le service des hôpitaux militaires. Paris, 1809, in-4®. 

Ristelhuber f J. B.). Fersuck über den Militair-hospitaldienst, nebst fin 
Ent. wurf zu e Militair-Sospitl re»/eOTe«r. Marbourg, 1815, in-S®. 

Des hôpitaux militaires. Paris , 1817, in-S®. 

Hennes (John). Principles of military ‘surgery, comprising observations 
on the arrangement, police and practice of hospitals, etc., 2® édit. Lon¬ 
dres, 1820, in-S° ; ibid., 18.., in-8®. 

§ V. Considérations générales sur le service militaire. 

Recrutement. — Règlement. 

Brambilia (J. A.). Reglement fûr die K. K. Feldchirurgen in Kriegs und 
Priedentzeiten. Vienne, 1794 , in-4“; deux part. — Instruktion fur die 
Professosen der K. K. ehirurgische MiUtâr academieMieane, 1784, 10-4“, 
deux part. 

Vues gériéraks sur les cours d’instruction dans les hôpitaux mititaires. 
Paris, an V, in-8“. Par les inspecteurs généraux du service de 

Jackson (Rob.). Remarhs on the constitution of the medical departement 
offAe ô/tftsA ur/ny. Londres, 1803, in-8". 

Merle (J. B. L.). Considérations sur les devoirs des chirurgiens attachés 
aux régimens. Paris, 1804, in-8°. 

Broussais (Fr. Jos. V^ct.). Lettre sur le service de santé intérieur des 
armées.Ikérès de la Frontera, 1811, in-4®. 

Omodei (A.). Sistema dipolizia medico-militare. Milan, 1807, in-8®. 

Lafont-Gouzy. Matériaux pour servir à l'histoire de la médecine mili¬ 
taire en France. Paris, 1809, in-8°. 

SoDViLLE. Examen des infirmités qui peuvent exempter du service mili¬ 
taire. Thèse. Paris, 1810, in-4°. 

Biron (V'inc. J. Paul). Sur le perfectionnement de la médecine militait e 
en France, depuis un demi-siècle. Discours prélhaainaire placé en tête du 
l®® vol. du Journ. de médecine, de chirurgie et de 'pharmacie militaires. 
Paris , 1815, in-8®. — Ohserv. sur la médecine militaire. Ibid. , t. ii et iii. 
— Art. Médecine militaire de la part. Médecine de YEncycl. méihod. , de 
concert avec Chamberet. 

Briot. Histoire de l'état et des progrès de la chirurgie militaire 
en Fraiice pendant les ferres delà révolution. Besancon, 1817, in-8®. 

Fodrnier-Pescay. Art. Médecine militaire du Dict. des sc. méd.,t. xxii 



MOEttE ÉPINIÈRE. 33 

Lagneau. Art. Ambulance et Militaire (méd. et chir.) du Dictionnaire 
de médecine, 1*'® édit., 1821-25. 

IsFORDiNK (J. N.). Militârische Gesundheits-Polizei, mit besonderer Be- 
ziehungiaMf die K. K. Oesterreichische Armee. 2® édit. Vienne , 1827, 
in-8® ; deux vol. 

. JoSEPHi(W. J.) Grundriss der Militdr-Staatsarzneikunde. Mit beson¬ 
derer Rûcksicht auf Militârârzte und Offidere aller Grade bearbeitet. 
Berlin, 1829, in-8®. 

Coche (A. H.). De l’opération médicale du recrutement et des inspections 
générales, ouvrage dans lequel on traite toutes les questions d’apütude et 
dincapacitépour le service militaire. Paris, 1829, in-8®- 

Ohmes (J. Th.). De morbis qui hominem ad militiaminvalidum reddant, 
et de raüone qua morbos simulantes sint deprehendendi. Diss. inaug. 
Berlin, 1831, in-8°. 

PüEE (J. A. A.). Manuel réglementaire à l’usage des ofâders de santé 
militaires, des hôpitaux et des corps de troupes. Paris, 1837, în-8°. 

Manuel rnédical du recrutement, par un ancien médecin des conseils 
de recrutement du Var. Paris, 1837, in-12. R. D. , 

MOELLE EPINIERE (Maladies de la). — Il est un certain 
nombre d’affections spinales auxquelles l’on a cru devoir consa¬ 
crer des articles séparés dans ce recueil, et dont la description 
ne fait point partie de ce travail, où je traite brièvement : de 
l’anatomie pathologique de l’organe rachidien; 2^ de ses mala¬ 
dies considérées d’une manière générale ; de ses lésions trau¬ 
matiques ; 40 de ses produits morbides accidentels ; 5° de la 
méningite spinale ; 6® de la congestion sanguine rachidienne ; 
70 de l’hémorrhagie de la substance nerveuse de la moelle et 
de ses enveloppés ; 80 du ramollissement, de l’endurcissement, 
de l’atrophie et de l’hypertrophie de l’axe nerveux spinal. J’ai 
été embarrassé dans la coordination des matières. Plusieurs 
affections, voisines par leur nature, m’ont paru différer beau¬ 
coup trop d’expression fonctionnelle pour être rapprochées ; 
d’autres, sans analogie de nature, m’ont paru se ressembler 
singulièrement quant aux symptômes, et, dans l’intérêt du 
diagnostic différentiel, ne pouvoir être séparées. Mais je sou¬ 
haite que la critique n’ait à s’exercer que sur le classement 
des titres, auquel tout le monde peut remédier. 

S I. Anatomie pathologique de la moelle spinale et de ses 
membranes. — L’attention que nous avons apportée à la descrip - 
tion des changemens morbides que subissent la masse céré» 
Dict. de Méd. xx. 3 



34 MOELLE ÉPIRIÈRE. 

braie et ses enveloppes ; à l’élude des produits accidentels qui 
se forment soit dans la cavité de l’araChnoïde, et le réseau de 
la pie-mère cérébrale ^ soit au sein même de la substance Oer- 
veitsc grise oü blanche contenues dans le crâné, nous oblige à 
restreindre l’étendue de ce paragraphe, cependant nous carac¬ 
tériserons brièvement toutes les lésions qui affectent les or¬ 
ganes contenus dans le canal rachidien. 

A. Coloration, injection, consistance, épaisseur, volurhè, 
formé, rapports, etc., des méninges rachidiennes et de la moelle 
spinale dans Vétàt anormal. — La dure-mère rachidienne est, 
sur certains cadavres, d’un rouge violacé dans une étendue 
variable , sinon dans toute sa longuéur. Cet aspect, qui est dâ 
à une sorte d’imbibition de la matière colorante du sang, s’ob¬ 
serve principalement sur les sujets qui meurent de congestion 
cérébrale ou rachidienne, et sur les épileptiques tjui sucéôtn- 
bent dans un violent accès convulsif. Là face èxternè de la dure- 
mère , ét le tissu moitié toncienteux, moitié ^aisseux, qùi 
est souvent disséminé à sa surface postérieure, sont pres¬ 
que constamment teints eu rouge dans les cas où il existe 
un épanchement sanguin entre la dure-mère et le canal osseux 
du rachis. Il est d’observation que la coloration rouge de la 
dure-mèrê est plus fréquente pendant la saison chaude que 
pendant les témps froids; plus fréquente sur les cadavres de 
sujets jeunes, chargés d’embonpoint musculaire, et qui, après 
la mort, séjournent quelque temps couchés sur le dos, dans 
un lit chaud, que sur les sujets débiles, dont on provoque 
. tfn prompt réfroidis.sement ; de sorte qu’il en est probable¬ 
ment de là dure-mère rachidienne comme des artères de 
certaines membranes muqueuses, qui se colorent quel- 
(jtféfôis SOUS l’influence de la chaleur, de l’hypostase; et la 
rcmgeut' cadavérique du tissu fibreux est souvent confondue, 
fâùtc de caractères distinctifs, avec la coloration effectuée 
pendant la vie. La dure-mère spinale prend une teinte brune 
lorsque la matière îcbôreuse qui imprègne les eschares gan- 
grénéuses du sacrum finit par s’insinuer jusque dans la cavité 
du rachis, où les os, les ligamens eux-mêmes, offrent souvent 
une couleur ui-doisée; mais, dans la carie des vertèbres, dans 
les cas où la dure-mère est baignée par le pus qui résulte delà 
fonte d’un tubercule, presque toujours cette membrane con¬ 
serve son aspect normal. La dure-mère rachidienne des vieil¬ 
lards est souvent jaunâtre, diaprée de granulations irrégu- 



35 


MOELLE ÉPIIVtÈttE. 
lières ^ tacdis qu’elle est d’un jaune doré dans certains cas 
d’ictère. 

Je n’ai jamais constaté aucune injection vasculaire sur la 
dure-mère spinale. Dans les cas rares où des Vaisseaux injectés 
par le sang ont été indiqués dans l’épaisseur de la gaine fi¬ 
breuse du rachis , ces vaisseaux, si je ne me trompe, apparte¬ 
naient à une pseudo-membrane ou à des fongus de diverse na¬ 
ture. Mais l’on distingue parfois une injection sanguine très 
manifeste dans le tissu cellulaire interposé entre les apophyses 
vertébrales et la dure-mère. Les veines, les veinules qui ram¬ 
pent en grand nombre à la surface interne du canal vertébral, 
recouvertes par une sorte de lame cellulo-tibreuse, sont dans 
quelques cas gorgés de sang, et le lacis qui résulte de leur en¬ 
semble réfléchit une teinte plus ou moins brune. La turges¬ 
cence des vaisseaux rachidiens est souvent due à des circons¬ 
tances étrangères à la maladie, à la po.sition du cadavre, à la 
continuation de la circulation locale après la mort. Du reste, 
dans la jeunesse, la circulation rachidienne est toujours très 
active ; l’on est inondé par le sang lorsque l’on ouvre le rachis 
d’un homme plein de vie qui vient de succomber à un accident. 
La dure-mère spinale contracte une certaine épaisseur lors¬ 
qu’elle est accolée à une lame fibrineuse , à de la matière tu¬ 
berculeuse, plastique, etc.; mais cet épaississement ne peut 
être attribué à une hypernutfition. Cette membrane est, au 
contraire, susceptible de se ramollir et de s’amincir sur un 
point ; l’amincissement n’entraîne que rarement la perforation 
spontanée , dont on ne possède que quelques exemples sur l’a¬ 
dulte. Les perforations dues à une déchirure, à l’introductioin 
d’un corps vulnérant dans le canal rachidien, sont au contraire 
très fréquentes. L’on cite des cas où la dure-mère s’est trouvée 
totalement rompue en travers „ fendue dans une. étendue con- 
■sidérable dans le sens de la longueur. La dure-mère spinale 
est quelquefois dure et résistante; quelquefois elle se dilate 
sur un point pour former une sorte de poche où s’accumu¬ 
lent des produits morbides ; quelquefois elle est ponssée hors 
du canal osseux et fait hernie sur le trajet de la colonne ver¬ 
tébrale ; enfin , dans le rachitisme, elle suit les courbures, les 
inflexions de la moelle, et s’éloigne beaucoup de la direction 
qu’elle affecte dans l’état normal. 

L’arachnoïde spinale a été trouvée jaune sur l’embryon (Kir- 



36 MOELLE ÉPINIÈRE, 

ronose), le pus des eschares gangréneuses imprime aux deux 
feuillets de cette membrane une teinte ardoisée. Les cartilages, 
que nous décrirons par la suite, font paraître ponctué de blanc 
le feuillet arachnoïdien xiscéral où ils se développent. La ma¬ 
tière colorante du sang n’imprégne point l’arachnoïde,, qui 
n’est jamais injectée. Dans les cas où l’on signale soit une co¬ 
loration rouge, soit une injection vasculaire sensible de l’a¬ 
rachnoïde, la matière colorante, 'le liquide contenu dans les 
capillaires existent dans l’épaisseur ou à la superficie de la pie- 
mère. Les perforations de l’arachnoïde spinale sont communes 
pendant la vie fœtale ; dans le cours ordinaire de la vie, ces 
perforations sont dues à des commotions, à l’action violente de 
corps étrangers. 

La membrane propre à la moelle épinière (pie-mère) con¬ 
tracte presque toujours la coloration des épanchemens san¬ 
guins sous-arachnoïdiens. Cette membrane est le siège de la 
méningite spinale, comme on en peut juger par le développe¬ 
ment des nombreux vaisseaux dont elle paraît couverte à la 
suite d’une inflammation. Nysten, MM. Biet, Andral, ont dé¬ 
crit avec précision l’injection de la pie-mère rachidienne, dans 
des observations qui remontent à une date ancienne. C’est par 
erreur ou par inadvertance que certains auteurs ont noté l’in¬ 
jection du tissu séreux sur les sujets qu’ils ont eu occasion de 
disséquer (Martinet et Parent, Recherches sur l'inflammation de 
l’arachnoïde, p. 662, 571, 675). L’injection vasculaire de la pie- 
mère spinale peut être bornée à sa face postérieure, à la ré¬ 
gion cervicale, dorsale, lombaire ; mais, dans des cas graves, 
une trame vasculaire rougie par le sang enveloppe le réseau 
celluleux de la moelle sur tous les points de sa surface et dans 
toute son étendue. La membrane propre est-elle déchirée ou 
rompue, le tissu nerveux ne tarde pas à faire une sorte de 
hernie à la surface de la pie-mère (Ollivier, Traité des maladies 
de la moelle épinière , 3® édit, t. i, p. 604). 

Les lésions de coloration, rares dans la substance blanche 
de la moelle épinière, sont fréquentes dans sa substance grise. 
Dans les phlegmasies chroniques de l’encéphale , la substance 
grise rachidienne est souvent rosée, àe couleur lilas; un exa¬ 
men.attentif fait même découvrir quelquefois dans son épais¬ 
seur une multitude de tubes vasculaires d’une excessive té¬ 
nuité. Ces teintes morbides sont générales ou bornées à une 
partie de l’organe. La présence des vaisseaux a été rarement 



iaOEaF,'ÎPINIÈRE. 37 

indiquée par ies pathologiste < dans la substance blanche de la 
moelle épiniè>'e, alors même que cette substance offrait une 
rougeur bien caractérisée. La substance blanche du prolonge¬ 
ment rachidien est quelquefois roag'e ou rosée dans le voisinage 
d’un ramollissement inflammatoire ou traumatique (Abercrom- 
bie, Des maladies de l’encéphale , p. 509, trad. franc. — Lalle¬ 
mand, lettre ii, p. 309 ; Ollivier, Traité des maladies de la moelle, 
3« édit., t. i,p. 320). 

La consistance de la moelle épinière peut être diminuée ou 
augmentée. La moelle épinière est quelquefois molle dans un 
point ou dans toute sa longueur sans être affaissée ni diffluente; 
la substance grise peut être réduite en une sorte de bouillie 
humide et presque liquide, tantôt dans une étendue de quel¬ 
ques pouces, tantôt depuis la protubérance annulaire jusqu’à 
l’extrémité inférieure de la moelle lombaire. Dans ce dernier 
cas, la moelle épinière peut paraître creuse dans sa partie cen¬ 
trale , ou dans l’une ou l’autre de ses moitiés {voir mes Recher¬ 
ches sur la structure, les fonctions et le ramollissement de la 
moelle épinière , dans Joum. des Progrès des sciences, etc. , t. i(, 
p. 81). Le ramollissement occupe toutes sortes de sièges; il 
peut détruire un faisceau, une moitié, les deux moitiés de 
l’organe. La substance nerveuse, affaissée sur elle-même, coule 
ou se laisse étendre sous le doigt. Cette substance n’offre au¬ 
cun changement de couleur, ou bien elle présente un reflet 
jaunâtre, une teinte violacée, due à la présence d’une certaine 
quantité de sang. Dans certains cas, la moelle épinière a subi 
une interruption de plusieurs pouces, tandis que les parties 
situées au-dessus et au-dessous du ramollissement ne diffè¬ 
rent point de leur état normal (Abercrombie, p. 550, 551). 

La moelle épinière a été vue traversée par un instrument pi¬ 
quant, déchirée par des esquilles d’os, plus ou moins contuse, 
ou triturée par l’écrasement des vertèbres, entièrement divi¬ 
sée par une balle ou rompue par un violent ébranlement. Des 
caillots de sang se mêlent ordinairement au tissu nerveux af¬ 
fecté. Les extrémités de la moelle quia été séparée trans¬ 
versalement éprouvent un mouvement de retrait plus ou 
moins marqué (Ollivier, ouvr. cité, t. i, p; 254,258, 277, 320, 
348,351, 355). 

L’endurcissement du tissu nerveux rachidien n’affècte, pour 
l’ordinaire , que la substance blanche. Là moelle résiste à la 
pression, au tranchant du bistouri ^ sous^ lequel on peut Ten- 



38 MOELLE Éf^aiÈRE. 

tendre crier. Lorsque l’organe escendurci dans toute sa lon¬ 
gueur, l’on parvient difficilement à le rompre, à Ig diviser avec 
les doigts, même sur un sujet très jeune, et il peut supporter 
un poids considérable. Le tissu endurci est parfois d’un blanc 
éclatant, et ses fibres paraissent douées d’une très grande den¬ 
sité (Portai, Anal. méd., t. iv, p. 116; Ollivier, ouvr. cité, 
t. H, p. 356,405), 

La moelle épinière, dans certains cas d’inflammation locale 
de son tissu, éprouve un certain degré de tuméfaction (Lalle¬ 
mand , lettre u, p. 309). Elle se gonfle, et forme une sorte de 
bourrelet, lorsqu’elle est comprimée dans le sens de sa lon¬ 
gueur, comme si la substance nerveuse éprouvait un refoule¬ 
ment au-dessus de l’obstacle qui produit l’étranglement 
(Ollivier, ouvr, cité , 1.1, p. 442). Elle acquiert sur certains su¬ 
jets un volume considérable et qui parait anormal ; sur d’au¬ 
tres, elle se montre réellement hypertrophiée, tantôt dans une 
région, tantôt dans une autre, comme le démontrent les faits 
recueillis par MM. Andral et Hutin ; enfin l’hypertrophie peut 
se borner à la substance grise qui est difficilement contenue 
par les faisceaux blancs qui lui servent d’enveloppe, et qui 
subissent un écartement vraiment remarquable (Monod, De 
quelques maladies déjà moelle épinière., dans Ballet, de la Soc. 
anat., n° 18, p, 350). 

Le volume de la moelle épinière est diminué dans la vieil¬ 
lesse et sur un certain nombre d’aliénés tombés dans la dé¬ 
mence. Le prolongement rachidien est souvent atrophié dans 
l’agénésie cérébrale et sur les sujets affectés de paralysies an¬ 
ciennes. La moelle spinale peut être réduite au tiers, au quart 
de son calibre, convertie en une sorte de ruban ligamenteux, 
remplacé par une sorte de trame celluleuse plus ou moins l⬠
che, soit que le canal osseux vertébral présente sur quelques 
points un rétréeissement considérable, que la moelle épinière 
soit comprimée par une tumeur, interrompue par une lésion 
ancienne. L’atrophie peut être bornée aux pyramides antérieu¬ 
res, aux corps olivaires , à la région cervicale, aux renflemens 
thoracique, lombaire, à la substance grise. L’absence delà 
substance grise explique dans quelques cas la présence d'un 
canal, de plusieurs canaux dans le prolongement rachidien, 
comme je l’ai plusieurs fois constaté sur l’homme et sur les 
animau? (mémoire cité,.t.. H, p, 81 du Journal des progrès,etc.-, 
Ollivier,quvr, cité, 1.1, p,;416;j;441 ; t. ii, p. 444, 445). 



MOEllE ÈPIIXIÈRE. 39 

La moelle épinière affecte des couibnres très vaiiées sur 
les rachitiques : elle est quelquefois entraînée hors de sou 
canal osseux dans le spina-bifida; plus ou moins aplatie, élar¬ 
gie dans les cas où elle est pendant long-temps soumise à un 
certain degré de compression; quelquefois enfin elle semble 
plus longue ou plus courte que ne le comporte son état normal. 

B. Produits morbides déposés à la surface ou contenus dans Vé- 
paisseur de la moelle spinale et de ses enveloppes membraneuses. 
— I. La sérosité que l’on rencontre parfois entre la face ex¬ 
terne de la dure-mère rachidienne et le tissu ligamenteux qui 
recouvre les surfaces osseuses, provient le plus souvent du 
canal sous-arachnoïdien , dont les parois sont perforées. Dans 
un cas d’hydrorachis, rapporté par M. Vrolik , le liquide con¬ 
tenu dans l’une des deux poches qui étaient situées vers le sa- 
, crum, remontait très avant derrière la dure-mère, sans com¬ 
muniquer avec la collection séreuse contenue dans le second 
kyste, qui s'ouvrait dans la cavité de l’arachnoïde spinale ; mais 
les rapports anatomiques des deux poches décrites par 
M. Vrolik me font soupçonner que les tumeurs offraient dans 
le principe un canal de communication qui s’est trouvé acci¬ 
dentellement oblitéré au moment de l’autopsie. 

II. La sérosité qui s’écoule du rachis dans la méningite spi¬ 
nale ne provient point de la cavité de l’arachnoïde pachi- 
dienne , qui est au contraire distendue par un liquide plus ou 
moins abondant, dans l’hydrorachis, chaque fois que le feuillet 
séreux viscéral présente une ou plusieurs perforations. 

ill. Il est démontré, parles recherches de M. Magendie, que 
le liquide de Gotugno est exhalé par la membrane propre de 
la moelle spinale. C’est donc entre la pie-mère et le feuillet sé¬ 
reux viscéral du prolongement rachidien, que s’effectuent les 
collections séreuses que les pathologistes plaçaient ancienne¬ 
ment dans la cavité de l’arachnoïde spinale. Du reste, le liquide 
décrit par M. Magendie, et dont la quantité peut s’élever aur 
delà de trois onces dans l’état normal, communique librement 
avec le liquide contenu entre la pie-mère cérébrale et la lame 
arachnoïdienne qui la recouvre. La compiunication libre de 
la sérosité rachidienne avec la cavité des ventricules de l’encé¬ 
phale est souvent contestable. Le liquide de Cotugno est dans 
l’état morbide plus- ou moins; trouble, flecnmpejix quelquefois 
rougi par du sang.tS’est.sans.doùte.-^r.erreur que quelques 



40 MOELLE ÉPINIÈRE, 

médecins prétendent avoir rencontré sur l’adulte de la séro¬ 
sité infiltrée entre la moelle spinale et sa membrane propre. 

IV. La moelle épinière est quelquefois remplacée sur l’em¬ 
bryon par une colonne de liquide qui occupe le tube de la 
pie-mère. Quelquefois le liquide est situé dans un canal 
creusé au sein du prolongement rachidien; de sorte qu’alors 
la sérosité n’est point en contact avec la pie-mère, qui en est 
séparée par une écorce médullaire. Bonet, Brunner, Morga- 
gni, Portai, MM. Andral, Landeau, ont rencontré de la séro¬ 
sité dans l’épaisseur de la moelle spinale. Parfois le canal ne 
s’étend pas au delà de la ])ortion cervicale de l’organe ( Mor- 
gagni, Portai). Parfois il s’avance jusqu’à la région dorsale 
(Bonet). M. Andral a trouvé la sérosité infiltrée dans une sorte 
de réseau celluleux déposé dans un canal occupant toute la lon¬ 
gueur de la moelle épinière (Ollivier, t. n, p. 388). Dans l’ob¬ 
servation de M. Landeau, la sérosité offre une couleur ci- 
trine, et l’extrémité du canal s’ouvre inférieurement dans le 
sac de la pie-mère (Ollivier, t. ii, p. 395). Presque toujours les 
collections séreuses existant dans la moelle cervicale commu¬ 
niquent avec les cavités de l’encéphale (Bonet, Portai). Il est 
probable que l’on rencontrera par la suite de la sérosité dans 
le tissu tomenteux qui occupe la place des épanchemens san¬ 
guins qui se terminent par résorption au sein du tissu nerveux 
rachidien. 

V. La dure-mère rachidienne se couvre quelquefois de 
plaques, de bourrelets pseudo-membraneux dont l’épaisseur 
et la densité varient beaucoup. Sur une petite fille, dont l’ob¬ 
servation est consignée dans l’ouvrage de M. Abercrombie, la 
dure-mère fut trouvée immédiatement au-dessous des surfaces 
osseuses, recouverte par un dépôt de matière fluide, gélati¬ 
neuse , que l’on peut assimiler à une matière plastique ( trad. 
franc., p. 532). Les faits de ce genre sont rares, même à la 
suite des blessures de la colonne vertébrale. Dans l’observa¬ 
tion 28, consignée par M. Ollivier dans le premier tome de 
l’important ouvrage que j’ai déjà cité (p. 341), la dure-mère 
parut recouverte de plaques pseudo-membraneuses jaunâtres, 
très fermes , et qui adhéraient antérieurement aux parois du 
canal osseux. 

VI. L’on remarquait sur cè même sujet des adhérences cel¬ 
luleuses assez serrées entre le ^feuillet séreux qui tapisse la 



MOEUE ÉPIMÈRE. 41 

dure-mère et celui qui correspond à la pie-mère de la moeüe ; 
ces brides pseudo-membraneuses occupaient donc la cavité de 
l’arachnoïde spinale. Ce fait, qui se reproduit beaucoup moins 
souvent qu’on ne le pensait avant que M. Magendie eût fait 
connaître le véritable siège du liquide rachidien, mérite d’être 
relaté; l’on rencontre, en effet, de temps à autre, quelques 
traces de pseudo-membrane, de gelée coagulable, entre les 
deux feuillets séreux arachnoïdiens. 

VII. C’est au-dessous de l’arachnoïde viscérale, sur la face 
externe de la pie-mère, que l’on observe les pseudo-membra¬ 
nes les plus vastes , les plus nombreuses, les dépôts gélatineux 
les plus considérables. Dans une observation publiée avant 
1821, M. Andral décrit avec exactitude une fausse membrane 
trouvée entre l’arachnoïde et la pie-mère spinale, d’une femme 
qui succomba à une méningite rachidienne (Martinet et Parent, 
Recherches sur l’inflammation de l’arachnoïde, p. 566). Dans les 
observations consignées pages 571, 574 du même ouvrage, le 
siège des produits coagulables est probablement mal indiqué. 
MM. Ollivier, Abercrombie, rapportent quelques exemples de 
sécrétion couenneuse de la pie-mère rachidienne. Dans le fait 
consigné à la page 502 du travail de M. Abercrombie {Desma¬ 
ladies de l’encéphale), la matière plastique qui recouvre plu¬ 
sieurs portions de la moelle est molle et verdâtre. Cette ma¬ 
tière peut se mouler en quelque sorte sur la pie-mère, et l’en¬ 
fermer, comme dans une gaine épaisse de plusieurs lignes. En 
général, les fausses membranes qui offrent une forme tubu¬ 
laire adhèrent fortement à la membrane propre du prolonge¬ 
ment rachidien, et ne communiquent avec l’arachnoïde viscé¬ 
rale que par des brides filiformes. 

VIII. L’on doit rapporter à la classe des fausses membranes 
les kystes qui enveloppent les tubercules , les tumeurs encé- 
phaloïdes, les acéphalocystes trouvés dans le canal spinal, 
enfin la trame celluleuse qui circonscrit à la longue le sang 
épanché dans la substance nerveuse du prolongement ra¬ 
chidien. 

IX. La rupture des ligamens vertébraux, l’écrasement des 
vertèbres, provenant d’une chute, d’un éboulement, s’accom¬ 
pagnent presque toujours d’épancbemens sanguins. Le liquide 
épanché occupe ordinairement, entre la dure-mère et le canal 
os.seux, un espace de quelques lignes ou de quelques pouces de 



42 MOBILE ÉPIKIÉRE. 

longueur, suivant la gravité du désordre, le nombre, le volume 
des Vaisseaux qui ont été déchirés. Lorsque la mort suit de près 
l’accident qui la détermine, le sang qui recouvre la dure-mère 
spinale, et qui est presque constamment déposé en arrière, vis-r 
à'^vis des apophyses épineuses, est encore en partie liquide au 
moment de l’autopsie cadavérique, ou bien il existe à l’état d’iuT 
filtration dans le tissu cellule-graisseux accumulé dans le canal 
rachidien. Lorsque la mort se fait attendre un certain nombre 
de jours, le sang prend l’aspect d’un dépôt fibrineux plus ou 
moins aplati, qui retient la matière colorante du liquide épan¬ 
ché. Dans quelques cas, enfin, l'on distingue dans le voisinage 
du sang coagulé une certaine quantité de lymphe transparente, 
et qui semble provenir d’une exhalation toute particulière. La 
dure-mère est-elle perforée dans une certaine étendue, le 
sang peut s’introduire entre les deux, feuillets de l’arachnoïde 
spinale, où les hémorrhagies spontanées sont rares et même' 
conteslées. Sur un malade, dont l’observation est consignée 
dans la Bevue médicale, l’on trouva le corps de la huitième ver¬ 
tèbre dorsale perforé par le frottement de l’aorte convertie en 
une poche anévrysmale; la dure-mère spinale était décollée 
dans une étendue de quelques lignes , et repoussée vers la 
moelle épinière par un caillot de sang provenant d’une ouver¬ 
ture qui communiquait avec la cavité de l’artère (année 1825, 
juin , p. 227). Dans une observation d’anévrysme de l’aorte tho^ 
racique, avec usure incomplète des vertèbres, rapportée par 
M. Abercrombie, la carie ayant détruit l’intérieur du canal ra¬ 
chidien, et fait disparaître, sur certains points, le tissu fibreux 
qui tapisse ce canal, l’on trouva entre la dure-mère spinale et le 
tissu osseux une matière albumineuse sanguinolente; cepenr, 
dant le sae anévrysmal s’était rompu dans l’œsophage, et la 
matière sanguinolente déposée sur la méninge ne provenait 
])oint de l’aorte thoracique (pag. 528 , édition française). L’on 
rencontre, au total, de fréquentes hémorrhagies à la surface 
externe de la durermère cervicale, dorsale, lombaire, sur des 
sujets qui ne présentent ni anévrysmes, ni carie, ni fracture 
des vertèbres. Dans ces cas l’hémorrhagie est spontanée; le 
sang provient d’un vaisseau rompu, où il s’échappe par exhala¬ 
tion des vaisseaux nombreux qui rampent 4 l’intérieur du canal 
vertébral ; presque toujours ce liquide est très-noir, et repose 
sur des tissus fortement injectés : les hémorrhagies que nous 



43 


moelie épinière. 
signalons maioteuaut fusent rarement jusqu’à la partie anté¬ 
rieure de la moelle ; ce qui a fait conjecturer que la positiou 
des cadavres qui demeurent couchés sur le dos n’est point, 
dans tous les cas, peut-être, étrangère à la production de l’é¬ 
panchement sanguin. Sur un enfant de sept jours, qui éprouva 
lout^à-eoup de la difficulté à téter, un serrement spasmodique 
des mâchoires et des convulsions dont le retour et la forme 
n’offrirent rien de constant, et qui succomba le quatrième jour, 
l’on trouva, dans toute l’étendue de la région cervicale, entre 
la dure-mère et les os, un caillot de sang long et fermequi oc¬ 
cupait la partie postérieure du canal rachidien. L’on ne peut 
douter que la mort n’ait été occasionnée, dans cette circon¬ 
stance, par l’épanchement sanguin du rachis ( Âbercrombie, 
2® édition, pag. 535 , trad. franç. ; voy. aussi p. 538 ). 

X. M. OlHvier a recueilli l’observation d’un corroyeur dont 
la moelle épinière fut trouvée recouverte en arrière par une 
vaste ecchymose sous-arachnoïdienne, interrompue seulement 
dans un espace de dix-huit lignes à la région cervicale, et de¬ 
venant ensuite d’autant plus large, qu'on l’examinait plus infé¬ 
rieurement. Il existait également une quantité notable de sang 
dans la cavité spinale de l’arachnoïde, surtout vers ta région 
lombaire : a soit que le liquide y eût été épanché primitive¬ 
ment , soit qu’il eût transsudé secondairement au travers de 
i’araehnoïde après son infiltration dans la trame eellulo-vas- 
cutaire qui lui est sous-jacente » (tom. Il, 3® édit., p. 11&). Ges 
épanchemens intra^arachnoïdiens s’observent de loin en loin 
sur les sujets qui ont fait des chutes sur le dos, et dont le ra¬ 
chis a éprouvé un violent ébranlement. Mais beaucoup de 
pathologistes décrivent très vaguement le siège des épanehe- 
mens rachidiens dont ils tracent l'histoire. Mopgagni, après 
avoir indiqué avec soin les désordres qu’il i-encontra vers l’en¬ 
céphale d’une femme qui mourut d’apoplexie, se borne à dire 
que la moelie spinale, aussi loin qu’on la put apercevoir dans 
le canal rachidien , parut entourée de sang ( lettre ni, S 2 ;• 
M. Bergamaschi, citant le fait d’un homme qui devint para¬ 
plégique à la suite d’une chute , et qui donna des signes 
d’apoplexie, ajoute que l’on trouva du sang et un peu de 
sérosité dans les ventricules cérébraux; toute la cavité rachi¬ 
dienne , jusqu’au sacrum , était remplie d’une grande quantité 
deisaug eoir. fiur un enfant mort dans le coma, la dure-mère 



44 MOEtLE ÉPIIVIÈRE. 

de la moelle épinière se trouva remarquablement distendue, 
et le cordon rachidien fut trouvé entièrement enveloppé dans 
toute son étendue, par une couche uniforme et très dense de 
sang coagulé (Abercrombie, p. 348). Dans les trois derniers 
exemples que nous venons de produire, le sang est incontes¬ 
tablement contenu dans le tube de la dure-mère spinale; or, 
comme les hémorrhagies de la cavité arachnoïdienne sont loin 
d’être fréquentes dans le rachis, l’on peut conjecturer avec 
quelque fondement que, dans la majorité des cas où le siège 
de l’épanchement sanguin est mal déterminé, le sang est ré¬ 
pandu immédiatement au-dessus de la dure-mère spinale. 

XI. M. Fallut a décrit avec soin {Archives génér. de méd., 
t. XXIV, p. 438) une hémorrhagie sous-arachnoïdienne sponta¬ 
née du rachis. Dans ce cas, à partir de la dernière vertèbre 
cervicale à peu près, jusqu’à l’extrémité lombaire de la moelle, 
l’on observa sur la face postérieure de l’organe, entre sa mem¬ 
brane propre et le feuillet médullaire de l’arachnoïde, une 
couche de sang coagulé; et il existait vers le trou occipital et 
vers la région dorsale, sous la face antérieure du prolongement 
rachidien, plusieurs caillots de sang d’un volume variable. 
M. Leprestre a vu la moelle cervicale emprisonnée, en quelque 
sorte, dans un étui épais de près d’une ligne, formé par du 
sang noir et concret, qui distendait le feuillet médullaire de 
l’arachnoïde en recouvrant la pie-mère spinale. La matière 
épanchée s’était répandue jusque dans le ventricule cérébel¬ 
leux et jusqu’à la base de l’encéphale, en passant au-dessous 
delà protubérance annulaire, des pédoncules antérieurs et 
postérieurs du cerveau. Les détails qui accompagnent l’obser¬ 
vation de M. Leprestre semblent établir que, dans ce cas, le 
sanga remonté du rachis vers le crâne. Dans le fait qui appar¬ 
tient à M. Abercrombie, et que j’ài cité en dernier lieu, le sang 
contenu dans le canal rachidien provenait, au contraire, des 
cavités encéphaliques. Ces deux exemples confirment la jus¬ 
tesse des remarques consignées au commencement de la troi¬ 
sième lettre de Morgagni, où ce grand anatomiste cherche à 
démontrer que la matière des épanchemens rachidiens peut 
remonter quelquefois vers le cervelet, tandis qu’il est des cir¬ 
constances où le sang existant autour de la moelle spinale s’est 
écoulé de la cavité crânienne. 

XII. Les hémorrhagies de la moellespiualepeuvent être dis- 



MOEltE ÉPINIÈRE. 45 

tiîiguées en traumatiques et en spontanées. Les cas d’hémorrha¬ 
gie spinale traumatique sontfréquens dàns la pratique chirur¬ 
gicale. Il arrive qu’un caillot de sang de huit lignes, d’un pouce 
de long, se trouve déposé au centre du prolongement rachidien, 
dans l’écartement des faisceaux antérieurs ou postérieurs de la 
moelle, à la suite d’une violence exercée sur la colonne verté¬ 
brale (M. Home, Trans.philos., 1814 ; Diday, .Joe. anat., 1836). 
Les hémorrhagies spontanées du mésocéphale ont été, depuis 
vingt ans, étudiées sous toutes leurs formes. La protubérance 
annulaire peut être convertie en une sorte de coque remplie 
de sang coagulé; le sang est quelquefois liquide, et il tient en 
suspension des parcelles de substances nerveuses. Dans quel¬ 
ques cas, les épanchemens sont multiples et à peine lenticu¬ 
laires , représentant des espèces de sugillations situées dans 
l’écartement des plans fibreux qui se croisent dans l’épaisseur 
du mésocéphale. L’on compte quelquefois deux, trois, cinq 
petits foyers dans une seule moitié de l’organe. Les corps oli- 
vaires, les corps restiformes, peuvent être divisés par l’écoule¬ 
ment du sang épanché dans la substance grise de la moelle al¬ 
longée; la pie-mère spinale peut être refoulée vers [l’arach¬ 
noïde par un caillot qui s’est fait jour au travers de la substance 
blanche qui forme l’écorce de la moelle épinière ; le sang peut 
se frayer une issue au centre de l’organe, dans l’une de ses 
moitiés, et parcourir toute la longueur du prolongement ra¬ 
chidien. Le sang est quelquefois liquide, quelquefois coagulé, 
quelquefois comme à l’état d’infiltration au sein de la moelle 
spinale. La fréquence des hémorrhagies spinales spontanées 
paraît diminuer au fur et à mesure que l’on s’éloigne delà ré¬ 
gion crânienne. Les épanchemens, dont les dimensions ne sont 
pas très considérables, alors même qu’ils affectent un point 
assez voisin de l’origine des nerfs de la huitième paire, sont 
susceptibles de se terminer par résorption. Tous les anato¬ 
mistes contemporains ont rencontré dans la protubérance an- 
nullaire des cavités alvéolaires, tapissées par une membrane 
jaunâtre, traversée par des brides tomenteuses teintes en 
jaune par le sang. Ces cavités décèlent le siège d’anciens épan¬ 
chemens sanguins , que l’étude des symptômes, l’étude com¬ 
parative du mode de cicatrisation des épanchemens sanguins 
du cerveau ne permet point de méconnaître. M. le professeur 
Gruveilhier a publié, dans son Anatomie pathologique du corps 



46 MOEiLB ÉPlHlïKË. 

humain, un fait d’une haute importance, et qui démontre que 
les épanchemens hémorrhagiques de la moelle épinière sont 
également suscëptibles d’une guérison plus ou moins solide. 

Xlil. L’on rencontre dans le canal rachidien, du pus, de la 
matière puriforme sanièuse. Le pus, qui est en contact a’ec la 
lame externe de la dure-mère provient de la carie d’une, de 
plusieurs vertèbres de la fonte d’un tubercule, de la des¬ 
truction du tissu ligamenteux, à la suite des fractures de la co¬ 
lonne vertébrale. J’ai vu le pus contenu dans le canal spinal, 
et résultant d’une carie osseuse, communiquer avec des poches 
situées derrière le pharynx, le médiastin postérieur, les mus¬ 
cles psoas. La matière sanieuse qui inonde quelquefois la dûre- 
mère lombaire est fournie par les eschares qui recouvrent le 
siège à la suite des affections typhoïdes ou des paralysies d’une 
longue durée (Abercrombie, p. 515; Gllivier, 1.1, p. 446,311; 
t. H ,p. 172). 

XIV. La matière puriformé, concentrée à la surface de la 
pie-mère spinale, transsude avec la sérosité et la matière plas¬ 
tique de son tissu enflammé. Son aspect est laiteux, son épais¬ 
seur, sa consistance variables. Déposée au-dessous de l’arach¬ 
noïde médullaire, où elle forme des plaques plus ou moins 
étendues , la matière puriforme rachidienne a été étudiée par 
tous les pathologistes modernes. Dans quelques cas, c’est du 
pus véritable qui baigne la circonférence de l’une des faces de 
la moelle Minière (Martinet et Parent-Duchâtelet, p. 680, 
567,571,573, 59, ouvrage Inflammation de L'arachnoïde -, 
Abercrombie, p. 501 ; Ollivier, t. u, p. 252, 263). Dans une ob¬ 
servation communiquée à M. Ollivier par M. Champion , le pus 
contenu entre la pie-mère et l’arachnoïde médullaire s’était 
ouvert un trajet flstuleux à traversladure-mère spinale,les la¬ 
mes des troisième et quatrième vertèbres lombaires, et il s’était 
répandu dans les muscles qui recouvrent la région inférieure 
du dos- L’on peut rapprocher de ce fait un cas qui appartient 
à M. Charles Bell, dont la description anatomique laisse ce¬ 
pendant beaucoup à désirer (Ollivier, t. ii, p. 260; Abercrom¬ 
bie , p. 505). 

XV. Il nous paraît douteux que la moelle spinale ou l’une de 
ses portions puissent se convertir totalement en pus. M. Aber- 
erombie, en publiant trois exemples de suppuration non cir¬ 
conscrite de la moelle épinière, exemples qu’il emprunte à 



MOELIE ÉPmiÈKE. 4l 

Brera, demaiide si l’auteur italien n’a point pris pour de la 
suppuration un état de ramollissement de la substance ner¬ 
veuse? Les expressions dont se sert Brera, sans offrir une pré¬ 
cision suffisante pour caractériser entièrement la nature du 
désordre qu’il ne fait qu’indiquer, nous portent à croire qu’il 
n’a vu , qu’il n’a observé que le ramollissement du tissu ner¬ 
veux spinal; et l’on peut admettre tout au plus, dans le cas où 
M. Brera dit que la moelle était ramollie et supput ée dans une 
grande étendue, qu'une certaine quantité de pus était mêlée à 
la substance nerveuse, devenue comme fluide et déliquescente 
(Abercrombie, p. 529, 530), L’on trouve du pus à l’état d’infil¬ 
tration dans un ou dans plusieurs points de la moelle épinière 
enflammée à la suite des contusions, des blessures éprouvées 
par Cet organe. M. Velpeau a rencontré sur un blessé un abcès 
circonscrit du volume d’une noisette, dans l’épaisseur des cor¬ 
dons antérieurs de la moelle dorsale (Ollivier, t. i, p. 330). 
M. Gollini a trouvé, vis-à-vis la septième vertèbre cervicale, 
une cavité remplie par une matière purulente d’un gris brun- 
verdâtre , qui remontait, en formant une traînée légère dans 
l’épaisseur de la moelle, jusqu’au niveau de la quatrième ver¬ 
tèbre cervicale environ (Ollivier, 1.1, p. 293). M. Abercrombie 
a vu dans la moelle allongée un kyste dont la surface intérieure 
avait l’apparence ulcérée et dont la cavité était remplie par un 
abcès d’apparence scrofuleuse (p. 144). 

XVI. La sérosité qui existe souvent à l’état d’infiltration dans 
le tissu lamelleux sous-arachnoïdien du rachis, est parfois 
recouverte sur la face postérieure de la moelle par un certain 
nombre de bulles gazeuses , disséminées , qui ont fixé l’atten¬ 
tion de quelques pathologistes, sans donner lieu jusqu’à pré¬ 
sent à aucune recherché chimique. Geite pneumatose rachi¬ 
dienne, bien décrite par M. Ollivier, doit être attribuée, si je 
ne me trompe, à un dégagement local d’une certaine quantité 
de gaz, que sa légèreté porte à se séparer du liquide séreux où 
il existe d’abord comme à l’état de su.spension; il arrive dans 
le rachis ce qui a lieu à la surface des liquides stagnans, 
qui se couvrent d’ampoules aériennes spumeuses. Dans la 
pneumatose du rachis, les bulles d'air, emprisonnées une à 
une , deux à deux, dans un espace Circonscrit par des filamens 
celluleux, se déplacent avec une certaine difficulté ; elles n’oc¬ 
cupent en général qu’une étendue médiocre de la pie-mère > 



iUOClLE ÉPINIÈRE. 


au dos, aux lombes; elles existent alors même que le crâne 
n’est pas ouvert, et s’aperçoivent au moment même où l’on 
incise la dure-mère, avant que le feuillet médullaire de l’arach¬ 
noïde soit atteint par le scalpel. Le fluide gazeux ne provient 
donc point dans ce cas de la communication de l’air atmosphé¬ 
rique avec la cavité sous-araehnôïdienne, et rien ne prouve 
qu’il provienne des mailles de la pie-mère cérébrale, bien que 
cette membrane offre également de fréquens exemples de 
pneumatose. Le pneumatorachis peut sans doute tenir, dans 
quelques circonstances, à un commencement d’évaporation de 
la sérosité rachidienne, à un commencement de décomposition 
cadavérique ; mais il est également positif que l’abaissement 
de la tempéràture, la célérité que l’on met à ouvrir le rachis 
tout de suite après la mort, n’influent aucunement, dans beau¬ 
coup de cas, sur les résultats de l’observation ; et la pie- 
mère spinale peut sans doute sécréter quelquefois des gaz, 
comme elle sécrète du pus, de la sérosité, des pseudo-mem¬ 
branes. 

XVIL La dure-mère spinale se couvre de granulations, de 
lamelles osseuses dans la carie vertébrale. Ces productions ac¬ 
cidentelles sont ordinairement oblongues, irrégulières, sta- 
lactiformes, d’un tissu compacte, totalement différent de celui 
du corps des vertèbres qu’elles peuvent surpasser beaucoup 
par leurs dimensions. Tantôt elles nagent dans le pus, tantôt 
elles adhèrent par quelques points au tissu fibreux qui avoisine 
les parties affectées de suppuration (Boyer, Dict. des sc. méd ., 
t. xvui,p. 584). M. Andral a rencontré dans l’épaisseur même de 
là dure-mère un osséide large d’un pouce, long de deux. Cette 
plaque osseuse n’ offrait qu’une très légère saillie sur les deux sur¬ 
faces de la dure-mère rachidienne; sa consistance et sa texture 
étaient semblables à celle d’un os large {Diet. de méd., 1*® éd., 
t. XIV, p. 407). M. Barbier a trouvé dans la gaine méningienne 
qui entoure la moelle épinière un osséide large de trois lignes, 
long de deux pouceS , dont la face externe était convexe, la face 
interne tapissée par une membrane peu résistante ( Barbier, 
Traité élément, de mat. méd. , t. iii, p. 479). 

XVIll. Le feuillet médullaire de l’arachnoïde spinale présente 
sur beaucoup de sujets un nombre plus ou moins considérable 
de plaques cartilagineuses , minces et transparentes , qui ont 
été prises à tort pour des lamelles osseuses pelliculaires. Les 



MOELLE ÉPINIÈRE. 49 

productions cartilagineuses de l’arachnoïde rachidienne, quel¬ 
quefois dépolies et rugueuses sur leur surface libre, sont, en 
général, lisses et douces au toucher, sur le point où elles ad¬ 
hèrent au tissu séreux; leur épaisseur, leurs dimensions, sont 
très variables; mais les plus grandes plaques cartilagineuses 
de l’arachnoïde spinale offrent ordinairement de cinq à six li¬ 
gnes de long sur trois ou quatre lignes de large. Lorsque ces 
petits cartilages sont très multipliés, l’arachnoïde paraît comme 
accolée à un grand nombre de pellicules qu’au premier coup 
d’œil l’on est tenté de comparer à des parcelles de savon. 
M. Ollivier a obsetvé des lamelles cartilagineuses sur le feuil¬ 
let arachnoïdien préspinal, où l’on a rarement occasion de 
signaler leur présence. En général, l’arachnoïde des vieillards 
est sujette à se couvrir de cartilages accidentels; mais ces 
productions morbides se développent également sur les adul¬ 
tes et sur de très jeunes sujets, sans que l’on puisse apprécier 
jusqu’à présent la nature des causes qui président à leur for¬ 
mation. 

XIX. La matière tuberculeuse déposée à l’intérieur du ca¬ 
nal rachidien peut envahir le tissu osseux, le tissu delà dure- 
mère , se développer sur la face interne de cette dernière 
membrane, dans l’épaisseur même du prolongement rachi¬ 
dien , soit qu’elle affecte la forme d’une tumeur ou d’une pla¬ 
que, dont la largeur et l’épaisseur sont variables. M. Scouttet- 
ten a vu le corps de la douzième vertèbre dorsale remplacé 
en partie par un tubercule scrofuleux qui avait produit un 
aplatissement considérable de la moelle épinière ( Ollivier, 
1.1, pag. 441). MM. Fouilloux et Petel ont vu de la matière tu¬ 
berculeuse dans l’épaisseur même de la dure-mère. Dans 
le cas rapporté par M. Petel, la dure-mère spinale repré¬ 
sente, dans une étendue de six pouces, une sorte de gaine 
tuberculeuse qui correspond à la partie antérieure de la 
moelle dorsale, de la moelle lombaire, et qui communique, 
par les prolongemens qu’elle envoie à travers les vertèbres 
cariées, avec un dépôt de tubercule situé dans l’abdomen, au- 
dessous du ligament vertébral antérieur (Ollivier, 1.1, p. 450 ; 
498, t. II). M. Gendrin a observé, au-dessous du feuillet 
arachnoïdien préspinal, un tubercule gros comme une noi¬ 
sette, qui faisait saillie vers la pie-mère, et exerçait une 
compression sur la moelle cervicale. Enfin, la membrane 
Dict. de Méd. xx. . 4 



$0 MOEILE ÉPISIÈUE. 

propre du prolongement rachidien est quelquefois repoussée 
vers la cavité de l’araehnoïde par un noyau tuberculeux qui 
a pris naissance au milieu du tissu nerveux. Ces tubercules de 
la moelle épinière sont enkystés ou sans kystes; ils sont plus 
fréquens dans la protubérance annulaire que dans la partie 
inférieure de l’organe. M. Gendrin a disséqué avec soin un tu¬ 
bercule enkysté qui avait son siège dans la moitié gauche de 
la moelle lombaire, auprès de sa terminaison (Abercrombie, 
p. 648). Le même auteur a rencontré, vers la fin de la moelle 
cervicale , un tubercule gros comme une fève, dont le kyste 
était jaunâtre, épais , et entouré par la substance nerveuse 
ramollie. M. Serre a vu la moelle dorsale interrompue dans sa 
continuité par une sorte de chapelet tuberculeux long de deux 
pouces. M. Colliny a retiré du renflement lombaire un tuber¬ 
cule gros comme un pois, et qui était dépourvu de toute en¬ 
veloppe membraneuse ( Ollivier , tom. ii, pag. 520, 625 -, 
526 ). 

XX. Il se forme, dans l’épaisseur, sur les surfaces des mé¬ 
ninges spinales, des dépôts , des tumeurs qui offrent tous les 
caractères du tissu cérébriforme. Ces espèces de végétations, 
de fongosités, présentent à l’intérieurdes traces de vaisseaux, 
une coloration d’un blanc tirant sur le rose, et une sorte de 
substance pulpeuse grisâtre qui a quelque ressemblance avec 
la substance nerveuse ramollie. A l’extérieur, ces productions 
sont inégales, bossuées, recouvertes par une membrane 
mince, éminemment vasculaire. Lorsque le tissu encépha- 
loïde repose sur la Face externe de la dure-mère spinale , l’on 
constate presque toujours, au moment de l’autopsie, quelque 
lésion grave de la colonne vertébrale, dont les iigamens, 
les apophyses épineuses, transverses, sont parfois altérés ou 
détruits dans une étendue considérable. MM. Abercrombie, 
Serre , Wolf, ont publié des observations de tumeurs encé- 
phaloïdes de la dure-mère spinale, avec destruction du tissu 
osseux des vertèbres (Abercrombie, p. 540; Ollivier, t. it, 
p. 474 ; Journal de Physiol. expérimentale , n° de juillet 1825). 
Dans quelques cas, le produit morbide contenu entre la dure- 
mère et le canal osseux du rachis communique au dehors par 
des espèces de ramifications, et va, en traversant les trous de 
conjugaison d’un certain nombre de vertèbres, s’implanter, 
se perdre dans des masses cancéreuses placées dans le voisin 



MOELLE ÉPLIVIÈhE. 


nage de la colonne vertébrale, sans que l’on puisse détermi¬ 
ner toujours si le premier noyau de tissu encéphaloïde a été 
déposé dans l’intérieur ou au dehors du canal rachidien. 
M. Abercrombie rapporte l’histoire d’un jeune homme qui of¬ 
frait entre les os et la moelle épinière une substance molle, 
longue de quatre pouces. Des portions de cette matière sor¬ 
taient du canal spinal, entre les apophyses transverses de la 
quatrième et de la cinquième vertèbre cervicale, et allaient 
former des deux côtés de l’épine dorsale des tumeurs volu¬ 
mineuses, èt en partie, susceptibles de se dissoudre dans l’eau 
(p. 544 ). Dans un fait décrit par M. Ollivier, le tissu cellu¬ 
laire du cou était infiltré d’encéphaloïde ; ce produit acciden¬ 
tel , pénétrant dans l’intérieur du rachis par les trous de con¬ 
jugaison de la région cervicale, en longeant les nerfs cervicaux, 
recouvrait dans une étendue considérable la lame préspinale 
de la dure-mère, qui se trouvait ainsi doublée par une couche 
de matière cérébriforme à l’état de crudité ( t. ii, p. 488. ) 
M. Abercrombie parle d’un fongus encéphaloïde qui était im¬ 
planté auprès du trou occipital, sur la face interne de la 
dure-mère, et qui devait concourir avec l’apophyse odontoïde 
déplacée par la carie, à comprimer le prolongement rachi¬ 
dien (pag. 571). MM. Collin et Hardy ont décrit des produc¬ 
tions encéphaloïdes qui étaient libres, ou à peine fixées par 
des brides celluleuses, à la surface de la cavité de l’arach¬ 
noïde spinale. La tumeur décrite par M. Hardy offrait une 
forme olivaire, une longueur de deux pouces, une largeur 
de six ligues, et elle était fixée par des filamens très déliés à 
l’arachnoïde médullaire. La matière encéphaloïde trouvée par 
M. Collin dans l’espace inter-arachnoïdien du rachis, dont 
elle occupait la partie inférieure, ne présentait aucune adhé¬ 
rence , au moins au moment de l’autopsie ; et il semble que 
son volume ait suffi pour la maintenir à la même place, dans 
une cavité d’ailleurs très rétrécie [Revue médicale, année 
1824 ; Archives générales de médecine, année 1834). M. Olli¬ 
vier a publié une observation recueillie par M. Guersent fils, 
et qui offre un exemple rare de production encéphaloïde dé¬ 
veloppée dans l’intervalle qui sépare la membrane propre de 
la moelle spinale d’avec son feuillet séreux ou arachnoïdien. 
Dans ce cas, le produit morbide était étendu comme une sorte 
de ruban sur la face postérieure du prolongement rachidien, 

4 . 



52 MOELIE ÉPINIÈRE. 

depuis la protubérance annulaire jusqu’à la terminaison 
de l’organe qui était moins consistant que dans l’état normal 
(Ollivier, t. ii, p. 494). M. Guersent a observé une transfor¬ 
mation des éminences olivaires et restiformes en tissu encé- 
phaloïde; M. le professeur Velpeau a vu la pie-mère et la 
partie supérieure et antérieure de la moelle dorsale rempla¬ 
cées par une espèce de végétation d’un rouge jaunâtre, qui 
offrait tous les caractères de la matière cérébriforme ( Archi¬ 
ves générales de médecine , année 1835). M. Duplay a noté, au- 
dessous delà membrane propre de la moelle spinale, dans le 
tissu nerveux, une petite tumeur encéphaloïde à l’état de 
crudité. 

XXI. Les dépôts de matière rouge, et comme charnue, 
s’observent bien plus rarement dans le prolongement rachi¬ 
dien que dans le cerveau et dans le cervelet. Sur un enfant 
scrofuleux qui mourut dans le coma, à la suite de con¬ 
vulsions , l’on rencontra derrière la partie supérieure de la 
moelle allongée un corps rougeâtre, ou plutôt rosé, du vo¬ 
lume d’une noix, dont la substance homogène était tra¬ 
versée à l’intérieur par deux lignes rouges ; ce produit mor¬ 
bide était entouré par un kyste. Sur un homme qui mourut 
paralytique, il existait à la surface du pont de Varole deux 
tumeurs charnues, dont l’une s’étendait dans la moelle allon¬ 
gée (Lallemand, lettre v, p. 341, 344). De nouveaux faits 
nous feront mieux connaître tôt ou tard Faction de la ma¬ 
tière charnue sur le tissu nerveux rachidien. 

XXII. MM. Hutin et Reynaud ont trouvé, dans l’épaisseur 
de la substance nerveuse spinale, un produit squirrheux à l’état 
colloïde. Dans le fait publié par M. Hutin, les faisceaux posté¬ 
rieurs de la moelle épinière étaient remplacés par un produit 
morbide comparable à de la gélatine ou à de la corne ramollie, 
et qui se renversait comme un champignon lorsqu’on l’inci¬ 
sait avec le scalpel. Dans le fait qui appartient à M. Reynaud, 
le pont de Varole, l’éminence olivaire gauche, la moelle cer¬ 
vicale, laissaient voir plusieurs petits dépôts circonscrits de 
matière colloïde à l’état gélatiniforme (Ollivier, t. ii, p. 512, 
513; voyez aussi Martinet et Parent-Duchâtelet, sur !’/«- 
flamm. de l’arachnoïde, p. 442). 

XXIII. Les entozoaires figurent parmi les produits morbides 
des grands centres nerveux et des membranes placées à leur 



MOELLE ÉPIMÈRE. 53 

pourtour. Chaussier a depuis long-temps fixé l’attention des 
médecins sur les vers vésiculaires qui s’accumulent quelque¬ 
fois en assez grand nombre sur la face préspinale de la dure- 
mère rachidienne. Tous les sujets qui ont jusqu’ici offert des 
acéphalocystes dans le canal osseux des vertèbres présen¬ 
taient en même temps , dans le thorax, dans l’abdomen, sur 
les côtés de la colonne dorsale, des poches plus ou moins vo¬ 
lumineuses remplies d’hydatides,qui communiquaient avec plus 
ou moins, de facilité du kyste dans le conduit vertébral. Dans 
tous les cas, les vertèbres sont affectées , ou tout au moins 
les trous des conjugaisons sont élargis. Les acéphalocystes 
qui reposent sur la durè-mère peuvent aussi être entourés 
d’un kyste ( Ollivier, t. ii, p. 626, 637, 643 ). Reydellet, qui a 
rapporté l’observation de la femme Chollet, dit que lorsque 
l’on eut ouvert la tumeur qui existait depuis quelque temps 
au bas de la région lombaire de cette malade, et évaqué 
une grande quantité d’hydatides , l’on sentait, en portant le 
doigt au fond de la plaie, le canal vertébral ouvert, et la moelle 
épinière immédiatement à nu. Pendant plusieurs jours, de nou¬ 
veaux acéphalocystes continuèrent à s’échapper de la cavité du 
rachis. Dans ce cas, il semble que la dure-mère était perforée, 
et que les vers vésiculaires reposaient sur le feuillet médul¬ 
laire de l’arachnoïde (Dictionn. des sciences médicales, t. xxxiil, 
p. 663). M. Esquirol a rencontré sur un épileptique quel¬ 
ques hydatides de diverse grosseur dans la cavité de l’arach¬ 
noïde spinale. J’ai vu, au centre de la moelle lombaire d’un 
mouton, un vaste kyste appartenant à des cœnures dont le 
contact avait déterminé une hypérémie très prononcée de la 
substance nerveuse. 

XXIV. La partie supérieure et antérieure de la moelle spi¬ 
nale peut être recouverte par une dilatation de l’artère basi¬ 
laire. Morgagni, Hogdson, Serre,ont décrit des tumeurs -ané¬ 
vrysmales de l’artère basilaire qui n’exerçaient aucune action 
sur le prolongement rachidien. M. Lebert a trouvé entre l’a¬ 
rachnoïde et la pie-mère, à la hauteur du trou occipital à 
peu près, une dilatation artérielle du volume d’un petit œuf 
de poule. Dans ce cas, la] moelle épinière était repoussée en 
arrière par l’artère basilaire, qui était logée dans une sorte de 
gouttière creusée à sa surface (Ollivier, 1.1, p. 459). Les re¬ 
cherches tentées, jusqu’ici sur les lésions artérielles et vei- 



54 MOEltE ipiBîlÈRE. 

neuses des vaisseaux rachidiens sont peu nombreuses, et d’un 
faible secours à la pathologie. 

§ II. Considérations générales sur lès maladies de la moelle 
ÉPINIÈRE. — Les fondateurs dé l’art de guérir ont possédé des 
notions positives sur la pathologie de la moelle épinière. Leurs 
Connaissances, déduites surtout de l’observation des phéno¬ 
mènes qui accompagnent les lésions -traumatiques du centre 
nerveux rachidien, appuyées sur des données physiologiques 
qui étonnent par leur précision lorsqu’on so reporte par la 
pensée jusqu’à l’époque où elles remontent, sont restées long¬ 
temps perdues pour la science. Il y a à peine quelques années 
que les affections de la moelle spinale étaient encore ignorées, 
méconnues, ou mal appréciées par le plus grand nombre des 
praticiens. De nos jours, l’anatomie pathologique, après beau¬ 
coup d’investigations et de recherches, a pu constater que la 
plupart des lésions spontanées qui affectent le cerveau de 
l’homme sont aussi susceptibles d’affecter la moelle spinale. 
Mais c’est surtout en mettant à profit les notions physiolo¬ 
giques rapidement acquises depuis quelques années .sur les 
fonctions d’ensemble du système nerveux, de chaque portion 
spéciale de ce même système, en réfléchissant sur les faits 
sans nombre qui sont venus offrir une base solide au dia¬ 
gnostic des maladies du cerveau et du cervelet, que l’on a été 
conduit à motiver le diagnostic différentiel des maladies de la 
moelle épinière. Par malheur, il est un certain nombre de dés¬ 
ordres fonctionnels qui paraissent provenir de lésions de la 
moelle rachidienne, dont la véritable nature semble devoir 
rester encore cachée pour long-temps. 

Les maladies du cordon nerveux rachidien sont acciden¬ 
telles ou spontanées. Les affections spinales traumatiques sont 
fréquentes sur les sujets què leur profession expose à des 
chutes, à des blessures, et à des violences extérieures graves. 
Les affections spinales spontanées atteignent, en général, l’ün 
et l’autre sexe, sans distinctions bien apparentes d’âge, de tem¬ 
pérament, de pays, et de professions ; elles suivent une marche 
aiguë ou chronique, se montrent simples ou compliquées, gé¬ 
nérales ou locales, primitivement, ou d’une manière consecu¬ 
tive. Elles peuvent être continues avec où sans paroxysmes, 
rémittentes ou meme intermittentes ; sous la forme aiguë elles 



MOELLE ÉPlKIÊKE. 55 

offrent souvent un caractère de gravité effrayant^ atteignent à 
sa source la vie avec l’exercice des plus importantes fonctions. 
Ainsi s’explique l’issue prompte et souvent funeste qu’elles 
ont coutume d’entraîner. Mais il est à noter que des lésions 
traumatiques d’une certaine profondeur déterminent quel¬ 
quefois une mort moins rapide que des lésions spontanées en 
apparence moins dangereuses, et qui occupent à peu près le 
même siège. Les maladies chroniques de l’organe rachidien 
durent souvent plusieurs mois, ou même plusieurs années, sans 
porter d’abord aucune atteinte sérieuse aux principales fonc¬ 
tions de l’économie; cependant le cerveau, le cervelet, les or¬ 
ganes affectés à la digestion, à la sécrétion de l’urine, subissent 
dans quelques cas des dérangemens consécutifs plus ou moins 
importans. Il arrive aussi, sur certains sujets, que les désordres 
aigus ou chroniques qui se développent vers la moelle épinière 
sontou consécutifs ou symptomatiques d’une maladiede l’encé¬ 
phale, de l’estomac, des nerfs, ou des plexus nerveux qui avoi¬ 
sinent la cavité spinale. 

Les symptômes qui trahissent l’existence des affections de 
la moelle épinière consistent en des lésions de la sensibilité, 
des mouvemens volontaires, des mouvemens dus à l’irritabi¬ 
lité; consistent en des modihcations de la respiration, de la 
circulation , de la nutrition, de la calorification , des fonctions 
génitales, etc. La moelle étant lésée, la sensibilité peut dispa¬ 
raître totalement, se montrer affaiblie dans toutes les parties 
du corps qui se trouvent situées au-dessous du foyer où siège 
le désordre. La sensibilité peut être exaltée sur le trajet même, 
et dans la profondeur du cordon rachidien, qui alors devient 
douloureux; elle peut être exaltée sur le trajet des apophyses 
vertébrales, dans les muscles qui recouvrent en arrière les ré¬ 
gions cervicale, dorsale ou lombaire ; modifiée, pervertie dans 
les pieds, les jambes, les cuisses, lés mains, et où le malade 
accuse des élancemens, des fourmillemens, un sentiment de 
pesanteur. Les mouvemens volontaires sont souvent impos¬ 
sibles ou à peu près nuis ; les muscles mêmes de la vie orga¬ 
nique, les sphincters, subissent l’influence de la paralysie; tou¬ 
tefois, les bras, les jambes, éprouvent souvent des secousses 
Convulsives, de la contracturé; les muscles qui avoisinent la 
colonne vertébrale entrent en contraction, et impriment au 
corps des courbures que ni la volonté du patient ni une vo- 



56 MOELLE ÉPIIVIÈRE. 

lonté étrangère ne sauraient faire cesser. La respiration est 
surtout troublée lorsque les muscles intercostaux, les muscles 
élévateurs du thorax, le diaphragme, subissent l’influence du 
désordre spinal. Lorsque la paralysie n’intéresse que les mem¬ 
bres abdominaux, le désordre siège dans la moelle, au-dessous 
de la région cervicale. Une seule jambe est-elle frappée d’im¬ 
mobilité, la lésion réside dans la moitié correspondante du 
cordon nerveux rachidien. La paralysie des deux bras et des 
deux jambes indique une lésion située au-dessus de l’origine 
des plexus brachiaux. La 'manifestation des phénomènes côn-, 
vulsifs indique que la partie postérieure de l’organe est vio¬ 
lemment irritée; l’existence d’une altération limitée à la sen¬ 
sibilité porte à soupçonner que les faisceaux antérieurs sont 
épargnés. Le pouls peut être irrégulier, accéléré, ralenti, inter¬ 
mittent. Le tissu cellulaire des membres tend à s’infiltrer; les 
muscles s’atrophient; l’épiderme, devenu écailleux, se détache 
par larges plaques ; il se forme rapidement des escharres au 
siège, sur toutes les parties qui subissent les efforts de la com¬ 
pression. L’urine est rare, modifiée dans sa nature et dans ses 
qualités; elle est retenue dans la vessie, ou bien elle coule à 
l’insu du malade. Défécation impossible ou involontaire. 
L’érection du pénis est fréquente. L’exercice de l’intelligence 
n’est pas troublé. Les fonctions de la vue, de l’audition, res¬ 
tent intactes, etc. 

Le siège des lésions spinales peut être établi, au moins 
d’une manière approximative lorsque, dans le principe delà 
maladie, les symptômes directs, tels que la paralysie de la 
sensibilité, des mouvemens volontaires , les convulsions sont 
bornés aux membres pelviens, ou bien encore lorsque le mode 
de développement des troubles fonctionnels indique que le 
mal suit une marche ascendante, gagnant le thorax et les 
bras après avoir affecté d’abord les jambes et les régions in¬ 
férieures du tronc. Mais lorsque l’exercice fonctionnel des 
quatre membres est tout de suite dérangé, que l’action mus¬ 
culaire est partout impossible ou gênée, le diagnostic devient 
embarrassant et incertain. Qui ne voit, en effet, que les lésions 
locales du cerveau se comportent dans maintes circonstances à 
peu près comme les altérations locales de la moelle cervicale ? 
Les désordres circonscrits du cerveau ou du cervelet, suivant 
qu’ils siègent dans un seul hémisphère ou dans les deux hémi- 



MOEUE ÉPIMÈEE. 67 

sphères, déterminent une hémiplégie, une paralysie des deux 
bras et des deux jambes , du rectum, de la vessie, comme ils 
peuvent produire des phénomènes convulsifs généraux, un 
changement dans l’état du pouls, de la respiration, dans la 
température de lapeau, etc. Or, les mêmes symptômes éclatent 
lorsque la moitié ou la totalité de la portion supérieure de la 
moelle épinière est, par exemple, enflammée ou ramollie. Il 
est vrai que dans les affections de l’encéphale, l’on constate 
plus ou moins souvent des douleurs de tête, des illusions des 
sens, des hallucinations , des symptômes de délire aigu ; mais 
ces symptômes peuvent manquer lorsque le cerveau est ce¬ 
pendant très fortement entrepris ; et, d’un autre côté, ils peu¬ 
vent être notés sur un sujet dont la moelle épinière est le prin¬ 
cipal siège du mal. Toutefois, l’on doit incliner pour l’exis¬ 
tence d’une maladie spinale lorsque la douleur qui se fait sen¬ 
tir est fixée sur un point du rachis, lorsque les muscles du 
cou, du dos, sont violemment contractés; que la respiration 
est très gênée, l’érection du pénis permanente,, l’exercice des 
fonctions intellectuelles exempt de trouble. Il est toujours 
prudent de se tenir en garde contre les difficultés que nous 
venons de signaler, et de n’émettre qu’avec réserve une opi¬ 
nion définitive sur le point de déplart de certains accidens ner- 

La nature inflammatoire d’un certain nombre de maladies 
spinales ne saurait être révoquée en doute, et paraît suffi¬ 
samment prouvée par l’injection vasculaire générale ou locale, 
la coloration rouge des tissus que l’on a occasion d’examiner 
après la mort, par la production de certains produits couen- 
neux, d’une certaine quantité de sérosité et de pus, par la 
violence de la douleur et de la réaction fébrile qui accompa¬ 
gnent les principaux accidens nerveux. Mais la substance ner¬ 
veuse rachidienne subit aussi un certain nombre de modifica¬ 
tions qu’il serait peut-être téméraire de considérer comme au¬ 
tant de résultats de l’inflammation. L’on invoque des raisons 
plus ou moins spécieuses pour prouver que le ramollissement 
ou l’induration d’un tissu, la production d’une tumeur, d’un 
tubercule, d’un épanchement sanguin ont eu l’hypérémie pour 
cause ; mais les faits, les argumens que l’on cite à l’appui de 
l’opinion que l’on prétend faire prévaloir, sans être toujours 
dénués de vraisemblance, sont loin de suffire dans tous les cas 



58 SÎOELLE ÉPmiÈKE. 

pour dissiper, les scrupules d’un juge impartial. Il est certain 
que sur quelques sujets dont la mort ne peut être attribuée 
qu’à un état maladif du prolongement rachidien,-rien dans 
l’aspect de cet organe, rien dans la nature des symptômes, ne 
paraît suffisant pour j ustifier l’existence d’une phlegmasie. Bien 
mieux, la moelle épinière semble quelquefois absolument 
saine, alors qu’en réalité elle doit assurément s’éloigner beau¬ 
coup de l’état normal. Que conclure de cette dernière vérité , 
sinon qu’il en est des lésions de la moelle rachidienne comme de 
celles du cerveau et des autres organes, lesquelles demeurent 
inconnues, sont rapportées à l’inflammation, ou peuvent être 
estimées de nature toute spéciale. 

Le traitement des affections du cordon nerveux spinal ne se 
ressent que trop souvent de l’obscurité du diagnostic, de l’in¬ 
certitude de nos connaissances sur l’essence de la maladie 
qu’il s’agit de combattre : aussi il arrive fréquemment dans les 
affections spinales que le but des agens thérapeutiques que 
l’on met en usage est uniquement de remédier à un surcroît 
d’activité de la circulation générale ou locale; d’irriter la sen¬ 
sibilité des nerfs que l’on sait propres à transmettre une stimu¬ 
lation à l’organe rachidien , d’appeler vers les tégumens , vers 
une partie éloignée du rachis le travail morbide que l’on suppose 
exister dans la profondeur de la moelle épinière, de calmer 
l’intensité de la douleur, de remédier aux accidens d’une vio¬ 
lente contracture, etc. En d’autres termes, ce sont souvent les 
indications générales et la prédominance de tels ou tels symp¬ 
tômes qui décident des moyens auxquels l’on croit devoir 
recourir pour entraver la marche des phénomènes morbides : 
les mêmes inconvéniens se reproduisent à chaque instant dans 
le traitement des maladies, où le rôle du système nerveux est 
nul ou très secondaire. 

S III. Des maladies de la moelle épinière en particülibr.'— 

I. BLESSURES OU AFFECTIONS TRAUMATIQUES CIRCONSCRITES. — Les lé¬ 
sions traumatiques locales de la moelle spinale supposent, en 
général, l’existence d’une lésion des ligamens vertébraux, d’une 
vertèbre, d’un certain nombre de pièces osseuses destinées à 
protéger le prolongement rachidien. Les vertèbres cervicales 
n’opposent point aux violences extérieures le même degré de 
résistance 'que les vertèbres dorsales et lombaires ; la portion 



59 


SIGILLE ÉPISIÉRE. 
supérieüre de la moelle épinière est par cela même plus expo¬ 
sée aux blessures que les portions moyenne et inférieure du 
même organe. La moelle peut être intéressée à divers degrés de 
profondeur vers son centre, sur l’une de ses moitiés, par un 
stylet, une lame d’épée, de fleuret, de poignard, un fer de 
lance , de baïonnette; elle peut être divisée superficiellement, 
ou coupée en entier par une pointe de sabre, une lame de ci¬ 
seau, par une foule d’instrumens tranchans qui sont à l’usage 
<les ouvriers qui travaillent aux charpentes des bâtimens; elle 
peut être labourée, séparée en deux moitiés par une balle de 
fusil, par divers projectiles de guerre; elle peut être lacérée, 
comme écrasée par une vertèbre luxée, d’une portion d’os brisé 
en esquilles. Les blessures de la moelle épinière sont fréquentes 
dans les combats soutenus à l’arme blanche, dans les charges 
de cavalerie, fréquentes sur les couvreurs, les émondeurs, 
qui sont exposés à tomber de toutes sortes de hauteurs ; sur les 
maçons, les mineurs, les carriers, qui restent souvent enfouis 
sous des pans de murs, des éboulemens de pierres et de terre. 
t)ans quelques cas, il suffit d’une chute que l’on fait en glissant 
sous le poids d’un fardeau, et dans une fausse position, d’un 
tiraillement brusque exercé sur un point de la colonne verté¬ 
brale pour occasionner une lésion grave du tissu nerveux, 
mais ce sont presque toujours les fractures de la.colonne ver¬ 
tébrale , surtout lorsque le corps de l’os, ses apophyses ou ses 
lames sont réduites en esquilles, qui entraînent les accidens 
les plus funestes. Les lésions de la moelle par instrumens tran¬ 
chans sont les plus rares. Jean-Louis Petit a vu la moelle 
coupée entre la première et la seconde vertèbre cervicale par 
l’extrémité tranchante d’Un marteau de sellier. Boyer a donné 
des soins à un soldat dont la moelle Cervicale fut atteinte par 
la pointe d’un sabre qui fut projeté à distance par un homme 
ivre. Morgagni rapporte le fait d’un jeune homme qui fut atteint 
au cou par Un poignard, et qui présenta tous les signes propres 
aux blessures da prolongement rachidien, etc., etc. Le dernier 
écrivain que nous venons de citer rapporte encore, sur l’au¬ 
torité de Plater, le fait d’une jeune fille qui eut la moelle dorsale 
rompue en travers par une balle dé fusil, et, sur l’autorité de 
Bohn, l’observation d’ün militaire qui eut la moitié gauche de 
la moelle blessée par une balle de plomb, à la hauteur des lombes. 
Les recueils de chirurgie, les journaux de médecine, fourmillent 



60 MOELLE ÉPIIVIÈRE. 

d’exemples de luxation, de fracture des vertèbres cervicales, 
dorsales, avec lésion de l’organe rachidien. M. Ch. Bell a 
constaté l’écrasement de la moelle allongée sur un jeune 
homme qui eut l’occipital fracturé dans une chute sur la tête. 
Le même physiologiste a vu la partie supérieure de la moelle 
cervicale écrasée à la suite du déplacement de l’apophyse odon¬ 
toïde qui avait abandonné Vanneau ligamenteux que lui offre 
l’atlas. Dans la plupart de ces blessures, si communes dans la 
pratique des hôpitaux, les méninges spinales éprouvent des 
déchirures plus ou moins étendues; mais il est cependant des 
cas où la dure-mère et les autres membranes ne participent pas 
aux désordres de la substance nerveuse rachidienne. 

Les lésions traumatiques de la moelle épinière entraînent un 
dérangement fonctionnel immédiat. S'il ne survient d’abord 
aucun accident notable dans les principales fonctions, et si ce 
n’est qu’après plusieurs heures ou plusieurs jours que l’on 
commence à noter quelques troubles de la sensibilité et du 
mouvement, l’on doit conclure qu’un déplacement des surfaces 
osseuses, un épanchement de sang, une hypérémie locale, sur¬ 
venus après coup, ont modifié la partie du système nerveux 
que l’on juge affectée. Le siège, la profondeur, l’étendue de la 
blessure, changent totalement le mode d’expression des phé¬ 
nomènes fonctionnels ; la section, l’écrasement, la rupture 
complète de la moelle spinale dans le voisinage des nerfs pneu¬ 
mogastriques, entraînent d’une manière instantanée la paralysie 
des quatre membres, des principales puissances respiratoires, 
etlamortpar asphyxie. En vain l’origine des nerfs intercostaux, 
des phréniques, du respiratoire externe, du nerf spinal,|est 
respectée ; le point d’où émane le principe d’action de toutes 
ces paires nerveuses est situé beaucoup plus haut vers l’en¬ 
céphale; et dès le moment où leur communication avec ce 
foyer central est interceptée, les muscles où elles s’épanouis¬ 
sent deviennent immobiles, et l’acte respiratoire demeure sus¬ 
pendu. Ainsi, lorsque, dans les blessures delà moelle allongée, 
de la partie supérieure de la moelle spinale, la respiration con¬ 
tinue à s’exercer, bien que d’une manière irrégulière, l’on peut 
établir que les parties blessées offrent encore entre elles un 
moyen, un point de communication; que le prolongement ra¬ 
chidien n’est point divisé d’une manière complète. M. Charles 
Bell rapporte plusieurs exemples de morts subites occasionnées 



MOEttE ÉPINIÈRE. 61 

par la destruelioii de la moelle allongée. Le sujet dont J.-L. 
Petit nous a transmis l’histoire, et qui fut blessé à la nuque 
par le tranchant d’un marteau, expira sur-le-champ. Dans cer¬ 
tains pays , l’on se sert d’un fer aigu, que l’on enfonce comme 
un coin au bas de l’occipital, pour abattre les animaux destinés 
à la boucherie. Il y a long-temps que l’on a reconnu que les 
pendus expirent aussitôt que l’on parvient à déterminer, àl’aide 
de certains mouvemens latéraux du cou, une lésion brusque 
du bulbe rachidien. Mais s’il arrive que les lésions de la moelle 
cervicale soient assez légères, assez limitées pour ne point 
entraîner tout de suite une terminaison funeste, les symp¬ 
tômes qui frappent les sens de l’observateur ne lui permettent 
point de se méprendre sur le siège et sur la nature de la bles¬ 
sure. Le malade, s’il est à même de rendre compte de son état, 
annonce qu’il a fait une chute, qu’il a reçu un coup, qu’il a 
été blessé avec une arme à feu, un instrument tranchant: 
la peau, les muscles, sont, vers la région cervicale, divisés, 
déchirés , comme infiltrés de sang ; la colonne osseuse 
du rachis est déformée; l’on sent un déplacement ou de 
la crépitation sur un point qui correspond à une vertèbre; 
les manipulations du chirurgien excitent un sentiment de 
' douleur au-dessus de la plaie, qui est peu ou point sensible 
quelques pouces plus bas. Les. fonctions des muscles affectés 
, à la respiration sont lésées; les symptômes varient suivant que 
la blessure de la moelle se rapproche davantage de l’origine 
du nerf spinal, du diaphragmatique, du nerf respiratoire 
externe. 

Les mouvemens du diaphragme sont quelquefois impos¬ 
sibles , ainsi que les contractions qui provoquent l’éternu- 
ment ; parfois le hoquet continue , la respiration peut s’effec¬ 
tuer uniquement par le secours des muscles intercostaux : 
alors la poitrine ne se dilate que faiblement; les grandes 
inspirations qui supposent une certaine force contractile dans 
le grand dentelé, le trapèze, etc. , sont suspendues ; la voix 
est en partie éteinte. Le désordre siégeant au-dessus de l’ori¬ 
gine des plexus brachiaux, les mouvemens volontaires des 
membres thoraciques sont gênés, ou la paralysie des mains est 
même complète. Dans le cas où les racines du nerf spinal et du 
nerf respiratoire externe se trouvent placées au-dessus du point 
lésé, l’épaule peut encore être soulevée et entraîner le bras 



02 MOELLE ÉPîNIÈKE. 

en arrière ; mais ce déplacement ne saurait être confondu 
avec celui qui résulte de l’action des muscles affectés aux 
mouvemens volontaires des extrémités supérieures. Les doigts 
sont insensibles , ou la sensibilité des tégumens est émoussée 
jusqu’au haut du bras. Le malade ne peut se tenir debout; les 
jambes sont déplacées avec peine, sinon tout à fait immobiles. 
Il existe un sentiment de froid, de la douleur dans les orteils, 
des crampes dans les mollets ; ou bien l’on peut pincer, brûler 
la peau des cuisses , les tégumens qui recouvrent le siège, 
le bas-ventre, la poitrine, sans réveiller aucune sensation 
pénible; conscience des besoins naturels nulle; excrétion 
des matières fécales et de l’urine involontaire, ou accumula- ■ 
tion de l’urine dans la vessie, des fèces dans le rectum; phé¬ 
nomènes convulsifs dus à l’irritabilité du prolongement rachi¬ 
dien , rares ; érection du pénis fréquente, lorsque le siège du 
mal réside vers la moelle cervicale. La réaction générale peut 
être portée plus ou moins loin ; tantôt la peau est couverte de 
sueur, tantôt elle tend à se refroidir rapidement. Le pouls est 
fort, fréquent, ou tout à fait filiforme ; l’exercice des fonctions 
intellectuelles persiste avec plus ou moins de régularité. La 
fréquence relative des symptômes peut être établie comme il 
suit : la paralysie musculaire est constante vers les bras, Je 
tronc et les jambes. Dans le tiers des cas, la paralysie des 
membres thoraciques est incomplète , plus prononcée une fois 
sur six blessés, vers l’un des bras ; la sensibilité cutanée est 
tout à fait éteinte une fois sur trois malades, irrégulière ou 
seulement affaiblie sur les deux tiers des sujets. L’urine est 
retenue dans son réservoir dans les deux tiers des cas ; elle s’é¬ 
coule goutte à goutte sur les autres patiens. La constipation 
est notée dans le tiers des faits l’érection du pénis et l’écoule¬ 
ment involontaire des matières alvines, dans les deux tiers des 
observations. 

La moitié des blessés ont la voix lente et presque éteinte ; 
la respiration est difficile, diaphragmatique et incomplète 
dans tous les cas. Plusieurs sujets perdent connaissance, et se 
salissent au moment de l’accident. Le terme moyen de l’exis¬ 
tence est de trente heures. Très peu de guérisons s’effec¬ 
tuent d’une manière complète. Les résultats que j’indique ici 
sont confirmés par des observations nombreuses où les détails 
nécroscopiques manquent quelquefois , mais où les lésions 



MOELtE ÉPINIÈEE. 63 

foBcÜQonelles sont indiquées avec trop de précision pour 
qu’il puisse rester le moindre doute sur la eause des phéno¬ 
mènes morbides. En général, l’analogie dans le siège des plaies 
entraîne une analogie frappante dans l’expression des symp¬ 
tômes; et lorsque les désordres de la sensibilté, du mouvement, 
de l’acte respiratoire, etc. offrent un aspect insolite, la dis¬ 
section de la moelle blessée rend presque toujours compte du 
motif de cette apparente exception. 

«Un chargeur de roulage tombe à la renverse sous un 
poids de trois cent cinquante livres qu’il vient de placer 
sur ses épaules : perte de connaissance immédiate, douleur 
vive vers la région cervicale, paraplégie , affaiblissement 
des deux membres thoraciques, sensibilité diminuée depuis 
les doigts des pieds jusqu’à la hauteur des mamelles, con¬ 
servée dans l’une et l’autre main, constipation, excrétion 
de l’urine impossible, érection du pénis , respiration courte, 
pouls développé-, résistant, invasion du délire, progrès crois¬ 
sant des accidens, mort le troisième jour ; fracture de la 
cinquième vertèbre cervicale, rupture des ligamens qui 
l’unissent à la sixième vertèbre, moelle fondue, ramollie , 
mêlée à des stries de sang , vis-à-vis du siège de la frac¬ 
ture» (RostaUj Recherches sur le ramollissement du cerveau, 
2® édition, pag. 207 ; observ. de Leloutre ). Dans ce cas, la 
moelle spinale n’étant pas tout-à-fait détruite , les impres¬ 
sions des corps extérieurs sont arrivées , mais affaiblies, jus¬ 
qu’à l’encéphale. Les racines des nerfs qui se rendent aux 
plexus brachiaux étant en partie épargnées , les membres 
supérieurs ont continué à se mouvoir dans certaines limites, 
et à exercer le toucher. Un maçon se heurte violemment 
la partie postérieure du cou , en tombant sur une marche 
d’escalier : douleur locale très aiguë , paralysie des deux 
jambes et des muscles du tronc jusqu’à la hauteur de la 
poitrine, paralysie de la sensibilité cutanée jusqu’au niveau 
du mamelon; mouvemens et exercice de la sensibilité presque 
nuis dans le membre supérieur gauche, en partie conservés 
dans le membre droit correspondant ; la moelle cervicale est 
rompue et rétractée au niveau de la cinquième vertèbre ; l’ori¬ 
gine des nerfs cervicaux du côté droit est à peu près intacte ; 
plusieurs des nerfs qui se rendent au plexus brachial gauche 
sont séparés del’organe rachidien (Ollivier, 1. 1 , p. 276,3® édit.),. 




64 MOEUE ÉPINIÈRE, 

Sur ce malade encore il existe une corrélation parfaite entre 
les symptômes observés, pendantla vie, et les altérations trou¬ 
vées sur le cadavre. Mais que doit-on penser de l’opinion des 
médecins qui se fondent sur des faits pour avancer que la des¬ 
truction d'une portion de la moelle cervicale n’exclut pas 
toujours la persistance de la sensibilité et de la spontanéité des 
mouvemens dans les parties inférieures du corps ? Je suis dis¬ 
posé à croire que dans les cas rares où l’on a cru remarquer que 
l’interruption de la moelle vers la partie supérieure n’avait 
point empêcbéla liberté des mouvemens et la transmission des 
impressions au cerveau, l’exploration fonctionnelle a été négli¬ 
gée de bonne heure, et que c’est postérieurement au dernier 
examen consciencieux du médecin, sinon pendant l’autopsie du 
sujet, que toute communication a cessé entre les deux bouts 
de l’organe suppuré ou ramolli. 

Passé la deuxième vertèbre dorsale, en descendant vers 
les lombes, les blessures de la moelle épinière trahissent leur 
existence par des signes que l’on saisit facilement. Les mus¬ 
cles qui président aux mouvemens volontaires des bras, le dia¬ 
phragme , le grand dentelé, le trapèze, etc., conservent leur 
force contractile, et la respiration s’exécute sans trop de dif¬ 
ficulté. Les membres supérieurs sont exempts de paralysie. 
Les tégumens qui recouvrent le cou, les épaules, les mamelles, 
ceux des mains, jouissent de toute leur sensibilité, et' les fonc¬ 
tions intellectuelles ne sont point troublées. Au contraire , les 
muscles et les tégumens qui recouvrent les extrémités infé¬ 
rieures et le tronc, au-dessous du niveau de la blessure, sont 
privés du mouvement et de la faculté de sentir; l’excrétion de 
l’urine, la défécation, s’effectuent à l’insu du malade, ou les 
matières solides et liquides s’accumulent dans leur réservoir. 
Erection du pénis, rare ; formation d’eseharres au sacrum, 
refroidissement des pieds; parfois , secousses musculaires ou 
symptômes de contracture dus à l’irritabilité dans les par- 
.ties affectées de paralysie. Le pouls est ralenti plutôt qu’accé¬ 
léré. La mort arrive plus lentement qu’à la suite des lésions 
de l’extrémité cervicale du prolongement rachidien , et cette 
prolongation de l’existenee explique la variété des désordres 
qui se forment consécutivement dans la substance nerveuse 
qui entoure le premier foyer du mal. L’urine, souvent modifiée 
dans sa composition, est sujette à déposer sur les parois de la 



65 


MOEUE ÉPINIÈRE, 
vessie des vases où elle est reçue, des sondes que l’on intro¬ 
duit dans sa cavité, un sédiment plus ou moins abondant. Mais 
comme le diagnostic des lésions traumatiques de la moelle 
dorsale et de la moelle lombaire est, en général, facile à mo¬ 
tiver, nous n’accorderons ici quelque attention qu’aux faits 
qui semblent en opposition avec les lois de la physiologie. Cu¬ 
villiers a transmis à Ferrein l’observation d’un militaire qui 
reçut un coup d’épée au bas du dos. La lame de l’épée se brisa, 
et resta engagée dans le centre de la moelle, après avoir tra¬ 
versé la deuxième vertèbre dorsale. Le sujet put exécuter, 
après l’accident, un voyage de quatre-vingts lieues à pied, 
éprouvant seulement de la douleur sur le point où il avait 
reçu la blessure, de l’engourdissement dans les jambes, de la 
difficulté à marcher, et mourut au moment où l’on fit l’ex¬ 
traction du fer resté dans le prolongement rachidien. Dans ce 
cas, les nerfs qui s’associent à l’action de la moelle épinière 
étaient demeurés attachés à cet organe, qui pouvait leur 
transmettre encore l’impulsion de la volonté ; la persistance 
d’un exercice musculaire soutenu se conçoit donc jusqu’à un 
certain point. Mais est-il vrai que Desault ait constaté la liberté 
des mouvemens vers les membres pelviens d’un homme dont 
la moelle spinale était divisée de part en part vis-à-vis de la 
dixième vertèbre dorsale, et que le malade ait pu, après l’ac¬ 
cident, s’asseoir sur son lit, remuer le bassin, les extrémités 
inférieures, fléchir et allonger alternativement les jambes ? 
Les muscles du dos n’étant pas paralysés, cette circonstance 
explique le déplacement du bassin ; mais les mouvemens notés 
vers les deux jambes étaient peut-être dus à l’irritabilité, 
puisqu’il est constaté par l’observation que les mouvemens 
spasmodiques survivent à la section de la moelle épinière. 
Toutefois, c’est ici le lieu de consigner une remarque sur 
laquelle M. Ollivier insiste avec fondement. Les racines ner¬ 
veuses qui fournissent les troncs qui se rendent aux extrémités 
inférieures naissent quelquefois très haut sur les côtés de la 
moelle lombaire, de la moelle dorsale, de sorte qu’une bles¬ 
sure qui affecte l’organe rachidien dans le voisinage de sa ter¬ 
minaison ne s’accompagne point nécessairement de paralysie. 
L’ignorance de cette vérité, qui trouve à chaque instant son 
application dans l’étude des plaies et des lésions spontanées 
de la moelle spinale, a donné lieu à beaucoup de suppositions 
Dict . de Méà . xx. 5 



66 ‘ MOEtlE ÉPIIVIÈRZ:. 

absurdes. L’on est porté à croire, depuis quelques années, que 
les faisceaux postérieurs de la moelle épinière sont principa¬ 
lement chargés de transmettre au cerveau les impressions de 
la sensibilité, et que les faisceaux antérieurs sont chargés de 
transmettre aux muscles de la volonté l’impulsion cérébrale 
qui excite la contraction fibrillaire. L’on a vu sur des blessés 
la sensibilité interceptée par une lésion des faisceaux spinaux 
postérieurs ; l’immobilité des membres accompagner un dés¬ 
ordre des faisceaux spinaux antérieurs (Ollivier, ouvrage 
cité , tom. 1, p. 330, 331 ). Mais il s’en faut de beaucoup, à en 
juger par l’ensemble des faits qui constituent aujourd’hui le 
domaine de la science, que le siège de la sensibilité et du mou¬ 
vement se montre toujours aussi distinct, aussi strictement 
limité dans chaque espèce de faisceaux rachidiens. Des faits 
positifs démontrent, au contraire, qu’au-dessous de l’origine 
des faisceaux pyramidaux antérieurs , les blessures d’une moi¬ 
tié de la moelle épinière n’entraînent que des lésions fonction¬ 
nelles directes, ou non croisées, soit qu’elles se rapportent 
à l’exercice de la sensibilité ou delà motilité. 

Il ne serait peut-être pas sans intérêt pour la science de 
renouveler des essais que l’on a tentés avec plus ou moins 
de succès pour apprécier jusqu’à quel point les plaies que 
l’on fait à dessein à la moelle épinière des animaux mammi¬ 
fères et ovipares sont passibles d’une véritable guérison. L’on 
ne peut guère douter, d’après l’observation d’un certain 
nombre de faits , que des blessures graves du cordon nerveux 
rachidien ne soient parfois susceptibles d’une solution heureuse. 
Morgagni rapporte, dans ses lettres, l’histoire d’un jaune 
homme qui fut blessé vers l’origine de la moelle épinière, par 
la pointe d’un instrument piquant. La paralysie du sentiment 
et du mouvement affecta toutes les parties situées au-dessous 
de la plaie. Une brfilure profonde , occasionnée par le contact 
d’un vase que l’on approcha des légumens, pour entretenir la 
chaleur des cuisses, ne fut point sentie par le malade. L’excré¬ 
tion de l’urine était tantôt involontaire, tantôt impossible. 
Non-seulement, cet homme ne succomba pas, mais après 
quatre mois de soins, l’exercice de la sensibilité et les fonc¬ 
tions musculaires commencèrent à se rétablir dans certaines 
limites (Z>c «edfÔKi et causis, etc., tom. iv, pag. 113). Un sous- 
officier de la garde nationale a le cou traversé par une balle 



MOELLE ÉPIKIÈIIE. 67 

de fusil; plusieurs vertèbres sont partiellement fracturées : 
paralysie des quatre membres et du tronc; sensibilité nulle ou 
exaltée, suivant les régions du corps où on l’explore ; voix 
éteinte, constipation, urine retenue dans la vessie, respiration 
très difficile. Après un certain laps de temps, la gravité des 
symptômes n’est plus la même, le malade peut marcher, 
écrire , percevoir les sensations du toucher; mais il n’est pas 
exempt de perceptions maladives dans les membres du côté 
gauche, et il conserve une grande faiblesse dans le bras 
gauche, où l’exercice du toucher reste incomplet (Ollivier, 
ouvrage cité, pag. 373, tom. i; consultez aussi les faits con¬ 
signés p. 377, 360, 358). Mais, quelque importance que l’on 
accorde aux faits qui prouvent en faveur de la cicatrisation des 
blessures de la moelle spinale, l’on ne peut dissimuler le dan¬ 
ger du pronostic dans toutes les lésions traumatiques de l’or¬ 
gane rachidien. En définitive, les blessés qui se rétablissent 
comme par miracle ne jouissent souvent que d’une guérison 
très imparfaite, et, dans le plus grand nombre des cas, lesrna-^ 
lades qui échappent à la gravité des premiers accidens suc¬ 
combent plus tard à un ramollissement ou à une inflammation 
qui surviennent autour du foyer de la plaie. En lisant les obser¬ 
vations rapprochées en grand nombre par le docteur Ollivier, 
l’on voit l’inflammation produire la dissolution du tissu ner¬ 
veux spinal sur des sujets qui ont résisté cinquante jours, 
deux, trois mois, à des lésions profondes de la moelle dorsale, 
et ce sont les accidens concomitans qui entraînent la perte 
du blessé (Ollivier, t. i, p. 306,316,319, 322). 

Les plaies de la moelle épinière réclament une assistance ^ 
des secours prompts. Le malade est déposé avec précaution sur 
un lit en crin. S’il est dans la force de l’âge et s’il a fait une 
chute, l’on pratique, à quelques heures d’intervalle, une on 
deux saignées; l’on remédie à la constipation; l’on retire l’u¬ 
rine de la vessie; l’on réchauffe les membres abdominaux; 
l’on procède avec une attention délicate à l’examen de la co¬ 
lonne vertébrale et des parties musculaires déchirées ou con- 
luses. Le débridement des parties molles peut être indiqué j 
ainsi que l'enlèvement d’esquilles osseuses détachées, d’une 
portion de fer, des projectiles enclavés dans l’intervalle des 
lames ou des apophyses osseuses ; la trépanation des vertèbres 
peut même sembler indiquée. Mais la moindre manœuvre 

5. 



68 MOELIE ÉPINIÈRE. 

exige de la part du chirurgien autant d’adresse que de ré¬ 
flexion et de prudence. L’on combat l’inflammation des tégu- 
mens, des lèvres de la plaie extérieure, par des-applications 
de sangsues , de cataplasmes émolliens; l’on prescrit une diète 
rigoureuse, l’usage des boissons acidulées, et l’on attend de 
nouvelles indications. Lorsque le malade éprouve quelque sou¬ 
lagement , que la douleur de la plaie est calmée, la réaction 
générale à peu près dissipée, que l’exercice de la sensibilité 
et du mouvement commence à se rétablir, l’on redouble de 
précautions et de soins pour ne point imprimer dè secousses 
à la colonne vertébrale, pour ne point nuire au travail de ci¬ 
catrisation qui s’opère dans la substance nerveuse. A la longue, 
l’application de nombreux exutoires placés à une certaine dis¬ 
tance des .parties osseuses qui ont été intéressées peut con¬ 
tribuer au rétablissement des fonctions de l’innervation. Les 
bains irritans, les frictions électriques, peuvent aussi offrir 
quelque utilité; mais il est presque impossible de prévoir d’a¬ 
vance les indications thérapeutiques applicables à des lésions 
qui n’offrent souvent entre elles que des traits de ressemblance 
éloignés, et qui sont modifiées par des circonstances locales 
tout à fait accidentelles ^voyez le paragraphe où il est traité 
de la compressiorC-lente de la moelle). 

ILcDeS lésions spinales , ou DIFFUSES, OU LOCALES , PROVENANT 
DE LA COMMOTION DU RACHIS. —L’on attribue chaque jour à l’in¬ 
fluence mécanique de la commotion sur les molécules du tissu 
nerveux rachidien des lésions fonctionnelles qui sont occa¬ 
sionnées par une compression locale de la moelle, par la pré¬ 
sence d’un épanchement de sang dans la cavité de l’arachnoïde 
spinale, par une ecchymose de la pie-mère, de la substance 
nerveuse elle-même , qui sont occasionnées par une déchirure 
locale des cordons antérieurs ou postérieurs du prolongement 
rachidien, par une déchirure de l’enveloppe propre de l’organe, à 
travers laquelle une portion de la substance étranglée vient 
faire hernie, en repoussant l’arachnoïde médullaire. Aussi, dans 
les exemples de commotion spinale, rapportés par les auteurs, et 
dont la solution a été favorable, l’on ne constate souvent pour 
tous symptômes que des phénomènes locaux, tels que la paraly¬ 
sie ou l’engourdissement d’uu bras, d’une jambe, un refroidisse¬ 
ment partiel, un commencement de paraplégie, etc. Mais qui ne 
Voit que dans plus d’un cas le défaut de précision dans le l»n- 



HOEUE ÉPINIÈRE. 69 

gage ne sert qu’à dissimuler l’incertitude du diagnostic ? Il est 
plus facile de dire que l’on a porté remède aux effets d’une 
commotion de la moelle épinière que de caractériser avec pré¬ 
cision la nature du désordre matériel qui portaitle trouble dans 
les fondions de l’innervation. Toutefois, chacun devine déjà 
que l’ébranlement communiqué au cordon nerveux spinal, 
dans le chutes sur les pieds, les violentes collisions du rachis, 
ne se borne pas toujours à produire des lésions circonscrites 
de la substance nerveuse. La nature, l’ensemble des phéno¬ 
mènes morbides qui affectent quelquefois, dans le même in¬ 
stant , toutes les fonctions qui sont sous la dépendance de la 
moelle épinière, suffiraient pour prouver que cet organe su¬ 
bit alors une modification qui s’étend à toutes ses parties. Or, 
quand les sujets qui présentent ces troubles fonctionnels géné¬ 
raux succombent, l’anatomiste ne découvre point toujours des 
lésions locales dans la moelle spinale ; ou si cet organe en offre 
par hasard quelques-unes, ce n’est point nécessairement à une 
semblable cause qu’il faut attribuer la promptitude de la mort : 
la preuve de ce que nous avançons est facile à établir par des 
ouvertures de corps multipliées. Plus d’une fois, la cause ma¬ 
térielle qui a déterminé l’anéantissement subit de toute action 
vitale ne laisse sur le cadavre aucune trace appréciable; et, à 
s’en rapporter à l’aspect, à la consistance, à la coloration de 
l’organe, l’on dirait d’une moelle épinière parfaitement saine, 
ce que l’on ne saurait admettre quand l’on pense que le blessé 
était frappé de paralysie, privé de sensibilité ; que la respira¬ 
tion, le mouvement circulatoire , ont été subitement suspen¬ 
dus; mais, en pareilles circonstances, la modification éprouvée 
par le tissu nerveux est diffuse et trop intime, sans doute, pour 
frapper les sens de l’observateur. Nous concluons, de tout ce 
qui précède, que la commotion du cordon nerveux rachidien 
peut déterminer dans son tissu plus d’un genre d’altéra¬ 
tions, et que l’expression des symptômes doit, par consé¬ 
quent, offrir de nombreuses différences sur chaque malade 
soumis à notre observation. 

Voici, au reste, ce qui arrive, en général, au moment où 
l’ébranlement imprimé à la colonne dorsale, par un coup ou 
par un chute, se communique à la moelle épinière; Le sujet 
perd connaissance, et tombe à la renverse ; l’urine et les ma¬ 
tières fécales s’échappent de leur réservoir; les quatre mem¬ 
bres sont paralysés et insensibles ; l’acte respiratoire est plus 



70 3IOÜÎ.LE ÈPIMIÊRE. 

OU moiBS difficile, la circulatiou irrégulière, la peau couverte 
d’uue sueur froide. Les saiguées, les frictions que l’on pratique 
sur les tégumens, les efforts que l’on tente pour ranimer les 
puissances respiratoires, parviennent quelquefois à réveiller 
là sensibilité, à rappeler en partie les contractions musculaires, 
l’exercice des principales fonctions. Alors, l’intelligence recou¬ 
vrant son activité, le blessé peut accuser dans le trajet de 
l’épine une douleur sourde, des élancemens, des picote- 
mens dans les bras et dans les jambes, auxquels il imprime 
avec peine des mouvemens très bornés. Mais il 'peut arriver 
aussi que le sujet reste dans un état voisin de la stupeur, et 
qu’il périsse dans les vingt-quatre heures , sinon presque im¬ 
médiatement après l’accident. Si, dans l’espace de quelques 
jours, la paralysie décroît d’une manière régulière et à peu 
près égale vers les quatre membres , la vessie , le rectum , si 
les impressions sont bien perçues par toute la surface du corps , 
que les sensations douloureuses aillent en s’affaiblissant, que 
l’acte respiratoire s’exécute avec régularité , l’on peut espérer 
alors que la lésion de la moelle épinière n’est que diffuse, 
qu’elle n’affecte sur aucun point la structure intime de l’or¬ 
gane, qu’il ne s’est formé nulle part, en un mot, soit des ec¬ 
chymoses , soit des déchirures, des ramollissemeus traumati¬ 
ques. La persistance locale d’un symptôme isolé doit faire 
croire à l’existence d’un désordre matériel particulier, et dont 
le siège peut affecter à leur origine les nerfs qui vont à un 
bras, à une jambe , les nerfs de la sensibilité, du mouvement. 
11 est inutile de faire remarquer que la commotion n’agit sou¬ 
vent que sur la moelle dorsale, la moelle lombaire, et que, 
dans les cas de ee genre, il ne survient guère de troubles fonc¬ 
tionnels que vers la vessie, le rectum et les membres abdomi¬ 
naux. Les modifications occasionnées dans l’état de la moelle 
spinale, par ces commotions locales, sont même susceptibles 
de disparaître d’une manière assëz rapide; car l’on voit sou¬ 
vent la paresse du gros intestin, la rétention d’urine, la para¬ 
plégie, l’insensibilité des tégumens des jambes, des fesses, des 
parties génitales, se dissiper graduellement sur des blessés 
qui avaient eu la région lombaire ébranlée par le choc d’un 
corps lourd et résistant. 

L’on peut établir deux périodes pour le traitement des ac- 
cidens produits par la commotion du rgchis. La commotion 



BJOELIK ÉPINIÈKE. 71 

vient-elle d’avoir lieu depuis quelques instaus, l’on fait 
étendre le malade sur un lit dur, et l’on cherche d’abord à 
dégorger les vaisseaux rachidiens, et à prévenir la réaction 
inflammatoire de la substance nerveuse, en pratiquant une 
saignée plus ou moins abondante, ou en faisant appliquer un 
grand nombre de sangsues sur le trajet de l’épine. On tente 
ensuite de réveiller la sensibilité cutanée par un léger cha¬ 
touillement, par des frictions alcooliques, sur lesquels on in¬ 
siste avec une grande modération; l’on fait administrer un la¬ 
vement purgatif, une boisson acidulée, et on laisse écouler 
quarante ou cinquante heures , sans recourir à aucun moyen 
actif, à moins que de nouvelles saignées soient exigées par la 
gravité des symptômes. Lorsque, au bout de quelques jours, 
l’on est rassuré sur le danger d’une méningite ou d’une myé¬ 
lite , et qu’il reste encore à combattre un affaiblissement de la 
sensibilité et de l’exercice musculaire, l’on peut recourir àl’ap- 
plication réitérée d’un certain nombre de ventouses sèches ou 
scarifiées sur les côtés de l’épine dorsale, à l’emploi jour¬ 
nalier des pilules purgatives, des frictions pratiquées sur les 
membres, avec la teinture de benjoin , la teinture de cantha¬ 
ride, la pommade ammoniacale. A la longue, l’on peut même 
placer des vésicatoires volans sur divers points de la région 
vertébrale, faire usage d’un courant électrique, des bains sa¬ 
lins, hydrosulfureux; en un mot, tenter tous les moyens qui 
jouissent de quelque efficacité dans les affections chroniques 
du cordon nerveux rachidien. 

III. De la compression locale brusque de la moelle épi¬ 
nière , SANS DÉSORGANISATION DE LA SUBSTANCE NERVEUSE. — La 
compression est la complication la plus fréquente des plaies 
contuses de la moelle spinale; souvent même c’est à l’espèce 
de constrietion que les vertèbres divisées exercent sur le cor¬ 
don nerveux rachidien qu’il faut attribuer, dans les fractures 
de la colonne vertébrale avec lésion du tissu nerveux, les 
symptômes graves qui se manifestent immédiatement après 
l’accident. Les autopsies cadavériques démontrent jusqu’à l’évi¬ 
dence que dans maintes circonstances il existe à peine dans 
la moelle épinière des blessés quelques ecchymoses ^ quel¬ 
ques stries de sang, tandis que le corps de l’organe est aplati 
et comme étranglé entre les surfaces osseuses déplacées, et 




72 MOEtLE ÉPimÈUE. 

croisées l’une sur l’autre. Or, dans les cas de ce genre, com¬ 
ment méconnaître l’influence de la compression, en attribuant 
à une déchirure, à une contusion très limitées, des lésions de 
fonctions assez puissantes pour faire cesser la vie avec une 
promptitude quelquefois effrayante ? Parmi les sujets qui sur¬ 
vivent plusieurs mois à une fracture du rachis, et qui succom¬ 
bent à la longue à une myélite chronique, il en est dont les 
faisceaux antérieurs et postérieurs, l’écorce, si on peut le dire, 
de la moelle épinière , ne semblent point avoir été intéressés au 
moment de la blessure ; cependant, lorsque cet organe est sim-^ 
plement resserré dans un espace étroit, les lésions delà sen¬ 
sibilité et du mouvement n’en sont pas moins prononcées long¬ 
temps avant que l’inflammation ou le ramollissement de la 
substance spinale centrale né se déclarent ; c’est la compres¬ 
sion seule qui, de prime abord, porte le trouble dans l’exer¬ 
cice de la sensibilité, dans l’exercice musculaire. S’il nous res¬ 
tait à cet égard quelques doutes, l’observation de ce qui se 
passe dans certains cas de luxations de la région cervicale 
<lu rachis ferait cesser toute incertitude. Ehrlich a vu la 
paralysie du sentiment, l’immobilité des membres, le désordre 
de la respiration, du pouls, des déjections alvines et urinaires 
involontaires, succéder à la luxation de l’atlas sur l’axis : la 
luxation ayant été réduite, non sans difficulté, les fonctions 
du mouvement et de la sensibilité se rétablirent presque aussi¬ 
tôt. Les auteurs rapportent un grand nombre d’exemples de 
mort subite occasionnée par une fracture ou par une luxa¬ 
tion de l’occipital, de l’atlas, de l’axis, etc. Souvent la moelle 
épinière n’a été l’objet d’aucune investigation anatomique : la 
cessation de la vie a pu dépendre, dans des cas pareils, de 
l’écrasement ou delà compression de la moelle cervicale; 
mais , sur un point moins élevé de l’organe, le danger immé¬ 
diat de la compression n’est plus le même, surtout si la com¬ 
pression est modérée. L’aplatissement subit du cordon ner¬ 
veux spinal occasionne, sans aucun doute, un changement' 
dans les rapports intimes des particules qui concourent à sa 
formation ; les conditions du tissu cellulaire qui enchaîne ces 
particules l’une à l’autre sont elles-mêmes modifiées par la 
violence extérieure ; mais finalement, la désorganisation de 
la substance nerveuse n’étant pas un effet constant delà com¬ 
pression , l’on est quelquefois assez heureux, dans les cas où 



MOELtE ÉPIÎVJÈRE. 73 

l’ou a affaire à un simple aplatissement de l’organe rachidien, 
pour combattre avec succès les principales lésions fonction¬ 
nelles. 

Les mêmes circonstances exposent l’homme au danger d’une 
plaie contuse et à la compression subite de la moelle épinière. 
Le déplacement, l’écrasement d’une vertèbre, l’enfoncement 
de ses lames, de ses apophyses, peuvent indifféremment occa¬ 
sionner une rupture ou un simple étranglement du cordon ner¬ 
veux rachidien ; et comme, dans les deux cas, les troubles fonc¬ 
tionnels les plus graves proviennent de la cessation des rapports 
qui existent, dans l’état normal, entre le cerveau, la moelle 
allongée et les parties les plus inférieures de la moelle 
spinale, l’on conçoit tout de suite combien il est difhcile 
de décider, en arrivant auprès d’un blessé, si l’on a affaire 
à une plaie contuse ou à une compression sans déchirure 
du corps de l’organe rachidien. Que la moelle soit profondé¬ 
ment altérée dans sa texture ou seulement comprimée avec 
violence, l’on sera toujours à même de constater un trouble 
dans l’exercice de la respiration, une lésion des mouvemens 
volontaires, de la sensibilité, de la contractilité de la vessie et 
du rectum, etc. ; et, en supposant que l’on ait intérêt à établir 
un diagnostic différentiel, l’on ne trouve pour l’asseoir que des 
bases d’une solidité très équivoque. Cependant les probabilités 
sont en faveur d’une simple compression de la moelle épinière 
lorsque le blessé a pu marcher, se tenir debout après l’événe¬ 
ment , lorsque l’insensibilité des tégumens, la paralysie mus¬ 
culaire, semblent diminuer sous l’influence de certaines mani¬ 
pulations ou de certains déplacemens des surfaces osseuses du 
rachis, lorsque l’exercice fonctionnel est tantôt aboli, tantôt 
rétabli dans l’un ou l’autre côté du corps, suivant que les sur¬ 
faces osseuses portent complètement sur une moitié de la 
moelle, ou qu’elles effleurent à peine l’autre moitié de l’or¬ 
gane. Eu général, la réaction fébrile, la perturbation des prin¬ 
cipaux phénomènes vitaux, à moins qu’elles ne dépendent du 
désordre des parties molles qui recouvrent la colonne spinale, 
sont moins prononcées dans les cas de compression sans plaies 
de la moelle épinière, que dans les cas où l’on constate une 
lésion de sa substance grise ou blanche; et lorsque la compres¬ 
sion affecte la moelle dorsale ou la moelle lombaire, il arrive 
souvent, même peu de temps après l’accident, que les seules 



74 


ÉPlMIÈRi;. 

fonctions de la sensibilité et du mouvement sont lésées, à 
moins qu’il ne se déclare une méningite spinale consécutive, et 
que l’inflammation de la membrane propre de la moelle ne 
vienne compliquer par de nouveaux symptômes l’obscurité 
du diagnostic. 

Le genre de soins qui convient aux plaies contuses de la 
moelle épinière est également prescrit dans les cas où la moelle 
n’est que comprimée. Par malheur, quelques efforts que l’on 
tente pour remédier aux accidens locaux, l’issue est à crain¬ 
dre , soit que l’organe soit lésé dans sa structure, soit qu’il 
n’éprouve qu’un étranglement vers un point de son trajet. En 
théorie, cependant, il semble plus facile de porter remède aux 
effets de la compression que d’obtenir la cicatrisation du tissu 
nerveux spinal. Tout le monde est d’accord sur la nécessité 
d’opposer les émissions sanguines , générales et locales, aux 
premiers accidens qui annoncent l’ébranlement du rachis, le 
déplacement des parties osseuses, et la compression de la 
moelle spinale; mais les opinions se partagent surlesavàntages 
et les inconvéniens attachés à certaines manipulations chirur¬ 
gicales , qui sont tour à tour conseillées et blâmées par de 
grands praticiens. L’on a vu la réduction d’une vertèbre mal 
placée faire aussitôt disparaître tous les symptômes de la com¬ 
pression spinale, et l’exemple du succès décide souvent du 
parti auquel le patient et le chirurgien se décident pour attein¬ 
dre plus promptement leur but. Mais l’on a vu aussi une mort 
presque immédiate succéder aux efforts du chirurgien pour 
rétablir les rapjtorts des vertèbres déplacées , et il est prouvé 
par l’expérience que le repos prolongé , une longue immobi¬ 
lité de la colonne vertébrale ont suffi plus d’une fois pour per¬ 
mettre aux pièces osseuses de reprendre leur première solidité, 
à l’exercice fonctionnel de l’organe racbidien de se rétablir en 
tout ou en partie ; de sorte que l’opinion des chirurgiens qui 
donnent le précepte de respecter l’état des vertèbres déviées 
n’est peut-être pas la moins sage. Mais la gravité des circon¬ 
stances, la presque certitude de voir un blessé succomber 
dans le plus court délai, devront engager quelquefois l’homme 
de l’art à attaquer directement la cause du danger en cher¬ 
chant à reporter les pièces du rachis à leur véritable place. En 
somme, après un certain temps, la persistance des accidens 
f|ui ont succédé dans le principe à une compression brusque 



9m£l,I.E ÉPISIÈBE. 75 

de la moelle épinière commande l’emploi de tous les moyens 
de-traitement qui sont applicables dans les cas de compression 
lente du même organe. 

IV. Des effets de la compression de la moelle épinière dans 
LES cas de déformation lente de la colonne vertébrale. — Les 
changemens qui s’effectuent d’une manière lente et graduelle 
dans l’agencement, les rapports des pièces osseuses qui com¬ 
posent la colonne vertébrale, ne portent pas nécessairement 
une atteinte grave à l’exercice des fonctions de la moelle épi¬ 
nière. Les dimensions du canal vertébral éprouvent quelque¬ 
fois une diminution notable, sans que le cordon nerveux 
rachidien, qui se trouve réduit à la moitié, au tiers de son 
calibre normal, subisse une véritable désorganisation. Mais 
lorsque la.moelle spinale se trouve comme étranglée, comme 
pincée dans un espace très circonscrit, il se manifeste presque 
constamment des lésions de la sensibilité et du mouvement 
dont on devine facilement le mode d’expression. Ces accidens 
sont surtout occasionnés par un gonflement local d'une ver¬ 
tèbre , de son fibro-cartilage articulaire, de ses apophyses, de 
ses lames, par le chevauchement de la colonne vertébrale, 
lorsqu’une pièce osseuse, plusieurs os sont détruits par la ca¬ 
rie, la suppuration. Le tissu nerveux se trouvant refoulé, 
aplati, il est presque impossible que l’exercice fonctionnel ne 
se ressente pas de ce changement ; mais la modification du tissu 
s’effectuant avec une grande lenteur, ce n’est qu’à la longue 
que l’on est frappé de ses principaux effets. Le diagnostic spé¬ 
cial du mode de compression que nous venons de signaler 
s’appuie sur la connaissance des maladies antérieures du sujet, 
sur des considérations relatives à l’âge, à la prédominance 
des habitudes, de la constitution. Les enfans rachitiques, scro¬ 
fuleux, sujets aux engorgemens glandulaires ; les adolescens 
qui s’adonnent à l’onanisme; les individus qui ont eu des exos¬ 
toses , des affections vénériennes rebelles, invétérées, des 
rhumatismes chroniques fréquens, opiniâtres dans la région 
dorsale, doivent exciter les soupçons du médecin lorsqu’ils 
insistent en se plaignant : sur un affaiblissement qu’ils ressen¬ 
tent dans les membres , sur une sorte de pincement subit qui 
se manifeste, pendant un exercice forcé, vers lesbras ou vers les 
jambes. Chez les enfans, il n’est pas rare de voir les jambes plier 



76 


MOELLE ÉPIHiÈRE. 
tout à coup sous le poids du corps pendant l’exercice du saut, 
au milieu d’une lutte; l’instant d’après, ce symptôme de fai¬ 
blesse est oublié.. Chez les adultes , ce sont presque toujours 
des anomalies delà sensibilité qui éveillent l’attention des ma¬ 
lades. Ceux-ci accusent vers un point du rachis une douleur 
obtuse; les tégumens de la poitrine, du ventre, à une certaine 
distance du [point douloureux, semblent engourdis, affectés 
d’une certaine rigidité ; l’ensemble des principales fonctions ne 
paraît pas troublé, mais l’appétit languit; l’individu est en 
proie à une sorte de tristesse et de malaise. Une exploration 
du sujet ne peut manquer bientôt de jeter un jour complet sur 
la nature de la maladie. Le rachis est-il découvert, l’on aper¬ 
çoit dans la région cervicale, au dos , vers la région lombaire, 
une sorte d’empâtement, de tuméfaction, quelquefois une vé¬ 
ritable saillie. La compression, si elle s’exerce légèrement, 
semble peu douloureuse; si elle va jusqu’à imprimer quelques 
mouvemens aux surfaces osseuses, le malade peut pei cevoir 
de la crépitation, de la douleur. La peau qui avoisine le foyer 
du mal est peu sensible aux impressions tactiles ; cependant des 
sensations spontanées, pénibles, s’y font continuellement re¬ 
marquer. Les membres sont aussi le siège de fourmillemens, de 
crampes incommodes ; les mouvemens de locomotion, de pré¬ 
hension , sont chaque jour ])lus restreints. Enfin, il vient une 
époque où la tête s’incline en avant, à droite , à gauche, où 
elle demeure à peu près immobile , si la carie attaque une ver¬ 
tèbre cervicale. Il vient un temps où le dos, les lombes, pré¬ 
sentent une gibbosité considérable. Il est inutile de faire ob¬ 
server que la compression peut s’exercer plus ou moins haut 
sur le trajet de la moelle; qu’elle peut agir, au moins dans le 
principe, sur sa face postérieure seule, sur sa face antérieure, 
sur l’une de ses moitiés ; circonstances qui font varier l’éten¬ 
due de la paralysie musculaire, le mode de combinaison des 
phénomènes qui appartiennent à la sensibilité et au mouve¬ 
ment. L’on a recueilli beaucoup d’exemples de compression 
graduelle de la moelle épinière, affectant la région cervicale. 
Souvent, dans les cas de ce genre, la paralysie affecte assez 
gravement les bras avant de porter atteinte aux mouvemens 
des jambes. Les lésions de la sensibilité sont aussi plus mar¬ 
quées vis-à-vis du point comprimé que dans les parties qui 
correspondent aux vertèbres saines. Les communications n’é- 



MOEllE ÉPlItlÈRE. 77 

taut poiQt complètement interceptées entre le cerveau et l’axe 
nerveux rachidien^ l’encéphale exerce encore une certaine in¬ 
fluence sur les portions de la moelle qui sont restées à l’état 
normal ; ces portions médullaires continuent aussi à recueillir 
avec une certaine fidélité des impressions qui sont encore trans¬ 
mises jusqu’à la masse encéphalique. L’on a vu la mâchoire 
inférieure repoussée en avant par l’action d’une vertèbre qui 
n’était plus soutenue par le corps de la vertèbre placée immé¬ 
diatement au-dessous d’elle , et une collection de pus se faire 
jour dans la bouche à travers le pharynx décollé et rénittent 
comme une tumeur (Ollivier). J’ai ouvert un enfant qui avait 
succombé à une paralysie des quatre membres, provenant de 
la carie des deuxième et troisième vertèbres cervicales, et qui 
présentait' également un abcès considérable entre la voûte 
pharyngienne et la colonne vertébrale. Les abcès froids qui 
se forment quelquefois au bas de la région dorsale, au pli de 
l’aine, concourent encore à éclairer le diagnostic des lésions 
fonctionnelles occasionnées par la compression lente de la 
moelle épinière, puisque ces abcès fournissent de nouvelles 
probabilités en faveur de l’existence d’une lésion des os du ra¬ 
chis. Il est à noter que les effets de la compression rachidienne 
se font rarement ressentir sur la vessie et sur le rectum; en 
général l’excrétion de l’urine et des matières fécales continue 
à s’opérer comme dans l’état de santé. J’ai vu, sur une jeune 
fille que je croyais atteinted’un ramollissement chronique de la 
moelle lombaire, et qui mourut privée de l’exercice de la sensi¬ 
bilité et des mouvemens volontaires, sans avoir offert à l’exté¬ 
rieur lamoindre déviation des vertèbres cariées, l’urine s’écouler 
goutte à goutte, à l’insu de la malade, plusieurs mois avant la 
mort. La défécation était également involontaire. Les tégumens 
des cuisses n’accusaient point la présence des objets extérieurs; 
ces parties étaient cependant le siège de continuels fourmille- 
mens. En somme, tant que le ramollissement du tissu nerveux 
ne complique pas la compression du prolongement rachidien, 
et à moins que l’aplatissement dé l’organe ne soit considéra¬ 
ble , l’exercice fonctionnel est affaibli sans éprouver une abo¬ 
lition totale. Cette particularité, jointe aux symptômes qui dé¬ 
notent une altération locale des parties osseuses, suffit pour 
caractériser suffisamment la cause des accidens nerveux qui 
résultent de la déformation du rachis. Mais M. Abercrombie 



MOKLIE ÉPINIÈRE. 


Î8 

fait remarquer avec raison que la carie fait souvent des rava¬ 
ges très étendus , qu’elle entraîne même la mort sans porter 
atteinte à la puissance musculaire des membres, sans déter¬ 
miner la distorsion du rachis. L’on est averti de l’existence du 
mal uniquement par l’exaltation de la sensibilité locale, lors¬ 
que l’on appuie avec force sur l’os affecté ; par le sentiment 
de constriction que le sujet éprouve vers le bord des côtes, et 
qu’il compare à la gêne que produirait une corde serrée autour 
du corps ; par des anomalies de la circulation et de la respira¬ 
tion. M. Ch. Bell a noté des attaques de palpitations sur un 
homme dont le médiastin postérieur était le siège d’un abcès 
résultant de la fonte des vertèbres dorsales. Sur un autre su¬ 
jet, dont les vertèbres lombaires, étaient suppurées, dont le 
psoas représentait une poche remplie de pus, il avait existé 
une gêne considérable de la respiration. Dans le plus grand 
nombre des cas, les phénomènes circulatoire et respiratoire ne 
sont pas modifiés par la maladie, et si le pouls acquiert plus 
de vitesse, ce n’est guère qu’au moment où l’inflammation des 
parties fibreuses de Taxé vertébral gagne le tissu musculaire, 
et au moment où il survient des eschares dans les tégumens et 
le tissu cellulaire qui rec.ouvrent le bassin. 

D’après M. Abercrombie, il semblerait que souvent la para¬ 
lysie , toutes les lésions de l’innervation qui s’observent dans 
la carie vertébrale, doivent être attribuées moins à la com¬ 
pression , à la distorsion de la colonne osseuse du rachis , qu’à 
la réaction que les tissus cariés, les parties fibreuses enflam¬ 
mées, exercent sur la substance nerveuse spinale. M. Aber¬ 
crombie apporte à l’appui de son opinion les preuves sui¬ 
vantes: d’abord la déviation du rachis peut être poussée fort 
loin sans que la puissance musculaire soit affaiblie ; seconde¬ 
ment, si les os viennent à se souder lorsque la courbure verté¬ 
brale est très intense, la paralysie peut néanmoins disparaître. 
Les raisons que nous venons de reproduire ne prouvent point 
d’une manière décisive que le rôle de l’inflammation , qui est 
quelquefois incontestable , soit aussi important qu’on pourrait 
se le persuader ; elles établissent surtout que la déviation de 
Taxe spinal peut avoir lieu sans que la moelle se trouve com¬ 
primée, et que , dans quelques cas , la soudure des os affectés 
de carie fait cesser les effets de la compression. J’ai disséqué 
plusieurs moelles épinières dont le tissu ne s’éloignait pas sen- 



MOELLE ÉPINIÈRE. 79 

siblemeat de l’état normal ; les malades étaient morts, ou pa¬ 
raplégiques, ou perclus des quatre membres; la compression 
seule avait aboli l’action des faisceaux musculaires qui recou¬ 
vrent les extrémités abdominales et thoraciques. Le savant pa¬ 
thologiste anglais rapporte lui-même de nombreux exemples 
de carie vertébrale qui n’était accompagnée d’aucun chan¬ 
gement dans la coloration ou la consistance du cordon ner¬ 
veux rachidien. En pareil cas, c’est donc le déplacement des 
vertèbres qui doit surtout être pris en considération. Cette 
vérité était importante à établir; les effets de la compression 
sont mécaniques ; ils peuvent être combattus avec succès lors¬ 
que la carie est peu avancée. La paralysie qui lient à une lésion 
inflammatoire de la substance nerveuse résiste aux moyens de 
traitement. 11 est vrai qu’à la longue le ramollissement de la 
moelle épinière succède souvent à la compression; mais dans 
le principe la moelle conserve sa consistance naturelle. 

L’on ne peut niercependant la gravité des dangers auxquels 
l’homme est exposé par le déplacement graduel des pièces os¬ 
seuses qui forment la colonne dorsale. D’après la remarque du 
docteur Ollivier, l’atlas et l’axis sont plus souvent que les au¬ 
tres vertèbres affectés de carie: or, le bulbe rachidien, dont 
les lésions subites les plus légères entraînent fréquemment la 
mort, est précisément le point de la moelle épinière le plus ex¬ 
posé aux effets de la compression graduelle. Heureusement 
cette compression, par cela même qu’elle s’établit avec une 
grande lenteur , ne porte point atteinte au principe de la vie, 
que le moindre mouvement brusque et trop étendu pourrait 
compromettre. Armstrong a vu guérir un jeune enfant qui était 
paralysé des deux jambes, du bras droit, en partie du bras 
gauche. La respiration était gênée, la défécation et la sécrétion 
de l’urihe étaient involontaires. Des douleurs qui existaient vers 
la région cervicale étaient augmentées par la compression; les 
vertèbres malades restèrent enkylosées. 

Un homme fut atteint de strabisme, d’une difficulté à avaler, 
de gêne dans la prononciation; la jambe et le bras du côté 
gauche cessèrent de se mouvoir ; l’on constata la saillie d’un 
certain nombre de vertèbres cervicales. Tous ces accidens, à 
l’exception du déplacement des os, cédèrent à l’emploi du 
mercure (Abercrombie). 

Un homme éprouvait des douleurs vers les fausses côtes, à 



80 MOEUE ÉPINIÈRE. 

droite et à gauche, de la toux, de l’irrégularité dans les mou* 
vemens du pouls. La marche était pénible ; il existait une sail¬ 
lie au bas de la région dorsale ; des douleurs lancinantes s’é¬ 
tendaient du foyer du mal vers les cuisses. L’application d’un 
certain nombre d’exutoires fit disparaître tous ces symptômes 
(Abercrombie). 

La méthode de traitement instituée par Pott a souvent permis 
de constater que les effets de la compression provenant de la 
carie ne sont point nécessairement mortels ; mais lorsque la 
moelle est ramollie , que le foyer de suppuration affecte un es¬ 
pace très étendu, que les parties molles sont infiltrées de pus, 
les symptômes de paralysie aussi intenses que possible, les 
membres s’atrophient, deviennent œdémateux, les tégumens 
s’enflamment, s’excorient, et les malades périssent malgré tous 
les efforts de l’art. 

Les enfans , les sujets scrofuleux qui accusent quelques-uns 
des symptômes qui annoncent une déviation commençante du 
rachis, doivent être de préférence placés à la campagne, vêtus 
de flanelle, préservés de l’humidité , du froid, exposés à l’in¬ 
fluence d’un air pur. Ces malades s’abstiennent de tout exer¬ 
cice , passant le jour comme la nuit couchés ou à demi étendus 
sur un sommier composé de crin et de plantes aromatiques. Ils 
doivent choisir pour leur nourriture les viandes rôties, boire 
pendant les repas une quantité modérée de vin pur ou à peine 
étendu d’eau, évitant avec soin l’usage des fécules et le régime 
lacté. Chaque jour l’on pratique sur les membres engourdis 
des frictions légères, et l’on emploie à cet usage une brosse 
sèche, un tissu de laine imprégné d’un alcoolat ou de vapeurs 
de benjoin. Si les accidens semblent suspendus, les bains frais 
rendus alcalins, les bains de mer peuvent compléter les pres¬ 
criptions ; si le mal paraît s’accroître, l’on ne doit point hésiter 
à établir dans le voisinage de la courbure du rachis six ou huit 
cautères, dont la suppuration est long-temps entretenue. Les 
individus infectés de syphilis réclament les mêmes soins; seu¬ 
lement l’on fait çn même temps usage de frictions mercurielles 
et du mercure que l’on fait prendre à l’intérieur. Les émissions 
sanguines locales peuveni devenir utiles sur les sujets san¬ 
guins , surtout si la distorsion de la colonne dorsale s’est ma¬ 
nifestée à la suite d’une chute ou d’un coup. 

Une jeune fille , dont M. Lesueur a recueilli l’observation. 



81 


MOEtlE ÉPINIÈRE, 
fut guérie d’une carie scrofuleuse avec paraplégie , émaciation 
des jambes, par l’application répétée dés cautères, des moxas, 
par l’électro-punciure, les préparations de noix vomique ad¬ 
ministrées en pilules. Des aiguilles étaient enfoncées dans les 
parties molles et à la profondeur d’un pouce, au-dessous de la 
gibbosité; la plaque qui terminait l’un des pôles de la pile dont 
on se servit était placée alternativement en dehors et en de¬ 
dans des cuisses paralysées, tandis que l’autre pôle rencontrait 
l’aiguille engagée dans les chairs (Ollivier, 1.1, p. 483). L’élec¬ 
tricité peut être administrée sous forme d’étincelles, et à l’aide 
des machines électriques ordinaires; l’on peut aussi varier la 
force des piles et des décharges. Mais l’on doit désirer, avant 
d’agir sur le système nerveux par un semblable stimulant, que 
les progrès de la carie soient limités, que la consolidation des 
vertèbres soit suffisamment établie. Ces conseils sont applicables 
à l’emploi de l’extrait de noix vomique, dont la dose peut être 
portée à dix grains par jour, en commençant par une pilule d'un 
demi-grain à un grain. Lorsque le siège desaccidens a lieu près 
de la tête, l’on astreint le malade à porter long-temps une sorte 
de collier en carton, qui prévient le déplacement des parties 
osseuses réunies ; et dans tous les cas, pendant la convales¬ 
cence , jamais les mouvemens de progression ne doivent être 
tentés qu’avec une excessive prudence. 

y. De l’action lente et compressive des tumeurs anévrysma¬ 
les SUR LA MOELLE ÉPINIÈRE. — Les OS qui sont en contact avec 
les parties lésées, dans les cas où l’aorte a subi une dilatation 
anévrysmale, éprouvant presque toujours à la longue une usure 
plus ou moins sensible, le corps des vertèbres thoraciques ou 
abdominales se trouve parfois détruit en partie, dans une 
étendue de plusieurs pouces, vis-à-vis le point où la tumeur 
artérielle a exercé l’action la plus intense et la plus soutenue. 
En général, il reste encore une cloison osseuse qui sépare-l’en- 
veloppe fibreuse de la moelle épinière de la poche anévrysma- 
tique, de sorte que les fonctions de la moelle épinière n’éprou¬ 
vent aucun dérangement. Mais quelques pathologistes ayant 
constaté la perforation du canal osseux du rachis dans des cas 
d’anévrysme de l’aorte thoracique, du sang ayant même été 
rencontré entre le canal spinal et la dure-mère, sur un sujet 
qui fut enlevé par une hémorrhagie, à la suite d’une rupture 
■ Dlet. de. Méd. xx. 6 



82 


910E1.LE ÉPitVIÈRlS. 

spoutapée du sac apévrysmal de la même artère, l’oa est cpp- 
dijit à fechercher quels seraient les symptôines qui pourraient 
faire soupçonner que le cordon neryeux raphidien est com¬ 
primé par un anévrysme. Ces symptômes seraient ceux d’une 
compression lente exercée le plus souvent d’une manière 
incomplète, c’est-à-dire que la moelle épinière étant re¬ 
poussée d’ayant en arrière, il s’ensuivrait une parajdégie 
plus ou moins intense, ou un simple affaiblissement graduel 
de la puissance musculaire des membres pelviens, dont la cha¬ 
leur serait sans doute diminuée. Peut-être observerait-on quel, 
ques anomalies de la sensibilité, à l’intérieur ou à l’extérieur, 
dans le voisinage de la tumeur artérielle ; les fonctions du 
rectum et de la vessie pourraient aussi éprouver quelques lé¬ 
sions. Mais l’absence des signes qui indiquent la carie avec dé¬ 
formation de la colonne spinale, la réunion, depuis long-temps 
constatée, des principaux symptômes qui caractériseutl’exis¬ 
tence d’un anévrysme interne {voyez Anévrysme de l’aorte), 
conduiraient indubitablement le médecin à soupçonner la 
cause de la paralysie et des autres phénomènes nerveux. Dans 
un cas curieux d’anévrysme de l’aorte descendante, avec usure 
des troisième, quatrième et cinquième vertèbres dorsales, re¬ 
cueilli par le docteur MoUson, il eût été difficile de ne pas se 
tromper sur la cause du tremblement des jambes, des symp¬ 
tômes de paralysie qui se manifestèrent au moment où la 
poche anévrysmale se rompit dans l’cesophage, et où le sujet 
commença à vomir des flots de sang. Les vertèbres n’étaient 
pas perforées de part en part; mais la carie avait aussi agi dans 
l’intérieur du canal, où il s’était formé, sous l’influence d’upe 
irritation consécutive, des épançbemens albumineux, sanieox, 
sanguins, et un ramollissement considérable de la substance 
nerveuse spinale (Abercrombie). Un homwe, sur lequel l’on 
était fondé à soupçonner l’existence d’un anévryme de la por¬ 
tion thoracique et profonde de l’aorte, meuyt presque subite¬ 
ment, par suite d’une rupture qui permet au sang de s’épancher 
dans la cavité gauche de la poitrine. Au moment de l’accident 
on nota la paralysie des membres abdominau-x. Le corps de 
la huitième vertèbre dorsale était perforé de part en part; un 
caillot fibrineux, provenant du fond de la poche anévrysmale, 
repoussait la dure-mère spinale décollée, en comprimant loca- 



aïOELLE ÉPiniÈKE. $3 

lement les faisceaux nerveux rachidiens antérieurs (Revue mé¬ 
dicale, p. 227, juin 1825). 

Une autre sorte de compression, qui est due à l’état maladif 
des canaux artériels, s’établit quelquefois lorsque l’artère ba-r 
silaire dilatée tend à repousser en arrière la portion supérieure 
de la moelle cervicale, en agissant sur les corps pyramidaux 
antérieurs, sur les parties situées auprès du trou occipital. Ici 
les effets sont bien plus directs que lorsqu’ils proviennent de 
l’action de l’aorte. Cependant, quelques faits de dilatation de 
l’artère basilaire, observés à la Pitié par M. Serres, prouvent 
que la tumeur peut acquérir un volume assez notable sans nuire 
à l’exercice de la sensibilité et du mouvement. Il suffit, pour 
que les fonctions de la moelle soient à peu près épargnées, que 
le vaisseau qui représente une sorte de sac parvienne à se 
loger entre le pont de Varole, le cervelet et les pédoncules du 
cerveau mais alors il peut survenir une sorte de pesanteur 
intellectuelle, des vertiges, des maux de tête, des bruissemens 
d’oreilles, des illusions de la vue, un ensemble de symptômes 
qui indiquent que la masse encéphalique éprouve quelque gêne 
dans sa boîte osseuse. S’il se joint à ces acçidens un commen¬ 
cement de lésion de la puissance musculaire des bras et des 
jambes, une certaine gêne de la respiration, de la prononcia¬ 
tion, une difficulté sensible à avaler, une coloration livide des 
lèvres et des pommettes, si le malade succombe d’une ma¬ 
nière brusque, comme dans l’apoplexie sanguine forte, l’on 
peut considérer comme très probable l’existence d’un produit 
morbide de formation ancienne vers la portion crânienne, ou 
sub-crânienne de la moelle, et l’idée d’une poche formée aux 
dépens des parois de l’artère basilaire doit se présenter (voie 
l’observation de M. Lebert; — Ollivier, 1.1, p. 455-463). Mais la 
rareté de ce genre d’affection, la difficulté d’en établir le dia¬ 
gnostic, même d’une manière approximative, la difficulté que 
l’on éprouverait à modifier la circulation locale, les conditions 
du tissu artériel devenu cartilagineux ou friable, si l’on devir 
nait la nature du désorde, font que l’étude des anévrysmes de 
l’artère basilaire, comme ceux de l’aorte, envisagés sous le rap¬ 
port des accidens qu’ils suscitent par leur action lente sur 
quelques portions des grands centres nerveux, est plus inté¬ 
ressante pour l’histoire de l’art, que d’une utilité réelle à la 
médecine pratique. 



84 MOELLE ÉPIKIÈRE. 

VI. Des effets de la compression réscltant de la présence 
d’acéphalocystes dans le canal rachidien. — Les accidents aux¬ 
quels donne lieu la réunion d’un certain nombre d’acéphalo¬ 
cystes, soit entre la dure-mère et le canal osseux du rachis, soit 
au-dessous de l’arachnoïde spinale, indiquent, par la manière 
dont ils se groupent et se développent, que la compression de 
la substance nerveuse a la plus grande part à la production 
des lésions fonctionnelles. Le savant Chaussier, qui a noté le 
premier les phénomènes morbides qui résultent de la présence 
des vers vésiculaires dans l’intérieur du rachis, assigne les 
symptômes suivans comme propres à caractériser l’action des 
entozoaires sur le cordon nerveux rachidien. D’abord une 
douleur sourde, circonscrite, accompagnée d’un;sentiment de 
pesanteur ou de froid, se fait sentir vers un point delà colonne 
vertébrale ; par la suite, cette douleur acquiert de la force et 
de l’étendue; elle peut devenir pulsative, s’accompagner 
d’élancemens, devenir rongeante; le toucher et la vue ne dé¬ 
couvrent cependant rien de particulier dans le dos. Au bout 
d’un certain temps, l’on note dans les membres abdominaux ou 
dans les quatre membres, suivant la hauteur du point où sont 
fixés les acéphalocystes, des crampes, des foûrmillemens, une 
diminution notable de la sensibilité tactile ; peu à peu les mou- 
vemens volontaires des mêmes membres s’affaiblissent, pour 
disparaître à la longue, et graduellement, d’une manière com¬ 
plète. L’urine, les matières fécales, sont retenues dans leur ré¬ 
servoir, ou excrétées sans la participation de la volonté. La 
respiration peut éprouver un certain embarras ; quelques se¬ 
cousses, comme tétaniques, peuvent affecter les membres pa¬ 
ralysés ; il s’établit des escharres au sacrum; la constitution 
se détériore, et les sujets succombent après quelques mois, 
quelques années de souffrances. Un bras peut rester libre de 
ses raouvemens, l’autre bras peut ressentir les effets de la 
paralysie. Il suffit, pour cela, qu’un amas de vers vésiculaires 
comprime la moelle ou les nerfs d’un seul côté, à la hauteur 
de la région cervico-dorsale (Chaussier). Les douleurs peuvent 
être très vives, très aiguës, se répandre, comme par accès, en 
suivant le trajet des grands troncs nerveux, retentir profon¬ 
dément dans un foyer siégeant dans la poitrine, par exemple 
(Mélier). Une tumeur, d’un volume variable, peut apparaîtreau 
bas de la région dorsale, un liquide , remonter dans le canal. 



85 


aiOBtlE ÉPINIÉKK. 
rachidien au moment où l’on comprime les parties tuméfiées, 
un certain nombre d’hydatides s’échapper au dehors au mo¬ 
ment où la tumeur est ouverte (Reydellet). . 

Jusqu’ici les sujets qui ont présenté des entozoaires sur le 
trajet de la moelle spinale appartiennent au sexe féminin; une 
seule femme est âgée de plus de trente ans. Dans aucun cas, 
les causes qui ont occasionné ce genre de maladie n’ont été 
soupçonnées, la constitution, le tempérament, la santé phy¬ 
sique des individus, n’offrant rien de particulier. Le terme 
moyen de l’existence, après l’invasion des premiers symp¬ 
tômes, est de deux ans, à peu près. Les deux femmes men¬ 
tionnées par Chaussier ont l’une et l’autre vécu moins d’un 
an, et succombèrent après l’accouchement. L’inspection de la 
moelle épinière et des méninges spinales {voyez précédem¬ 
ment, p.36) prouve que ces parties ont été soumises aux effets 
de la compression. Les accidens spasmodiques qui compli¬ 
quent quelquefois la paralysie, l’intensité de la douleur, s’ex¬ 
pliquent par la'stimulation que les vers vésiculaires exercent 
sur la partie postérieure de la moelle, dont les membranes 
sont alors sujettes à s’hypérémier, tandis que sa substance 
tend à se ramollir. Dans le premier fait recueilli par Chaus¬ 
sier, le nerf trisplanchnique droit était dur, et un peu diminué 
de volume; ces lésions permirent d’expliquer une paralysie 
passagère, et quelques accidents spasmodiques qui avaient 
affecté un moment la paupière et l’œil du côté droit. La tu¬ 
meur que portait au bas des reins la malade observée par 
Reydellet, ayant été ouverte, l’évacuation des entozoaires glo¬ 
buleuses ne fit point cesser la paraplexie; et ce résultat de 
l’opération, en indiquant que la substance nerveuse était pro¬ 
bablement ramollie, tend à prouver qu’alors même que le kyste 
qui communique avec la cavité du rachis, et qui contient le 
plus gi-and nombre des acéphalocystes, est accessible aux in- 
strumens du chirurgien , l’issue de la maladie n’est pas pour cela 
nécessairement heureuse. Le peu de succès des remèdes tentés 
sur les autres sujets, et qui ont consisté en des prescriptions de 
sangsues, de saignées, de bains généraux, de bains de vapeurs, 
de fumigations aromatiques, de potions antispasmodiques, cal¬ 
mantes, en des applications d’exutoires sur la région doulou¬ 
reuse, démontre également que les ressources de l’art ne peu¬ 
vent que très peu de chose contre les acéphalocystes qui sont 
en rapport avec les grands centreslnerveux- 



86 


MOELLE ÉPIKIÈRE. 

VII. Des effets résultant de la présence d’une TuirfEüR, ou 

tt'üHE CERTAINE QUANTITÉ DE MATIÈRE ENCÉPHALOÏDE A LA SURFACE DE 
LA MOELLE ÉPINIÈRE. — Il existe une si grande analogie, un si 
grand nombre de traits de ressemblance entre les symptômes 
qui appartiennent aux diTcrses affections locales chroniques 
de la moelle épinière et de ses dépendances, qu’il faut être 
doué d’une grande pénétration d’esprit pour hasarder un 
diagnostic différentiel sur chacune de ces affections. En cher¬ 
chant à apprécier la cause de certaines paraplégies, nous 
avons été plus d’une fois obligé de prendre en considération 
l’existence de symptômes plus ou moins étrangers aux fonctions 
du système nerveux rachidien. Nous avons fait valoir l’exis¬ 
tence d’une gibbosité, d’un anévrysme de l’aorte, d’une poche 
aqueuse avec fluctuation dans le dos, pour établir que nous 
avions probablement affaireà une compression provenant de la 
carie et du déplacement des vertèbres, à une compression pro¬ 
venant d’une dilatation artérielle, de l’accumulation de vers vé¬ 
siculaires dans le canal rachidien. La nature de la douleur, la 
présence d’une tumeur comme chaFnue, soit dans la région 
dorsale, le ventre, la poitrine, d’un dépôt cancéreux au cou, 
jointes à un certain nombre de lésions de la myotilité, servent 
surtout à faire soupçonner l’implantation d’un produit encé- 
phaloïde dans le voisinage, ou sur le trajet du cordon nerveux 
rachidien. L’encéphaloïde a été principalement rencontré dans 
le canal spinal de la femme, et sur des enfans âgés de dix à 
quinze ans. Les chutes, la collision des tissus, paraissent favo¬ 
riser le développement de ce produit morbide, soit qu’il végète 
en commençant au dehors du rachis, à la surface externe de 
la dure-mère, ou qu’il prenne naissance sur l’une des lames de 
l’arachnoïde spinal, entre la pie-mère et son feuillet séreux vis¬ 
céral. Les dépôts d’encéphaloïde peuvent acquérir un certain 
volume avant d’agir sur la moelle, de sorte que d’abord aucun 
accident important ne trahit leur existence. D’après ce qui a 
été observé sur quelques malades, il paraît que c’est surtout 
par des sensations morbides douloureuses que l’on est averti 
qu’une tumeur d’un certain volume se trouve à l’étroit dans 
lè sae hbreiix de la dure-mère spinale. Dans les cas de ce 
genre, des douleurs lancinantes éclatent dans le ventre, l’in¬ 
térieur du thorax, les bras, les jambes, suivant la hauteur du 
lieu où existe le désordre. Ces douleurs se réveillent par 



MOEllt; ÈPIülËftE. 87 

cfiseé, et foiit plâce de teiüps en temps à deS picotemëüs, 
à dés ètigôürdissemenS, à des sénsatiôns de froid, à tlii sëfi- 
timent de ehalènr. Il serüble quelquefois au malade qUe la 
douleur parcoure avec rapidité due paire, Üfae brànclie 
de nerfs. Eu même temps, la puissance musculaire diiUinUe 
dans un bras. Une jambe, les deux membres pelviens; lé sujet, 
tout en se tenant encore debout, marche avec peiné, accusé 
une certaine rigidité musculaire; les membres téndeüt à se 
rétracter lorsqu’ils sont en repos. Au bout de six mois, d’un an, 
dix-huit mois, la paralysie des mouvemens devient plus 6U 
moins complète, sans que la violence de la douleur soit di¬ 
minuée. La contracture devient permanente, et à la formation 
des eschares, avec atrophie des parties paralysées, succède 
en6n une mort désirée pàr le patient. Le caractèré des élance- 
méus est moins prononcé peut-être lorsque là tùmeur qui 
pèse sur la moelle épinière tend à faire saillie hors du canal 
rachidien; mais alors le toucher, exercé avec soin, indique 
l’existence d’ün produit accidentel sur les côtés dé la gout¬ 
tière vertébrale; la compression, en affaissant les tégumens, 
augmente quelquefois la paralysie; elle peut causer aussi des 
évanouissemens, des sensations pénibles. M. Abercrombie a 
transcrit l’observation d’un enfant qui, à la suite d’une chute, 
présenta Vers la région lombaire une tumeur considérable qui, 
s’étant ulcérée à son sommet, donna lieu à, des hémorrhagies 
réitérées. L’excrétion de l’urine et des matières fécales était 
involontaire, la paraplégie complète; il avait existé, peu de 
temps après l’accident, des douleurs violentes dans le dos et 
dans lès membres pelviens : le sujet vécut six ans. La tumeur 
sous-cutanéè s’étendait jusqu’à la moelle lombaire, et jusqu’à 
la fin de la moelle dorsale, à travers les vertèbres cariées 
(p. 340). Sur un autre enfant, là matière encéphâldïde s’éten¬ 
dait, par des ramifications, jusque dans le sillon qui sépare 
extérieurement lès apophyses épineuses et les apophyses trans- 
vèrsés des vértèbrés, eu Comprimant la raoèlle CerVicàlé; l’On 
observa là paralysie des quatre membres, du sphincter dû rec¬ 
tum et de la vessie. Une douléur îàncinantë de poitrine, ët uUe 
oppression considérable (Abercrombie, p. 544). Lorsqiié lés tii- 
méUrs èncépbaloïdés ottt lèUr siégé dans ttti point vOisin du 
trou occipital, lâ rëspirâtioü ést encore plus gênéè, et la déglu¬ 
tition s’exécute dlfficiléraent. L’On a vu sür Une fetnnbé qui 



MOELLE ÉPINIÈRE. 


portait au cou un ulcère cancéreux une couche de matière 
encéphaloïde former une sorte de doublure à la dure-mère 
cervicale, entourer, en la comprimartt, la gaine fibreuse des 
nerfs qui traversent les trous de conjugaison pour se rendre 
au plexus brachial, paralyser en partie l’action des deux bras, 
et occasionner dans l’un d’eux des alternatives de douleur et 
d’engourdissement (Ollivier, t. ii, p. 487). Dans ce cas, le 
cordon nerveux spinal' était resté sain, et il n’était soumis à 
aucune compression. 11 en est presque constamment ainsi 
lorsque la matière encéphaloïde est très aplatie, et étendue en 
avant ou en arrière, comme un ruban mince, à la surface inté¬ 
rieure du canal vértébral ; mais lorsque la tumeur esticonsidé- 
rable, il arrive souvent que la portion de moelle épinière sur 
laquelle elle repose se trouve ramollie au moment de l’au¬ 
topsie cadavérique. L’on sent que le ramollissement qui s’ef¬ 
fectue dans la substance nerveuse, lorsque la puissance mus¬ 
culaire est déjà abolie, ne change rien à l’expression de la 
maladie, et qu’il pourrait tout au plus faire cesser la douleur 
dans les parties qui sont privées de mouvemens, en intercep¬ 
tant la communication de leurs nerfs avec la masse encépha- 
liqué. Toutefois, il est clair que ce ramollissement, s’il présente 
un certain degré d’acuité, peut hâter la fin du sujet, en abré¬ 
geant la durée constamment funeste de l’affection squirrheuse. 
Tôt ou tard il arrivera probablement que la présence de fongus, 
siégeant vers la partie postérieure de l’organe rachidien, don¬ 
nera lieu à des secousses convulsives plus ou moins durables; 
et déjà, sur plusieurs sujets, l’on a noté la rétraction des mem¬ 
bres paralysés. Mais, par malheur, la science est dépourvue de 
ressources efficaces pour combattre les dégénérescences orga¬ 
niques les mieux connues; et lorsqu’une tumeur accompagnée 
de symptômes de compression du prolongement rachidien se 
prononce vers un point de la colonne spinale, si l’on se décide 
à administrer au malade quelques potions calmantes, à pres¬ 
crire quelques applications de sangsues, de cataplasmes émoi- 
liens ou narcotiques sur les parties molles qui avoisinent le 
dépôt cancéreux, c’est plutôt dans l’espoir de pallier momen¬ 
tanément les souffrances du sujet, que dans l’intention d’ob¬ 
tenir la résorption du produit morbide. Cependant l’on serait 
blâmable de ne pas insister avec persévérance sur l’emploi des 
saignées locales et des topiques mucilagineux, s’il était dé- 



niO£IX£ ÉPINIÈRE. 89 

montré que la tumeur dont on a découvert le siège s’est ma¬ 
nifestée à la suite d’un coup, ou de toute autre violence exté¬ 
rieure. 

VIII. Des symptômes dépendant de la présence de l’encéphaloïde, 
00 de tout autre produit de nature cancéreuse dans l’épaisseur 
DE LA substance NERVEUSE RACHIDIENNE. — Les Symptômes du 
cancer de la moelle épinière, dont nous ne dirons ici que quel¬ 
ques mots, sont encore très mal connus ; et dans ce cas notre 
ignorance est heureusement justifiée par la rareté de la ma¬ 
ladie, par la coïncidence de son développement avec celui 
d’une lésion cérébrale qui ajoute à la complication des troubles 
fonctionnels. L’on peut présumer, avec quelque fondement, 
que tant que la matière encéphaloïde, colloïde, squirrheuse, 
existe à l’état d’infiltration, et comme disséminée en petite 
quantité dans- l’interstice des particules nerveuses du cordon 
rachidien, sa présence ne porte qu’une atteinte peu grave à la 
sensibilité, mais surtout à la myotilité des membres; et c’est 
principalement lorsque l’accumulation du produit morbide 
acquiert une certaine importance, lorsqu’il représente un 
noyau d’un certain volume, que l’on doit s’attendre à noter 
des phénomènes morbides inquiétans. Du reste, ces phéno¬ 
mènes paraissent avoir une grande ressemblance avec ceux 
qui se remarquent lorsqu’il existe quelque tumeur cancéreuse 
interposée entre la moelle et la face interne de la dure-mère 
rachidienne. Des douleurs aiguës, quelquefois lancinantes, se 
déclarent vers un bras, dans tout un côté du corps, vers les 
membres pelviens. Non-seulement elles résistent à l’influence 
du temps et des remèdes; mais à mesure qu’elles s’aggravent, 
les mouvemens, d’abord affaiblis, tendent à disparaître. L’ex¬ 
crétion de l’urine est involontaire; les matières fécales sont 
retenues dans le rectum, ou elles s’en échappent à l’insu des 
malades. La peau peut rester insensible au toucher, et l’exten¬ 
sion des jambes paralysées réveiller des sensations très doulou¬ 
reuses. La douleur peut s’étendre par irradiation du dos vers 
le ventre, vers les nerfs des extrémités supérieures ou infé¬ 
rieures. Quelques contractions spasmodiques peuvent ébranler 
par instant les membres que la volonté est désormais incapable 
de mouvoir. Les sujets meurent lentement comme dans la 
myélite chronique, sans qu’il soit possible au médecin d’ap- 



90 MOELLE ÉPINIÈRE- 

porter le moindre adoucissement à leur sort (vofez Aber- 
croinbie,p. 465. — Velpeau, dans les Archives gériér. de inèd., 
1825, n» 1 ; Ollivier, t. ii, de la p. 503 à 514). 

IX. Des symptômes résultant de la présence d’un produit 

TDBERCtfLEÜX, SOIT DANS l’INTÉRIECR DU CANAL RACHIDIEN, SOIT DANS 

l’Épaisseur de la substance nerveuse rachidienne. — Nous igno¬ 
rons à peu près à quels signes l’on pourrait reconnaître la 
présence d’une masse tuberculeuse qui aurait son siège à la 
surface de la moelle épinière. Dans les cas peu nombreux où 
l’on a rencontré quelques tubercules dans le canal spinal de la 
dure-mère, les accidens notés pendant la vie, et qui consis¬ 
taient en des accès convulsifs épileptiformes,en des symptômes 
d’affaiblissement de la puissance musculaire, avec ou sans 
contracture, ne suffisent point pour localiser le point de départ 
des phénomènes morbides. 11 est positif que des masses tuber¬ 
culeuses peuvent rester assez long-temps cachées dans l’épais- 
seurmèmedu cordon nerveux rachidien, sans troubler l’exercice 
fonctionnel decet important organe. Mais lorsque, sur un sujet 
jeune, scrofuleux , menacé de phthisie pulmonaire, il. se forme 
un noyau tuberculeux vers un point de la moelle épinière, il 
survient ordinairement des attaques convulsives générales qui 
affectent la forme d’accès d’épilepsie, où bien des convulsions 
qui n’atteignent queles membres pelviens, le bras ou la jambe 
d’un seul côté du corps. Peu à peu, si le sujet ne succombe 
pas avant que la tumeur ait acquis un certain degré de déve¬ 
loppement, l’on finit par observer quelques symptômes de 
paralysie musculaire avec affaiblissement de la sensibilité des 
parties lésées, soit que les cordons nerveux spinaux tendent à 
se ramollir, soit qu’ils obéissent à une compression purement 
mécanique. M. le docteur Gendrin, qui, l’un des premiers, a fixé 
l’attention des médecins sur les tubercules qui affectent l’en¬ 
céphale et les parties élevées de la moelle spinale, a inséré, dans 
sa traduction de l’ouvrage d’Abercrombie, l’observation d’une 
jeune femme nouvellement accouchée qui mourut dans un état 
de demi-paraplégie. Au début du mal ; les jambes , qui étaient 
inégalement affaiblies, furent le siège d’un engourdissement, 
d’une sensation de froid, de fourmillemens ; la jambe gauche, 
bien que moins sensible au toucher que la droite, était le siège 
d’une douleur fixe qui s’étendait jusqu’à l’extrémité des doigts 



MOEtLE ÉPIA'IÈRE. 91 

Par la suite, il survint des douleurs profondes, déchirantes, vers 
la région lombaire, et lès mouvetnens des deux membres pel¬ 
viens excitèrent des élancemens. Plus tard, les douleurs recom¬ 
mencèrent à s’exaspérer davantage dans les membres du côté 
gauche, où un simple attouchement des mains provoquait une 
sensation de déchirement. Ces douleurs finirent par occuper 
aussi le pied gauche, en remontant jusqu’au genou, et en perMS- 
tant jusqu’à la mort avec une cruelle intensité. En dernier lieu, 
la jambe droite, à part l’engourdissement, n’offrait aucune lé¬ 
sion de la sensibilité, bien qu’elle fût en partie privée de mouve¬ 
ment; les orteils étaient rétractés à gauche; tous les signes de la 
phthisie pulmonaire étaient réunis à un très haut degré; un tu¬ 
bercule de la grosseur d’une aveline existait entre le cordon an- 
‘térîeur et le cordon postérieur de la moitié gauche de la moelle 
lombaire, vers sa terminaison; la tumeur s’avançait un peu 
entre les deuxfaisceaux du côté droit, qui étaient déviés comme 
ceux du côté gauche, mais moins aplatis surtout que le cordon 
antérieur gauche; la substance nerveuse conservait, du reste, la 
consistance normale. Dans ce cas, ce fut évidemment la com¬ 
pression des faisceaux rachidiens qui occasionna les principaux 
accidens; mais l’on ne nota aucun symptôme spasmodique, 
aucune attaque de convulsions, et les orteils d’un côté éprou¬ 
vèrent seuls quelque raccourcissement. M. Serres a également 
constaté l’absence de tout phénomène convulsif sur un homme 
qui avait perdu graduellementl’usage desesjamhes,etqui offrait 
au milieu de la moelle dorsale unesorte de chapelet tuberculeux. 
En général, c’est surtout lorsque la matière tuberculeuse estdé- 
posée dans la moelle allongée ou dans la moelle cervicale que 
des convulsions, dont les retours ont lieu d’une manière très- 
irrégulière, pourraient conduire à soupçonner qu’un produit 
accidentel exerce une stimulation insolite sur l’élément nerveux, 
mais les accidens épileptiformes pourraient provenir d’une 
toute autre cause, de sorte qu’ils ne suffisent pas à eux 
seuls pour indiquer la nature de l’altération à laquelle on a 
affaire. Il en serait autrement si le malade accusait souvent de 
la gêne dans la respiration, une douleur fixe au-dessous des 
eondyles de l’occipital, une gêne dans la déglutition, un certain 
embarras dans la prononciation, un commencement de faiblesse 
dans les extrémités thoraciques et abdominales; et alors l’on 
pourrait être fondé à diagnostiquer la présence d’un noyau 



92 


MOEttE ÉPimÈRE. 
tuberculeux vers les parties élevées du prolongement rachidien. 
Toutefois, je dois répéter que, dans maintes circonstances, les 
tubercules de la moelle spinale n’excitent aucun symptôme 
convulsif, qu’il est des cas où les convulsions n’éclatent que 
peu de temps avant la mort, qui peut même avoir lieu sans que 
le tissu nerveux subisse le moindre ramollissement. Bayle 
rapporte l’observation d’unjeunephthisiquequiportait au-des¬ 
sous des éminences pyramidales un petit tubercule de la gros¬ 
seur d’un pois, situé au centre de la 'moelle allongée, mais un 
peu à gauche. Le tissu nerveux fut jugé plus ferme que dans 
l’état naturel. Ce ne fut que trois jours avant la mort que la 
nature des symptômes annonça une lésion de l’encéphale ou de 
la moelle spinale. A cette époque de la maladie l’on nota de la 
gêne dans les mouvemens du bras droit, des soubresauts dans' 
les muscles des deux poignets, mais qui étaient plus marqués à 
droite ; l’excrétion de l’urine et des matières fécales était invo¬ 
lontaire. Plus tard, il survint de la contracture dans toutes les 
articulations des deux membres supérieurs, dont la sensibilité 
ne s’exercait qu’incomplétement, et des mouvemens spasmo¬ 
diques dans les muscles de la face. Au moment de la mort, le 
bras droit, où la contracture avait constamment semblé plus 
intense, était presque entièrement paralysé ( Recherches sur la 
phthisie pulmonaire, p. 88). Rien sur ce sujet, à moins d’attri¬ 
buer à un travail inflammatoire récent le commencement 
d’induration de la fibre nerveuse, n’explique les phénomènes 
qui éclatèrent vers les derniers temps de la vie. Il semble que 
les désordres que l’on rencontra au moment de l’autopsie, vers 
la moelle spinale, existaient depuis long-temps dans l’épaisseur 
des fibres pyramidales. Or, s’ils ont entraîné en dernier lieu 
différentes sortes de lésions du mouvement, d’où vient qu’au¬ 
paravant l’exercice musculaire n’avait jamais été interrompu, 
ni même momentanément troublé ? Nous admettons, en pareils 
cas, que le produit accidentel subit des changemens plus ou 
moins difficiles à apprécier, et dont la réaction se fait sentir 
aussitôt dans les particules nerveuses qui entourent le noyau 
tuberculeux. Cette hypothèse est convertie en démonstration, 
lorsque les vaisseaux qui rampent à la surface des tubercules 
sont hypérémiés, et que la moelle est trouvée rouge et ramollie 
dans le voisinage de la tumeur. Chacun est libre d’adopter 
l’explication qui lui paraîtra préférable, chaque fois que la 



MOfillE ÉPINIÈRE. 93 

moelle paraîtra saine autour du produit morbide.Toutefois, les 
sujets affectés de dépôts de matière tuberculeuse, quel que soit 
le siège qu’elle occupe dans le cordon nerveux rachidien, 
(Joivent craindre la formation d’un travail inflammatoire local, 
et une désorganisation plus ou moins étendue de la substance 
nerveuse rachidienne. Aussi le traitement que l’on applique à 
ces malades diffère, en général, fort peu de celui que l’on met 
en pratique dans la myélite aiguë ou chronique. 

X. De la congestion sanguine des sinus vertébraux et de la 
PIE-MÈRE SPINALE. — Quelques pathologistes dont l’opinion est 
d’un grand poids, parmi lesquels l’on est tout de suite porté à 
distinguer les deux Frank et le docteur Ollivier, font jouer un 
très grand rôle à la congestion rachidienne, attribuant à un 
afflux insolite, ou à l’accumulation mécanique du sang, soit 
dans le réseau vasculaire de la pie-mère spinale, soit dans les 
sinus vertébraux, beaucoup dè phénomènes morbides qui pa¬ 
raissent effectivement émaner du système nerveux, et que l’on 
ne peut rattacher ni à la présence d’une hémorrhagie spinale, 
ni à une méningite rachidienne aiguë, ni à un ramollissement, 
ni à une tumeur,ni à toute autre affection locale delà substance 
nerveuse spinale. L’on ne peut nier que la quantité de sang 
artériel qui afflue vers la moelle par les trois artères qui nais¬ 
sent de la vertébrale, par les artérioles qui s’insinuent dans les 
trous de conjugaison, ne soit assez considérable; l’on ne peut 
nier que le même liquide n’éprouve quelquefois des obstacles 
pour sortir des conduits veineux du rachis; mais il n’en est 
pas moins vrai que la nature a multiplié les canaux destinés à 
reporter le sang noir dans le torrent de la circulation; et s’il 
arrive accidentellement que le sang soit retenu vers un point 
du canal vertébral, en général ce liquide trouve presque tou¬ 
jours dans l’interstice des apophyses vertébrales quelques 
issues par où il peut rejoindre librement la veine cave supé¬ 
rieure ou inférieure. Cependant il n’est pas rare de rencontrer 
dans la pratique de la médecine des malades dont l’exercice 
intellectuel n’est pas troublé, qui n’accusent ni somnolence, ni 
insomnie, ni maux de tête, ni lésion des organes des sens, 
mais qui se plaignent d’un affaiblissement de la puissance mus¬ 
culaire des deux jambes, dans quelques cas des deux jambes 
et des deux bras, de fourmillemens, d’engourdissemens ner- 



94 


AIOELLE ÉFinilÈliE. 
veux, tandis que la sensibilité cutanée est augmentée ou dimi¬ 
nuée, et que des douleurs plus ou moins vives assiègent lé trajet 
du rachis. D’après les auteurs que nous avons cités tout à 
l’heure, l’on ne peut guère douter que ces aberrations fonc¬ 
tionnelles de la sensibilité et du mouvement, qui disparaissent 
la plupart du temps dans un délai assez court, ne soient dues 
à la concentration du sang autour des nerfs qui s’implantent 
à la moelle spinale; et la preuve, ajoutent-ils, qu’il éti 
est ainsi, c’est que l’on voit chaque jour l’accumulation du 
sang dans la masse encéphalique produire des accidens à peu 
près semblables , et qui se comportent presque de la même 
manière ; la preuve qu’il en est ainsi, c’est que les symptômes 
qui paraissent dépendre de l’hypérémie mécanique des vais¬ 
seaux affectés à la circulation du rachis s’observent de préfé¬ 
rence sur des sujets dont le retour du sang à travers les veines 
vertébrales, intercostales, lombaires, etc., est maintenant gêné 
par un engouement pulmonaire, une hypertrophie du cœur, 
avec oblitération du ventricule aortique, par une congestion 
inflammatoire des intestins grêles, par une congestion des 
vaisseaux utérins, etc. Nous devons avouer que ces raisons, 
d'ailleurs très spécieuses, auraient besoin, pour entraîner tout- 
à-fait notre conviction, d’être appuyées par un certain nombre 
d’ouvertures de corps. Nous n’ignorons pas que les preuves 
anatomiques manquent presque toujours chaque fois que l’on 
a affaire aune affection dontl’issue est généralement heureuse; 
mais c’est précisément là le motif qui fait que la nature de 
certaines maladies reste si long-temps inconnue ou douteuse. 
Il me semble que la grande quantité de sang que l’on trouve 
accumulé dans le système veineux rachidien des vieillards 
qui succombent à des asthmes et à des dégénérescences aor¬ 
tiques, tend précisément à établir que la stase , la pléthore des 
sinus vertébraux et des dépendances de la moelle épinière 
pourrait bien n’être pas aussi dangereuse qu’on est d’abord 
porté à se le figurer. Examinez les personnes âgées qui meurent 
de suffocation: toutes, à moins que le cerveau ne soit affecté, 
jouissent jusqu’à là fin de la plénitude des mouvemens volon¬ 
taires, de l’exercice de la sensibilité, et rien chez elles ne trahit 
l’existence d’une lésion rachidienne. Cependant comme 
le cœur droit se débarrasse avec peine du liquide qui le distend, 
le sang veineux finit par s’accumuler dans les sinus verté- 



MOELLE ÉPINIÈRE. 95 

braus, comme il s’accumule dans les tissus de la face ^ le pou-, 
mou, le mésentère, le grand cul-de-sac de l’estomac. Mais 
cette gêne de la circulation ne parait pas influencer d’une ma¬ 
nière très marquée les agens de l’innervation. Cela est si vrai, 
que chez les sujets mêmes que nous venons d’examiner, les 
petits vaisseaux qui pénètrent dans le cordon nerveux rachi¬ 
dien sont à peine plus rouges, plus distendus et plus appa- 
rens que dans l’état sain. C’est dans les vaisseaux de la pie- 
mère et dans les veines que l’injection se dessine, lorsque le sang 
est accidentellement retenu dans ses conduits. Or, qui ne voit 
qu’alors l’espace considérable qui reste en arrière, entre lè 
canal vertébral et l’organe rachidien, s’oppose jusqu’à un cer¬ 
tain point à ce que la moelle épinière subisse une compression 
mécanique? Il n’en est pas ainsi vers l’encéphale, qui remplit 
en entier la boîte osseuse du crâne, et où tout, la turgescence 
de la pie-mère, la turgescence des tubes vasculaires qui pé¬ 
nètrent dans la profondeur de la substance nerveuse, tend éga¬ 
lement à refouler cette substance sur elle-même. L’on a donc 
eu tort d’inférer de ce qui se passe vers le cerveau que la 
même cause matérielle, transportée vers le rachis, y entraî¬ 
nerait les mêmes inconvéniens. 11 pourrait donc bien se faire, 
à la rigueur, qu’on eût attribué à un vice de la circulation du 
centre nerveux rachidien des lésionsi fonctionnelles dont la 
cause resterait encore à déterminer. L’on sait que l’irritation 
mécanique de la moelle spinale, l’action de certains poisons 
sur cette moelle, même lorsqu’elle ne communique plus avec la 
masse encéphalique, suffit généralement pour produire des 
convulsions musculaires; que la sensibilité, la contractilité 
musculaire, s’épuisent parfois très vite sur les animaux tour¬ 
mentés par de fortes douleurs ; que le dernier degré d’anémie 
des centres nerveux, la stimulation électrique, font également 
entrer la fibre en contraction ; la surabondance du sang est 
étrangère à la production de tous ces phénomènes. Ge n’est 
pas la présence seule du sang dans les centres nerveux qui 
peut expliquer les accidens bizarres qui caractérisent l’extase, 
les affections hystériques. Toutes ces réflexions nous portent à 
conclura qu’il ne faut pas nous hâter de prononcer sur la na¬ 
ture de la modification de tissu qui engendre pendant la gros¬ 
sesse, ou sur quelques femmes irritables et mal réglées, sur 
les sujets affectés de dothinentérie, sur les jeunes filles chlo- 



96 


MÔEtlE ÉPINIÈRE, 
rotiques et tourmentées par des flueurs blanches, soit des 
lassitudes momentanées, des crampes, une certaine gêne 
musculaire , soit des douleurs rachidiennes. Qui sait si la 
compression des plexus sacré et lombaire est toujours 
étrangère à la manifestation de ces désordres? Mais l’on doit 
redoubler d’attention auprès des malades lorsque la paralysie 
atteint décidément les membres pelviens, et qu’elle tend à 
affecter les membres thoraciques; et si l’on ne parvient pas à 
déterminer la nature probable des changemens qui paraissent 
s’établir alors vers la moelle épinière ou ses dépendances, l’on 
ne s’efforcera pas moins de combattre les phénomènes mor¬ 
bides par tous les moyens généraux qui semblent de nature à 
entraver les progrès ultérieurs du mal. 

XI. De l’inflammation diffuse des siéninges spinales. — La 
dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère rachidienne n’exercent 
aucune influence directe sur les fonctions de la sensibilité, sur 
les mouvemens volontaires, la contractilité spasmodique de 
la fibre musculaire : c’est à une modification consécutive, à 
une sorte d’excitement de la moelle épinière, des racines ner¬ 
veuses qui traversent la gaine qui leur est fournie par les en¬ 
veloppes spinales, que la méningite rachidienne emprunte sa 
principale expression fonctionnelle. Dans le crâne, à la péri¬ 
phérie du cerveau, l’inflammation, réagissant sur toutes lès 
parties de la masse encéphalique, engendre le délire, porte 
le trouble dans l’exercice des facultés intellectuelles,des prin¬ 
cipaux sens. Dans le rachis, l’état inflammatoire de la pie-mère 
réagissant sur la moelle spinale. Sur les nerfs qui s’y implantent 
dans une grande étendue, fait naître des sensations doulou¬ 
reuses, des contractures musculaires opiniâtres, engendre le 
trismus, des tremblemens, des convulsions générales instanta¬ 
nées , porte le trouble dans les fonctions du cœur, du poumon, 
de la vessie, des gros intestins. Mais la stimulation qui pro¬ 
voque ces phénomènes, ces accidens nerveux, ne provient pas 
nécessairement d’une phlegmasie des méninges rachidiennes ; 
la moelle est parfois modifiée de la même manière par des 
influences dissemblables : une piqûre du pied, l’éraillement d’un 
filet nerveux , suffisent, dans quelques cas , pour faire naître 
un tétanos non inflammatoire qui offre une grande analogie 
avec les symptômes tétaniques qui accompagnent l’inflamma- 



MOELLB ÉPINIÈRE. 97 

tion laéningo-spinale. Toutefois, comme parmi toutes les causes 
Tinflammationdesinembraues spinales est celle quidétermine le 
plus souvent, sous notre climat, le renversement de la colonne 
vertébrale en arrière, une douleur locale particulière, un 
ensemble de symptômes qui induisent rarement en erreur, 
lorsqu’au lit du malade nous notons la réunion de semblables 
phénomènes, nous sommes porté à conclure que les enveloppes 
du prolongement rachidien sont le siège d’un travail inflam¬ 
matoire. 

be tissu de l’arachnoïde spinale offre très rarement des traces 
d’inflammation ; le tissu fibreux de la dure-mère rachidienne 
paraît à peine enflammé une fois, lorsque l’inflammation est 
notée dix fois sur le réseau cellulo-vasculaire de la pie-mère, 
d’où elle tend à se propager sur la trace des petits vaisseaux 
jusqu’à la substance nerveuse. L’ona donné à tortle nom à’ara- 
ehitis spinale à l’inflammation méningée du rachis, puisque 
c’est presque constamment dans la membrane propre de la 
moelle que s’effçctue la congestion vasculaire sanguine, et le 
mouvement qui préside à la formation des principaux produits 
morbides. La dénomination de méningite spinale, qui a cepen¬ 
dant l’inconvénient de laisser l’esprit dans le doute sur le siège 
probable et précis du mal, doit donc être préférée à celle 
d’arachnitis spinale. 

La méningite rachidienne affecte presque constamment une 
marche aiguë. Sous cette forme, elle se complique dix-huit fois 
sur vingt d’inflammation aiguë de la pie-mère cérébrale. La 
méningite spinale chronique complique, au contraire, l’in¬ 
flammation chronique de la superficie de l’encéphale, mais 
dans un rapport de fréquence peu important. La méningite 
spinale est plus fréquente à la région cervicale qu’à la région 
dorsale et lombaire; elle sévit surtout à la partie postérieure 
de la moelle, c’est-à-dire, sur la surface qui est peut-être la 
plus sensible et la plus irritable du corps humain. Elle occupe 
quelquefois un espace très circonscrit, un foyer très limité; 
mais bien plus souvent elle envahit en arrière la presque tota¬ 
lité de la pie-mère, intéressant dans quelques cas aussi le tissu 
de la dure-mère spinale. 

Les causes de la méningite spinale demandent à être étudiées 
de nouveau ; mais cette phlegmasie, ainsi que l’inflammation 
de la pie-mère cérébrale, est beaucoup plus rare sur la femme 

Dict. de Méd. xx. 7 



98 MOELLE ÉPINIÈRE. 

que sur l’honame. Sur vingt sujets affectés de méoiogite ra¬ 
chidienne, seize appartiennent au sexe masculin, quatorze sont 
âgés de moins de trente ans : l’âge de la plus grande fréquence 
est de vingt-huit à trente ans.- Plusieurs malades ont éprouvé 
antérieurement des douleurs rhumatismales aux dos , aux 
lombes, vers les articulations ; plusieurs exercent des profes¬ 
sions manuelles qui les exposent à l’humidité, à des alternatives 
de froid et de chaud, à de violens efforts musculaires un cer¬ 
tain nombre de sujets ontfait des chutes, ont reçu des coups sur 
le rachis ; d’autres ont abusé des boissons spiritueuses, offrent 
dans l’encéphale des désordres anciens qui sont comme le point 
de départ du travail inflammatoire. L’on note parmi ces dé¬ 
sordres des caries osseuses, un certain nombre de tumeurs <lé 
nature tuberculeuse. 

L’invasion de la méningite spinale est d’autant plus insi¬ 
dieuse, que, dans le principe, l’attention est, en général, fixée sur 
l’encéphale qui, étant comme nous l’avons déjà établi, presque 
toujours affecté simultanément, présente souvent d’abord 
quelques troubles fonctionnels vagues dont on cherche à ap¬ 
précier l’importance. La tête est douloureuse, le caractère 
inquiet, un sentiment de fatigue générale, accompagné d’inap¬ 
pétence , de constipation, de difficulté à uriner, parfois de gêne 
dans la mâchoire, vers l’œsophage, éveille la sollicitude du 
malade, qui ne tarde pas à accuser une douleur plus ou moins 
vive dans le cou, dans le dos, au bas des lombes. Bientôt, pour 
l’ordinaire, éclatent deux groupes de symptômes bien distincts, 
caractérisant, les uns, le travail inflammatoire qui s’effectue 
au pourtour de la masse encéphalique ; les autres, l’inflamma¬ 
tion qui envahit le réseau de la pie-mère rachidienne. 

Au groupe des symptômes de la méningite cérébrale se 
rattachent pour l’ordinaire le délire, l’exaltation intellectuelle, 
les illusions des sens, la céphalalgie, les actes désordonnés, 
la rougeur de la face, la dilatation et l’immobilité de la pupille, 
le prolapsus de la paupïère, le strabisme, la fixité du regard, 
le coma, la stupeur, les grincemens de dents, l’altération des 
traits du visage- 

Les symptômes suivants indiquent plus particulièrement que 
la membrane propre de la moelle épinière est le siège d’une 
inflammation. Le trajet du racbis est douloureux ; les mouve- 
mens musculaires rendent la douleur plus aiguë et plus vive. 



UOELLE ÉPiniÈfiE. 99 

Les mascles de la région cervicale se contraclent, entraînent, 
parleur raccourcissement, la tête en arrière, quelquefois sur le 
côté; la contracture tend à s’étendre, et finit souvent par en¬ 
vahir toute la région dorsale. Â ces phénomènes locaux , qui, 
sans être positivement pathognomoniques, peuvent être consi- ‘ 
dérés comme à peu près constans, se joignent fréquemment 
d’autres symptômes nerveux d’une grande importance pour 
le diagnostic. Le malade accuse, dans les jambes, des crampes, 
des fourmillemens, des douleurs qui remontent jusqu’à la 
colonne spinale ; les mouvemens volontaires de ces membres, 
salis être abolis, sont parfois affaiblis ; tandis que la peau des 
cuissses parait sentir plus vivement que dans l’état normal. 
L’on note aussi de la rigidité dans les muscles qui président 
aux mouvemens des bras ; des soubresauts dans les tendons 
des doigts, un trismus plus ou moins intense, des convulsions 
de la face, rarement des convulsions générales, des espèces de 
phénomènes èpileptifprmès. La peau est brûlante, couverte de 
sueur, le pouls dur, fort, fébrile, la respiration haute, presque 
toujours gênée, douloureuse. L’urine est involontaire ou rete¬ 
nue dans la vessie, qui a besoin d’être évacuée par le cathété¬ 
risme; la constipation habituelle. La paralysie des jambes, 
d’un seul membre est rare, et, en général, incomplète. J’ai 
noté exactement, sur vingt sujets qui ont succombé, à la suite 
d’une inflammation méningée spinale ou cérébro-spinale, les 
lésions fonctionnelles qui ont rapport à l’intelligence, la sensi¬ 
bilité, aux mouvemens volontaires ou spasmodiques, à la circu¬ 
lation, la respiration. La courbure de la colonne vertébrale, 
avec renversement de la tête ou du tronc en arrière, s’est ma¬ 
nifestée dix-sept fois ; la douleur des muscles contractés, douxe 
fois ; le trismus est survenu quatre fois ; la gêne de la déglu¬ 
tition huit fois. Il a existé des soubresauts dans les tendons, six 
fois; des convulsions de la face, trois fois; des tremblemens 
généraux, deux fois; des convulsions épileptiformes générales, 
une fois; de la rigidité dans les bras , trois fois; dans une 
jambe, une fois; de l’embarras dans la prononciation, deux 
fois ; des symptômes d’hémiplégie, une fois ; de paralysie des 
quatre membres, une fois; de paraplégie, une fois. Les jambes 
ont été affectées de douleurs, cinq fois ; les jambes et les mains, 
trois fois; les parois abdominales, trois fois Le pouls s’est 
montré fréquent treize fois ; dur, quatre fois ; la respiration 




100 MOEltE ÉPINIÈRE. 

très géuée, six fois; lente , quatre fois ; précipitée, trois fois ; 
urine involontaire, deux fois ; retenue dans la vessie , cinq 
fois ; constipation, six fois ; défécation involontaire, une 
fois; céphalalgie, huit fois; délire ou lésion des fonctions 
de l’intellect, seize fois; sensibilité émoussée, trois fois ; stra¬ 
bisme, clignotemens, fixité, saillie des yeux, treize fois ; coma, 
assoupissement, stupeur morale, quinze fois? durée moyenne 
de l’existence, dix jours. 

L’expérimentation ensei^e que le moindre attouchement, 
la plus légère irritation de la face postérieure de la moelle 
spinale, excitent aussitôt de la douleur, des contractions spas¬ 
modiques dans différens points du système musculaire, sans 
porter atteinte aux mouvemens qui sont sous la dépendance 
li^de la volonté. Or, sur vingt faits de méningite spinale, les 
malades donnent vingt-six fois, sur divers points, des marques 
qe douleur : les muscles qui reçoivent des nerfs du rachis 
prouvent des contractions involontaires, quarante-cinq fois; 
la paralysie n’a lieu que trois fois. Rarement il règne un ac¬ 
cord aussi parfait entre les données fournies par la physio¬ 
logie et les faits qui sont dus à l’observation clinique. Il nous 
paraît donc démontré que le prolongement rachidien est vive¬ 
ment , violemment stimulé par le sang et par les produits mor¬ 
bides que l’infiammalion retient et accumule à sa surface, et 
que la douleur du cou, du dos, du ventre, des membres, la 
raideur tétanique du tronc que l’on peut souvent soulever tout 
d’une pièce, l’immobilité des côtes, qui souvent n’obéissent 
plus qu’à l’action des muscles inspirateurs et externes du tho¬ 
rax, les convulsions générales, le spasme des muscles qui 
s’implantent à la mâchoire, l’état spasmodique du pharynx , du 
diaphragme, du col de la vessie, du sphincter de l’anus, la 
contracture des membres, se rattachent, comme autant d’effets 
consécutifs, à l’influence de cette stimulation. Mais, comme la 
moelle n’est pas attaquée jusque dans sa structure intime, 
les mouvemens volontaires se trouvent respectés. Que s’il sur¬ 
vient, par hasard, quelques symptômes de paralysie muscu¬ 
laire, c’est que l’on doit rencontrer, soit vers l’encéphale, soit 
sur quelque point du cordon nerveux spinal, soit un foyer de 
ramollissement,soit une tumeur, ou toute autre cause de com¬ 
pression générale ou locale. On nous pardonnera d’éviter, 
dans la crainte de perdre de vue le sujet principal, toutes les 



MOELtE.ÉPISilÈUE. 101 

explications relatives à la céphalalgie, au strabisme, aux phé¬ 
nomènes du délire, et aux autres lésions fonctionnelles occa¬ 
sionnées par l’inflammation de la pie-mère cérébrale, puisque 
l’analyse des accidens morbides suffit, dans ce cas, pour eu 
indiquer l’origine. 

Les faits qui prouvent que l’opisthotonos et l’ensemble des 
symptômes de la stimulation spinale ne sont pas nécessairement 
occasionnés par l’inflammation des enveloppes de la moelle j 
sont trop nombreux et trop positifs pour être contestés. Une 
femme, âgée de soixante-deux ans, ayant fait une chute, 
éprouve un choc de la colonne vertébrale et de la tête, perd 
connaissance, et continue à se plaindre d’une douleur assez 
vive qu’elle rapporte au dos et à la région occipitale. Au bout 
de quatre mois et demi, cette femme accuse de la raideur dans 
les membres, un commencement de constriction et de douleurs 
vers la mâchoire. Trois jours après l’invasion de ces derniers 
accidens , les membres supérieurs sont le siège d’une violente 
contraction qui prédomine à droite; il existe une raideur con¬ 
sidérable du cou et du tronc ; la mastication et la déglutition 
sont difficiles; la région occipitale, la colonne épinière dou¬ 
loureuses ; les mouvemens volontaires s’exécutent librement ; 
les facultés intellectuelles sont intactes ; les battemens artériels 
durs et fréquens. Une saignée, des purgatifs, le bain, n’appor¬ 
tent aucun soulagement à la malade. Le quatrième jour, tris- 
mus complet, augmentation de la rigidité du bras gauche. Le 
cinquième jour, la constriction des mâchoires est encore plus 
prononcée. La malade succombe le septième jour, en conti¬ 
nuant à offrir les phénomènes notés les jours précédons. Tous 
les grands centres nerveux qui sont explorés avec attention 
paraissent dans leur état normal. Un jeune homme, après 
s’être exposé nuit et jour à des alternatives de froid et de 
chaud, est pris tout à coup, vers le printemps de 1817, de tris- 
mus, de violentes douleurs dorsales, accompagnées d’un com¬ 
mencement d’opisthotonos. En entrant à l’hôpital, ce malade 
a les mâchoires serréesla tête renversée en arrière, l’abdo¬ 
men tendu, la face rouge, le pouls vif, le sommet de la région 
dorsale douloureux. Ces accidens subissent d’abord une aug¬ 
mentation rapide : le douzième jour, à partir de l’invasion 
du tétanos, la douleur dorsale se montre très aiguë; le tronc 
est immobile, inflexible, le trismus très marqué; la contrac- 



102 MOELLE ÉPIKIÈRE. 

ture gagne les quatre membres qui sont douloureux, sans être 
privés de mobilité. Face rouge, couverte de sueur, peau chaude, 
pouls dur, sans fréquence, déglutition difficile, poitrine im¬ 
mobile, respiration abdominale, constipation. L’intelligence 
est saine; plusieurs fois par heure, il survient des paroxysmes, 
des espèces d’accès pendant lesquels tous les phénomènes 
morbides sont portés au plus haut degré d’intensité. Le malade 
expire le seizième jour en conservant toute sa connaissance. 
Le cerveau,la moelle épinière, les méninges de la cavité en- 
céphalo-rachidienne, sont jugés à l’état sain. Il existe à la base 
du crâne quatre onces à peu près de sérosité (Martinet et Pa¬ 
rent-Duchâtelet, pag. 589,‘ , Recherches sur Vinflamm. de 

l'arachnoïde). L’on sait aussi que l’administration des prépara¬ 
tions de noix vomique excitent sur l’homme et sur les animaux 
des accidens tétaniques viol ens, sans déterminer, dans la|phipart 
des cas, aucun travail inflammatoire appréciable vers les mé¬ 
ninges spinales. Donc, si la méningite rachidienne provoque 
des contractures musculaires, se manifeste sous une forme qui 
rappelle l’expression du tétanos, l’on n’est pas pour cela fondé 
à conclure, avec beaucoup de pathologistes modernes, que 
l’existence du tétanos suppose nécessairement, et toujours, 
celle de la méningite. Dans les deux cas seulement, les condi¬ 
tions du tissu nerveux spinal doivent offrir beaucoup d’analo¬ 
gie et de ressemblance. 

Un des caractères de la méningite rachidienne, comme du 
tétanos, c’est d’offrir une rémittence, quelquefois même, une 
intermittence complète des principaux phénomènes morbides. 
L’on est tout de suite frappé, à la première lecture, des faits 
consignés dans les thèses de la Faculté de médecine de Paris, 
dans les ouvrages de MM. Ollivier, Martinet et Parent-Du¬ 
châtelet, du mieux momentané que présentent, pendant quel¬ 
ques heures, beaucoup de sujets affectés d’inflammation des 
fhëninges spinales. La douleur du cou, du dos , des membres, 
est devenue plus supportable ; la rigidité musculaire moins 
intense, la respiration plus libre, la sueur moins abondante. 
L’activité du pouls est ralentie; mais tout à coup la stimula¬ 
tion reparaît avec une nouvelle force, les accidens nerveux se 
réveillent avec violence pour céder encore un certain nombre 
de fois, et éclater ensuite de nouveau , sous forme d’accès. 
Dans un cas de méningite spinale, observé par M. le docteur 



MOELLE ÉPIKIÈKE. 103 

Deslaùdes, la phlegmasio présenta jusqu’au vingt-quaii'ième 
jour, époque où elle devint continue, une sorte d’inlertnit- 
ténce dont la durée était de vingt-quatre heures tous les'trois 
jours. Pendant cette période de bien, le rachis était exempt de 
courbure. Mais, par malheur, la disparition momentanée des 
âccidens tétaniques ne prouve rien en faveur de la solution 
du mal. 

Dans les phlegroasies aiguës de la pie-mère qui tapisse la 
base du cervelet et la partie inférieure des hémisphères cé¬ 
rébraux, l’on observe quelquefois une forte constriction des 
mâchoires, du pharynx ; la tête est fortement inclinée en ar¬ 
rière ; la nuque est douloureuse, et il n’est pas rare de noter 
des convnlsions de la face, des soubresauts des tendons. La 
pie-mère, qui recouvre la moelle cervicale, est quelquefois 
alors dans un état voisin de l’hypérémie; mais il peut aussi ar¬ 
river que, dans quelques cas , on la trouve saine au moment 
de l’autopsie : ce dernier résultat ne doit, à la rigueur, causer 
aucune surprise. L’on conçoit sans peine qu’une phlegmasie 
qui exêrae ses ravages à une aussi faible distance de la moelle 
épinière, que l’est celle qui sépare cet organe des méninges en¬ 
céphaliques , fasse retentir son influence jusqu’au bulbe rachi¬ 
dien , et que cette stimulation suffise pour occasionner quel¬ 
ques Symptômes de contracture locale. 

Les phénomènes morbides que nous avons jusqu’ici passés 
en revue ont été observés sur des sujets dont la seule pie- 
mère spinale était enflammée. Dans les faits, peu nombreux, où 
laphlegmasie paraissait affecter, surtoui la trame fibreuse de 
la dure-mère rachidienne, l’expression fonctionnelle de la ma¬ 
ladie n’a presque offert aucune différence importante à noter. 
Il est donc présumable que les symptômes varient peu, quel que 
soit le siège du travail inflammatoire, dans l’une ou l’autre 
membrane qui concoure à former la gaine de la moelle. 

Les traces que l’inflammation laisse après elle sur la pie- 
mère spinale ne permettent pas de méconnaître un instant la 
nature de la maladie. La membrane propre de la moelle offre 
une rougeur plus ou moins vive, soit que l’hypérémie se ma¬ 
nifeste sous la forme de plaques colorées, ou qu’elle s’étende 
à la presque totalité de la pie-mère. En général, la face anté¬ 
rieure du cordon rachidien est épargnée, et c’est surtout en 
arrière que la phlegmasie paraît avoir vivement sévi. ku**i 



104 MO£LL£ ÉPIWIÈRIi. 

c’est en arrière , entre le feuillet viscéral de l'arachnoïde spi¬ 
nale et la face externe de la pie-mère, que s’accumule la sé¬ 
rosité, le pus, la lymphe plastique. La sérosité, qui est souvent 
lactescente, tend à se précipiter vers la partie inférieure du 
canal osseux ; la matière purulente, les produits couenneux, 
demeurent appliqués à la surface de l’organe qui se trouve par¬ 
fois complètement enveloppé comme dans une sorte d’étui 
j)seudo-membraneux. Au premier coup d’œil , la rfioelle épi¬ 
nière, grossie extérieurement parla superposition de tous ces 
dépôts de matière morbide, paraît considérablement tuméfiée, 
bien qu’en, réalité, elle soit soumise à une véritable compres¬ 
sion. La dure-mère est plus ou moins foncée en couleur ; 
l’arachnoïde exempte d’altérations.} 

La terminaison de la méningite spinale aiguë est presque 
constamment funeste. Quelques malades résistent à peine 
(juatre ou cinq jours à la violence du mal, mais la mort arrive, 
en'général, plus lentement, lorsque les accidens présententdes 
intermittences ou de longues rémittences. Ainsi s’explique la 
longueur de la durée moyenne de la méningite rachidienne, que 
le calcul fixé à dix jours. 

Des saignées copieuses, des applications réitérées de sang¬ 
sues sur les différentes régions de la colonne vertébrale, des 
applications de ventouses scarifiées, l’usage de l’opium, du 
camphre, des préparations de quinquina, les bains prolongés, 
les affusions froides et tièdes, l’emploi deslavemens purgatifs, 
des topiques révulsifs, ont été cent fois conseillés pour com¬ 
battre l’inflammation des méninges spinales. Rarement les 
progrès de la phlegmasie ont été suspendus par l’efficacité de 
ces moyens thérapeutiques. L’emploi des émétiques , du quin¬ 
quina, du camphre , a certainement augmenté le malaise, la 
soif, la sécheresse et la rougeur de la langue , la réaction fé¬ 
brile. L’usage des bains mucilagineux tièdes, les émissions 
sanguines souvent répétées, l’usage des boissons acidulées, 
des lavemens huileux,ont, au contraire, procuré un soulage¬ 
ment momentané à plus d’un malade. Ici encore, le raisonne¬ 
ment et l’expérience sont donc d’accord pour faire proscrire 
les substances irritantes, pour faire adopter une médication 
antiphlogistique active. Mais l’on s’expose à voir ses espérances 
déçues en comptant entièrement sur la puissance de la mé¬ 
thode débilitante. 




niOËLLE ÉPIIVIÈKË. 105 

XII. Des épanchemens sanguins siégeant a la surface interne 

DE LA DURE-MÈRE SPINALE, OU DANS l’iNTERIEÜR DU CANAL MEMBRANEUX 
DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ( HêitMtorachîs , Ollivicr ). — Lorsque l’on 
réfléchit à la sensibilité, à l’irritabilité excessive de la face 
postérieure du cordon nerveux rachidien, à la facilité avec 
laquelle la moindre compression de cet organe, ou des nerfs 
qui s’y attachent, produit l’affaiblissement de la puissance mus¬ 
culaire; l’on est aussitôt porté à conjecturer que la présence 
du sang autour de la moelle épinière doit trahir son existence 
par une douleur plus ou moins aig-Uë, des phénomènes convul¬ 
sifs généraux, quelques symptômes de paralysie. Des faits re¬ 
cueillis au lit du malade semblent venir à l’appui des inductions 
fournies par le raisonnement; mais, pour l’ordinaire, les hé¬ 
morrhagies que l’on observe après la mort, soit en dehors de 
la membrane fibreuse rachidienne, soit au-dessous du feuillet 
viscéral de l’arachnoïde, soit entre ses deux feuillets séreux, 
ne constituent point les seuls désordres qui puissent porter at¬ 
teinte à l’exercice des principales fonctions. L’on doit souvent 
s’attendre à rencontrer à la base du cerveau, du cervelet, dans 
les cavités encéphaliques du même sujet, des traces de con¬ 
gestion sanguine, des caillots fibrineux, du pus, des produits 
morbides dont la présence n’a pu manquer de modifier l’ex¬ 
pression de la maladie spinale. La moelle épinière elle-même 
peut éprouver un commencement de ramollissement, sa mem¬ 
brane propre peut s’enflammer, sécréter des produits couen- 
neux, et chacune de ces circonstances augmentera l’obscufité 
du diagnostic. Un enfant se réveille en accusant des 
douleurs de tête; il vomit,et éprouve une première attaque 
de convulsion. D’abord ces accidens semblent se calmer ; le 
cinquième jour, assoupissement et constipation ; le huitième 
jour, agitation convulsive des membres, qui se manifeste par 
accès. La seconde attaque dure plusieurs heures, et affecte 
principalement le côté gauche; cent trente pulsations artérielles 
par minute. Lamort a lieu le quinzième jour. Un état comateux, 
accompagné de strabisme, de contractions musculaires reve¬ 
nant par intervalles, est noté jusque dans les derniers temps de 
la vie ; liquide sanguinolent dans les grands ventricules céré¬ 
braux , où l’on voit encore deux caillots fibrineux : le caillot 
du côté droit égale une grosse noix en volume; sang coagulé 
distendant la cavité du troisième et du quatrième ventricule; 



106 


MOELLE ÉPiSlÊKÉ. 
infiltration sanguine à la base du cerveau, du cervelet, au pour¬ 
tour de la moelle allongée, dans toute l’étendue du prolonge¬ 
ment rachidien, dont l’étui membraneux est dilaté par une 
couche uniforme et très dense de sang coagulé ( Abercrombie, 
p. 348). Un enfant né depuis sept jours cesse tout à coup de 
téter, et il semble qu’il existe dé la gêne dans les mouvemens 
de la langue. Le lendemain, cris, spasme de la mâchoire; le 
troisième jour, alternatives de spasmes toniques généraux, et 
d’une violente agitation convulsive; le quatrième jourj conti¬ 
nuation des convulsions; mort. Un caillot de sang très ferme 
existe en arrière, dans toute l’étendue de la région cervicale, 
entre la face interne des vertèbres et la face externe de la dure- 
mère spinale (Abercrombie, p. 535). Une femme;depuis long¬ 
temps infectée d* syphilis, dont le pharynx était ulcéré, lecorps 
de la troisième vertèbre cervicale carié, traversé par un tuber¬ 
cule, dont la dure-mère et l’arachnoïde rachidienne étaient 
perforées et en communication avec l’arrière-bouche, accusa 
tout à coup de la difficulté à remuer la tête, accompagnée d’une 
vive douleur dans la région cervicale postérieure. Le lendemain, 
progrès dans les accidens de la veille, fréquence et petitesse 
du pouls. Le troisième jour, l’intensité de la douleur arrache 
des cris à la malade, et s’oppose aü déplacement des vertèbres ; 
contraction tétanique des muscles du cou, affaiblissement de 
la puissance musculaire des membres thoraciques, fièvre. Le 
sixième jour, paralysie du bras gauche, convulsions des quatre 
membres et des muscles du corps, difficulté de la respiration , 
continuation de la raideur cervicale, trouble commençant de 
l’exercice intellectuel. Le septième jour, cris douloureux, alter¬ 
native de délire et de raison, persistance de la paralysie du 
bras gauche, contractilité musculaire et sensibilité diminuée 
dans les deux jambes et vers le bras droit, hoquets, gène de la 
respiration. Mort le huitième jour. La veille, la sensibilité et 
le mouvement avaient été abolis à deux reprises pendant plu¬ 
sieurs heures. Une petite quantité de liquide purulent existe 
inférieurement entre la pie-mère spinale et le feuillet viscéral 
de l’arachnoïde; la portion dorso-lombaire de la moelle est 
racornie, dure, colorée en rouge; toute la moelle cervicale 
est entourée par une couche de sang noir, concret, répandu en 
avant comme eu arrière, mais qui s’insinue à gauche jusque 
dans les trous de conjugaisons qui donnent passage aux nerfs 



MOELtE ÉPIWIJEE. 107 

eerricaux ; la matière de l’épancheinent pénètre dans le ven¬ 
tricule cérébelleux, sur les tubercules quadrijumeaux, recouvre 
le mésocéphale, toutes les parties qui constituent la base de 
l’encéphale jusqu’au kiasma des nerfs optiques ( Leprestre, 
Archives géhér. de méd.^ annéel830;— Voyez aussi Abercrombie, 
p. 536,537; — observât. d’Howsbip’s ; — Ollivier, 1.1!, observât. 
83-84).D’aprèsM.Gendrin,ilsembleraitquerabsencede la fièvre 
et la manifestation d’une douleur vive et subite vers le rachis. 
coïncidant avec une diminution, ou même une suppression 
instantanée des facultés contractiles des muscles qui reçoivent 
leurs nerfs delà moelle épinière, suffit pour caractériser la 
présence du sang dans le canal rachidien. Mais c’est l’hémor- 
rhîfgiede la substance nerveuse spinale qui produit, de la ma¬ 
nière la plus certaine, la paralysie des mouvemens volontaires; 
et ces mouvemens, l’excrétion de l’urine, des matières féca¬ 
les, sont, en général, moins difficiles lorsque le liquide n’est 
extravasé qu’à la périphérie du cordon nerveux rachidien. Bien 
mieux, dans ce dernier cas, la contractilité de la fibre muscu¬ 
laire est si peu abolie, que l’on doit peut-être considérer la 
contracture des membres, le retour des attaques convulsives, 
accompagnées de douleur, comme les symptômes les plus pro¬ 
pres à caractériser l’effusion du sang dans la cavité des méninges 
spinales. 11 est vrai que l’hémorrhagie de la protubérance an¬ 
nulaire s’accompagne aussi de phénomènes spasmodiques; mais, 
dans ce dernier cas, la sensibilité est profondément lésée, le 
danger est presque toujours imminent. Le sang, en s’épanchant 
autour de la moelle épinière, porte une faible atteinte à l’exer¬ 
cice de la sensibilité, et, en général, les sujets survivent plusieurs 
jours ou plusieurs semaines à l’invasion des premiers accidens. 
Le petit nombre de faits que nous avons cités il n’y a qu’un 
instant suffit presque pour établir combien est fréquente, dans 
l’hémorrhagie méningée spinale, la concomittance des lésions dé 
l’encéphale. L’analyse minutieuse des phénomènes morbides , 
la succession des principaux troubles fonctionnels, prouvent 
qu’au début l’écoulement du sang peut commencer, tantôt vers 
le crâne, tantôt dans la cavité du rachis. Dans le premier cas, 
la céphalalgie, les vertiges, l’insomnie, le trouble de l’exercice 
intellectuel, la perte de connaissance, l’assoupissement, que 
viennent compliquer la paralysie des mouvemens volontaires, 
des attaques spasmodiques, la douleur de la région cervicale, 



108 MOELLE ÉPIHIÈIIE. 

annoncent que l’encéphale a été affecté avant le prolongement 
rachidien. Lorsque le liquide remonte, au contraire, de la ca¬ 
vité vertébrale vers le cervelet, vers la base des lobes céré¬ 
braux , les accidens comateux,le délire, les défaillances, etc., 
ne se manifestent qu’après les lésions de la myotilité j et lors¬ 
que déjà l’attention du médecin est sérieusement fixée sur la 
douleur qui se fait sentir vers le haut de l’épine dorsale. Quel¬ 
quefois une circonstance particulière contribue à faire soup¬ 
çonner l’extravasation du sang dans le canal spinal : tantôt 
c’est une chute sur les pieds, tantôt une collision du rachis, 
qui ont précédé la manifestation des symptômes que nous 
venons de passer en revue. Mais l’on pardonne une erreur de 
diagnôstic lorsqu’il s’agit, comme dans le cas particulier qui 
nous occupe, d’une maladie qui se présente rarement dans la 
pratique, pourvu que cette erreur ne soit pas préjudiciable au 
traitement. Or, les épanchemens de l’encéphale, des méninges 
spinales, du tissu nerveux rachidien, réclament le même genre 
de secours. 

XIII. De l’hémorrhagie spontanée dh tissu] de la moelle 
ÉPINIÈRE ( Hématomyélie , Ollivier), rr bes altérations qui affec¬ 
tent les pédoncules du cerveau, du cervelet, le pont de Varole, 
rentrent, jusqu’à un certain point, dans le domaine de la patho¬ 
logie cérébrale. Je m’occuperai donc,surtoutdans ce paragraphe, 
des épanchemens sanguins qui s’observent dans la queue de 
la moelle allongée, les portions cervicale, dorsale et lombaire 
de l’organe rachidien. Toutefois, nous n’oublierons pas que les 
hémorrhagies spontanées du pont de Varole sont fréquentes 
sur les sujets qui succombent à des épanchemens sanguins du 
cerveau ou du cervelet ; mais il est difficile, dans l’un et l’autre 
de ces cas, de distinguer les lésions fonctionnelles qui se rat¬ 
tachent spécialement au désordre de la protubérance annulaire. 
Les exemples d’hémorrhagies bornées au pont de Varole sont 
maintenant assez nombreux pour nous mettre sur la voie des 
symptômes qui font soupçonner sur le vivant l’existence de 
pareilles lésions. En général, l’invasion apparente du désordre 
est subite, instantanée, les mouvemens volontaires des quatre 
membres sont abolis ou affaiblis, lorsqu’un épanchement cen¬ 
tral volumineux atteint dans certaines limites les deux moitiés 
de l’organe; ou bien encore, lorsqu’un certain nombre de petits 



MOBILE ÉPIHIÈRE. 109 

foyers isolés siègent en mêmcrtemps à droite et à gauche de 
la ligne médiale, dans chaque moitié de la protubérance annu¬ 
laire. La paralysie musculaire n’atteint qu’un côté du corps 
lorsque le foyer hémorrhagique n’affecte qu’un côté du pont 
de Varôle : l’épanchement sanguin siège à droite lorsque les 
mouvemens sont lésés à gauche ; il siège à gauche lorsque les 
mouvemens sont lésés à droite. La sensibilité affaiblie n’est 
complètement éteinte que dans les cas où il n’existe plus aucune 
communication entre les hémisphères cérébraux et le système 
nerveux rachi dien. La mort arrive, pour l’ordinaire, dansjl’espace 
de quelques heures, si la protubérance est en partie désorga¬ 
nisée. Enfin, des mouvemens spasmodiques plus ou moins 
prononcés, plus ou moins durables, s’observent dans les muscles 
qui sont soustraits à l’empire de la volonté. La réunion des cir-- 
constances que nous venons d’énumérer établit toutes les pro¬ 
babilités en faveur de l’existence d’une hémorrhagie du pont 
de Varole ; nous devons dire qu’il nous parait probable qu’un 
foyer sanguin, dont le siège peu étendu existerait à la partie 
antérieure de la protubérance)annulaire, ne donnerait lieu 
à aucun accident spasmodique, attendu que les convulsions 
nous paraissent provenir de l’excitement des faisceaux posté¬ 
rieurs de la moelle allongée, qui ne doivent point être acces¬ 
sibles à la stimulation lorsque le désordre est placé tout en 
entier dans le point opposé de ce cordon nerveux. D’un autre 
côté, j’ai vu plusieurs fois des hémorrhagies du cervelet, des 
hémorrhagies qui distendaient les principaux ventricules de 
l’encéphale, produire une mort plus ou moins subite, en don¬ 
nant lieu à des phénomènes convulsifs plus ou moins étendus, 
par cela seul que le sommet de la moelle épinière était sti¬ 
mulé par le sang qui s’était introduit dans le quatrième ven¬ 
tricule. Mais, finalement, l’apparition des convulsions muscu¬ 
laires, à la suite d’un épanchement intra-crânien, indique que 
le prolongement rachidien obéit à une stimulation plus ou 
moins immédiate, et l’imminence du danger tend à établir que 
le foyer du mal se rapproche des points d’origine des nerfs 
pneumogastriques. L’on juge tout de suite que la destruction 
des deux pyramides antérieures, des deux corps restiformes 
ou pyramidaux postérieurs, par un épanchement sanguin, 
entraînerait à peu près les mêmes accidens que l’hémorrhagie 
ou double ou centrale du raésocéphale. De même, l’hémorrhagie 



110 StOKLLË' ÉPiailÈRË, 

centrale d’une seule moitié de ik moelle allongée, siégeant au- 
dessus de rentrecroisement pyramidal, donnerait lieu à une 
hémiplégie croisée. Le croisement anatomique ne s’observant 
point en arrière, à la superficie des corps restiformes, une 
l%ère ecchymose, une hémorrhagie lenticulaire de cette partie 
de la moelle produirait peut-être un affaiblissement direct dans 
les mouvemens de la moitié du corps correspondante. Par la 
même raison, une hémorrhagie qui détruii-ait dans son entier 
une moitié seule du bulbe rachidien, au niveau de la pyramide 
antérieure et du corps restiforme, produirait peut-être une 
paralysie croisée et un commencement de paralysie directe. 
L’observation clinique est chargée de résoudre cet important 
problème. M. Bouillaud a décrit un épanchement sanguin qui 
ôecupait la partie postérieure de la moelle allongée, dont le 
tiers antérieur seulement était épar gné : les mouvemens volon¬ 
taires des bras et des jambes étaient abolis au moment de 
l’agonie ; des secousses épileptiformes agitaient les quatre mem¬ 
bres, dont'la sensibilité était conservée; la respiration était 
très gênée, et la mort survint au bout de quelques heures; 
mais, dans ce cas, les deux moitiés de l’organe étaient simulta¬ 
nément déchirées {^Journal Iiebd. de méd., p. 56, t. ii, 1825). 

Il est très rare qu’une hémorrhagie atteigne la moelle épi¬ 
nière au-dessous de la décussation des faisceaux pyramidaux. 
Pour l’ordinaire, lorsqu’un pareil accident arrive, l’épanche¬ 
ment prend naissance au seio.de la Substance grise, soit sur la 
ligne médiane, soit au centre de l’une des deux moitiés de 
l’organe. Presque toujours le liquide épanché tend à s’infiltrer 
avec une certaine rapidité dans les interstices de la substance 
nerveuse, soit que le sang se fraie une issue de haut en bas , 
ou de bas en haut ; de sorte que l’étendue du foyer reste rare¬ 
ment circonscrite dans ses limites primitives, et que, d’un mo¬ 
ment à l’autre, l’observateur doit s’attendre à une variation 
dans l’expression des accidens morbides. Le sang a-t-il fait 
irruption dans le côté gauche de la moelle cervicale, la sensi¬ 
bilité du côté gauche du corps est émoussée, la puissance 
musculaire du bras et de la jambe est affaiblie ou abolie de ce 
côté. L’hémorrhagie fait-elle des progrès, le sang, eu s’étendant 
vers la partie centrale et vers la moitié droite du prolongement 
rachidien, est-il parvenu à altérer la structure des parties qu’il 
avait d’abord épargnées, la paralysie de la sensibilité et de la 



nOEUE ÉPINIÈRE. 111 

motilité s’observe alors vers les quatre membres. Il est inutile 
de faire remarquer que les lésions du tissu nerveux peuvent 
affecter une niarche inverse en s’avançant de droite à gauche; 
de même, le sang peut désorganiser un seul côté de la moelle 
sans franchir l’obstacle que lui impose la ligne médiane, suivre 
au loin la direction de cette ligne sans faire des ravages no¬ 
tables dans les parties latérales du cordon rachidien. Les épan- 
chem.ens sanguins des portions sous- occipitales de la moelle 
épinière, peuvent s’effectuer d’une manière subite, en s’accom¬ 
pagnant d’une douleur locale vive, plusou moins étendue : cette 
douleur correspond surtout au siège du foyer hémorrhagique; 
l’excrétion de l’urine et des matières fécales est difficile ou 
complètement impossible; les fonctions encéphaliques ne sont 
pas lésées: la bouche est droite, la prononciation exempte 
d’emharras ; changemens presque nuis dans l’état du pouls, 
le degré de température des tégumens. Mais il est évident 
qu’une hémorrhagie spinale peut succéder à un ramollissement 
ou à un commencement de ramollissement du tissu nerveux 
rachidien : alors différens phénomènes, tels que des fourmil- 
lemens des membres, des sensations douloureuses du rachis, 
l’affaiblissement de l’exercice musculaire, présagent la forma¬ 
tion d’un travail morbide, qui se termine par une paralysie 
instantanée et plus ou moins gravé des mouvemens volontaires. 
L’on doit s’attendre à noter quelques désordres de la respiration 
lorsque le sang occupera en longueur la presque totalité de la 
moelle cervicale ; il pourra survenir des contractions spasmo¬ 
diques lorsque le caillot sanguin se fera jour en arrière jusqu’à 
la surface interne de la pie-mère, eu irritant les faisceaux 
postérieurs de la nioelle épinière. M. Hutin attribue la mort 
d’un vieillard qui s’était couché bien portant, et que l’on ne 
perdit de vue que pendant dix heures de nuit, à la présence de 
deux petits foyers hémorrhagiques qui occupaient la partie 
inférieure de la moelle cervicale. L’on a vu des sujets, dont la 
moelle était infiltrée de sang dans une étendue considérable, 
survivre de trente à quarante jours à l’attaque qui avait dé¬ 
terminé l’abolition des mouvemens. L’hémorrhagie spinale 
qui est précédée d’une diminution dans la consistance de la 
substance grise ou blanche de la moelle, est promptement 
suivie de la mort. M. le professeur Cruvejlhier a disséqué un 
étudiant eu médecine qui survécut cinq ans à une hémorrha- 



112 MOEttE ÉPINIÈRE. 

gie de la moelle cervicale ; l’épanchement était situé à gauche; 
la lésion des mouvemens existait du même côté, et portait sur 
la jambe comme sur le bras ; le foyer hémorrhagique put se 
cicatriser, et l’exercice fonctionnel se rétablir complètement. 
Le malade succomba à la suite d’un second épanchement beau¬ 
coup plus considérable que le premier, et cètte terminaison 
funeste permit de constater l’état des tissus anciennement 
occupés par un caillot fibrineux. Ce fait seul suffit pour dé¬ 
montrer que, dans le centre nerveux spinal, la résorption du 
sang s’effectue de la même manière que dans le cerveau, le 
cervelet, le mésocéphale, et beaucoup d’autres points égale¬ 
ment délicats de la substance nerveuse. Mais c’est peu d’oppo¬ 
ser à l’hémorrhagie de la moelle épinière les moyens de 
traitement que l’on juge propres à combattre l’activité trop 
grande de la circulation locale ou générale, il faut,encore 
prévenir Information des escbarés gangréneuses, qui abrègent 
si souvent l’existence des individus dont le prolongement ra¬ 
chidien est lésé. Or, l’on sait que les soins hygiéniques les mieux 
combinés peuvent seuls remédier aux inconvéniens de la com¬ 
pression et de la malpropreté. 

XIV. Du RAMOLLISSEMENT DE LA MOELLE ÉPINIÈRE {^Myélite Ae. 
beaucoup de pathologistes.). — La substance nerveuse spinale, 
commela substance nerveuse encéphalique, peut subir différons 
degrés de ramollissement, que cette perte de consistance soit 
la conséquence d’une fluxion inflammatoire sanguine, ou le 
résultat d’un travail morbide spécial dont la nature nous est 
inconnue. Le ramollissement spinal, presque toujours local et 
partiel, peut affecter la presque totalité du prolongement ra¬ 
chidien, la substance grise centrale de la moelle, ses deux 
faisceaux antérieurs seuls,' ses deux faisceaux postérieurs, un 
seul faisceau antérieur ou postérieur; il peut siéger dans sa 
partie lombaire, dorsale, cervicale, se compliquer d’inflam¬ 
mation de la pie-mère spinale, d’inflammation de la substance 
grise du cerveau, circonstances qui contribuent à faire varier 
son mode d’expression fonctionnelle, et à répandre des diffi¬ 
cultés sur son étude. 

Les causes du ramollissement de la moelle épinière sont 
à peu près ignorées. Celte désorganisation du tissu nerveux 
rachidien, jusqu’ici plus fréquente sur l’hommejque sur la 



MOEttE 


ÉPINIÈRE. 113 

femme, a été observée sur des sujets très jeunes, très avancés 
en âge, sur des adultes forts et robustes, des épileptiques, des 
personnes privées de raison. J’ai rencontré la plus grande partie 
de la moelle ramollie sur un jeune bomme qui, à la suite d’une 
suppression dartreuse, d’une chute sur la tête, d’abus de coït, 
et de contrariétés morales vivement senties, tomba dans la 
tristesse, éprouva un commencement d’amaurose, d’amnésie, 
et un léger affaibl^sement des facultés intellectuelles. M. Aber- 
crombie a vu survenir un ramollissement étendu de la moelle 
cervicale sur un homme qui s’était exposé au froid, en voya¬ 
geant au printemps sur l’impériale d’une diligence. En somme, 
le plus grand nombre des malades sur lesquels l’on a constaté 
l’existence du ramollissement spinal offraient déjà antérieure¬ 
ment une ou plusieurs lésions fonctionnelles du système ner¬ 
veux. J’ai publié plusieurs exemples de ramollissement de la 
moelle épinièreobservésurdes individus atteints de méningo-cé- 
phalite chronique, avec ramollissement de la substance grise du 
cerveau. M. S. Pinel a publié une observation de ramollisse¬ 
ment spinal survenu sur une femme qui était également affectée 
d’inflammation chronique de l’encéphale. Une lésion spinale 
analogue a été vue par le même médecin sur une épileptique. 
J’ai noté le ramollissement du prolongement rachidien sur 
divers insensés ; l’un d’eux offrait dans les lobes cérébraux les 
traces d’anciens foyers hémorrhagiques. M. Royer-Collard a 
noté un ramollissement des faisceaux antérieurs de la moelle 
sur un militaire lypémaniaque. La moelle épinière est fréquem¬ 
ment ramollie sur les chevaux que l’on surcharge, et qui sont 
obligés de développer une grande force musculaire. 

Les symptômes du ramollissement spinal varient suivant la 
rapidité de sa marche, le siège, l’étendue du désordre, en lar¬ 
geur et en profondeur. Des lésions de la sensibilité et des mou- 
vemens volontaires, des phénomènes ^dépendans delacontrac- 
—tilité musculaire spasmodique, annoncent que la substance 
nerveuse du racbis tend à se désorganiser. La formation du 
ramollissement spinal aigu peut être annoncée par une sen¬ 
sation de froid, des engourdissemens , des fourmillemens, un 
commencement de perte de la sensibilité, la diminution de la 
force musculaire vers un membre, un côté du corps, les 
quatre membres. Une paralysie plus ou moins complète de la 
sensibilité et des mouvemens, une terminaison funeste, suc- 
Dict.de Méd. XX. 8 



114 MOELLE ÉPIKIÈRE. 

cèdent rapidement aux premiers accidens nerveux, qui peu 
vent s’accompagner :de constipation, de dysurie, de phéno¬ 
mènes convulsifs , de contractures, de lésions de la respiration 
et de la circulation. Quelquefois le malade n’accuse aucun 
prodrome; il tombe dans un état d’insensibilité générale avec 
abolition des mouvemens volontaires, éprouve des secousses 
convulsives, de la rétraction d’un bras, d’une jambe, de la 
dyspnée, des hoquets, des signes de paralysie du rectum et 
de la vessie, et il succombe en un jour, trente-six, quarante- 
huit heures. 

Certains sujets éprouvent, au début du mal, des douleurs 
dans les parois abdominales, les aines , la région épigas¬ 
trique , vers le dos, les côtes de la poitrine ; ces douleurs 
diminuent au fur et à mesure que le ramollissement, dont 
elles font soupçonner le lieu , fait des progrès; elles peuvent 
remonter, descendre, suivant le mode d’extension de la lésion 
spinale. Le ramollissement qui affecte la moelle spinale ou 
lombaire produit la paraplégie; la jambe seule est paralysée 
lorsqu’une seule moitié de l’organe est ramollie dans les ré¬ 
gions que nous' venons d’indiquer. Le ramollissement d’une 
moitié de la moelle cervicale, entraîne une hémiplégie; la 
paralysie atteint les deux bras et les deux jambes lorsque la 
totalité de la moelle cervicale est diffluente. Dans quelques 
cas où la paralysie n’a pas été notée , il est probable que les 
mouvemens n’ont pas été explorés jusqu’à la fin de la maladie. 
L’on dit avoir vu certains sujets exercer des mouvemens vo¬ 
lontaires des membres abdominaux lorsque les bras étaient 
perclus. En général, ces effets ne s’observent qu’aulant que 
la communication des parties dorsale et lombaire de la 
moelle avec l’encéphale n’est pas absolument interrompue 
par le ramollissement, qui ne s’achève d’une manière com¬ 
plète qu’au moment de l’agonie. Â la rigueur, une portion con¬ 
sidérable du prolongement rachidien restée saine peut com¬ 
mander, sans la participation du cerveau, des mouvemens de 
peu d’étendue; mais lorsque le ramollissement ne fait, pour 
ainsi dire , qu’effleurer la moelle , il arrive, pour l’ordinaire, 
que la sensibilité et le mouvement sont en partie conservés. 
M. Royer-Collard a vu persister la sensibilité des deux bras 
et des deux jambes, les mouvemens volontaires des membres 
thoraciques, sur un aliéné qui présenta un ramollissement des 



MOELLE ÉPIKIÈRE. 115 

faisceaux antérieurs dans toute l’étendue du prolongement 
rachidien, le désordre remontant depuis les éminences pyrami¬ 
dales et olivaires , jusque dans la profondeur des hémisphères 
cérébraux. Les deux jambes étaient rétractées et frappées 
de paralysie ; dans le principe, elles n’avaient été qu’affaiblies. 
M. Ahercrombie a publié l’observation d’un jeune homme qui 
mourut paraplégique. La sensibilité des jambes resta entière ; 
il existait des douleurs dans le ventre, aux environs du pubis, 
de l’engourdissement vers la partie interne des cuisses, qui 
étaient, par instans, le siège de douleurs laneinantes. Les fais¬ 
ceaux antérieurs de la moelle dorsale seuls étaient convertis 
en une substance pulpeuse diffluente. La pie-mère était très 
injectée; il existait à la surface de cette membrane une couche 
. abondante de matière plastique. Ce fait semblerait prouver que 
la transmission du mouvement s’effectue à travers la colonne 
antérieure du prolongement rachidien, la transmission des 
impressions par le secours des faisceaux postérieurs ; mais, 
comme j’ai déjà eu occasion d’en faire la remarque, il s’en 
faut de beaucoup qu’il existe toujours une semblable corréla¬ 
tion entre le siège des lésions spinales et l’expression dès phé¬ 
nomènes morbides. Il n’est pas rare de voir le ramollissement 
de la seule partie centrale de la moelle produire des lésions de 
la sensibilité et un commencement de paralysie, de voir l’en¬ 
gourdissement, l’affaiblissement des membres succéder à un ra¬ 
mollissement des colonnes postérieures de l’organe. A en juger 
par la manifestation des symptômes, la perte de consistance 
commence, dans quelques c as,parun point très circonscrit; puis 
elle s’étend d’une moitié à l’autre de la moelle. M. Abercrombie 
a vu le ramollissement de la moelle cervicale débuter par la pa¬ 
ralysie du bras droit, provoquer l’bémiplégie, affecter ensuite 
le bras guache. J’ai recueilli un fait analogue. M. Foville a vu la 
paralysie affecter le côté gaucbe du corps, le bras droit, la 
jambe correspondante. Le ramollissement suit une marche as¬ 
cendante lorsque la paraplégie précède l’immobilité des mem¬ 
bres supérieurs. 

La paralysie de la vessie et du rectum, annoncée par l’écou¬ 
lement involontaire de l’uriné et des fécès, parla constipation 
ou la dysurie, est un effet fréquent du ramollissement spinal 
aigu. Le pouls est plus souvent ralenti qu’accéléré; il en est de 
même de la respiration, qui offre, dans certains cas, une gêne 



Il6 MOEtLE ÉPISliÉRE. 

considérable. La gène de la déglutition et l’embarras de 
la prononciation doivent être considérés comme des symp¬ 
tômes rares. Les complications cérébrales et méningées im¬ 
priment une grande variété , et, par conséquent, une faible 
valeur aux signes empruntés à la respiration et à la cir¬ 
culation. 

Le docteur Hunier a vu survenir le trismus, l’emprostho- 
tonos, le renversement du corps en arrière , la contraction des 
muscles de l’abdomen , du cou, des bras, des spasmes géné¬ 
raux, sur un homme paraplégique, dont la moelle rachidienne 
offrait un ramollissement très étendu, et dont la pie-mère 
spinale était injectée à un haut degré, principalement au 
cou (Abercrombie ). Un enfant de sept ans mourut à la suite 
d’accès comateux avec des attaques convulsives répétées. 
La moelle dorsale était remarquablement ramollie; il y avait 
beaucoup de sérosité accumulée dans le canal rachidien, et 
dans l’espace qui sépare les méninges spinales (Abererom- 
bie ). Ces faits , et quelques autres, le souvenir de ce qui se 
passe dans la méningite rachidienne diffuse, semblent donner 
gain de cause aux auteurs qui attribuent exclusivement à 
l’inflammation de la tpie-mère spinale, ou à l’inflammation 
de la pie-mère cérébrale, les convulsions'et les autres phé¬ 
nomènes spasmodiques qui accompagnent certains ramol- 
lissemens de la substance nerveuse rachidienne. Il est clair 
que l’existence d’une inflammation méningée spinale ou en¬ 
céphalique, coïncidant avec le développement d’un ramollis¬ 
sement spinal, favorise l’apparition des phénomènes con¬ 
vulsifs. 

J’ai fait connaître plusieurs exemples de ramollissement 
de la moelle survenu sur des sujets affectés de méningo- 
céphalite chronique, et qui avaient succombé au milieu 
des convulsions. M. S. Pinel a observé un fait semblable. 
Mais je dois encore répéter ici que, dans tous les cas de 
ce genre, il faut supposer une stimulation de la moelle et des 
racines nerveuses spinales. Or, cette stimulation peut aussi 
exister dans le ramollissement aigu simple de la moelle épi¬ 
nière, comme elle peut manquer alors même que la pie- 
mère spinale offre les traces d’une vive rougeur. Un inva¬ 
lide meurt paralysé des quatre membres : le bras gauche 
est dans un état de contracture ; tout le côté droit du corps 



MOEtlE ÉPJÎilÈRE. - 117 

est agité par des monvemens convulsifs ; la moelle cervicale 
est convertie, dans une étendue de plusieurs pouces, en une 
sorte de bouillie rougeâtre : les membranes du crâne et du 
rachis, que je passe soigneusement en revue, sont parfaitement 
saines. Sur un jeune sujet, dont le ramollisement spinal était 
beaucoup plus étendu, j’ai remarqué de la contracture dans 
les deux bras, des secousses convulsives du bras droit : la pie- 
mère cérébrale était rouge et vivement injectée des deux côtés; 
mais il n’existait rien de semblable dans le rachis (ô'ar la struc- 
iure, les fonctions, le ramollissement de la moelle épinière , 1828 ). 
La lecture des. faits disséminés dans les ouvrages spéciaux, les 
recueils de médecine, prouvent mieux encore que la rougeur 
des membranes spinales, dans le ramollissement rachidien, ne 
développe pas toujours des phénomènes de contraction muscu¬ 
laire (OHivier, 3® édition, t. ii, p. 321 ; 1.1, p. 388 ); nous ferons 
même observer, en passant, que ces accidens, lorsqu’ils écla¬ 
tent, neprésententpas, en général, le caractère qu’ils ont offert 
dans l’une des observations de M. Abercrombie ; et le véritable 
trismus, l’opisthotonos', si communs dans les phlegmasies de 
la méninge spinale, sont rares dans le ramollissement ordi¬ 
naire de la moelle épinière. Nous croyons donc que les convul¬ 
sions vagues, la contracture momentanée d’un; bras, d’une 
jambe, doivent figurer parmi les symptômes accessoires du 
ramollissement rachidien. 

Il paraît avéré que certains ramollissemens de la substance 
nerveuse font cesser la vie avec une grande promptitude. 
J’ai trouvé la moelle déliquescente sur un homme qui mar¬ 
chait avec assurance huit heures avant sa mort. M. Bouley 
a vu périr de ramollissement spinal des chevaux qui travail¬ 
laient encore quatorze, trente, quarante-huit heures, avant 
l’invasion des premiers accidens qui se manifestaient par une 
paraplégie subite; mais le ramollissement spinal aigu met sou¬ 
vent trois, quatre, cinq jours , à parcourir ses périodes avant 
de se terminer d’une manière funeste. 

Les symptômes du ramollissement chronique du prolonge¬ 
ment rachidien ne s’enchaînent pas précisément comme ceux 
du ramollissement aigu. Les prodromes sont, en général, de 
longue durée. Dans le principe, la santé générale est à peine 
troublée; les malades vaquent à leurs occupations, tout en 
ressentant dans le rachis les impressions d’une douleur sourde. 



MOELLE ÉPIKIÈRE. 


118 

dans un bras, le plus souvent dans les deux jambes, un senti¬ 
ment de pesanteur , des crampes, des inquiétudes. Ces parties 
se réchauffent difficilement. Un exercice modéré soulage mo¬ 
mentanément les malades, qui sont, au contraire, fatigués par 
des efforts musculaires trop long-temps soutenus. Ces pre- 
mièrs accidens diminuent, augmentent de nouveau, dispa¬ 
raissent encore en partie. Après un an, quelquefois cinq à six 
ans, Turine se trouve retenue dans la vessie : il faut recourir au 
cathétérisme; il arrivé aux malades de rester cinq, six jours sans 
rendre de matière fécale; et, si on leur prescrit quelques lé¬ 
gers laxatifs, ils ne peuvent retenir leurs déjections alvines. 
Bientôt ils marchent difficilement, sont obligés de se soutenir 
sur quelque appui, de rester une partie du jour assis ou cou¬ 
chés. Ils peuvent cependant imprimer à leurs membres quel¬ 
ques mouvemens volontaires, mais ces mouvemens sont incer¬ 
tains , accompagnés de tremblemens; la sensibilité, sans offrir 
une grande précision, est rarement éteinte; la paralysie incom¬ 
plète continue même à être accompagnée de sensations mor¬ 
bides plus ou moins pénibles pour le patient. Les mouvemens 
du cœur sont lents, faibles , la respiration normale; la peau 
des parties affectées se couvre d’écailles, reste privée de cha¬ 
leur ; les membres s’atrophient, s’infiltrent de sérosité ; il se 
forme des eschares au siège; la paralysie atteint son plus 
haut degré d’intensité; et la mort arrive avec plus ou moins de 
promptitude, suivant que le malade néglige de s’astreindre 
d’une manière régulière aux soins, aux précautions qu’exige 
son état, ou qu’il se soumet de point en point aux conseils 
des gens de l’art. 

M. Abercrombie a vu un ramollissement chronique remonter 
delà région dorsale à la région cervicale, produire la para¬ 
plégie , dans les derniers temps, la paralysie' des bras. Il existait 
dans les muscles de f abdomen et du dos des espèces de spas¬ 
mes : il survint des hoquets ; les membres, le ventre, le rachis, 
le pourtour du thorax étaient le siège de diverses sensations 
douloureuses et pénibles. Le sujet vécut à peu près dix mois. La 
moelle épinière offrait une teinte rose ; elle était diffluente ; la 
moelle allongée parut légèrement ramollie; la'protubérance 
annulaire était en partie privée de consistance, ainsi que les 
pédoncules du cerveau et du cervelet ; les méninges étaient 
saines ( Abercrombie , pag. 521). Chez Spréval, qui présenta 



MOKLLK ÉPINIÈRE. 110 

présquê lès mêmes désordres, tuais sur lequel lés colonnes pos¬ 
térieures de la moelle furent respectées par le ramollissement, 
la maladie mit plus de sefze ans à subir tout son développe¬ 
ment. Les jambes restèrent faibles pendant neuf ans, fléchies 
sur les cuisses, et dans un état de contracture pendant sept 
années (Ollivier, t. », p. 382). Ces deux sujets, qui ont sans 
doute succombélorsque le désordre a affecté la moelle allongée, 
ses éminences, les hémisphères cérébraux, etc., ont présenté 
une contraction musculaire spasmodique qui s’observe fré= 
quemment dans le ramollissement chronique de la moelle spi¬ 
nale. Sur l’un d’eux, la pie-mère rachidienne était soudée aux 
faisceaux antérieurs de l’organe. :M. le docteur Barbier a ob¬ 
servé', dans les derniers temps de la vie des tremblemens de 
tout le corps, de la raideur et des secousses dans les membres, 
sur une femme dont les symptômes de ramollissement spinal 
éveillaient l’attention depuis plus de quatre ans. Les méninges 
rachidiennes offraient vis-à-vis du foyer de la myélite une ossi¬ 
fication de peu d’importance, quant à son épaisseur et à sa 
largeur , mais longue de deux pouces ( Barbier ). 

Comme c’est principalement dans la myélite chronique que 
l’on s’est attaché à prouver qu’une interruption complète et 
considérable de l’organe rachidien n’empêchait point toujours 
la persistance des mouvemens volontaires et de l’exercice de 
la sensibilité dans les parties situées au-dessous du siège 
du ramollisement, je suis forcé de répéter de nouveau ici cf 
que j’ai dit à l’occasion des blessures de la moelle épinière. L i 
persistance des plus importantes fonctions de la moelle épi¬ 
nière séparée en deux portions par un ramollissement me pa¬ 
raît contestable; ou bien l’on n’a pas remarqué que les racines 
des nerfs qui se rendent aux membres pelviens, 'se détachaient 
de la moelle dans les cas en apparence exceptionnels au-dessus 
du point ramolli, ou bien l’on a pris des mouvemens spasmo¬ 
diques pour des mouvemens spontanés. Il est facile encore 
de s’en laisser imposer lorsque les muscles qui s’attachent au 
bassin ne sont pas paralysés, et qu’ils entraînent, en se con¬ 
tractant, le déplacement des cuisses et des jambes. Enfin l’in¬ 
terruption de la moelle peut s’effectuer seulement pendant 
l’agonie, ou pendant que l’on manœuvre sur le rachis, au 
moment de l’autopsie. La perception des sensations ayant lieu 
dans le cerveau, si les deux moitiés du cordon rachidien 



120 


MOELIE ÉPIKIÈRE. 
se trouvent séparées l’une de l’autre dans un espace de plu¬ 
sieurs pouces, ainsi que l’on en cite des exemples, et si le 
malade se plaint vivement lorsqu’on agit sur les doigts de 
pied , l’on ne comprend plus par quelle voie les impressions 
ont pu arriver jusqu’aux hémisphères cérébraux ; il me 
semble beaucoup pins rationnel de supposer qu’elles n’y arri¬ 
vent pas, et que l’attention de l’observateur a été un instant 
en défaut. 

La fréquence du ramollissement est-elle la même dans toutes 
les portions de la moelle spinale? Je trouve, en rapportant aux 
lésions de l’encéphale le ramollissement de la protubérance 
annulaire, et en éliminant les ramollissemens traumatiques et 
les ramollisemens qui succèdent à une compression mécanique, 
que sur vingt-cinq cas de ramollissement rachidien, six ap¬ 
partiennent à la moelle cervicale, onze à la moelle dorsale, 
cinq à la portion dorso-lombaire, deux à là portion lombaire: 
dans un seul cas l’organe est ramolli dans toute sa longueur. 
Une fois la moitié gauche de l’organe est seule affectée ; deux 
fois les faisceaux antérieurs sont seuls inféréssés. — Le tissu 
nerveux ramolli conserve sa coloration naturelle dix fois ; il 
offre une teinte jaune ou jaunâtre, six; une teinte rosée, 
quatre fois ; rouge, trois fois ; brune, une fois ; il est mêlé à 
du sang qui est fondu avec ses molécules , une fois. — La 
pie-mère est brune, une fois; rouge, injectée, sept fois : dans 
deux cas, couverte de fausses membranes. 

Les principaux écrivains nationaux ou étrangers considèrent 
le ramollissement de la substance nerveuse rachidienne comme 
le résultat d’un travail inflammatoire. Il est certain que l’afflux, 
l’accumulation, la stase du sang dans un parenchyme, lui font 
éprouver immédiatement une diminution de consistance qui, 
plus tard, peut être portée jusqu’à la déliquescence parla 
sécrétion de certains produits morbides ; il est certain encore 
que la méningo-céphalite chronique entraîne à peu près, sinon 
constamment, le ramollissement de la substance cérébrale su¬ 
perficielle. D’un autre côté, sur quelques sujets , la substance 
nerveuse spinale ramollie est colorée par la présence du sang 
qui lui donne un reflet rose ou rouge; la pie-mère est injectée, 
tapissée de pseudo-membranes, recouverte par de la sérosité 
ou du pus; et ces liquides, ces lésions de coloration, cette 
matière plastique, révèlent suffisamment par eux-mêmes la 



MOELLE ÉPINIÈRE. 121 

nature inflammatoire du principal désordre. Le ramollissement 
spinal nous paraît donc mériter, dans quelques circonstances, 
le nom de myélite. Mais la formation du ramollissement spinal 
suppose-t-elle nécessairement la préexistence d’une conges* 
tion sanguine, les conditions matérielles qui caractérisent,la 
fluxion inflammatoire du tissu nerveux ? De même qu’après la 
mort, les particules de cette substance, cessant d’être retenues 
par leur lien celluleux, ne représentent plus à nos yeux qu’une 
sorte de bouillie diffluente, bien que l’inflammation soit étran- 
gèreà cette transformation, de même, pendantlavie, une cause 
à nous inconnue ne saùrait-elle donc point effectuer le ramol¬ 
lissement du prolongement rachidien non enflammé? Dix-sept 
fois, sur vingt-cinq cas de ramollissement spinal, le foyer du 
désordre ne présente aucune trace de rougeur ou de colora¬ 
tion ; et il faut avouer qu’il est rare qû’un tissu violemment 
hypéremié dans le principe se trouve complètement dégorgé 
vingt-quatre heures, deux ou trois jours après le début des 
accidens. 

Nous devons ajouter qu’en général, le ramollissement trau¬ 
matique, qui est souvent accompagné de blessures du tissu 
de la moelle épinière, de contusions avec ecchymoses , que le 
véritable ramollisement local rouge de l’encéphale, ne mar¬ 
chent point avec autant de promptitude que certains l’amol- 
lissemens incolores du cordon rachidien. Il n’est donc pas 
certain que toujours l’état de mollesse de la moelle soit la 
terminaison d’une myélite. Il n’est donc pas impossible qu’on 
s’accorde par la suite à admettre différentes espèces de ramol¬ 
lissement ; mais la myélite et le ramollissement jaune ou 
incolore s’annonçant à peu près par les mêmes signes, nous n’a¬ 
vons pas jugé utile de séparer ces diverses affections (w/cü Ra¬ 
mollissement cérébral). 

L’enchaînement rapide des accidens, la promptitude avec 
laquelle la paralysie succède aux lésions de la sensibilité, la 
mort à la paralysie, dans certains ramollissemens aigus de la 
moelle, rendent l’application des moyens de traitement très 
embarrassante. Presque toujours c’est l’absence ou l’intensité 
des phénomènes généraux, de la chaleur, de la fièvre, des con¬ 
vulsions , de la pléthore cérébrale , l’état de la respiration, la 
force ou la faiblesse du sujet, qui décident de la nature des 
prescriptions que l’on oppose au ramollissement spinal aigu. 



122 MOELLE ÉPIIVIÉIIE. 

Les saignées, les émissions sanguines locales répétées, les 
bains tièdes, les boissons acidulées et légèrement relâchantes, 
semblent, rationnellement parlant, les seuls moyens dont on 
puisse conseiller l’emploi aux personnes jeunes, fortes , et qui 
offrent les signes d’une vive réaction cérébrale et fébrile. 
Mais si l’on a affaire à un sujet faible; si le pouls est lent, la 
peau froide , la respiration naturelle , l’exercice des fonctions 
intellectuelles exempt de troubles , l’on peut se borner d’abord 
à prescrire le bain, de légers purgatifs, et même recourir à 
l’application de plusieurs morceaux de taffetas vésicant sur le 
trajet du rachis. L’on pratique le cathétérisme si l’urine est re¬ 
tenue dans la vessie ; l’on fait administrer deslavemensexcitans 
pour remédieràla constipation, et si la maladie semble l'alentie 
dans ses progrès , l’on adopte le traitement qui est conseillé 
dans la myélite chronique. Or,les moyens qui ont paru soulager 
les individus affectés pendant trois, quatre ans d’un commence¬ 
ment de ramollisement, sont surtout les cautères et les moxas, 
lesj vésicatoires volans , les bains salins, hydro-sulfureux; les, 
bains domestiques, les douches chaudes et alcalines, le'spiliiles 
drastiques ; les applications de sangsues, de ventouses ,peut- 
être les préparations de noix vomique. Tout le monde sait 
que les cautères doivent être long-temps entretenus ; les ven¬ 
touses, les vésicatoires souvent renouvelés : le malade peut 
prendre trois ou quatre bains simples ou composés par se¬ 
maine ; l’été il peut prendre les bains dans la mer, joignant 
l’influence d’un exercice modéré à l’influence des autres agens 
médicamenteux. M, Ollivier conseille de faire tomber les dou¬ 
ches salines d’une hauteur de six à sept pieds, d’adopter la 
température de 33 degrés. M. Ollivier se sert avec succès des 
préparations de morphines, qu’il fait absorber à la surface des 
plaies, pour calmer les sensations douloureuses auxquelles 
sont en proie presque tous les malades. L’électricité, les 
préparations de noix vomique, peuvent stimuler momenta¬ 
nément les gros nerfs et les portions de moelle, qui ne sont 
pas encore affectés. Mais l’emploi de ces moyens, qui exige 
beaucoup de prudence et de discernement de la part du méde¬ 
cin, ne doit être prescrit qu’avec réserve. Les frictions alcooli¬ 
ques et aromatiques que l’sn pratique sur les jambes peuvent 
réveiller momentanément la vitalité des tégumens , y faire re¬ 
paraître un peu de chaleur , tempérer la violence des fourmil- 




MOELLE ÉPIMIÈKE. 123 

lemeas; mais ces moyens accessoires n’exercent aucune action 
directe sur le foyer du ramollissement. 

XV. De l’hydropisie centrale avec résorption partielle 
DÉ la sobstance DE LA MOELLE SPINALE {variété de myélite chro¬ 
nique ). — Ce genre de désordre, à peine étudié dans son plus 
grand état de simplicité, paraît devoir se rapprocher beau¬ 
coup , quant à l’expression , au mode de progression des lé¬ 
sions qu’il entraîne dans la sensibilité et le mouvement, du 
ramollissement chronique de la moelle, auquel on l’a quelque¬ 
fois assimilé, supposant que la substance nerveuse qui a été 
résorbée avait préalablement subi un changement de consis¬ 
tance ; supposition qui peut être juste, mais qui demande à 
être confirmée. Voici toutefois les symptômes qui furent obser¬ 
vés par M. Andral sur un sujet dont il a communiqué l’obser¬ 
vation à M. le docteur Ollivier. Un engourdissement avec sen“ 
sation de froid se déclara dans le doigt indicateur, puis dans la 
main, enân dans le bras du côté gauche. Plus tard, les mêmes 
phénomènes se manifestèrent dans le membre thoracique 
droit. Au bout d’un an, les membres pelviens furent à leur 
tour le siège d’un engourdissement, et peu à peu les deux 
jambes et les deux bras se trouvèrent paralysés du mouve¬ 
ment : une contraeture permanente s’empara des parties de¬ 
venues immobiles, et leur sensibilité parut obtuse. Toutes les 
fonctions de la vie de nutrition restèrent intactes ; une eschare 
du siège, la diarrhée, qui survinrent lorsque rien ne présageait 
une fin prochaine, mirent un terme à l'existence. A partir de la 
fin de la moelle allongée , toute la moelle spinale était creuse 
dans son centre où l’on apercevait une trame celluleuse in¬ 
filtrée de sérosité, et où la substance grise avait été complète¬ 
ment résorbée (Ollivier, t. ii, p. 38S). La consistance de l’organe 
n’était point altérée sur une femme qui mourut à l’hôpital 
Saint-Louis; les portions dorsale et lombaire de- la moelle 
furent aussi trouvées canaliculées au centre, privées de leur 
substance grise, qui était remplacée par un liquide de cou¬ 
leur citrine; mais, dans ce cas, la substance nerveuse, restée en 
place, était infiltrée de» sérosité ; il existait une tumeur au- 
dessous du renflement cervical, lieu où l’organe était mou. La 
maladie dura à peu près cinq ans. Au moment de la mort, la 
constipation était opiniâtre, l’excrétion de l’urine impossible. 



124 MOEILE ÉPINIÈRE. 

l’exercice de la sensibilité et des mouvemens absolument nul 
dans les membres inférieurs. Dans le principe, la paralysie 
avait été peu marquée ; par la suite, elle s’était prononcée 
davantage. 11 avait existé des douleurs dorsales, de fréquens 
engourdissemens vers les jambes: la sensibilité avait paru 
émoussée aux cuisses, sur l’abdomen, etc. ; la menstruation 
était restée régulière (Ollivier, t. ii, p. 392). 

Le rôle de l’inflammation nous paraît peu marqué dans la 
production dés désordres que nous venons de signaler. Les 
méninges|rachidiennes sont saines ; les parois du canal qui 
règne au centre de l’organe sont exemptes de mollesse, d’in¬ 
jection, de coloration. 11 existe, à dire vrai, une exhalation 
considérable de sérosité ; mais la production de ce liquide 
peut aussi s’effectuer sans, que l’inflammation s’empare des 
vaisseaux capillaires sanguins. Il est vrai que l’on peut objecter 
contre ces remarques, que la durée de la maladie étant longue, 
l’équilibre de la circulation a le temps de se rétablir. Mais, 
quoi qu’il en soit de la nature de ces altérations de la moelle, 
elles méritent d’être connues des pathologistes. 

XVI. De l’ikdübation de la moelle épinière {Myélite chro¬ 
nique de quelques auteurs ). — L’endurcissement du prolon¬ 
gement rachidien est assez généralement considéré comme le 
résultat d’un travail inflammatoire. Beaucoup plus rare que le 
ramollissement du tissu nerveux spinal, il affecte à peu près la 
marche duramollissementspinal chronique, auquel il ressemble 
par le mode d’expression fonctionnelle; et jusqu’à présent il 
n’a guère été observé que sur des sujets appartenant au sexe 
féminin. Pour l’ordinaire , les symptômes de l’induration de 
la moelle rachidienne se déclarent d’abord dans un seul mem¬ 
bre ; puis, au bout d’un temps Variable, ils se manifestent dans 
le membre situé du même côté du corps, et qui avait d’abord 
paru épargné. Peu à peu l’atrophie s’empare de la jambe et 
du bras lésés. A la longue , la jambe ou le bras siégeant du 
côté opposé s’affecte à son tour, et il arrive presque toujours 
un moment où les fonctions des quatre membres sont impos¬ 
sibles , et où l’atrophie devient presque générale. Du reste, 
les symptômes consistent en des engourdissemens, en des 
crampes, des fourmillemens accompagnés d’un sentiment de 
raideur, d’un commencement de faiblesse, d’insensibilité, qui 



MOELLE ÉPIWÎÈÜE. 12S 

se succèdeat ea passaat d’un membre à l’autre. La paralysie 
de l’exercice musculaire et de la sensibilité est rarement com¬ 
plète: les membres conservent un certain degré de souplesse, 
et pendant long-temps les malades continuent à sentir, à mar¬ 
cher, à agir, bien que leurs mouvemens soient lents et difficiles. 
Les fonctions de la vessie et du rectum sont respectées ou à 
peine troublées. Il ne survient aucun mouvement fébrile, au¬ 
cun désordre dans l’exercice des principales fonctions. Le pouls 
est lent plutôt qu’accéléré, la respiration libre, ou à peine gê¬ 
née ; seulement il arrive quelquefois que le point du rachis cor¬ 
respondant à l’induration de la moelle est le siège d’une dou¬ 
leur qui n’est pas sans analogie avec celle qui offre le carac¬ 
tère rhumatismal. Enfin, lorsque le siège de l’endurcissement 
tend à se rapprocher du point de Varole, il peut arriver qu’il 
se manifeste une certaine gène dans la prononciation et dans 
la déglutition; et l’on a même noté sur quelques sujets des es¬ 
pèces de mouvemens convulsifs généraux dont les retours 
avaient lieu par accès. 

L’éndurcissement du cordon nerveux rachidien peut durer 
long-temps avant de porter atteinte à l’existence des malades, 
qui meurent tout à coup , ou qui succombent à un long épui¬ 
sement. La maladie du comte Lordat, rapportée par M. Aber- 
crombie, dura quatre ans (ouvrage cité, pag. 538,2® édition 
française). Un malade soigné par M. Sonnenkalb, dontM. 01- 
livier a transcrit l’observation, vécut près de quatorze ans 
(tom. Il, 3®édition, pag. 402). Dans ces deux cas, l’induration 
avait cependant envahi la portion cervicale de la moelle , qui 
était en même temps hypertrophiée. L’endurcissement, qui 
était, pour ainsi dire, cartilagineux, occupait encore la même 
région de l’organe rachidien sur un individu dont Portai a 
recueilli très anciennemment l’histoire. 

Différentes considérations tendent à faire classer l’endurcis¬ 
sement de la moelle spinale parmi les variétés de la myélite 
chronique. Tout le monde sait que l’induration figure parmi le 
mode de terminaison de presque toutes les phlegmasies. 
L’hypérémie favorisant la sécrétion des produits plastiques, il 
paraît qu’il se forme quelquefois au sein de la substance ner¬ 
veuse enflammée, une sorte d’infiltration glutineuse qui con¬ 
court à augmenter la résistance des parties affectées, et l’on 
est porté à croire, en consultant les faits, que l’inflammation 



126 MOEttE ÉPIWIÈRE. 

n’est pas sans inHuence sur l’endurcissement du cordon ner¬ 
veux rachidien. Les méninges spinales étaient le siège d’une 
rougeur vive sur le malade observé par Portai, et elles étaient 
épaissies et très résistantes sur le sujet dont parle M. Aber- 
crombie. Cependant, comme les portions de moelle endurcies 
n’offrent, en général, aucune trace d’injection sanguine, il 
n’est peut-être pas impossible que l’induration soit unique¬ 
ment due à une accumulation insolite et maladive de substanpe 
nerveuse fortement condensée. Quoi qu’il en soit de la nature 
de la maladie qui fixe maintenant notre attention, tout le 
monde semble d’accord sur son mode de traitement, qui ne 
diffère point de celui qui est prescrit dans les cas de ramollis¬ 
sement spinal cbronique. 

XVII. De l’atrophie et de l’hypertrophie de la moelle épi¬ 
nière. — Dans l’état actuel de la science, l’atropbie du cor¬ 
don nerveux rachidien ne saurait être diagnostiquée sur le 
vivant. Jusqu’à présent, en effet, la diminution de volume de 
la moelle spinale n’a guère été notée que sur des sujets depuis 
long-temps affectés de paralysie des membres, ou sur des per¬ 
sonnes très avancées en âge. Or, dans le premier cas, l’atrophie 
est ordinairement consécutive ; elle vient après coup affecter 
un organe dont les fonctions sont déjà en tout ou îen partie 
abolies par l’action qu’exercent primitivement, sur un point 
de l’encéphale ou de la moelle épinière même, une tumeur, 
une hémorrhagie ancienne, un ramollissement chronique. 
Comment alors apprécier l’influence de l’atrophie sur la sensi¬ 
bilité , la contractibilité musculaire des parties qui obéissent 
à l’action du prolongement rachidien? Dans le second cas, à 
dire vrai, l’on asous les yeux des sujets qui sont, pour la plu¬ 
part, débiles et émaciés, dont la peau rude au toucher est 
privée de chaleur et de transpiration, dont les membres sont 
vacillans, tous les mouvemens incertains, dont la sensi¬ 
bilité obtuse n’est plus ébranlée que par de fortes impressions ; 
et tous ces symptômes s’expliqueraient convenablement par 
l’émaciation et le racornissement de l’organe rachidien. Mais 
qui ne voit que, dans l’âge caduc, l’ensemble du système ner¬ 
veux subit une atrophie relative qui constitue en quelque 
façon l’état normal de cette période de la vie humaine. L’on 
ne saurait donc, sans commettre une véritable erreur, attri- 



MOELLE ÉPINIÈRE. 127 

huer uniquement à l’étatde la moelle épinière des modifications 
fonctionnelles auxquelles tout porte à croire que les change- 
mens survenus Vers la masse encéphalique et vers le système 
nerveux rayonnant ne sont point étrangers. Ici donc encore l’on 
ignore jusqu’où peut s’étendre l’influence spéciale du cordon 
nerveux rachidien; etjusqu’àce que l’observation clinirjue ait si¬ 
gnalé un certain nombre de faits, ou la liaison des phénomènes 
morbides aux altérations de la substance nerveuse spinale soit 
inconstestable, nous croyons devoir nous abstenir detoutescon- 
jectures sur lessigues probables auxquels on pourrait soupçon¬ 
ner la diminution essentielle du volume de la moelle épinière. 

Le diagnostic de l’hypertrophie du cordon nerveux spinal 
ne présente guère moins d’incertitude que celui de l’atrophie 
du même organe. L’hypernutrition s’exerce-t-elle d’une ma¬ 
nière à peu près égale dans toute la longueur de la moelle, 
dont la substance surabondante est répartie alors d’une ma¬ 
nière uniforme ? L’exercice fonctionnel n’éprouve point alors 
de troubles importans, ou s’il survient des symptômes d’épilep¬ 
sie , des phénomènes musculaires vagues, et plus ou moins 
étendus, l’on n’est pas fondé à attribuer spécialement ces acci- 
dens à l’hypertrophie de la moelle. Lorsque l’hypertrophie af¬ 
fecte une seule région de l’organe spinal, et qu’elle se mani¬ 
feste à la suite d’une lésion locale, d’un étranglement, par 
exemple, l’embarras du médecin n’est pas moindre : la lé¬ 
sion primitive de la moelle suffit, en effet, pour justifier le 
trouble noté dans la sensibilité et dans les mouvemens du su¬ 
jet. Le diagnostic est tout aussi compliqué,lorsque l’hypertro¬ 
phie de la moelle épinière coïncide avec l’endurcissement ou 
le ramollissement de sa substance nerveuse, lorsque l’aug¬ 
mentation de volume est due à l’affluence morbide des liquides, 
à une sorte de boursouflement, de tuméfaction de la sub¬ 
stance grise, plutôt qu’à la sécrétion de nouvelles particules 
organiques. INe sont-ce pas les symptômes que l’on assigne à 
une sub-inflaramation chronique, ou à une compression lente 
du prolongement rachidien, que l’on aura occasion de noter 
dans chacune de ces circonstances? Voici, au reste, les phé¬ 
nomènes qui ont été signalés dans ces derniers temps, sur 
quelques malades qui ont offert après la mort un surcroît de 
volume du cordon nerveux rachidien. 

M. le professeur Andral cite, dans la première édition de ce 



t!28 MOEltË ÉPINIÈRE. 

Recueil(art. Moelle épihière), le fait d’un enfant dont la moelle 
cervicale remplissait complètement le canal vertébral. Le sujet 
était affecté d’épilepsie. M. Hutin rapporte que la moitié supé¬ 
rieure de la moelle dorsale et toute la moelle cervicale fu¬ 
rent trouvées dures et hypertrophiées sur un homme qui pré¬ 
sentait les symptômes de la chorée , et une exaltation notable 
de la sensibilité cutanée. Dans un troisième cas, la moelle cer¬ 
vicale hypertrophiée avait subi une diminution de consistance 
avec injection du tissu nerveux?; les portions inférieures [de 
l’organe étaient indurées. Les deux bras étaient depuis un an 
affectés de tremblemens, avec exagération de la sensibilité; le 
thorax était le siège de contractions musculaires convulsives. 
(Hutin, Oliivier, t. u, p. 480). M. Charcelay a trouvé dans toute 
la moitié inférieure de la moelle dorsale la substance grise , 
rouge, injectée, surabondante au pointquela substance blanche 
de l’organe en était repoussée, sur une femme qui présenta, 
pendant les dernières semaines de la vie, une paraplégie à peu 
près complète, et des fourmillemehs spontanés dans les jambes 
et dans la plante, des pieds. La sensibilité tactile était très 
émoussée, et l’excrétion de l’urine et des matières fécales n’é¬ 
tait plus soumise à l’empire de la volonté. Les premiers symp¬ 
tômes nerveux avaient consisté en des douleurs lombaires , 
des douleurs des membres pelviens, en un sentiment de fatigue 
pendant la progression, enfin, en quelques tiraillemens muscu¬ 
laires pendant l’extension des cuisses. M. Oliivier pense que, 
sur cette malade, le boursouflement de la substance ner¬ 
veuse est purement inflammatoire, contemporain du ramollis¬ 
sement chronique qui a causé la perte du sujet. Telle est aussi 
mon opinion, et dans les cas analogues, l’on ne peut assigner à 
l’hypertrophie aucun mode d’expression qui lui appartienne 
en propre (Oliivier, tom. ii, pag. 451). 

Dans les deux cas, vraiment remarquables, d’hypertrophie de 
la substance rachidienne, publiés par M. le docteur Monod 
(an^'er, précédemment, pag. 6), les symptômes furent différens 
sur chaque malade. Dans le premier cas, la marche de 
l’affection fut ascendante; les membres pelviens furent affec¬ 
tés avant les membres thoraciques. D’abord le sujet accusa des 
douleurs dans les extrémités inférieures, qui devinrent plu¬ 
sieurs fois chaque jour le siège d’accès convulsifs irréguliers, 
puis d’une paralysie musculaire incomplète, avec diminution 



MOELLE ÉPIIVIÈRE (biBLIOGR.). 129 

de la sensibilité .tactile. Les mêmes accidens se déclarèrent 
ensuite dans les extrémités supérieures; la vessie et le rec¬ 
tum perdirent quelque chose de leur puissance contractile. Le 
sujet vécut douze ans, le mal resta stationnaire neuf ans ; la 
paralysie ne fut jamais complète. Les contractions convulsives 
persistèrent jusqu’à la mort, qui fut causée par une double af¬ 
fection de la poitrine et de la vessie. Sur le second individu , 
qui succomba à une pneumonie cinq ans après l'invasion des pre¬ 
miers phénomènes nerveux, la paralysie resta constamment 
incomplète dans les bras comme vers les jambes; la sensibilité 
était surtout émoussée dans les doigts ; l’urine et les matières 
fécales étaient retenues dans leur réservoir vers les derniers 
jours de la vie. Les symptômes qui signalèrent le début du mal 
consistèrent en des engourdissemens non douloureux, qui se 
propagèrent des membres thoraciques au tronc, puis, plus 
tard, aux deux membres abdominaux, et qui précédèrent la 
diminution de la puissance musculaire. L’on n’observa point 
d’accès convulsifs Monod, Bulletin de la Société anato¬ 

mique , n“ 18, p. 350 et suiv.; Ollivier, t. u, pag. 454,459 ). Les 
deux observations de M. Monod, qui résument à peu près tout 
ce que nous savons jusqu’ici de positif sur l’hypertrophie 
diffuse de la moelle spinale , tendent à prouver que, les signes 
de l’augmentation de volume de l’organe rachidien sont à peu 
près les mêmes que ceux du ramollissement général de la sub¬ 
stance grise centrale, ou d’une compression médiocre qui s’é¬ 
tendrait aux diverses régions de la moelle épinière. La nutri¬ 
tion , la calorification, les fonctions respiratoires, le pouls, ne 
sont point modifiés ; et c’est une maladie accidentelle qui 
vient abréger la carrière des sujets jusque-là doués d’une 
certaine énergie vitale. Toutefois, le temps seul est suscep¬ 
tible de fixer l’opinion des pathologistes sur les causes, la fré¬ 
quence, le mode d’expression fonctionnelle , la marche et le 
traitement de l’hypertrophie du centre nerveux spinal. 

Calmeil. 

Historique et Bibliographie.— La connaissance des diverses altéra¬ 
tions pathologiques de la moelle épinière ne date, en quelque sorte, 
que de nos temps. Avant les travaux d’anatomie pathologique qui ont 
signalé le commencement du xix® siècle, on ne trouve que des notions 
très vagues sur les maladies de cet organe. Les recueils de Bonet, de 
Morgagni, de Lieutaud, ne contiennent aucun fait qui ait rapport à ces 
Dict. de Méd. xx. 9 



130 MOKLI-E ÉPIKIÈRE (BIBLIOOR.)- 

njoladies. La négligence des médecins pour les recherches qui auraient 
pu avoir la moelle pour sujet tenait sans doute à la difficulté d’ou¬ 
vrir le canal rachidien, et aussi au peu d’importance qu’on attachait à 
cette partie du système nerveux, dont l’influence sur les autres orga¬ 
nes était à peine soupçonnée. Cependant, dès le temps d’Hippocrate, 
les lésions externes de la moelle et leurs effets avaient été très bien re¬ 
connus, et avaient fqurniaux anciens,paplerapprochementdesnotions ' 
anatomiques qu’ils possédaient, des idées assez justes sur quelques- 
unes des fonctions de la moelle et sur la cause de divers symptômes 
qui dépendent du trouble de ces fonctions. Ainsi, dans le deuxième 
livre, du traité hippocratique des Prédictions, se trouve ce passage re¬ 
marquable : « At ’vero si spiuatis medulla, aut ex casu, aut atiquâ quâ- 
piam externâ causa, aut suâ sponte laboràrit, et cnirum impotentiam 
Jadt, ut ne taclum quidem percipiat æger, et xentris et xesieee, adeo ut ne 
primis quidem diebus stereus aut mina nisi eoacti reddatup. Quod si mor- 
bus inveteraverit, et stereus et urina a-gro inseio prodit, tmidemque non 
longo post UUervaUa pierit* (trad- dc Foës), 

Dans le traité des Articles, l’auteur signale de même très bien, sauf 
quelques erreurs très excusables alors, les effets de diverses sortes de 
gibbosités, ainsi que ceux de la çontusion et des fractures du ra¬ 
chis ; il établit les. divers accidens qui résultent de ces affections, et 
qui dépendent de la lésion de la moelle épinière: la gène de la respi¬ 
ration quand la gibbosité est au-dessus du diaphragme; les maladies 
'des reinset de la vessie; des abcès vers les hypochondres et les aines 
quand la gibbosité est au-dessous du diaphragme; la compression et 
même la rupture de la moelle épinière, et par suite l’engourdissement 
de beaucoup de parties nobles, etc. Dans le livre intitulé Machlique, 
il est dit que les déplacemeas des vorièbres. en dedans sont mortels, 
quand ils amènent la suppression d’urioe et k p,aralyaie (S 18), 

Enfin divers passages des traités des Affections internes, des Mala¬ 
dies, des Qimd.es, du cinquième livre des Épidémies, montrent l’opinion 
que l’on avait alors du rôle que joue la moelle épinière et de ses alté¬ 
rations dans certaines maladies, les maladies de consomption, par 
exemple, ou par l’effet de certaines causes morbifiques. 11 en est un 
surtout du troisième livre des Maladies oùPon a . cru voir l’indication 
d’une inflammation de la moelle dans ce qui est dit de la maladie dési¬ 
gnée parle nom de Pkmésie dorsale {pteuretfsex dorso)} mais les traits 
en sont trop vagues pour qu’on puisse soupçonner l’affection que l’au- 

Çelse n’a rien dit des lésion» de la moelle épinière, si ce n’est dans 
le cas mortel de la luxation altoïdo-axotdienne qu’il rapporte à la pre¬ 
mière vertèbre sur l’ocojput (liv. viii, sect. lâ). 

Arétée en parle également très peu et d’une manière accessoire, 
pour signaler l’effet direct de la paralysie dépendant d’une lésion de 



niOELLE ÉPINIÈRE (BIBLIOGR.). 13t 

!a moelle, conli'airement à l’effet croisé d’une lésion cérébrale. S’il 
arrive, dit-il, qu’un organe principaf situé au-dessous du cerveau , 
comme la méningine de la moelle épinière, se trouve lésé, toutes les 
moitiés contiguës et du même nom sont en même temps paralysées ; 
savoir, celle du côté droit, si la lésion est au côté droit, et du côté 
gauche, si la lésion est au côté gauche {De morb. diut., cap. vu). 

.Galien rattacha d’une manière pliis explicite à l’altération des di¬ 
verses parties de la moelle épinière la perte du mouvement et du sen¬ 
timent qui s’observe dans les différents membres, ainsi que plusieurs 
symptômes, mais sans décrire positivement les maladies mêmes de la 
moelle {De symptomatum causis, lib. i. — De locis ajfectis, lib. in, 
cap. VIII; lib. rv, cap. iv). Ces opinions concernant plutôt la physio¬ 
logie que la pathologie, nous ne nous y arrêterons pas, non plus que 
sur celles d’Alexandre de Tralle, qui sont analogues à celles de Galien, 
sans approcher autant de l’exactitude {Dearte medica, lib. I, cap. xvi). 

Depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, les médecins n’allérent 
guère au-delà des notions précédentes. Baillou chercha à rapprocher 
delà pleurésie dorsale d’Hippocrate un fait qui se présenta à son Ob¬ 
servation, mais sans se prononcer autrement que d’une manière très 
vague sur l’altération de la moelle ou de ses membranes qui pouvait 
en être la cause {Posterions affeclus descriptio, qui pleuritidis dorsalis 
nomine danatur. Dans Opusc. med. opp. t. iv, édit, de Tronchin , 
p. 328). 11 en est de même des auteurs qui ont parlé de la même af¬ 
fection, tels que le pseudonyme {ù\m {Synopsis univ. med. prat., p. 1, 
p. 1€5). — Fr. Hoffmann , suivi plus tard par Ludwig , rattacha a la 
moelle épinière les douleurs qui accompagnent la suppression du 
flux menstruel ou de l’hémorrhoïdal, les derniers temps de la gros¬ 
sesse, diverses altérations de l’utérus, etc., et les attribua à la dis¬ 
tension des veines et des sinus vertébraux {Med. ration. , p. 14, S 41 ). 
Nous devons aussi mentionner les recherches de Pott sur le mai ver¬ 
tébral, dans lequel se trouve intéresséeAa moelle épinière, qui en 
fournit Tes symptômes et les accidens principaux. 

La pathologie de la moelle épinière, si l’on en excepte les lésions 
traumatiques mieux connues, en était réduite à ces notions si in¬ 
complètes lorsque Jos. P. Frank appela , dans un discours solennel, 
l’attention des médecins sur les maladies de cette importante portion 
du système nerveux. Depuis, la direction toute spéciale des recher¬ 
ches vers l’anatomie pathologique, et l’étude plus approfondie des 
fonctions du système nerveux, et surtout de la moelle épinière enpâr- 
ticulier, firent avancer les divers points qui concernent la pathologie 
de cet organe, ceux qui ont trait à ses altérations : inflammation, 
congestion, hémorrhagie, dégénérescence et produits organiques, 
aussi bien qu’au diagnostic de ces maladies, qui offre encore tant de 
lacunes. Des recherches propres à M. Ollivier sur plusieurs de ces 




132 MOELLE ÉPIJilÉRE (bIBLIOGR.). 

points, et la monographie complète que cet auteur a publiée sur ce 
sujet, ont certainement contribué à l’avancement tout récent de. cette 
partie de la pathologie. Nous ne devons pas entrer dans de plus 
amples détails à ce sujet, puisque l’histoire se confond ici avec la 
science.— Nous n’avons pas cru devoir établir entre les écrits qui ont 
pour sujet les maladies de la moelle épinière d’autre ordre que celui 
que fournit leur date : 

Ltowio. Tractalio de doloribus ad spinam dorsi. Dans Adversaria me- 
dico-practica , t. i, part. 4. p. 71t. 1770. 

Frank (J. P.). De 'vertebralis columnæ in morbis dignitate. Oratio, 
acad. Pavie, l791;‘|dansDe/ecî. opuscuL, t. xi, p. 6, 1792. — Epitom. 
decurand.hom. morbis, lib. ii, § 141. 

Habfner. Diss.de medullœ spinalis inflammatione. Marbourg, 1799. 

Brera (V. L.). Délia rhachialgite. Ceniii pathologici. Livourne, 1810, 
in-4°, pp. 30. 

Desfray. Essai sur le spinitis, ou inflammation de la moelle de l’épine. 
Thèse. Paris, 1813, in-4“. 

Harless (C. F.). Praktische Bemerkungen üjber die Myelitis. Dans Har- 
less, lahrb&cher, 1813, t. ti, p. 260. 

Heer. Diss. de inflammatione medullœ spinalis. Erlangue, 1814. 

CoptAND. Observations on the symptômes and treatment ofthe diseases 
o/'j^ine. Londres, 1815, 1^8°. 

Rachetti (V.). Délia struttura, delle funzioni e maiattie délia midolla 
ji/w'nafe. Milan, 1816. 

Asch (H. W. A.). De vitiis qiùbusdam medullœ, spinalis minus cognitis. 
Haie, 1816. 

Barbaroux. Diss. de medullœ spinalis inflammatione. Turin, . 1818, 
iu-8». 

Frank (Jos.). De morbis columnæ vertebralis in genere. — De rachial- 
gia. — De rachialgitide. Dars Praxeos med. univ. prœcepta, p. ii, t. i, 
sect. 2,cap. 1, 2et3. 

Fonk (M.). Die Rückenmàrks-Entzündung. Diss. inaug. Bamberg, 
1819. 3«edit. Ibid, 1832, in-8». 

Bergamaschi (G.). Sulla mielitide stenica, e su! tetano; loro identità, 
metodo di cura, e maiattie secondarie che ne derivano. Pavie, 1820, 

CtOT. Recherches et observations pathologiques sur le spinitis. Thèse. 
Montpellier,.!820, in-4“. 

Macari. ü/e'm. et observations sur la spinitis, ou injlamm. de la moelle 
épinière. Dans Anh. de la Soc. de méd.' prat. de Montpellier, t. ii, 
p. 5. 

Pinel (Scipion). Sur i inflammation de la moelle épinière. Dans Journ. 
de phys. de Magendie, t. i, p. 54. 




MOELLE ÉPÎKIÊKE (bIBLIOGK.). 133 

Earle. Sonve observations on diseases oj the spine. Dans Transact. Pht- 
hs., 1822, 2» p. 

Klohss, Piss. de mielitide. Halle, 1820. Trad. en allem. dans le 
Journ. de méd.prat. de Hufeland, 1823, t. tvi et tvn. 

Casper (J. L.). üeber die Ferletzungen des Bûckenmarks , in Hinsicht 
mif ihr Letluditâtsverh&ltmss. (Extr. du Rust’s Magazin, 1823). Berlin , 
1823, in-8“. Trad. dans Journ. complém. des sc. méd. , t. xvi, p. 309, 
sous ce titre : Sur les lésions de la moelle épinière, p>ar rapport à leur 
degréde léihalité. 

Gendrin. Recherches sur les tubercules du cerveau et de la moelle épi¬ 
nière. Dans J.nn. du Cercle méd. de Paris; et séparém. Paris, 1823. 
iB-8“. 

WoLïE (L,). Beobachtung einer chronischen Entzündung des Rûcken- 
marks mitungevôhnlichen Jusgang, nebst Bemerkungen darüber, Ham¬ 
bourg, 1824, in-8°. 

Stiebei. Ueber Neuralgiârachitica, undSymptom des Gegensatzes. Dans 
Rust’s Magqàn , 1824, t. xvi, p. 549. 

yELPEAD (A.). Mémoire sur une altération profonde de la moelle allon¬ 
gée, sans que les fonctions nerveuses aient été troublées. Dans Archiv. gen. 
de méd., 1825, t. vu, p. 52. — Obs. sur une malad. de la moelle épinière, 
tendant à démontrer l’isolement des fonctions des racines sensitives et mo¬ 
trices des nerfs. Ibid., p. 68. — Mémoire sur quelques altérations de la 
moelle épinière. Ibid., p. 329. 

Friederich (G. F.). Diss. de mjelitide. Berlin, 1825. 

Petronelli. Observations et réflexions sur quelques lésions de la moelle 
épinière, etc. Thèse. Montpellier, 1826, in-4®. 

Crodzit. Recherches sur les altérations de la moelle épinière à la suite 
des fièvres adynamiques et ataxiques. Thèse. Paris, .1827, in-4'’> 
a“139. 

Fages. Quelques considérations sur les lésions de la colonne vertébrale et 
de la moelle épinière. Dans Éphémérides méd. de Montpellier, février 

1827. 

Hdtin. Recherches et observations, pour servir à l’histoire anatomique , 
physiologique et pathologique de ta moelle épinière. Dans Nouvelle biblioth.. 
méd., févr. 1828. 

FtODRENS. Expériences sur la réunion ou cicatrisation des plaies de la 
moelle épinière et des nerfs. Dans Ann. des sc. naturelles , 1828, t. xiii, 
p. 113. 

Calmeil. Anatomie, physiologie et pathologie de la moelle épinière. 
2* part. Pathol. D&ns Journ. des progr. des sciences et des instit. méd., 

1828, t. XII, p. 133. 

Abercrombie (J.). Pathological andpracticàl researches on the diseases 
of the brain and the spinalcord. Edimbourg, 1828, in-8®. Ibid., 183., 
in-8®. Traduit avec notes, par Gendrin, dans Transact. medic., et à 
part, Paris, 1833, in-8“. Ibid , 1835, in-8®. 



134 mOKLLE ÉPiftlÈUE (filBLlOCR.). 

Brown (Ch.). On irritation of ihe spinal nerves. Daos The Glasgoiv 
/«e(/.yoar«., 1828, ii° 11. Extr. Archiv. gén. de méd., t. xix,p. 423. 

Dbnear (John R. W.). An essay en the structure, Junctions und di¬ 
seuses on the nervous System. Diss. Philadelphie, 1828, in-8". pp. 77. 

Darwalr. Observations on some forms ojspinal and cérébral irritation, 
1829. 

ËNz (E.). Beobachtung iiher mehrere der symptomatischen Krankeits- 
formen , weleke bei Empfindlichkeit einer grôsseren oder Meineren Stelle 
der Wirbelsàule -vorkommen. Dans Rust's Magaân ,t. xli, p. 195 , et 
t. XLiT, p. 43 et 204. 

Bodlet. Des maladies de la moelle épinière et de ses enveloppes chez le 
cheval. Dans Recueil de méd. vétér., 1830. 

LEONHAsm (Rudolph.). Diss. de myelitide. Leipzig, 1830, in-8'*. 

Pabrish (Is.). On irritation on the spinal marrow as eonneeted witk 
nervous diseasts. Dans The Americ. Journ. ofthe med. sc., août 1832; et 
trad. dans Arehiv. gén. de méd., 2® sér., 1. 1 , p. 388. 

Albers. Die Entzündung derharteu Haut des Rückenmurks, perimenin- 
gitis medulhe spinalis. Detns Journ. - der chirurgie, de Graefe et Walter. 
1833, t. XIX, p. 347. Extr. dans Gaz. méd., 1833, p. 857. 

Hache- Affections de la moelle épinière et de ses membranes. Dans/»«/■«. 
hebdom., 1833, t. ii, p. 269. 

Doparqob. Remarques et observations sur les maladies de la moelle épi¬ 
nière. Dans Transact, medic., janvier 1833. 

Crdteiihibr <f.) Maladies de la moelle épinière. Dans Anal, patkol. du 
corps humain. 1833, livr. in, vi, xvi. 

Monod. De quelques maladies de la moelle épinière. Dans Bullet. de la 
Sec. anat., d® 18. 

Stanley (Edw.). Du rapport qui existe entre l'inflammation des reins et 
les désordres fonctionnels de la moelle épinière et de ses nerfs. Dans 
tondm medico-ehir. Transact., t. xviii, p. 1, p. 260. Extr. dans Ar- 
chio. gén. de méd. , 1834 , 2' sér., t. v, p. 95. 

Griffin (W.) Observation son functional desorders ofthe spinal cord and 
their crmnexion with hystérie , nervous and otker (Useases, etc. Londres, 
1834 , in-S®. Analys. dans Gaz. méd. de Paris, 1835, p. 273. 

Marshall (John.). Practical observations on diseuses of the heart, lings, 
stomach, liver, etc. oecasioned by spinal irritation. Londres, 1835, in-8®. 

Constantin (Ern.). De la myélite. Thèse. Paris, 1836, iu-4®. 

CoLLiNY. Quelques observations de maladies de la mrxlte épinière et de 
ses membranes. Dans Arehiv. gén. de méd. 1836, 2® série , t. x, p. 269. 

Grisolle. Observations de maladies de la moelle épinière. Dans Joum. 
, janvier, 1836, n“ 3. 

Melber(G. g. Fred.). De meduUee spinalis erethismo. Diss. inang. 
Francfortanr-le-Mein, 1838, in-8“, pp. 82. 

€k.LiVFE& (C. p.). De la moelle epiruère et de ses maladies, contenant 
l’hist. anat. , physiol. et pathol. de ce centre nerveux chez Vhomrtte. Paris, 



18â3, in-8“. Ibid., 1827, in-8'’, deux val., trois pb — édii,, revue, 
corrigée èt augmentée avec 4 planches. Paris, 1837, in-8“ , deux vol. 
— 0'*t>îtîuê datant de 1823, cet ouvrage est placé ici le .dernier parce 
que la troisième édition résume parfaitement tous les travaux qui ont 
été faits jusqu’à ce jour sur les maladies de la moelle. R. D. 

MOLE. — Suivant Hippocrate, Aristote et Galien, la mofeest 
une masse de chair informe et inerte formée dans la matrice à la 
suite d’une conception imparfaite. Après eux les Arabes ont ap¬ 
pliqué aussi ce mot à toutes les tumeurs développées dans la ca- 
cavité ou dans l’épaisseur des parois de l’utérus. La confusion 
des idées attachées à ce mot s’est perpétuée dans les écrits des 
médecins qni sont venus depuis, et a enfanté parmi eux d’inter¬ 
minables discussions sur la question de savoir si une vierge peut 
enfanter une mole. De Lamzweerde, vers la fin du dix-septième 
siècle, pour concilier les opinions divergentes des auteurs , dis¬ 
tingua les moles en moles de génération et en moles de nutrition. 
Les premières seules durent conserverie nom de mo/e; et lemot 
de faux germe,falsus eonceptus, en devint pour beaucoup d'au¬ 
teurs le synonyme. De Lamzweerde, dans ce même traité {Hist. 
naturaUs molarum uterï), combat victorieusement, mais avec les 
armes du temps, les préjugés ridicules qui régnaient généra¬ 
lement sur les moles, et que quelques médecins favorisaient 
par les histoires merveilleuses qu’ils racontaient des moles vi¬ 
tales, des animaux fantastiques, vivans ou morts, que des 
femmes avaient mis au monde. H serait oiseux de rapporter, et 
encore plus de réfuter actuellement toutes ces fables et ces 
opinions absurdes. Astruc et un grand nombre de médecins ont 
admis diverses espèces de moles : la mole qui est le produit 
de la conception avortée; la mole hydatidique, qui n’est qu’un 
amas d’hydatides ; et une troisième espèce dont la nature n’est 
pas bien indiquée, mais qui paraît n’être qu’une concrétion 
sanguine formée dans la matrice. Ôn voit que ce mot mole a 
toujours été appliqué à des objets de nature diverse et souvent 
mal déterminée. Il me semble que par le vague de sa significa¬ 
tion il n’est propre qu’à entretenir la confusion et à couvrir l'i¬ 
gnorance d’un vernis de savoir, et qu’il doit être banni du lan¬ 
gage médical. Actuellement que l’on connaît bien, au moins par 
leur apparence extérieure, les corps qui se développent dans 
l’utérus, il faut les distinguer les uns des autres et les désigner 
par des noms particuliers. Ces corps sont : ou lé jjroduit de la 



MOLLÜSCDM. 


136 

conception altéré par un état morbide, ou une masse d’hyda- 
tides, dont la nature et l’origine ne sont pas encore bien dé¬ 
terminées , ou des concrétions fibreuses et autres formées dans 
la cavité de l’utérus. Il sera traité de chacune de ces affections 
en particulier aux articles OEdf humain (maladies del’), et 
Utérus (maladies de 1’). Desormeaüx. 

MOLLUSCÜM. — Mot latin qui a été récemment introduit, 
par le docteur Bateman, pour désigner une maladie de la peau 
caractérisée par des tubercules répandus sur divers points du 
système dermoïde. Cette dénomination de molluscum est appli¬ 
quée à ces tubercules, à cause de l’analogie qu’ils présentent 
avec les proéminences nuciformes qui se développent sur l’é¬ 
corce de l’érable. 

Cette affection tuberculeuse paraissait peu connue avant 
que le docteur Bateman eût appelé sur elle l’attention particu¬ 
lière des pathologistes. Toutefois, on est porté à croire qu’elle 
a été observée et décrite sous d’autres noms. Ainsi, par exem¬ 
ple , cette éruption fungoïde dont (on trouve la description 
exacte dans l’ouvrage de Bontius, et à laquelle le professeur 
Alibert a ajouté de nouveaux traits, en lui donnant la dénomi¬ 
nation de pian fungoïde , n’a-t-elle pas beaucoup, de rapports 
avec le mollüscum contagieux, récemment étudié en Angle¬ 
terre? C’est ce qu’on ne saurait nier; mais on doit attendre de 
nouveaux faits avant de rapprocher ou de confondre, ces es¬ 
pèces , qui ont été séparées jusqu’à présent par les observa¬ 
teurs. 

Le molluscum est caractérisé par des tubercules nombreux, 
à peine sensibles, se développant lentement, et dont les di¬ 
mensions varient depuis celle d’un pois, jusqu’à celle d’un œuf 
de pigeon, offrant tantôt une forme arrondie, globuleuse, 
tantôt aplatie et irrégulière. Le plus ordinairement ils ont une 
base large; quelquefois ils offrent une sorte de pédoncule. 
Dans quelques cas, ils ont une couleur brunâtre ; le plus souvent 
ils conservent la couleur de la peau. Leur développement et 
leur progrès ne paraissent se lier à aucun dérangement inté¬ 
rieur ; ils deviennent rarement le siège d’une irritation mar¬ 
quée , et parvenus à un certain degré d’accroissement, ils res-, 
tent stationnaires pendant long-temps, et même toute la vie. 
M. Tilésius a publié un cas très extraordinaire de cette affec¬ 
tion tuberculeuse. L’individu qui en était atteint avait la face 



MOXMSCliM. 


137 

et la totalité de la surface cutanée couvertes de ces petites tu¬ 
meurs. J’ai vu deux exemples analogues à l’hôpital Saint-Louis, 
mais les tubercules n’étaient point de la même nature que ceux 
qui ontété décrits par M. l’ilésius ; ils ne contenaient point de 
matière athéromateuse; ils étaient durs, consistans, etne parais¬ 
saient contenir aucun liquide. J’avais encore sous les yeux, 
lorsque cet article a été écrit, un vieillard dont la peau était 
couverte de ces tubercules, sans que sa santé eût jamais 
éprouvé la moindre altération. 

J’ai observé une autre forme de molluscum chez quelques 
individus, et surtout chez des jeunes femmes à la suite des 
couches : elle consistait dans de petites tumeurs aplaties , fen¬ 
dillées légèrement à leur sommet, irrégulières, d’une couleur 
brunâtre ou fauve; ces tubercules, aplatis et indolens, étaient 
plus particulièrement répandus sur le cou. 

Le docteur Bateman a décrit une troisième forme de cette 
affection, à laquelle il a donné le nom de molluscumcontagio- 
sum. Elle est caractérisée par des tubercules arrondis, proé- 
minens, durs, de différentes grosseurs, lisses, transparens, 
sessiles, laissant couler par leur sommet un liquide blanc, etc. 
Cette espèce, que le pathologiste anglais a observée sur plu¬ 
sieurs individus, mais surtout sur une jeune femme qui l’avait 
contractée d’un enfant qu’elle allaitait, paraît être éminem¬ 
ment contagieuse. Comme elle n’a point encore été observée en 
France , on doit attendre de nouveaux faits qui fassent mieux 
connaître les caractères qui lui sont propres, sa marche , sa 
propriété contagieuse, etc. 

On ne sait rien de positif sur- les causes dé cette maladie. 
Tous les faits qui ont été observés jusqu’à présent n’ont of¬ 
fert aucune lumière sur ce point. Dans l’état actuel de nos con¬ 
naissances , on ne saurait que présenter des notions encore 
imparfaites sur le diagnostic et sur le pronostic du mol¬ 
luscum. 

Traitement. — On conçoit que les essais thérapeutiques ont 
peu de succès sur la première forme du molluscum. .j’ai em¬ 
ployé une foule de moyens propres à exciter dans les tuber¬ 
cules une modification quelconque, sans jamais avoir produit 
le moindre changement. 

Dans la seconde forme, j’ai vu quelquefois des lotions sti¬ 
mulantes, styptiques, produire une amélioration. Chez une 
jeune femme dont toute la partie antérieure du cou était cou- 



MOSIOMAîSlK. 


138 

verte de ces petites tumeurs ii-régulières, des lotions répétées 
plusieurs lois par jour avec une forte dissolution de sulfate de 
cuivre les firent complètement disparaître en quelques se¬ 
maines. 

Des divers individus attaqués du molluscum contagiosum, les 
uns n’ont fait aucun tialternent; les autres, et notamment la 
jeune femme dont parle Bateman , ont éprouvé une améliora¬ 
tion avantageuse de la liqueur arsenicale de Fowler. 

L, Biett. 

MONOMANIE. — L’hommé peut, sans cesser de jooir de la 
faculté de coordonner ses idées, déjuger sainement des qua¬ 
lités et des rapports d’un certain nombre d’objets extérieurs, 
obéir sciemment, ou à son insu, à un vice partiel du jugement, 
àune aberration de lasensibilité physique, àunelésioa desqua¬ 
lités affectives, des sentimens instinctifs, et manifester une série 
fl’idées extravagantes, des sensations, des antipathies étranges; 

. se porter à des actes qui ne supposent plus l’empire de la rai¬ 
son Cet état maladif constitue la monomanie, qui diffère de la 
manie, moins par la nature des phénomènes fonctionnels que 
par la forme qui résulte de leur mode d’association. Le délire 
monomaniaqne, connu anciennement sous le nom de délire 
irvélancolique, a été décrit avec un soin particulier par les au¬ 
teurs du xvn® et du xvin® siècle. Toutefois, le mot mélancolie, 
se rattachant par son étymologie aux théories de l’hnmorisme, 
étant consacré à exprimer dans le langage usuel la tendance 
de l’âme vers les affections tristes, M. Esquirol a cru devoir 
créer une expression scientifique pour désigner les divers états 
d’aliénation partielle, et la dénomination de mono/wame, depuis 
long-temps adoptée par tou» les médecins, n’a plus besoin ait- 
jourd’hui d’explications ni de commentaire. 

Les formes presque innombrables de la monomanie ne sau¬ 
raient être toutes prévues, convenablement peintes et expri¬ 
mées. I! n’e.'rt pas une idée, une sensation, un souvenir, un 
penchant, un sentiment, une disposition de l’âmè, qui ne puis¬ 
sent, dans rertaines circonstances, servir de base aux calculs 
faux du jugensent, entretenir l’esprit dans des suppositions 
absurdes, empoisonner l’existence morale de l’homme, exercer 
un empire tyrannique sur la volonté. Le délire qui s’exerce 
avec persévérance sur des aberratioDs de la sensibilité interne 
et viscérale reçoit surtout le nom éîk/pockotidrie. Le délire qui 



MOIVOSIANIE. 


139 

repose sur uu vice de perceplion relatif au sens de l’ouïe, de 
la vue, de l’odorat,etc., peut être qualifié de raoaomanie^en^o- 
riale (yojrez Hallucinations). M. Esquirol nomme raonomanie 
affective la monomanie raisonnante des auteurs, qui résulte de 
la perversion des sentimens et des actes ; monomanie instinctive, 
la monomanie sans délire intellectuel, qui résulte de la prépon¬ 
dérance des penchans sur la volonté. Les espèces de mono- 
manie, indiquées ou décrites par les auteurs contemporains, ré¬ 
sultent, pour la plupart, d’un certain nombre de lésions fonc¬ 
tionnelles des facultés que Gall et Spurzheim qualifient de 
fondamentales ; tantôt c’est le penchant de l’amour physique, 
de l’amour filial, de la destruction, du courage, qui semblent 
être simultanément ou isolément affectés; tantôt c’est le sen¬ 
timent de l’orgueil qai paraît exalté de la circonspection qui 
crée des fantômes et des chimères, etc. La division des facultés 
encéphaliques, telle qu’elle est établie et développée par Gall, 
est avantageuse pour l’analyse fonctionnelle des phénomènes 
du délire partiel. Il est très rare que la monomanie soit cir¬ 
conscrite au point de n’affecter qu’une faculté unique, qu’un 
seul penchant, un seul sentiment; et les faits de monomanie 
impulsive, soit que le sujet se sente entraîné par le besoin de 
tuer, de voler, d’incendier, n’infirment point absolument la 
vérité que j’énonce à présent. 

La monomanie proprement dite (Esquirol), qui a aussi reçu 
le 'aom à’atnénomanie, est gaie, expansive, presque toujours 
caractérisée par une sorte de bouffissure d’orgueil, d’élan de 
la vanité. Le malade, en proie à des idées de luxe, de riebesse, 
de grandeur, vante l’éclat de ses palais, la beauté de ses ameu- 
blemens, l’opulence qui s’attache à sa personne, l’ancienneté 
et les exploits de ses ancêtres; il est tout à la fois poète, mnsi- 
eien, roi, empereur. Passant sa vie à commander, il demande 
à être obéi, se plaît à créer des charges importantes, à distri¬ 
buer des distinctions et des honneurs. Souvent tes sujets 
atteints de monomanie vaniteuse s’éloignent de leur famille, 
de leurs amis, de leurs proches, dont les conditions de fortune 
leur paraissent blessantes pour leurs prétentions. L’on s’ima¬ 
gine à tort que les fous qui se croient parvenus an faîte d« 
pouvoir, placés à la tête d’un peuple ou des nations, jouissent 
totqours d’un bonheur parfait. Les souverains des Petites- 
Maisons déplorent parfois avec une véritable amertume l’in- 



MOSOMAHIE. 


140 

justice et la cruauté de leurs prétendus sujets, qu’ils accusent 
de la perte de leur liberté, et qui ne les tiennent enfermés, 
disent-ils, que pour mieux jouir des biens qui devraient être 
le partage de la royauté. L’aménomanie comporte donc jus¬ 
qu’à un certain point le mélange des idées mélancoliques ; 
mais il est des états de délire où l’on peut dire, sans exagéra¬ 
tion , que les malades sont ivres de joie, de contentement, de 
bonheur, où la vie s’écoule dans une sorte d’enchantement et 
de béatitude que rien ne parvient à troubler. L’aménomanie 
dégénère si souvent en folie paralytique, que quelques méde¬ 
cins sont allés jusqu’à croire et à affirmer que la folie d’orgueil 
est nécessairement l’indice d’une lésion de la motilité. 3’ai vu 
souvent, je vois chaque jour, depuis dix ans, des monoma¬ 
niaques dont toutes les idées, les conceptions délirantes, 
avaient trait, se rapportent aux illusions de l’orgueil le plus 
exalté, sans que l’on eût à craindre, sans que la moindre gêne 
dé la prononciation puisse trahir le premier développement 
de la paralysie générale. L’aménomanie, comme toutes les 
autres variétés de délire, n’exclut donc pas la persistance des 
mouvemens volontaires ; mais nous verrons par la suite que 
la plupart des aliénés paralytiques sont dominés par le sen¬ 
timent d’une joie insensée et d’une supériorité qui contras¬ 
tent avec l’état de malheur et de dégradation intellectuelle 
où ces infortunés sont maintenant plongés. Gall place en 
arrière, plus bas que le sommet de la tête, et au-dessous 
des régions pariétales qui en sont le plus voisines, le siège de 
l’organe de la hauteur acconapagnée de l’amour de l’élévation 
et de l’autorité, le siège de l’amour de la gloire, des rêves de 
l’ambition et de la vanité. L’on est frappé de la profondeur et 
de l’étendue des désordres qui existent ordinairement sur les 
côtés de la ligne médiane, dans l’épaisseur des circonvolutions 
qui correspondent à peu près à la partie moyenne des hémi¬ 
sphères sur le plus grand nombre des aliénés atteints d’amé- 
nomanie et de paralysie musculaire. 

La monomanie est quelquefois caractérisée par la prédo¬ 
minance d’un sentiment excessif d’humilité. Quelques aliénés 
demandent à échanger leur condition contre celle des gens 
de peine, à partager leurs travaux, dont ils se trouveraient, 
disent-ils, trop honorés. Ges malades sont doux, polis, préve- 
nans, attentifs, toujours prêts à tomber aux genoux du pre- 



MOROMAWIE. 141 

mier venu. Sans cesse contraints par la crainte de manquer 
aux bienséances, ils évitent d’être à charge aux personnes qui 
sont affectées à leur propre s^ervice, cherchant à déprécier les 
qualités qu’on ne saurait leur contester pour faire ressortir 
des défauts et des torts qu’ils n’ont jamais eus. Le propriétaire 
d’un riche domaine, ayant reçu une éducation parfaite, exigeait 
qu’on l’appelât le pauvre Jacques. A chaque instant il deman¬ 
dait à prendre la place d’un garçon de ferme qu’il traitait avec 
un respect et des égards extraordinaires. Son épouse n’était 
plus à ses yeux qu’une dame élevée par sa position de fortune, 
et dont il n’osait même pas réclamer humblement la protection. 
Cette variété de délire, qui se rapporte à la mélancolie, n’excit# 
pas moins de surprise ni moins de pitié que la folie ambitieuse 
la plus outrée. 

Dans la mélancolie de? anciens auteurs (mélancolie vulgaire, 
lypémanie), le malade est plongé dans la tristesse, la douleur 
. la plus sombre. Assiégé par des idées sinistres, des pressenti- 
mens funestes, tantôt il se figure qu’il est ruiné, condamné à 
mourir de faim, de froid, de misère ; tantôt il s’accuse de crimes 
atroces, annonçant qu’il est destiné à périr sur un échafaud, 
déshonoré, couvert de honte et d’infamie. Parfois il croit voir 
les apprêts de son supplice, entendant déjà les cris du peuple 
qui s’assemble pour jouir du spectacle d’une punition exem¬ 
plaire. Souvent il s’apitoie aussi sur le sort de sa femme, de 
ses enfans, qui ne seront point garantis par leur innocence,et qui 
vont encourir la vengeance d’une fausse justice. Les lypéma- 
niaques sont obstinés dans leurs croyances, défians, craintifs, 
toujours en suspicion vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis 
des autres, dont ils interprètent défavorablement la conver¬ 
sation , les actes, le moindre geste. Beaucoup de femmes lypé- 
maniaques pleurent depuis, le matin jusqu’au soir ; d’autres 
poussent des cris effrayans, refusant obstinément de manger, 
cherchant, partons les moyens possibles, à se débarrasser d’une 
existence qui leur est cruelle. J’ai soigné une mélancolique 
qui s’attendait à chaque minute à être enfermée dans un sac, 
et précipitée dans la rivière, à être brûlée vivante dans un 
four. Une dame, après un mois de soins, de fatigues et de 
veilles, perd son enfant, qu’elle espérait conserver malgré les 
prédictions funestes des médecins : cette malheureuse ne tarde 
pas à se persuader qu’elle a empoisonné son fils, et te remords 



MONOMANIK. 


142 

de celte action prétendue excite un affreux désespoir : «Tuez- 
raoi, faites-moi mourir, répète-t-elle sans cesse, je suis une 
mère barbai’e, un monstre de cruauté révoltante.» On nomme 
panophobes les lypémaniaques dont l’imagination est assiégée 
sans cesse par la terreur, qui tremblent au moindre bruit, que la 
solitude, le silence, jettent dans l’épouvante, sans que,du reste, 
les malades puissent toujours s’expliquer la cause de leur effroi. 
Quelques mélancoliques soutiennent qu’ils sont morts depuis 
long-temps, que le genre humain n’existe plus, que ce sont 
des ombres qui peuplent maintenant la terre; d’autres s’at 
tendent à voir survenir un nouveau déluge, disent à tout le 
monde que la peste va étendre ses ravages sur le pays, que 
le soleil menace de s’éteindre. Les efforts que l’on fait ])our 
rassurer les lypémaniaques, pour les détourner de leurs 
croyances, sont rarement fructueux. 11 arrive même quelque¬ 
fois à ceux qui ont la conscience qu’ils se trompent, de per¬ 
sister dans le langage que leur faititenir le délire. 

La monomanie religieuse offre un caractère particulier de 
mysticité. Le délire s’exerce sur les matières qui concernent 
la vie éternelle, la foi, le salut. Les malades abandonnent le 
soin de leurs affaires pour obéir à des pratiques religieuses 
exagérées et souvent ridicules ; ils s’imposent des jeûnes 
austères, des macérations dangereuses, prétendant régler leur 
conduite d’après les conseils des anges ou du Très-Haut. La 
théomanie est remarquable par l’exaltation excessive de l’en¬ 
thousiasme religieux. Le tbéomane, rempli de la conviction 
qu’il représente Dieu sur la terre, se persuade que son omni¬ 
potence lui permet de gouverner la nature et les élémens, qu’il 
est appelé à régénérer l’espèce humaine, à peupler de bienheu¬ 
reux le séjour céleste. Comme il croit pouvoir lancer le ton¬ 
nerre, faire tomber la pluie, il peut aussi, dit-il, immoler des 
milliers d’hommes pour les ressusciter ensuite à son gré. On 
se persuade difficilement tout ce qu’il faut déployer de pru¬ 
dence et d’énergie pour conteuir un pareil fanatisme. 

Le dénwnomaniaque se croit tombé au pouvoir de Satan , 
condamné à brûler dans un feu éternel. Son âme, souillée par 
le péché, vendue au démon, ne sera point absoute aux yeux 
de Dieu. Déjà le malade se plaint de sentir le diable dans son 
ventre, dans sa poitrine; il possédé par l’ennemi du genre 
humain, qui a pris dans l’intérieur de son corps la forme d’un 



MOniOMANIE. 


143 

chat, d’un sèrpent, d’uu énorme crapaud. Quelques déinono- 
raaniaques s’imaginent qu’ils sont entourés par des troupeaux 
de diables qui alfeclent des formes hideuses; ils croient en¬ 
tendre des hurlemens , des cris d’animaux , des grincemens de 
dents; ils subissent \’o6eession^(\ae. les exorcismes, les prières 
qu’ils marmottent, ne feront point cesser. La folie démoniaque 
engendre le désespoir et la panophobie, image cruelle du mal 
que peut enfanter un reste de superstition. Dans le délire de 
la sorcellerie les malades affirment qu’ils ont fait un pacte avec 
les esprits infernaux, qu’ils ont acquis par leur entremise un 
pouvoir surnaturel. Anciennement beaucoup de sujets erraient 
la nuit dans des lieux déserts, quelquefois sur les tombeaux, 
exécutant entre eux des danses licentieuses, se livrant aux 
actes les plus extravagans dans des assemblées qui portent le 
nom de sabbats. Aujourd’hui quelques aliénés croient encore, 
sur les campagnes, assister aux bals des sorciers ; mais chaque 
jour tend à effacer la trace de cette espèce de folie. Les fycan- 
thropes, les cynanthropes^ sedisaient changés en loups, en chiens. 
Ces monomaniaques, après avoir laissé croître leurs ongles, 
leurs cheveux et leur barbe; s’enfuyaient quelquefois dans les 
forêts, où on les surprenait à hurler, à pousser des aboiemens, 
et à commettre des actes d une atrocité révoltante. La civilisa¬ 
tion nous a débarrassés des prétendus loups-garous; mais on 
trouve encore de temps à autre des monomaniaques qui se 
figurent qu’on les prend pour des animaux. ï&zoanthropie a été 
connue de toute antiquité; mais sans remonter aussi loin vers 
le passé, les exemples de cet état maladif fourmillent dans les 
écrits du moyen-âge. 

U érotomanie est causée par une sorte de préoccupation 
amoureuse habituelle qui séduitriutelligence, dontelle absorbe 
toute l’activité, sans exciter l’aiguillon du désir vénérien. Le 
malade, comme fasciné par ses rêveries mentales, voue un 
véritable culte à un être idéal, à une personne qu’il connaît 
à peine, ou qui peut être a déjà cessé de vivre : c'est à cet 
objet que sa voix , adoucie par l’émotion, adresse de tendres 
paroles; pour cet objet que certaines femmes éroiomanes soi¬ 
gnent leur parure, composent leur visage, négligent les soins 
domestiques, les occupations qui les font vivre. L’éroiomanie 
est presque toujours entretenue par des hai lucioations de la vue, 
de l’ouïe, quelquefiûs du toucher. La monomanie, moitié 



MOJiOMAKIE. 


144 

dévote, moitié contemplative, qui s’introduit quelquefois dans 
les monastères, offre beaucoup de traits de ressemblance avec 
l’érotomanie. Les nostalgiques succombent sous le poids d’un 
ennui invincible, que causent surtout l’absence delà patrie, 
le contraste d’occupations fastidieuses avec celles qui leur 
étaient chères, la comparaison du séjour des villes avec celui 
des champs et des montagnes. Le dégoût nostalgique se mani¬ 
feste quelquefois sans qu’aucun changement se soit effectué 
dans la position, les habitudes, la manière de vivre des indi¬ 
vidus ; c’est qu’alors telle devait être l’expression du délire, 
qui aurait pu revêtir un tout autre caractère. 

Dans la monomanie mora/e, l’aliénation de l’intellect étant 
difficile à saisir et à caractériser, l’aliénation affectant surtout 
les sentimens, les penehaus et les instincts, il n’est pas toujours 
également facile d’apprécier à sa juste valeur l’anomalie qui 
se manifeste dans les fonctions de l’encéphale. La manie rai¬ 
sonnante ou monoraanie affective, qui rend l’homme insociable, 
se reconnaît aux changemens qui s’opèrent dans les goûts, 
les manières , les habitudes du sujet. Des malades, autrefois 
bons, généreux, attachés aux principes de la charité, à leurs 
devoirs d’époux, de fils, de père, de citoyen; des malades, 
auparavant timides, retenus, circonspects, remplis de bien¬ 
veillance pour leurs semblables, deviennent tout à coup 
égoïstes, durs, méchans, acariâtres, querelleurs, pervers, 
injustes envers leurs parens et leurs amis, et dans l’abnégation 
de toute dignité personnelle, mentent avec effronterie, se 
vautrent dans le vice, placent leur bonheur dans la calomnie 
et le scandale. Ces individus ne présentent aucune incohérence 
dans les idées et dans les raisonnemens. Calculant avec autant 
de finesse que de ruse leurs moindres déterminations, ils rè- 
glentleurs discours et leurs actes d’après la disposition actuelle 
de leur âme, inventent mille raisons spécieuses pour justifier 
les traits les plus , noirs, les actions les plus infâmes et les 
plus coupables. Que l’on compare à eux-mêmes les sujets 
que nous venons de peindre, et l’on restera convaincu qu’il 
existe dans le système nerveux un état maladif pour absoudre 
tout ce désordre moral. La folie affective ne se présente pas 
toujours avec des dehors aussi repoussans. U est des per¬ 
sonnes qui cèdent avec regret à l’entraînement qui les 
force de renoncer aux devoirs de la société, qui les éloigne 



M0N03IAWIE. 145 

des êtres qui leur sout chers, et dont la vue, les observations, 
les moindres défauts, leur deviennent insupportables ; qui s’ac¬ 
cusent elles-mêmes d’être exigeantes, bizarres, de n’entrevoir 
jamais que le mauvais côté des intentions et des choses, 
d’obéir maintenant à des préventions ridicules, à une idée 
déraisonnable ; qui gémissent sur le sort cruel qui résulte des 
dispositions de leur caractère, mais qui se sentent incapables 
de se vaincre et de se réformer. Chez les personnes du sexe, 
les accidens moraux que nous venons de signaler, et qui se 
manifestent de mille manières différentes, acquièrent souvent 
plus d’intensité aux époques de la menstruation, delà puberté 
et de l’âge critique. 

Gall considère la monomanie incendiaire, oy pjrromanie, 
comme une variété de’la monomanie homicide. Il arrive que 
des aliénés, dont la raison est complètement bouleversée, 
dont toutes les sensations sont perverties, mettent le feu pour 
purifier leur appartement, pour obliger leurs proches à leur 
donner une habitation plus convenable ou plus riche, des 
meubles plus élégans; que des monomaniaques assomment 
un serviteur, un commensal, auxquels ils supposent des inten¬ 
tions suspectes, auxquels ils ont coutume d’attribuer les maux 
cruels qu’ils endurent : dans ces deux cas, le délire est trop 
évident, et trop palpable pour être contesté et méconnu; 
mais il n’en est plus ainsi dans la monoraanie purement im¬ 
pulsive et instinctive. Il est des malheureux qui se sentent 
saisis par le désir d’incendier, de voir le feu dévorer une forêt, 
les toits d’une maison, d’une ville. D’abord cette idée les 
préoccupe, puis elle les obsède, et dégénère en un penchant 
que la raison commence par combattre, et qui finit par sou¬ 
lever dans l’âme une vive anxiété que le spectacle des flammes 
paraît seul calmer. Quelques malades sont les premiers à don¬ 
ner l’alarme, après avoir mis le feu, avouant leur faute, 
racontant eux-mêmes les circonstances qui ont déterminé l’ac¬ 
cident; d’autres s’abandonnent aux émotions, aux jouissances 
que font naître la vue de l’incendie, le tumulte de la ville, le 
bruit des cloches, les cris des citoyens, sans dissimuler tout 
ce qu’il y à d’horreur dans une semblable perversion morale, 
et sans que ces réflexions puissent contribuer à vaincre une 
autre fois leur terrible propension. Quelques pyromanes ont 
été convaincus d’avoir allumé deux, quatre, sept, jusqu’à 
Dict.de Méd. xx. 10 



MOKOMASIK. 


onîe fois l’iacendie, et il est même assez rare, à moias 
que la séquestration ne soit promptement ordonnée, qu’un 
sujet qui a cédé à une première tentation exerce assez d’em¬ 
pire sur lui-méme pour se vaincre, lorsque de nouveau il se 
sent aiguillonné par le désir de mettre le feu quelque part 
( Gall, Fonctions duceneau , t. iv, p. 157; Marc, Annales d'hy¬ 
giène publique, etc., t. x). La pyromanie impulsive ne comporte . 
pas d’anomalie dans les perceptions physiques des sens, dans 
l’expression de.s jugemeiis; mais la puissance intellectuelle 
semble lésée, en cela qu’elle est incapable de dominer des jien- 
chans dont elle apprécie cependant le danger, les inconvé- 
niens, pour l’individu et pour la société. ' 

Dans la monomanie homicide impulsive, c’est le besoin d’im¬ 
moler un individu qui s’empare de l’homme quelquefois le 
plus vertueux et le plus moi al : tantôtc’est une mère dévouée 
qui, sans motifs aucuns, se sent poussée subitement à noytr, 
à étouffer son premier-né, son nourrisson, qu’elle chérit avec 
tendresse, pour lequel elle prodiguerait encore sa vie s’il était 
question de le défendre contré un danger imprévu ; tantôt 
c’est un fils plein de respect et de tendresse pour son père, un. 
ami capable des derniers sacrifices pour son ami, qui se sen¬ 
tent irrésistiblement entraînés à verser le sang de la personne 
qui leur est chère , à la précipiter d’un étage, à lui administrer 
du poison. Le penchant au meurtre devient plus impérieux 
par la vue d’un couteau, d’.un instrument tranchant ; il s’ac¬ 
croît sous l’influence des combats intérieurs que le malade se 
livre à lui-même, des réflexions qu’il fait sur les qualités de 
l’objet qu’il affectiorine, et qu’il se sent porté à sacrifier; enfin, 
l’impulsion devenant irrésistible, un coup funeste est impi¬ 
toyablement porté. Quelquefois c’est sur un étranger, un indi¬ 
vidu qu’il connaît à peiné, ou qui lui est indifférent; sur un 
enfant, une femme, qui le frajtpeot par leur beauté, que le 
monomaniaque homicide exerce sa cruautéi Beaucoup de ma¬ 
lades sont effrayés d’eux-mêmes, s’empressent de mettre les 
gens de l’art, quelque proche parent, dans leur confidence; 
d’autres concentrent au fond du cœur des dispositions dont ils 
rougissent, qu’ils n’oseUt avouer, et qui ne sont connues que 
par la catastrophe sanglante qu’on aurait j»u prévenir. La 
plupart des monomani ques qui obéissent à une înipuisioa 
instinctive ne font aucun effort pour se soustraire à la vio- 



aiOKOnuniE. 


147 

dicte de la justice; ils racontent même parfois avec détail tout 
ce qui s’est passé dans leur âme depuis le moment où, pour 
la première fois, ils ont connu le penchant qui les a entraînés 
au mal; quelques uns encore se sentent comme soulagés d’un 
malaise moral qui leur était devenu insupportable, et auquel 
la mort, qu’ils croient avoir méritée, paraît de beaucoup 
préférable ( Esqùirol, Des maladies mentales, t. it, p. 94‘-790; 
(îall, Sur les fonctions du cerveau, p. 99, t. iv ). 

Nous répétons ici ce que nous avons dit à l’occasion de 
la monomanie affective et de la pyromànie, rien dans la 
nature de l’homme, si ce n’est un état maladif; n’est capable 
d’expliquer la prépondérance de penchans sanguinaires qui 
sont étrangers à la participation de volonté, et qui, loin de 
tourner à la satisfaction et au profit de l’individu, ne peuvent 
qu’empoisonner son existence morale, ruiner sa considération 
personnelle et ses intérêts sociaux. 

Nous ne dirons que quelques mots du penchant accidentel 
au vol. Personne n’ignore qu’il arrive à des hommes dont 
la position sociale e.s* honorable, ou même élevée, de con¬ 
tracter le penchant du vol L’on a vu des magistrats , des ec¬ 
clésiastiques en possession d’une réputation méritée de pro¬ 
bité, placés à la tête d’une fortune indépendante, voler adroi¬ 
tement de l’argenterie, dérober dans les magasins beaucoup 
de choses qui leur étaient inutiles. Quelques uns de ces mo- 
nomanes ne répugnent point à avouer le besoin de prendre, 
qui leur était auparavant étranger et odieux; il eu est qui 
se font suivre et épier par de fidèles serviteurs qui sont 
chargés de restituer les objets dont leurs maîtres se sont 
emparés. L’amour du vol est fréquent chez tous les fous; 
mais, dans les cas que nous venons de citer, il prend la forme 
d’un penchant isolé, ou d’une folie purement impulsive. 
M. Esqùirol nomme monomanie d'ivresse la dipsomanie, ou le 
besoin qui surgit à certains individus de boire des liqueurs 
enivrantes. L’on ne peut nier que des personnes naturellement 
sobres, des femmes accoutumées à se respecter, ne contrac¬ 
tent quelquefois, pour un temps déterminé, l’habitude de 
l’ivresse. Le sujet mange peu, éprouve de l’ennui,une singu¬ 
lière appétence pour le vin , l’eau-de-vie, et chaque jour, plus 
ou moins souvent, il obéit à son nouveau penchant, dont la 
durée peut se prolonger pendant plusieurs mois, dégénérer en 



148 


MONOMASIE. 


Vice aussi dégoûtant que crapuleux. La dipsomanie peut se dé¬ 
clarer une seule fols dans la vie; elle peut être rémittente, 
revenir à des intervalles à peu près irréguliers. Dans ce genre 
de maladie, le délire intellectuel qui est causé par la natui’e 
des liquides ingérés dans l’estomac est précédé, produit par 
le délire du penchant à boire; tandis que, chez beaucoup 
d’autres aliénés,, c’est le dérangement des facultés mentales 
qui fait rechercher aux malades les liquides stimulans. 

Il me paraît presque inutile de faire remarquer que le pen¬ 
chant à voyager, à faire des procès, etc., peut constituer 
de véritables monomanies. J’ai connu une dame âgée, qui, 
de temps à autre, et sans prévenir ses parens, auxquels elle 
causait de vives inquiétudes, montait en voiture, et faisait cent, 
deux cents lieues sans indiquer aucun but à ce déplacement. 
Une dame a dépensé toute sa fortune à traduire devant les 
tribunaux des individus qu’elle n’avait, pour ainsi dire , ja¬ 
mais vus jusque-là et tous les prétextes lui semblaient suffi- 
sans pour assigner devant un tribunal la première personne 
venue. Le penchant au coït, et les écarts honteux auxquels il 
peut entraîner des individus des deux sexes, peut se présenter 
sous une forme qui permet de le classer parmi les monoma¬ 
nies impulsives (Gall, t. III, p. 316 et suiv.). 

L’attitude, la contenance, les actes des raonomaniaques, 
l’expression de leur visage, tout l’extérieur de la personne, 
présentent un sujet intéressant d’étude et d’observation. Les 
traits de la figure expriment le contentement et la joie dans 
l’aménomanie ; rarement on a à se plaindre de malades qui 
ne demandent qu’à faire partager aux autres la félicité dont 
ils jouissent avec plénitude. Les fous qui aspirent au souve¬ 
rain pouvoir, et qui se croient maltraités par leurs inférieurs, 
sont souvent durs, insolens, difficiles à plier aux exigences de 
la surveillance et du traitement; ceux qui s’imaginent avoir 
en leur possession d’immenses trésors sont confiaiis , prodi¬ 
gues , disposés à jeter à la tête du premier venu l’or, l’argent, 
les bijoux, toutes les valeurs dont ils sont à même de disposer. 
Les yeux so.nt caves et fixés vers la terre dans la lypémanie. 
Les mélancoliques se tiennent immobiles à la même place, re¬ 
fusant de se vêtir, de changer de linge, de prendre leurs repas, 
leurs médicamens, préférant se laisser traîner violemment au 
bain, à la promenade, plutôt que de renoncer à la détermina- 




MOSOSIAKIE. 


149 

lioa qu’ils eut intérieurement arrêtée. Le recueillement est 
quelquefois pousgé jusqu’à l’état extatique dans la monomanie 
religieuse, et.c’est à peine si le sujet parait voir, entendre, s’a¬ 
percevoir de la présence du médecin, qui s’évertue à l’inter¬ 
roger, et qui imprime à ses\ membres des positions qu’ils ten¬ 
dent à conserver. Les théomanes sont doués d’une assurance 
à laquelle rien ne peut imposer, d’une insensibilité physique 
et morale qui les rend impitoyables pour leurs propres dou¬ 
leurs , comme pour les maux d’autrui. Dans la démonomanie, 
l’œil est hagard, les vêtemens sont négligés, les larmes taries; 
les malades, sans cesse occupés à ronger leurs doigts, se font 
aussi sur le corps des excoriations, qui ont été attribuées au¬ 
trefois à la malice du démon. L’œil est langoureux dans le dé¬ 
lire de l’amour ; la présence et le souvenir de l’objet aimé 
excitent souvent une rougeur subite de la face. L’espérance des 
nostalgiques se ranime momentanément lorsqu’on attire leur 
attention sur l’objet qui inspire leurs regrets. Les femmes qui 
sont tombées dans l’érotomanie aiment à se parer, à chuchoter 
à l’écart, à répéter des airs tendres. La contenance tient de 
l’effronterie dans la monomaniè affective , et tous les organes 
semblent participer momentanément à la sur-excitation des 
principaux centres nerveux. Le cynisme de la posture et des 
principaux gestes suffit pour décéler, avec la provocation du 
regard, l’existence de la nymphomanie. La folie purement im¬ 
pulsive s’annonce quelquefois par une expression de tristesse, 
d’anxiété morale, par un besoin insolite de rester dans la soli¬ 
tude ; mais souvent rien dans l’extérieur du sujet ne trahit le 
délire qui tient à un vice des penchans. 

La peau du corps est aride,sèche et ridée, dans la lypémanie; 
brune, et comme tannée, dans la démonomanie. Beaucoup de 
mononianiaques ont l’haleine et la transpiration fétides , les 
mains et les pieds glacés. L’appétit des monomaniaques est nul, 
perverti, dissimulé, ou poussé jusqu’à la voracité : quelques su¬ 
jets mangent à peine, vivent de peu, manifestent un profond 
dégoût pour les substances alimentaires; d’autres appètent la 
chair crue, le sang des animaux, boivent de préférence de 
l’eau corrompue, souvent l’urine qu’ils viennent de rendre. La 
constipation est presque toujours très opiniâtre dans toutes les 
espèces de délire oppressif. Dans la folie par orgueil, les ma¬ 
lades s’abandonnent sans discernement à l’intempérance, aux 



MOSOMAMIE. 


150 

excès (le la gloutonnerie, sans que l'estomac paraisse fatigué 
par une surcharge habituelle. Les conditions du pouls et de 
la respiration s’éloignent généralement peu des conditions 
qui appartiennent à l’état normal. Le sommeil, presque nul et 
toujours inquiet dans la mélancolie et dans la démonomanie, 
troublé par des visions mystiques dans la folie religieuse, 
semble tenir de l’état comateux dans la monomanie paraly¬ 
tique. Plusieurs femmes monomaniaques sont peu ou point 
réglées; sur quelques autres , le cours des règles ne subit au¬ 
cun changement, aucune interruption. Les organes génitaux 
semblent plus excitables et plus souvent excités sur les femmes 
atteintes (le délire partiel, que sur les monomaniaques appar¬ 
tenant à l’autre sexe. L’onanisme est un vice fréquent dans 
toutes les espèces de délire monomaniaque. 

La fureur des monomaniaques est d’autant plus à craindre 
et plus redoutable, qu’elle se manifeste comme par impulsion, 
qu’elle est soulevée par des motifs qui agissent puissamment 
sur l’esprit des malades, et qu’elle éclate presque toujours 
avant d’avoir été prévue. Des mouomaniaques, comme em¬ 
portés par la rage du suicide, par le besoin le plus impérieux 
d’assouvir une vengeance cruelle sur les personnes qui leur 
inspirent de, l’ombrage, luttent jusqu’à ce qu’ils tombent 
de fatigue et d’épuisement contre les serviteurs qui cherchent 
à enchaîner leurs efforts ; d’autres mettent en pièces les cami¬ 
soles et les liens dont l’application avait paru sufBre pour 
prévenir un événement funeste, mettant en défaut les combi¬ 
naisons de la force et les prévisions de l’expérience. Il 
n’entre point dans mes vues (le citer ici les exemples de fu¬ 
reur homicide dont je n’ai été que trop souvent le témoin ; 
mais je ne puis songer sans frémir à la cruauté d’un mili¬ 
taire halluciné, qui, avant que ses funestes dispositions fus¬ 
sent connues, a broyé sous ses pieds, sur le pavé, la poitrine 
et les membres d’un idiot doux et inoffensif, et qui menace 
chaque jour de faire quelque nouvelle victime. 

Le délire, ainsi qu’on l’a plus d’une fois répété, n’est sou¬ 
vent que l’expression exagérée des idées, des sensations qui 
préoccupent habituellement l’individu; la monomanie offre 
surtout l’empreinte des inclinations, des goûts, des penchans, 
des sentimens, qui distinguent l’homme qui obéit encore à la. 
raison. La folie ascétique, la démonomanie, sont rarement le 



MOKQMANIE. tôt 

partage dee hommes qui ne professent que de l’indifférence ou 
du mépris pour toutes les croyances religieuses, qui considè¬ 
rent l’enfer et les démons comme des èctions dangereuses, 
destinées à subjuguer l’esprit par la terreur qu’elles inspirent. 
L’érolomanie est le partage des âmes tendres, contemplatives, 
exaltées par la lecture des romans, le récit des aventures 
amoureuses et chevaleresques. La folie d’orgueil est le |)artage 
des sujets vains, ambitieux, qui se traînent sans cesse à la piste 
des distinctions et des honneurs. La constitution, le tempéra¬ 
ment, exercentdonc une influence réelle sur le mode d’expres¬ 
sion du délire partiel; et si un sujet mélancolique, dont le 
caractère, sans cesse en butte à la suspicion des hommes et à 
la défiance, est tout-à-coup atteint d’un délire qui le rende ex- 
jiansif, confiant, heureux; si une personne, jusque-là remplie 
d’assurance et de courage, habituée à plier les individus les 
plus fermes au joug de sa domination, devient subitement 
peureuse, irrésolue, qu’elle soit le jouet d’interprétations sinis¬ 
tres, de vains fantômes qui assiègent l’imagination, l’on peut 
considérer comme louUà-fait insolites les symptômes présentés 
))ar chacun de ces malades. Il est à remarquer cependant que 
tes individus du sexe mâle, quelles que soient antérieurement 
les dispositions de leur esprit, sont beaucoup plus sujets que 
les femmes à participer au délire qui s’exerce sur des préten¬ 
tions ridicules de grandeur, qui a en vue l’amour de la gloire, 
la possession des honneurs, des richesses et des titres. Les per¬ 
sonnes do sexe sont en proie au délire religieux, à la lypéma¬ 
nie, à la crainte de la magie, des esprits malfaisans, de la 
damnation. Le; femmes figurent dans une proportion effrayante 
dans tous les procès que l’on intentait autrefois aux prétendus 
loups-garoux et aux prétendus sorciers. Les exemples de pos¬ 
session se multipliaient rapidement dans les cloîtres de femmes. 
La folie homicide par jalousie, l’impulsion à incendier, se ma¬ 
nifestent de préférence dans l’enfance, dans la jeunesse. Mais 
l’état iiabiluel de. l’innervation, les différences de sexe et d’âge, 
ne sont pas les seules influences qui impriment des modifica¬ 
tions aux formes de l’aliénation partielle. 

L’expression du délire se ressent de la nature des croyances 
religieuses, des idées philosophiques, des tendances supersti¬ 
tieuses, des préjugés sociaux qui sont eu vogue parmi les »a- 
tions, suivapt les temps et les lieux, se ressent des commotions 



152 


MOHOMAKIE. 


civiles et politiques, des formes gouvernementales, de la nature 
des impressions théâtrales , des découvertes qui intéressent les 
arts et les sciences. Le polythéisme ayant peuplé de dieux le 
ciel et l’enfer, les hommes crurent être Jupiter ou Mercure, se 
crurent poursuivis par la colère d’Hécate, par les serpens des 
Euménides, les flèches de Diane. Les apparitions,les visions, se 
sont multipliées parmi les chrétiens avec le nombre des saints 
personnages; des milliers d’individus, attachés à la meilleure , 
à la plus sainte des religions, se sont crus possédés, vexés par 
le diable et par ses suppôts. Les Grecs et les Romains croyaient 
avoir à se plaindre des génies, des lémures; sur nos campagnes, 
la monomanie rappelle encore toutes les absurdités qu’on a 
débitées de tout temps sur les spectres et sur les revenans 
Dans le moyen-âge, l’on redoutait les foudres de l’Église, les 
bûchers de l’inquisition, comme les mélancoliques d’autrefois 
craignaient d’être condamnés à boire la ciguë, à être livrés aux 
bêtes. De nos jours, les lypémaniaques ont peur de la police, 
des tribunaux, de la guillotine. La persuasion que l’homme 
peut agir sur son semblable parles charmes, les enchantemens, 
les prestiges de la goëtie, de la magie noire; les formules et 
les pratiques de la sorcellerie, ont fait penser à des monoma¬ 
niaques qu’ils étaient changés en pourceaux , en bêtes féroces, 
en loups-garous. De notre temps, les hallucinés attribuent à 
l’action de l’électricité, aux secrètes combinaisons des physi¬ 
ciens et des chimistes, beaucoup de sensations pénibles dont 
ils sont dupes. Sous le règne d’un conquérant, beaucoup de 
monomaniaques se persuadent qu’ils commandent des armées, 
que la terre retentit du bruit de leurs victoires et de leurs ex¬ 
ploits. Long-temps après le régime de la terreur qui agita la 
France en 1793, les aliénés qui avaient été opprimés tremblaient 
encore sur le sort de leur personne, de leur famille, s’api¬ 
toyaient sur la perte imminente de leur fortune et de leur bien. 
Ceux qui avaient pris part aux réformes, aux mouvemens ré¬ 
volutionnaires de l’époque, se plaignaient, au contraire,d’être 
trahis par le clergé et par la noblesse. Après nos guerres d’in¬ 
vasion , plusieurs lypémaniaques craignaient les violences de 
l’ennemi, l’insolence des cosaques. L’exemple des bandits qui 
figurent dans le drame moderne, et qui ont acqiiis le privilège 
d’intéresser en faveur des passions les plus révoltantes, des 
actes les plus àtroces ; les récits d’anecdotes sanglantes, in- 



MOSOMAMIE. 


153 

sérés dans les recueils de littérature, dans les gazettes qui 
circulent à chaque instant sous les yeux de la jeunesse, contri¬ 
buent, chaque jour, à propager la monomanie du suicide et la 
monomanie homicide. Ce n’est donc pas sans Pondementque l’on 
a avancé que, pour faire d’une manière complète l’histoire de la 
folie, il faudrait retracer en entier celle du genre humain. 

La plupart des causes qui influent sur la nature du délire 
monoraaniaque inlluent aussi sur son degré de fréquence. Les 
guerres de religion, les prédications des parties dissidentes, les 
poursuites acharnées du saint-office, le spectacle des exor¬ 
cismes, la mise en jugement des prétendus sorciers, ont multi¬ 
plié pendant un temps les invasions de la folie. Le chagrin , les 
inquiétudes morales, l’atteinte portée aux principes et aux af¬ 
fections, l’imminence du danger, bouleversent les sentimens et 
les idées au moment des crises sociales, de l’occupation d’une 
ville, du territoire, par les armées ennemies. Dans les circon¬ 
stances ordinaires de la vie, la monomanie est le résultat d’une 
contrariété domestique, d’une contrariété amoureuse, du cha¬ 
grin causé par. la perte d’un objet- chéri ; mais la raonomanie 
éclate aussi aprèsl’enfantement, à la suite d’excès d’onanisme, 
de coït, d’écarts de régime, à la suite d’une suppression des 
règles, de tlueurs blanches, d’épistaxis, de flux hémorrhoïdal 
{voy. Folie). La monomanie est plus répandue que la manie, la 
démence, les autres espèces de vésanies; elle est aussi plus fré¬ 
quente sur la femme que sur les sujets appartenant à l’autre 
sexe. A Charenton, le chiffre de la monomanie est au chiffre des 
admissions totales dans le rapport de 1 à 2,17; le chiffre des 
femmes affectées de délire partiel est au chiffre des femmes 
admises dans l’établissement comme lest à l,8;celuides mono¬ 
maniaques hommes à la totalité des hommes séquestrés comme 
t est à 2,5. Le nombre des monomaniaqués est le même pendant 
janvier, février, mars, et pendant les mois de juillet, août et 
septembre ; mais le nombre total des individus séquestrés étant 
plus considérable pendant le trimestre d’été, il s’ensuit que la 
monomanie est relativement plus commune au commencement 
qu’à toutes les époques de l’aunée.-HLa monomanie ascétique a 
été anciennement prédominante sous les climats.orientaux; la 
démonoroanie existe encore en Italie, dans nos départemens 
méridionaux. A Paris, le délire offre surtout les caractères as¬ 
signés à la lypémanie avec propension au suicide, à la folie 



uonoMÂNit:- 


<54 

sensoriale, à la inonoaiaüie affective; l’aménomanie est pres¬ 
que toujours le partage des aliénés alleinis de paralysie géné¬ 
rale. Enfin, beaucoup de sujets atteints de folie partielle ne 
sauraient se classer parmi les variétés de délire exclusif que 
nous avons pris soin d’indiquer ou de décrire. 

Le début de la mononaanie est quelquefois instantané : une 
frayeur vive, une impression morale profonde et inattendue, 
déterminent l’explosion subite des accidens les plus intenses. 
Un garde national qui est de service au palais des Tuileries le 
jour de l’explosion de la machine de Fieschi rentre dans sa 
maison comme altéré parla peinture de cet événement; le soir, 
ii manifeste des craintes pour ses propres jours. Après une nuit 
passée dans les transes les plus cruelles , poursuivi par des 
hallucinations de tous les sens, il s’éloigne de sa femme, de 
ses proches, se tenant sans cesse sur ses gardes, et ne rêvant 
plus qu’échafauds, révolutions et champs de bataille: les soins 
les plus empressés n’ont pu rendre ce malade à la raison. Il 
arrive qu’une jeune mère, une jeune épouse , tombent dans la 
lypémanie la plus épouvantable en voyant périr sous leurs yeux 
un enfant, un époux qu’elles espéraient soustraire à la mort. 
La monomauie religieuse éclate quelquefois à la suite d’un ser¬ 
mon qui retrace avec effroi les horreurs du péché et de la dam¬ 
nation. En général, le délire partiel couve, pour ainsi dire, 
plus ou moins long-temps déguisé à moitié, et demeure quel- 
quefoiscaché pendantuncerlain nombred’années. Le caractère, 
les goûts, sont changés, la susceptibilité morale, la jalousie, la 
défiance, sont portées au-delà des limites ordinaires; le sujet ne 
s’occupe plus avec le même soin de ses intérêts ; son coeur est 
maintenant fermé aux doux sentimens de l’amitié, au bonheur 
des affections domestiques; il pleure pour une contrariété in- 
.signifiante, ne juge plus comme tout le monde des impressions 
de la nature, des avantages et des inconvéniens des choses de 
la vie. Il cesse d’obéir aux convenances sociales, se constituant 
déjà une existence à part ; ou bien il s’abandonne aux pratiques 
d’une dévotion ridicule, laisse d’abord percer quelques idées 
qui paraissent singulières, des craintes sans fondement; accu¬ 
sant aussi des sensations de froid, de chaud, dans les membres, 
des sensations intérieures dont il exagère l’importance : mais 
un événement, une circonstance impréyue, occasionnant un 
dernier ébranlement dans le système nerveux, jettent tût ou 



MUJSOMAjVlE. 155 

tard un jour cruel sur la nature d’une maladie dont il n’est plus 
possible de méconnaître l’évidence, ni d’écarter l’image. 

La manifestation instatanée d’un délire monomaniaque très 
intense suppose presque toujours un certain degré de perturba¬ 
tion dans l’exercice des principales fonctions du corps. Pendant 
les premiers instans dè la maladie , la peau est souvent chaude, 
brûlante, le pouls accéléré, l’baleine fétide, la langue plus ou 
moins rouge. C’est alors que le sujet s’agite avec violence lors¬ 
qu’on veut le contraindre à prendre des substances alimentaires 
qui répugnent au goût et à l’odorat, et qu’il repousse sous un faûx 
prétexte, mais en définitive avec un certain fondement, comme 
lui étant des plus contraires et des plus nuisibles. L’urine est 
rare, épaisse, le ventre tendu, la constipation difficile à vain¬ 
cre. Il est clair que la membrane muqueuse qui tapisse l’esto¬ 
mac et les intestins participe à l’irritation de tout le système 
nerveux. Le délire vient-il à persister, les accidens généraux 
que nous venons de signaler ont coutume de disparaître après 
quelques jours de régime et de soin; mais chaque fois qu’il sur¬ 
vient dans le cours de la maladie mentale une recrudescence 
vers le cerveau, l’on doit craindre le retour des lésions intesti¬ 
nales qui manquent rarement au début delà folie aiguë. 

Certaines espèces de mbnomanie attaquenlà la fois un grand 
nombre de sujets, se répandant à la manière des affections 
épidémiques. Les flageltans voyageaient par bandes; les pos¬ 
sédés , les Individus atteints de lycanthropie, de la crainte des 
vampires, du délire, de la sorcellerie, pullulaient d’une ma¬ 
nière effrayante. La monomanie religieuse a pendant un temps 
infecté les cloîtres de femmes, porté le trouble dans les Cé- 
vennes , réveillé à,Paris même la crainte sérieuse d’un nouveau 
fanatisme. La monomanie religieuse, la démonomanie, sont sou¬ 
vent accompagnées, chez la femme, de convulsions hystériques, 
et sur les personnes des deux sexes, de tremblemens nerveux, 
d’accidens musculaires qui rappellent ceux du tétanos, de l’ex¬ 
tase et de la catalepsie. Le délire monomaniaque se complique 
encore aujourd’hui, sur les jeunes sujets, de danse de Saint-Guy, 
de mouvemens musculaires insolites de la tête, d’attaques d’é¬ 
pilepsie. La paralysie générale est une complication trop fré¬ 
quente de l’aménomanie, du délire qui berce l’homme des plus 
douces illusions. 

Le type continu prédomine dans toutes les espèce^ d’aliéna- 



MOSOaiAME. 


156 

tion partielle; quelques malades offrent un boa et un mauvais 
jour, offrant aussi quelquefois, soit pendant la nuit, soit à des 
heures diverses de la journée, des paroxysmes d’excitation, de 
tristesse, de désespoir, de crainte, ou des retours imparfaits 
de tranquillité, d’une raison calme, dé sécurité et de confiance. 
Dans quelques cas, le délire est franchement intermittent: il 
survient, à des intervalles fixes ou irréguliers, un changement 
total dans l’exercice des sensations, de l’intelligence, des ma¬ 
nifestations relatives aux objets du cœur et des affections; le 
sujet raisonne sainement sur tout ce qu’il a éprouvé, imaginé, 
senti la veille, quelques heures auparavant '; il se croit corrigé 
maintenant de ses erreurs, de ses préventions contre le genre 
humain, délivré entièrement des illusions, des hallucinations 
qui troublaient le bonheur de son existence. Au bout de quel¬ 
ques jours, d’une semaine, sans causes appréciables, ou bien 
sous l’influence de la menstruation, le délire exclusif reparaît 
avec toute son intensité première. La monomanie périodique 
peut coïncider avec le retour du printemps, de l’automiie, et 
céder sous l’influence d’un changement de climat. La crainte 
d’une rechute, lorsque déjà l’on en a éprouvé plusieurs accès 
à la même époque de chaque année, paraît contribuer puis- 
ment à la reproduction du délire. 

La durée moyenne de la monomanie est plus longue que 
celle de la.manie. Cependant, sur 100 monomaniaques rétablis 
dans les salles de Charenton, 31 sont rendus à la liberté 
après trois mois de traitement, 19 dans le second trimestre 
de l’année, 12 pendant le troisième, 17 pendant- le qua¬ 
trième, 7 pendant le cours des 15 premiers mois, 7 pen¬ 
dant la seconde année, 2 pendant la troisième , 5 après 
un grand nombre d’années. Il résulte de cet exposé, que la 
motié des monomaniaques sont rétablis avant la fin du pre¬ 
mier semestre de leur isolement, qu’un peu plus des trois 
quarts sont bien portans après une année de séquestration, 
enfin, que le délire partiel n’est pas nécessairement incurable, 
bien qu’il remonte à une date plus ou moins éloignée. L’amé- 
nomanie guérit rarement; la lypémanie et la démonomanie ne 
guérissent pas, ou guérissent avec lenteur. Le chiffre des mo¬ 
nomaniaques qui recouvrent la raison est au chiffre total des 
admissions comme 1 est à 6,2 ; le chiffre des hommes guéris 
est à cehii des hommes séquestrés comme 1 est à 7,5 ; le 



MOi\OSïAME. 


iâ7 

chiffre (les femmes guéries est à celui des femmes séquestrées 
comme 1 est à 4,8. La population des deux sexes étant suppo¬ 
sée égale, les cas de guérison de délire partiel sont plus nom¬ 
breux parmi les femmes que parmi les hommes. 

La solution du délire partiel peut avoir lieu d’une manière 
instantanée, il suffit quelquefois que le malade soit transféré 
loin de son habitation et confié à des soins étrangers pour 
que l’exercice de la raison soit aussitôt rétabli. Presque tou¬ 
jours le malade est mieux pendant les premiers jours qui suc¬ 
cèdent au moment de la séquestration. Én général, ce n’est que 
graduellement que les phénomènes morbides s’affaiblissent, 
s’effacent, que la raison fait taire les idées fixes , redresse les 
illusions des sens. Dans quelques cas, le sujet a plusieurs rechu¬ 
tes incomplètes avantquelaconvalescences’annonce exempte 
de nouveaux accideus. Le retour des règles, je rétablisse¬ 
ment du flux hémorrhoïdal, le ptyalisme, la manifestation d’une 
éruption dartreuse ou furonculaire, coïncidantavec la dispari¬ 
tion delà monomanie , sont considérés par beaucoup d’auteurs 
comme le présage presque certain d’uneparfaiteguérison.L’im 
portance des crises, souvent méconnue de notre temps, est peut- 
être exagérée par les anciens médecins ; m.ais le retour des éva¬ 
cuations menstruelles supprimées est presque toujours de bon 
augure pendant la période aiguë de la folie. La raonomanie 
peut être remplacée par le délire maniaque ; à la longue, elle 
finit souvent, en devenant incurable, par dégénérer en dé¬ 
mence , mais cette terminaison est beaucoup moins prompte 
que dans la manié. Le diagnostic de la monomanie est quel¬ 
quefois très embarrassant dans la folie qui paraît être pure¬ 
ment sensoriale, purement affective on instinctive. Dans le 
. monde où l’on fait presque toujours consister la folie dans 
l’incohérence des raisonnemens et des idées, où l’aliénation 
des qualités morales et des pencbans , soutenue d’ailleurs par 
une certaine habileté de conversation, par une apparence 
spécieuse de raison, n’est pas appréciée à sa juste valeur, il est 
rare que l’on consente à avouer et à reconnaître l’existence du 
déliré là où son influence ne saurait être douteuse pour 
l’homme qui a long-temps médité, long-temps réfléchi sur les 
infirmités de l’esprit et du cœur. Il fut aussi une époque de 
la civilisation où l’état maladif des sorciers, des possédés, des 
lycanthropes était méconnu , et où l’on ne craignait pas de li- 



MONOMAKIË. 


158 

vfér ces malheureux aux flammes , après leur avoir fait subir 
les tortures d’une cruelle question. Il importe peu qu’un ma¬ 
lade justifie la haine , les préveuiions qu’il a conçues contre sa 
famille, les querelles qu’il soulève à tout bout de champ dans 
le ménage, les infamies qu’il débite contre les personnes les 
plus respectables; il importe pèu que l’on frémisse intérieure¬ 
ment d’un penchant, d’une idéequi nous entraîne à la cruauté, 
si, dans le premier cas, il est prouvé que, l’état du cerveau 
changeant,, le sujet est porté le premier à gémir sur le scandale 
occasionné par ses propos, le chagrin, les maux qu’il a causés 
à sa femme, àsesenfans; si, dans le second cas, la volonté qui 
réprime est nulle ou impuissante au moment de l’exécution. 
En somme, l’état de monomanie , alors même que le délire pa¬ 
raît le plus circonscrit, est «généralement beaucoup plus 
compliqué et plus complexe qu'on pourrait le penser au pre¬ 
mier abord des malades. 11 est des nuances dans les percep¬ 
tions de la sensibilité viscérale, de la sensibilité extérieure, de 
la sensibilité morale , dans les appétits instinctifs, les actes, la 
tenue du sujet, dans la manière dont il règle le sommèil et 
la veille, ses distractions , ses heures detravail, ses repas; des 
nuances dans la nature de ses goûts actuels, etmème dansl’état 
fonctionnel des organes étrangers à l’innervation, qui suffisent, 
lorsqu’on les observe réunies sur une personnequi ne présen¬ 
tait auparavant rien de semblable, pour justifier pleinement le 
diagnostic d’une folie spéciale et partielle. Mettez l’individu 
en opposition avec lui-même; comparez ce qu’il pense, ce 
qu’il dit, ce qu’il fait, avec cequ’il a fait, dit et pensé jusque-là: 
qu’il approuve ce qu’il blâmait le plus , s’il loue ce à quoi il 
aurait rougi de songer tout bas; s’il a cessé de dormir, par¬ 
lant, discutant sans cesse lorsqu’il était enclin au sommeil, 
sobre de paroles et de discussions; s’il est tourmenté ou dé¬ 
barrassé de maux de tête , de gastralgies qui n’étaient point 
ordinaires, ou qui revenaient autrefois souvent; s’il digère 
mieux et plus vite que d’habitude; si le flux mensuel est sup¬ 
primé ou dérangé , lenez-vo.us en garde contre les grands cen¬ 
tres nerveux, et si de fâcheuses impulsions compliquent ce 
qu’on peut appeler le délire du moral, n’hésitez pas à sanction¬ 
ner par votre jugement l’existence de la folie. 

Gall, admettant dans le cerveau de l'homme et dés animaux 
l’existence d’une série d’organes, isolément placés, présidant 



MOA'OmANlE. 


159 

à l’existence des facultés fondamentales, intellectuelles et af¬ 
fectives, indiquant comme palpable au doigt et à l’œil le point 
du crâne où siège chacun des organes dont la fonction lui pa¬ 
raît suffisamment démontrée et établie ; et le délire partiel 
provenant nécessairement de l’aliénation d’une faculté ou d’nn 
certain nombre de facultés, il semble facile, en théorie, de 
préciser l’endroit, le point de l’encéphale d'où émanent les 
symptômes appartenant à chaque espèce de monomanie. Mais, 
si l’on s’en tient uniquement à l’observation des faits, l’on 
éprouve un continuel embarras pour saisir les rapports qui 
peuvent exister entre la conformation apparente du crâne des 
mouomaniaques et les phénomènes fonctionnels qui caracté¬ 
risent le délire. Il me semble donc qu’il y aurait plus que de la 
témérité à affirmer, dans l’état actuel de la science, que telle 
ou telle partie de l’encéphale est spécialement affectée sur les 
hallucinés; telle autre sur les lypémaniaques qui pèchent par 
défaut de courage ét par excès de circonspection ; telle autre 
sur les assassins, les voleurs, les dévots, les fous par or¬ 
gueil , etc. Nul doute qu’avec le temps l’étude des aliénés ne 
serve en quelque sorte de contre-épreuve au système phréno- 
logique; mais l’impôt tance de cette contre-épreuve est trop évi¬ 
dente pour qu’une opinion quelconque, légèrement émise, 
trouve aujourd’hui un accès facile dans le public. S’il est vrai, 
toutefois, que le rôle de l’encéphale se réduise au rôle d’un ins¬ 
trument; s’il est vrai que les phénomènes de l’innervation ne 
soient que la représentation de divers états moléculaires de 
certaines parties de l’organisation, il nous est presque impos¬ 
sible de ne pas supposer qu’il existe dans la substance cérébrale 
des mouomaniaques autant de variétés de nuances de désordres 
que l’on constate de nuances dans l’expression du délire par¬ 
tiel : or, s’il en est ainsi pour la folie accidentelle, ne faudrait- 
il pas considérer comme une sorte d’état maladif congénital 
l’état de ces hommes que la société repousse durement et qlii 
semblent voués au crime dès la naissance, comme tes idiots sont 
condamnés à végéter dans une complète nullité morale et in¬ 
tellectuelle? Puisque l’on commeuce.à reconnaître que la vo¬ 
lonté est maîtrisée par l’entraînement des penchans, dans la 
vaonomame impulswe accidenieLle, il nous semble que, pour être 
conséquent, l’on devrait aussi admettre que la volonté peut 
être quelquefois dominée par une impulsion innée.- alors, sans 



MONOaîAKlE. 


établir une comparaison que l’on estime humiliante pour ceux 
que l’on considère comme réellement malades, entre les alié¬ 
nés ordinaires et les criminels, l’on serait au moins conduit à 
attaquer le vice par les moyens de traitement que comporte la 
civilisation moderne , et l’on ne s’en prendrait à la vie des hom¬ 
mes qu’autant qu’il serait décidément prouvé que la pitié que 
l’on accorde à la plus cruelle des infirmités- congénitales est 
subversive de tout ordre social. 

Dans l’état de raison , la pesanteur absolue et moyenne de 
l’encéphale est, sur l’homme, de 1 kil., 325; sur la femme, 
de 1 kil.,210. Dans la mélancolie, la moyenne propor¬ 
tionnelle du poids encéphalique est, pour l’homme, de 
1 kil., 440; pour la femme, de 1 kil., 236. Le poids de la 
masse encéphalique est donc augmenté dans la lypémanie 
( Parchape , 1®'’ Mémoire sur l'encéphale , p. 77 ; 2® Mémoire, etc., 
p. 124 ). A volume égal, la masse encéphalique des femmes 
monomaniaques pèse plus que celle des femmes qui meurent 
exemptes de délire. La différence, dans les deux cas , existe 
dans le rapport de 1,034 à 1,028. L’encéphale est donc plus 
dense dans le délire partiel que dans l’état mental normal 
( Mitivié et Leuret ). Ges évaluations de la pesanteur du cer¬ 
veau et de ses principales dépendances, dans la folie, reposent 
peut-être encore sur unj trop petit nombre de faits pour mé¬ 
riter une confiance absolue. 

Les nombreuses dissections pratiquées par M. Esquirol sur 
des démonomaniaques, des femmes qui s’étaient suicidées, 
des mélancoliques, remontent à une époque où l’on n’atta¬ 
chait qu’une faible importance à l’infiltration séreuse de la 
pie-mère, à l’hypérémie de cette même membrane, à la 
coloration de la substance grise, et à l’injection des tubes 
vasculaires qui traversent la substance blanche du cerveau , 
aux changemens de consistance que les grands centres ner¬ 
veux sont susceptibles d’éprouver. Aussi, sur cent soixante-huit 
lypémaniaques dont les altérations cadavériques sont notées 
par M. Esquirol , le cerveau et ses enveloppes n’ont-ils paru 
affectés que quatorze fois. Les lésions de l’encéphale sont 
jugées aujourd’hui beaucoup plus fréquentes qu’on l’avait soup¬ 
çonné ; mais peut-être aussi nous arrive-t-il d’accorder trop 
de valeur à des modifications de tissu â peu près insigni¬ 
fiantes ( Esquirol , Des maladies mentales , etc. , t. i, p. 464 , 
493 . 639 , etc.). 



MOKOMASIE. 161 

Gall a plusieurs fois constaté une sorte d’hypertrophie du 
cervelet sur des individus atteints de monomanie érotique 
{Sur les fonctions du cerveau, t. iii, p. 318, 319,320, etc.). 
M. Parchape cite l’observation d’une femme dont le délire 
offrait les principaux traits de la nymphomanie. Le poids du 
cervelet de cette monomaniaque excédait de quarante-trois 
grammes le poids moyen du cervelet pris à l’état normal 
( 2® Mémoire , p. 118 ). 

M. Parchape relate, dans le mémoire que nous venonsde citer 
en dernier lieu, les désordres qu’il lui a été permis d’appré¬ 
cier sur neuf lypémaniaques dont il a examiné soigneusement 
les principaux tissus et les principaux organes ( p. 123). 
Les lésions observées par M. Parchape à la périphérie du cer¬ 
veau des maniaques et des mélancoliques, dans leurs méninges 
et à la surface des circonvolutions, lui paraissent se rapprocher, 
par leur nature, des altérations que détermine un travail in¬ 
flammatoire (pag. 121). Mais l’injection sanguine, l’infiltra¬ 
tion séreuse, l’épaississement, l’opacité des enveloppes de 
l’encéphale, les changemens de consistance, de coloration, 
l’hypérémie de la substance nerveuse, etc,, considérés isolé¬ 
ment, ou envisagés dans leur ens|mble, n’appartiennent exclu¬ 
sivement ni au délire générai ni au délire partiel; les diverses 
parties du cerveau et du cervelet n’offrent même quelquefois 
aucune lésion appréciable alors que l’exercice intellectuel était 
évidemment troublé. En définitive, cependant, la folie aiguë se 
distingue, dans le plus grand nombre des cas, de tous les états 
maladifs connus de l’encéphale, parle nombre, la nature et le 
siège des altérations notées dans les grands centres nerveux des 
mélancoliques et des maniaques( 2® Mém., p. 114, 216). Dans la 
monomanie simple, exempte de paralysie, dans le délire triste 
surtout, l’état fluxionnaire de l’encéphale me paraît générale¬ 
ment moins intense que danslamanie. La folie paralytique étant 
à peu près constamment le symptôme d’une encéphalite, les cer¬ 
veaux que l’on compare pour se faire une idée exacte des con¬ 
ditions de la substance cérébrale dans la folie ordinaire, doi¬ 
vent être choisis parmi les malades dont les mouvemens sont 
restés intacts. 

Les conditions de l’encéphale , que j’ai cherché à apprécier 
sur seize hommes et sur quatre femmes lypémaniaques non 
paralytiques, m’ont paru offrir des différences souvent très 
Dict. de Méd. xx. 11 



MOKOJUSIE. 


162 

notables. Un militaire suisse, atteint de monomanie religieuse, 
uni refusa, pendant près de trois mois , de prendre sa nour¬ 
riture , et que les alimens introduits dans l’estomac, à l’aide 
d’une sonde oesophagienne, n’empêchèrent pas de succomber, 
ti'â présenté dans le crâne d’autre altération qu’un épaississe¬ 
ment circonscrit de la pie-mère cérébrale vers la partie supé¬ 
rieure et moyenne des deux hémisphères du cerveau. La 
masse encéphalique, examinée, coupée, considérée partout 
avec attention, nous sembla exempte de toute espèce d’alté¬ 
ration morbide. Je n’ai distingué non plus aucun désordre 
dans l’encéphale d’un mélancolique que des hallucinations de 
l’oüïe et des idées sinistres porièrent à se suicider. La mort eut 
liëu par hémorrhagie. L’autopsie fut pratiquée au bout de quel¬ 
ques heures. Tous les organes furent jugés sains. La substance 
corticale et la substance blanche du cerveau, les diverses par¬ 
ties du cervelet, les méninges, sont pâles et décolorées sur un 
mélancolique qui s’était plaint d’être [)Oursuivi par des voleurs 
qui accusait la présence de l’arsenic dans ses alimens, qui passait 
ses nuits sans sommeil, épiant les mouvemens prétendus des 
personnesqui lui inspiraient de l’ombrage. Ijn homme habituel¬ 
lement actif cèsse de se livrer au travail et à ses occupations; 
bientôt il refuse'de manger, verse des pleurs de désespoir, an¬ 
noncé qu’on veut le perdre, cherche à mordre sa femme et 
les personnes qui lui donnent des soins. Une phlegmasie des 
gros intestins , survenue dans le cours de l’hiver, met fin aux 
jours de ce malade après deux mois d’un traitement peu actif. 
La pie-mère est légèrement œdémateuse, mais il n’existe dans 
la substance nerveuse du cerveau et du cervelet aucun chan¬ 
gement morbide appréciable. Sur les seize lypéraaniaques dont 
il nous reste maintenant à mentionner les résultats nécrosco- 
piqueS, les os du crâne sont épais trois fois , minces quatre 
fois, injectés deux fois. La dure-mère est traversée par des 
bourgeons celluleux provenant de la pie-mère, deux fois; le 
feuillet pariétal de l’arachnoïde tapissé par une pellicule pseudo¬ 
membraneuse, une fois. Les veines qui rampent dans l’épaisseur 
de la pie-mère contiennent des bulles gazeuses une fois; deux 
fois le volume des hémisphères cérébraux est inégal. La pie- 
mère est légèrement infiltréede sérositéhuitfois;rouge, injectée 
uniformément, ou par plaques eechymosées, neuf fois; la sub¬ 
stance grise, superficielle ou profonde, est rouge, rosée, douze 




MOlVOBiAMlÊ. 

fois dans le cerveau, sept dans le eérvelèl; jaunèU'ê, trois fois 
dans le cerveau, quatre fois dans le cervelet ; injectée dans 
tout l’encéphale, deux fois; endurcie, deux fois ; ditutûuée de 
consistance, une fois. La substance blanche est hypéréraiéè Où 
très vasculaire, douze fois; rdolle, deux fois ; très fêrine,trois 
fois. Quatre fois les cavités ventriculaires contiennent quel¬ 
ques cuillerées de sérosité. 

Nous attachons une valeur positive aux altérations qui s'ob¬ 
servent dans la substance nerveuse, dans les méninges ; dans 
les tubes vasculaires qui traversent le cerveau des monômà- 
niaques. Ces altérations, qui peuvent exister alors même que 
l’aliénation mentale affecte la forme de la manie, de la dé¬ 
mence ; qui peuvent manquer totalement alors que tous lês 
caractères du-délire partiel sont le moins équivoques, né suf¬ 
fisent pas à elles seules pour expliquer la nature des troublés 
fonctionnels qui constituent la m'ouomanie; elles sont insuffi¬ 
santes surtout pour expliquer lés variétés de forme innom¬ 
brables du délire monomaniaque; elles font; pàr conséquent; 
supposer l’existenee de désordres spéciaux qui échappent à nôs 
moyens d’investigation, êt qui existent, sans aucun doute, jus¬ 
que dans les cerveaux d’apparence la plus saine. Mais l’étude 
des lésions cérébrales palpables dans toutes les variétés dè 
délire offre au moins cet avantage , qu’elle nous met à même 
de calculer approximativement pendant la vie quelques-unes 
des conditions du système nerveux des malades; or, cettêcott- 
naissance, bien que très imparfaite, est trop précieuse pour 
être négligée, surtout lorsqu’il est permis d’espérer que des 
recherches mieux dirigées conduiront à des résultats de plus 
en plus réels. 

MM. Esqiiirol et Parchape ont publié des tables qui témoi¬ 
gnent de la fréquence des affections thoraciques et abdomi¬ 
nales chroniques dans la lypémanie. D’après les relevés de 
mes Observations, sur vingt monomaniaques qui succombêilt 
il en est dix qui présentent de nombreux tubercules dans les 
poumons. 11 existe des fausses membranes sur les plèvres qua¬ 
torze fois; des traces de pneumonie, dnq fois; d’inflammation 
bronchiqueintenSe, deux fois; le péricarde est distendu par de 
la sérosité, six fois ; la crosse de l’aorte dilatée, ou anévrysraali- 
que, deux fois; le cœur est au-dessus du volume normal, qua¬ 
tre fois; éminemment petit, trois fois ; la membrane muqueuse 



KI0IV0M4IV1E. 


164 

de l’estomac est rouge, ciuq fois; ecchymosée par plaques, 
trois fois; ulcérée, trois fois; ramollie,.cinq fois; boursouflée 
et de couleur brune, quatre fois ; la membrane muqueuse du 
duodénum est hypérémiée, cinq fois ; celle de l’intestin grêle, 
six fois; celle du colon, huit fois ; celle du cæcum, quatre 
fois ; du rectum , trois fois. Deux fois la membrane du gros in- 
testiu est ulcérée; deux fois les villosités de la portion grêle 
de l’intestin sont noires. Le foie est volumineux, six fois; rouge 
et gorgé de sang, deux fois;,jaune et comme graisseux, qua¬ 
tre fois ; la rate très développée , deux fois ; le péritoine cou¬ 
vert de couennes pseudo-membraneuses, deux.fois ;.le mésen¬ 
tère ndhérent à des masses tuberculeuses, trois fois. Deux de 
ces mélancoliques sont morts en obéissant à leur penchant au 
suicide; sur dix, la terminaison funeste a été hâtée par le re¬ 
fus obstiné et prolongé de prendre des substances alimen¬ 
taires. Une femme a succombé à une inflammation aiguë du 
péritoine ; mais il est évident que l’inflammation lente des plè¬ 
vres et des diverses portions de la membrane muqueuse gas¬ 
tro-intestinale, les progrès de la phthisie pulmonaire, ont en¬ 
traîné la perte du plus grand nombre des lypémaniaques qui 
ont péri depuis quelques années dans les infirmeries de Clia- 
renton. 

La direction, la surveillance et le traitement des monoma- 
iiiaques supposent une connaissance intime des affections 
mentales, une longue et habituelle fréquentation des maisons 
d’aliénés. Beaucoup de fâcheux accidens eussent été prévenus 
à diverses époques , si un administrateur, un magistrat, un 
parent du malade , trop peu éclairés sur les vrais caractères 
du délire et sur le véritable respect dû à la liberté individuelle, 
n’eussent reculé devant une mesure de séquestration jugée 
nécessaire par les médecins. N’est-ce pas un crime, dit-on, 
d’enlever de vive force à sa famille, à la société, sous le pré¬ 
texte d’une aliénation morale ou mentale au moins contestable, 
un homme utile par ses travaux, distingué dans sa profession, 
et qui, sa vie durant, nourrira avec l’idée des préventions qui 
s’attachent à la folie, le souvenir amer de sa captivité? Nul 
doute que l’on ne doive mûrement réfléchir avant de prendre 
sur soi d’interrompre la carrière d’un homme et de lui im¬ 
poser une sorte de réclusion parmi des fous ; mais il n’y a 
point à hésiter lorsque cette mesure extrême doit prévenir un 



MOHOMAMIlî. 


165 


suicide, uu attentat contre la vie de la personne qui nous est 
chère, ou seulement l’incurabilité du délire partiel. Le séjour 
des hospices , des établissemens publics ou privés, un trop 
grand isolement, ne conviennent point à quelques sujets im¬ 
pressionnables, qui n’éprouvent encore qu’une préoccupation 
morale, mêlée de tristesse, de dégoût pour les occupations 
et pour les choses qu’ils aimaient autrefois le plus. Ces malades 
se trouvent beaucoup mieux du mouvement et des impressions 
d’un voyage fait à pied, sur les bords de la mer, à travers les 
montagnes, ou bien d’un exercice journalier qu’on leur pro¬ 
cure en les obligeant de se livrer à la campagne aux travaux 
du jardinage ou de l’agriculture. Les monoiiiàniaques qui sont 
séquestrés habitent ou en commun dans un dortoir où l’on peut 
les surveiller d’un seul coup d’œil, où dans des chambres 
particulières où chacun d’eux est confié à la surveillance d’un 
domestique dont l’intelligence est sans cesse aux aguets. Les 
vêtemens, les liens , tout ce qui peut servir les funestes pro¬ 
jets des monomaniaques, sont soigneusement éloignés de leur 
lit et de leur personne au moment du coucher. Pendant le 
jour, l’on veille à ce que les monomaniàques changent de 
linge, prennent leur nourriture, restent soigneusement vêtus, 
chaussés ; l’on est souvent contraint à chaque repas de faire 
manger forcément un, deux, trois lypémaniaques, dont quel¬ 
ques-uns se laissent mutiler plutôt que de consentir à avaler 
une seule cuillerée de lait, de bouillon, qu’ils prennent pour 
un poison, du sang, une matière dégoûtante. D’autres ont be¬ 
soin qu’on les sonde, refusant d’uriner. Souvent l’on est con¬ 
traint de recourir pendant des mois entjers à l’emploi d’une 
sonde œsophagienne pour faire vivre des mélancoliques', des 
démonomaniaques qui ont pris la résolution inébranlable de se 
laisser mourir de faim. La douche, appliquée avec persévé¬ 
rance , triomphe quelquefois de l'obstination à peine croyable 
de certains individus. Au début de la monomanie, pour peu que 
la langue soit rouge, l’estomac irrité, l’on doit se garder d’o¬ 
bliger les malades à surmonter l’éloignement qu’ils éprouvent,, 
et qu’ils manifestent avec énergie pour les substances alimen¬ 
taires; mais alors l’on redouble de soins et d’efforts pour dé¬ 
terminer le sujet à boire au moins quelques tasses d’orangéade, 
d’eau de groseilles, de bouillon de veau, etc. G’eslên choisis¬ 
sant un moment où les hallucinations paraissent moins impe- 



166 mososiamk. 

rieuses, eu goûtant soi-même, sans y meltre d’affectation, aux 
mets, à la tisane que l’on apporte à un aliéné , qu’on le décide 
une première fois à obéir à la volonté du médecin ; et ce pre¬ 
mier succès décide quelquefois du rétablissement,si ce n’estde 
la conservation d’un malheureux qui avait résisté aux sollicita¬ 
tions et aux larmes de son épouse et de ses fils. Jamais d’a¬ 
vance, avec les monomaniaques , il n’est permis de régler dé- 
fioitiveroenl la conduite et le langage que l’on voudrait tenir 
à leur égard. Tantôt la parole du médecio'doit être douce, in¬ 
sinuante; tantôt le ton qu’il affecte doit être impérieux et sé- 
yère. Parfois l’on est obligé de faire prévaloir des considérations 
relatives à la religion, aux préjugés du malade, à son hon¬ 
neur. Jamais le médecin ne doit perdre de vue l’importance dn 
rôle qu’il est appelé à remplir , ni oublier un instant que sa 
contenance, l’expression de son visage, ses moindres gestes 
sont souvent épiés avec une finesse que Je délire partiel est 
bien loin d’exclure. L’on ne saurait trop se pénétrer enfin des 
avantages du traitement que Ton est convenu d’appeler mo¬ 
ral; mais personne ne doit ignorer qu’en général et à moins 
d’avoir affaire à des monomaniaques à demi-raisonnables, ou 
déjà à peu près convalescens, il est rare que l’on parvienne à 
gouverner les aliénés par le raisonnement et la persuasion- «A 
quoi servent tous vos discours, répondent froidement quel¬ 
ques lypémaniaques. quelques hallucinés ; je n’ignore pas plus 
que vous que les spectres, les funestes prévisions qui m’ôtent 
le repos, n’existent que dans mon imagination ; mais dépend-il 
de ma volonté qu’il en soit autrement; ne suis-je pas tout aussi 
tourmenté, tout aussi malheureux que si j’étais assiégé par des 
êtres ou par des dangers réels?» C’est surtout par la crainte 
de la douleur, de la douche, des affusions froides , de la car 
misole de force, des entraves, des ventouses, des moxas, par 
l’ascendant de sa personne, que l’on dompte les monomaniaques 
les plus obstinés elles moins traitables. Autant que possible, 
l’on s’en tient à la menace plutôt que d’en venir à l’application 
des moyens de rigueur, qui ne répondent nullement à la pein¬ 
ture exagérée qu’en faisaient le surveillant ou le médecin, à 
moins donc qu’il soit démontré par une première épreuve que 
l’impression de la douche est tellement douloureuse que l’on 
puisse espérer detoutobtenir désormais par l’emploi dece ebâr 
-l’ai souvent déterminé des sujets à manger en faisaot 



MONOMAHtE. 167 

sembjaatd’introduire dans leur narinel’extrémité d’une canule 
ou d’upe sonde œsophagienne. L’on relègue à l’écart, dans une 
division, isolée de l’établissement, les femmes surtout q«n la 
njonomanie sans délire pousse sans cesse à une perversité de 
conduite, de seotimens et de langage qui ne tarderait pas, si 
ces individus restaient libres de circuler dans les quartiers in-, 
térieurs,à bouleverser l’ordre parmi les malades et les servi¬ 
teurs, à ruiner la considération et la confiance qui doivent en¬ 
tourer les principaux chefs du service. En présence de tels 
malades, il importe de conserver un sang-froid, une impassi¬ 
bilité exempts de passion, le moindre avantage remporté sur 
la susceptibilité d’autrui assurant à ces monpmaniaques le 
triomphe le plus complet que puisse obtenir leur amour- 
propre. Du reste, la plupart des moyens thérapeutiques em¬ 
ployés pour combattre la manie conviennent également dans 
l’aliénation mentale partielle. En général, l’on préfère dans la 
monomanie l’emploi des saignées locales à l’emploi des saignées 
générales. Certains malades sont soulagés après quelques ap¬ 
plications de sangsues faites au siège, à l’entrée des narines, 
à l’épigastre, aux malléoles ou aux aines sur les femmes. Les 
ventouses scarifiées, les ventouses sèches, appliquées à la nu¬ 
que pendant plusieurs joiu’s consécutifs, sont surtout favora¬ 
bles dans la lypémanie extatique, dans la lypémanie poussée 
jusqu’à la stupidité. Les affusions froides finissent parfois, aussi 
par exciter la sensibilité cutanée de ces malades, qui commen¬ 
cent à participer alors aux impressions de la vie extérieure, 
auxquelles les sens restaient auparavant en grande partie fer¬ 
més, L'usage des bains alcalins, des bains sulfureux, en appe¬ 
lant une légère réaction vers la peau froide, sèche, écailleuse 
des mélancoliques, des démonomaniaques , peut à la longue, 
lorsqu’il , est babiiement combiné avec l’administration des 
bains tièdes , simples ou mucilagineux, contribuer à la solution 
des désordres qui siègent vers les grands centres nerveux. Les 
bains .de siège et les lavemens préparés avec des décoctions 
de graines, ou de racines de plantes émollientes, sont surtout 
indiqués dans la monomanie érotique, dans la monomanie 
contemplative, dans les cas où il a,été noté quelques sympè' 
tomes d’excitation vers les organes digestifs ou génito-urinai¬ 
res. La douche froide ascendante , dirigée seulement vers l’a¬ 
nus, suffi! souvent pour vaincre la constipation qui tourmente 



SIONOMAKIE. 


le plus grand nombre des monomaniaques. La plupart des 
praticiens combattent la constipation à l’aide de pilules drasti¬ 
ques, de purgatifs huileux ; plusieurs ne craignent pas même 
de prescrire dans un lavement ordinaire un mélange fait avec 
deux onces d’huile d’amandes douces, et deux gouttes d’huile 
de CTOton tiglium. Mais le ventre est-il tendu , la langue est- 
elle rouge, la bouche pâteuse, l’haleinefétide, l’on doit pres¬ 
crire l’usage intérieur du bouillon de veau , du petit-lait, des 
boissons acidulées, de l’eâu pure, si les tisanes sont repoussées 
avec répugnance par le sujet; réduire en même temps à une 
quantité très minime la nourriture que l’on accorde le soir 
et à chaque repas. Au contraire, si le défaut d’évacuations 
alvines paraît provenir moins d’un état d’irritation sanguine 
de la membrane intestinale que d’une sorte d’atonie ou d’as- 
triclion nerveuse locale, il y a peut-être quelque avantage à 
insister sur l’usage de l’eau de Sedlitz , de l’huile de ricin, du 
mercure doux, des lavemens froids ou aiguisés avec du sel de 
cuisine ordinaire. C’est surtout dans la lypémanie , dans la dé- 
monoraanie ancienne, que l’usage des moxas et des autres 
exutoires a été suivi des succès les plus marqués: la suppuration 
doit être long-tetnps entretenue, le pansement maintenu avec 
de simples bandelettes agglutinalives, des bandes de linge ayant 
trop souvent servi à l’accomplissement d’un suicide. C’est sur¬ 
tout dans la monomanie sensoriale, dans la monomanie avec, 
hallucinations, que l’on a guéri instantanément des malades en 
jetant avec adresse une couleuvre, une grenouille, une limace, 
dans le bassin destiné à recevoir leurs déjections , au moment 
où ils croyaient expulser par la bouche ou par le fondement 
les prétendus animaux qu’ils soutenaient exister dans leurs 
entrailles. Il s’en faut de beaucoup que l’on puisse compter sur 
le succès habituel de semblables ruses, auxquelles, heu¬ 
reusement, l’ou peut recourir sans inconvéniens. En général, 
les lésions physiques qui enfantent le délire partiel ne cèdent 
pas avec autant de facilité à l’influence d’une impression exté¬ 
rieure, et la pratique des monomaniaques enseigne bientôt le 
cas qu’il faut faire d’une foule de recettes dont un esprit en¬ 
thousiaste se promet d’abord un grand succès. 

• Calmeil. 

- Voyez pour la bibliographie l’article Folie. : 



MO:\STFiES, MOIVSTilliOSITÉ. 169 

MONSTRES , MONSTRUOSITE. — D’après les travaux de 
plusieurs anatomistes modernes, l’étude des monstruosités n’est 
plus bornée à la constatation des conditions les plus générales 
de telle ou telle forme insolite observée dans la totalité, ou 
dans une partie du corps de l’homme. Un examen plus appro¬ 
fondi , oü, comme on a dit, plus philosophique, des particula¬ 
rités si nombreuses que présentent les êtres dont l’organisa¬ 
tion s’éloigne plus ou moins du type normal de leur espèce, 
cet examen, dis-je, serait devenu la source d'une foule d’a¬ 
perçus nouveaux sur l’embryogénie ; de sorte que les imperfec¬ 
tions du développement du fœtus auraient dévoilé le mécanisme 
de ce mouvement intestin qui préside à l’arrangement normal 
de ses linéamens primordiaux. 

C’est dans un ouvrage qui, comme celui-ci, est destiné 
à présenter un tableau exact des progrès de la science, qu’on 
doit chercher à apprécier le degré de fondement de ces obser¬ 
vations nouvelles. Je ne me bornerai donc pas à retracer seu¬ 
lement dans cet article une histoire générale des monstruosités; 
je soumettrai à une analyse détaillée et rigoureuse les opinions 
qu’on a émises sur leur étiologie. 

Comme il importe de s’entendre également bien sur les mots 
comme sur les choses, dans l’examen des questions qui se rat¬ 
tachent au sujet de cet article, je crois utile de présenter ici 
quelques explications préliminaires. 

Les déviations congénitales que le corps de l’homme peut 
présenter soit dans ses formes extérieures, soit dans la struc¬ 
ture des parties qui le composent, offrent de très grandes dif¬ 
férences, quant à leur gravité, par l’influence qu’elles exercent 
sur la vie de l’individu, les unes n’apportant aucune modifica¬ 
tion dans l’exercice régulier des fonctions organiques, les 
autres l’entravant plus ou moins, et plusieurs, enfin, entraî¬ 
nant toujours la mort de l’individu, soit immédiatement, soit 
peu de temps après la naissance. De là, trois ordres de faits 
qui exigent chacun une qualification différente, mais auxquels 
on peut appliquer indistinctement le nom ^anomalie qui, par 
son acception générale, désigne toutes les déviations congéni¬ 
tales du type normal. Mais lorsque l’anomalie n’exerce aucune 
influence sur l’accomplissement des fonctions de l’organe qui 
en est le siège, et qu’elle ne modifie en aucune;manière la 
forme extérieure du corps, elle constitue la variété anatomique. 
Ainsi, la présence d’un muscle surnuméraire, la division en 


<70 MONSTRES, MONSTUIJOSITÉ. 

deux faisceaux d’un muscle ordinairement unique, l’existence 
de deux artères rénales d’un même côté, la bifurcation de l’ar¬ 
tère brachiale dans un point rapproché de l’aisselle, l’existence 
d’un rein unique et médian, l’insertion anormale d’une branche 
vasculaire et nerveuse, la situation superficielle d’un nerf ou 
d’un vaisseau qui est ordinairenient placé profondément, etc., 
sont autant de variétés anatomiques. 

Dans ce genre d’anomalies, la disposition insolite peut être 
bornée, comnie on voit, à un déplacement des organes sans 
altération dans leur tissu, leur forme ou leur nombre : aussi 
. doit-on. y rattacher la transposition générale des viscères (situs 
iwerms), dans laquelle le cœur et tous les organes qui occu¬ 
pent ordinairement le côté gauche des cavités splanchniques 
se trouvent, au contraire, placés à droite, et vice versd. Celte 
anomalie a été considérée par plusieurs auteurs comme une 
manstruonté. M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire la range dans une 
classe à part sous le nom àihÉtérotaooie. Pour nous, celte inver¬ 
sion dans la situation de toutes les parties d’un même appareil 
ne diffère de la variété anatomique que par sa répétition sur 
un plus grand nombre d’organes à la fois, car elle n’apporte 
aucune modification, aucune perturbation dans l’exercice des 
fonctions; elle ne compromet nullement la vie de l’individu, 
dont elle ne change en rien la conformation extérieure. Le plus 
souvent on ne la reconnaît que sur le cadavre. 

La dénomination de vice de conformation s’applique aux ano¬ 
malies le plus souvent visibles à l’extérieur, qui apportent 
ordinairement une gêne plus ou moins grande dans les fonc¬ 
tions de l’organe ainsi altéré dans sa forme ou sa structure in¬ 
terne, et dont la gravité est en raison directe de l’importance 
de cet organe; tels sont l’imperforation de l’anus, l’faypospa- 
dias, le phymosis congénital, le bec-de-lièvre, etc. 

Enfin, quand la déviation congénitale est en quelque sorte 
plus profonde, quand elle altère non-seulement la forme ex¬ 
térieure de l’individu , mais la structure des organes essentiels 
à la vie,'qu’elle s’oppose au libre exercice de leurs fonctions, 
à ce point qu’elle rend souvent impossible l’existence de l’indi¬ 
vidu , elle constitue la monstruonié proprement dite, qui est, 
comme on le voit, le dernier terme des déformations que l’em¬ 
bryon et le foetus peuvent éprouver dans le cours de la vie 
intra-utérine. Gn peut donc appeler monstruosité toute dévia¬ 
tion congénitale du type normal, altérant la forme du corps 



MOKSTKtS, MONSTEiJOSlTÉ. 171 

pu la Structure des organes, presque toujours visible à l’exté¬ 
rieur, et rendant très difbcile ou impossible l’aceomplisseraent 
des fonctions dénutrition ou de reproduction. 

Hisloriqne. — Dans tous les temps, l’attention a été vivement 
excitée par l’apparition des êtres monstrueux, dont les formes 
plus ou moins étranges ont fait naître sur leur origine des ex¬ 
plications empreintes, d’idées absurdes que l’ignorance et la 
superstition ont perpétuées, malgré les lumières dues aux pro¬ 
grès des sciences d’observation: aussi trouve-t-on dans l’his¬ 
toire de ces anomalies une première et longue période qui 
s’étend jusqu’aux premières années du xviii® siècle, et pendant 
la durée de laquelle les exemples assez nombreux de monstruo¬ 
sités qui ont été signalés par différents auteurs peuvent bien 
plutôt servir à enregistrer le nombre de ces préjugés non moins 
ridicules que les croyances religieuses qui leur avaient donné 
naissance, qu’à fournir quelques documens utiles pouf l’his¬ 
toire de cette science. Cependant il faut reconnaître que parmi 
les faits recueillis pendant cette première période, si la plu¬ 
part sont dépourvus d’authenticité, sont de pure invention, 
il en est quelques-uns de positifs, et qu’on a observés depuis 
avec les mêmes caractères, ainsi qu’on peut le voir dans le 
traité de Liceti (JOe monstrorum camis, naturâ et dijferentii&, libri 
duo, Padoue, 1616, in-4°). 

A cette première époque en succède une seconrie où l’his¬ 
toire des monstruosités revêt une forme scientifique. Des 
exemples nombreux sont recueillis et décrits avec exactitude, 
l’anatomie vient démontrer toute l’absurdité des croyances 
du siècle précédent : c’est au sein de l’Académie des sciences 
de Paris que s’ouvre la première discussion sur diverses 
questions relatives aux êtres monstrueux. Littré, Duverney, 
Méry, Winslow, Léroery, prirent une part active dans ce dé¬ 
bat scientifique. La cause première des monstruosités était le 
problème qui préoccupait surtout les esprits. Lémery et Wins¬ 
low publièrent successivement plusieurs mémoires importans 
sur ce sujet, l’un soutenant que les déviations congénitales du 
type normal de notre espèce proviennent d’une altération pri¬ 
mitive des germes; l’autre les attribuant, au contraire, à des 
causes accidentelles qui apportent une perturbation plus ou 
moins profonde dans l’évolution du germe primitivement régu¬ 
lier. L’examen de l’altération primitive ou acquise des germes. 



172 


MOMSTRES, aïOWSTREOSlTÉ. 
comme cause des monstruosités, devint ainsi l’occasion d'un 
grand nombre d’écrits pendant le cours du xviu® siècle, et la 
plupart des auteurs qui traitèrent cette question admirent que 
toutes les monstruosités-étaient accidentelles, acquises, et non 
primitives. 

C’est dans le cours de cette seconde période que Haller vint 
hâter les progrès de cette science nouvelle parla publication de 
son traité sur les monsties {De monstris, lib. i etn, in opéra 
minora, t. in. Lausanne, 1768, in-4°). Déjà l’illustre physiolo- 
giste avait ajouté aux faits rapportés avant lui plusieurs exem¬ 
ples qui sont un modèle de description anatomique. Pendantla 
discussion célèbre de Winslow et de Lémery, il embrassa l’opi¬ 
nion du premier, et fournit à l’appui des argumens fondés sur 
cette immense érudition qu’on retrouve dans tous les sujets 
qu’il a traités avec tant de supériorité. Alors il était, comme 
Winslow, partisan exclusif de l’hypothèse des germes originai¬ 
rement monstrueux. Mais dans l’ouvrage que je viens de citer, 
Haller revient sur cette opinion trop absolue, et ne rejette plus 
aussi complètement la théorie de Lémery. Apportant dans l’exa¬ 
men des observations jusqu’alors publiées cette critique sa¬ 
vante qui imprime à tous ses travaux un cachet si remarquable, 
Haller fit la part du faux et du vrai, et c’est à son traité De 
monstris qu’on doit attribuer la marche plus sévère que suivit 
dès lors la science des monstruosités. 

L’impulsion était donnée, et les observateurs, engagés désor¬ 
mais dans la voie tracée par Haller, contribuèrent successive¬ 
ment à débarrasser cette science des erreurs que les siècles 
précédons y avaient accumulées , et à ranger dans un ordre 
plus méthodique les nombreux maSériaux de ce nouvel édifice. 
J. F. Meckel établit, en quelque sorte, la transition entre cette 
période et l’époque actuelle, car, dans son Manuel d'anatomie 
pathologique, on voit l’illustre professeur de Halle défendre en¬ 
core quelques points de l’opinion soutenue par Winslow et 
Haller, toutenen circonscrivant l’application dans des limites 
de plus en plus restreintes. Mais c’est bien évidemment à ses 
travaux qu’on doit la théorie acceptée aujourd’hui par un 
grand nombre d’anatomistes, et sur la valeur de laquelle je 
m’expliquerai dans une autre partie de cet article. C’est surtout 
Meckel qui s’est efforcé de rattacher les diverses formes des 
monstres simples à la persistance de certains états transitoires 




MONSTRES, MOKSTRKOSITÊ. 173 

de l’embryon par un arrêt de développement, établissant ainsi 
une analogie nécessaire entre ces. différentes anomalies, puis¬ 
qu’elles dépendraient de l’étât passager, mais toujours le même, 
que l’embryon présente à certaines périodes de son évolution, 
et pendant lesquelles une perturbation accidentelle serait ve¬ 
nue interrompre la marche régulière de sa formation. Il est 
vrai que des faits incontestables peuvent être invoqués à l’ap¬ 
pui de cette théorie, soupçonnée par Harvey, indiquée par 
’Wplf, et à laquelle Authenrielh donna quelques développe- 
mens; mais nous verrons qu’elle ne peut être généralisée comme 
ra,dmettent, d’après Meckel, beaucoup.d’auteurs modernes. 

. .Après Meckel, il nous suffira de citer les. noms de Reil, Tiedcr 
mann, Chaussier, Béclard, Otto, Blumenhach, de Blainville,. 
Heusinger, Leuckardt, MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Breschet, 
Serres, etc., pour indiquer dans quel esprit les travaux con¬ 
temporains ont été dirigés. Parmi ces différents auteurs, les 
uns ont adopté plus ou moins complètement les opinions de 
l’anatomiste allemand; les autres ont porté plus loin la généra¬ 
lisation de ses idées. Enfin, dans un ouvrage récemment pu¬ 
blié, M. Geoffroy Saint-Hilaire fils vient de présenter dans un 
cadre méthodique et bien coordonné l’histoire de toutes les 
anomalies que l’homme et les animaux peuvent offrir. Cet au¬ 
teur a rendu ainsi un service réel à la science, et ses recherches 
importantes contribueront, sans nul doute, à en favoriser les 
progrès. Je me borné à indiquer ici ces.divers travaux sur les¬ 
quels je reviendrai dans le cours de cet article, en examinait 
les principales questions qui se rattachent à l’histoire générale 
des monstruosités. 

. Classifications des anomalies. — Mon intention n’est pas d’in¬ 
diquer ici toutes les classifications qui ont été successivement 
proposées. J’insisterai seulement sur quelques-unes d’entre 
elles. Je me bornerai à mentionner la classification de Liceti, 
celle de Huber (de Bâle), et celle de Malacarne, dont la no¬ 
menclature a été reproduite en partie par M. Breschet. Toutes 
ces classifications, en effet, présentent des divisions qui repo¬ 
sent sur des faits controuvés; tels sont les exemples d’hommes 
ayant des membres de brutes, et de brutes ayant des membres 
d’hommes. Il n’en est pas ainsi de celle de Voigtel qui, dans les 
dix classes qu’il a établies {Manuel d’anatom. patkoL, vol. iii, 
p. 574-583), groupe les faits dans un ordre très méthodique. 



174 


MONSTRES, ittONSïRl'OSîTÉ. 


quoique plusieurs des grandes sections qu’il admet doivent être 
évidemment réunies entre elles. Ainsi, il divise les anomalies 
en monstruosités, 1“ par défaut d’une partie; 2“ par surabon¬ 
dance de parties individuelles; 3° par réunion de deux fruité; 
4-“ par déviation organique de parties individuelles; 5° par ex- 
cfoissanees non naturelles, 6°par séparation des parties; 7"par 
oblitération des ouvertures naturelles;- 8" par prolongemens 
contre nature. Vient ensuite la classification de Buffon, qui ré¬ 
duit tous les monstres possibles à trois classes: 1“ monstres par 
excès ; 2° monstres par défaut; 3“ monstres par renversement 
ou fausse position des parties. Mais il est impossible, comme l’a 
fait rémarquer M. Breschet, tlé faire rentrer dans ces trois 
classes certaines déviations du type normal, telles que les 
monstruosités parinclusion, celles qui consistent dans une sim¬ 
ple variété de forme; en outre, dans cette classification, Büffdn 
considère les monstres doubles comme des monstres par excès 
de développement, ce qui est inexact, négligeant ainsi la 
grande distinction que l’on doit établir entre les monstres sim¬ 
ples et les monstres doubles, distinction que Blumenbach n’a 
pas énoncée non plus, quoiqu’elle eut été si positivement ia- 
(Mtjuée par Voigtel. ■ ' 

-Meekel, avec Tréviranus, avait d’abord divisé les anoma¬ 
lies en deux catégories : monstruosités quantitatives j, mons¬ 
truosités qualitatives‘{Manuel (Tanat. gén. et descript. Paris, 
1825, in-S", 3 vol., t. i, p. 89). La première renfermé deux 
classés qui représentent les deux premières divisions de Buf- 
fôn : 1° monstruosités'par diminution de la force organique 
(par défaut); 2° par augmentation de cette force (par excès), 
fcâ seconde catégorie est divisée aussi en deux parties : lâ pre¬ 
mière représente la troisième de Buffon, déviation de la forme 
et déviation de la situation des organes; quant à la quatrième, 
elle est consacrée aux productions hermaphrodites, c’est-à-dif e 
aux individus dans lesquels le développement des organes 
génitaux n’est pas assez marqué pour permettre la détermina¬ 
tion du sexe. Dans son Traité général d'anat. comparée (lom.t, 
p'âg. 418-419, Halle, 1821; traduc. franç.; Paris, 1828), Mec- 
kel a adopté une autre division des anomalies; il les range eh 
cinq classes ; 1° déviation de configuration ; 2° déviation de 
rapports; 3° déviation de nombre; 4“ déviation de volume; 
5° déviation de coloration. Dans cette division , que M. Geof- 



MONSTRES, monstruosité. if S 

fpoy Saint-Hilaire fils a adoptée pour sa description des aôo- 
maties sinsples, Meckel coraprend évidemment^es monstres 
doubles {loc.cit., p. 416), et il continue de les coniondre avec 
les déviations par excès de nombre. 

M. Breschet a bien établi la division des monstres en sim¬ 
ples et en doubles dans la classification qu’il a donnée à l’ar¬ 
ticle Déviation organique de la première édition dé ce Diction¬ 
naire. Il divise lés monstruosités eh quatre ordres : les 

agénèsés; 2° les hypergénèses; 3" les diplogénèses ; 4° enfin, 
les hétérogénèses. Chacun de ces ordres est divisé en plusieurs 
genres qui tous portent un nom composé de manière à rappeler 
- par son seul énoncé les caractères du monstre. On voit que la 
séparation des hypergénèses d’avec les diplogénèses établit bien 
la distinction que nous ne rencontrions pas dans les classifi¬ 
cations de Buffon , Blumenbach et Meckel, et'qtie Voigtel a le 
premier indiquée dans sa troisième division. Mais l’ordre des 
hétérogénèses réunit des déviations'organiques d’une nâturé 
très différente: ainsi l’albinisme, la grossesse extrâ-utérinè, sont 
des états qui n’ont aucun rapport entre eüx, non plus qu’avec 
le déplacement d’un ou plusieurs organes, ou il faudrait bien 
forcerles inductions pour rapprôcherdes cas aussi divers. U ne 
nous semble pas possible non plus de placer sous le nom Ôl agé¬ 
nésie l’imperforation des ouvertures natu!~elles à côté de la 
sympbysie, ou réunion et fusion dés organes. Enfin, l’idée 
d’après laquelle M. Breschet a composé toute Sa nomenclature 
est bonne en elle-même; sans douté il serait avantageux de 
pouvoir donner à chaque anomalie un nom qui fournirait à lui 
seul une définition de la déviation organique. Mais l’essai que 
cét auteur a tenté prouve suffisamment qu’une semblable ter¬ 
minologie est plus propre à embarrasser qu’à faciliter l’étude. 

M. Charvet, dans une thèse très remarquable, soutenue à la 
Faculté des sciences {Recherches pour servir à i’hisioire générale 
de la monstruosité. Paris, 1827), a proposé aussi une classifica¬ 
tion qui est incontestablement une des plus rigoureuses et des 
plus conformes à l’ordre naturel des faits qu’il s’agit de classer. 
Cet anatomiste, l’un des élèves les plus distingués de M. de 
Blainville, divise les anomalies ou monstruosités en deux clas¬ 
ses ; 1® celles qui existent sur un fœtus simple; 2“ celles qui 
résultent de la réunion de plusieurs fœtus. 

La première de ces deux grandes divisions ou classes est 



17fi MONSTRES, MONSTRUOSITÉ, 

elle-même paiTagée en deux sous-classes ; la première, conte¬ 
nant les anomalies dans la structure des organes ; la seconde, 
les anpmalîps dans la disposition des organes. Ces dernières , 
très nombreuses, sont disposées en quatre ordres : 1° anoma¬ 
lies par irrégularité, qui comprennent les anomalies de symé¬ 
trie , de position, de forme générale ou de configuration, les 
réunions contre nature, les imperforations ou rétrécissemens, 
les divisions ou non- réunions, la persistance de tubes ou 
conduits existant pendant la vie fœtale; 2“ monstruosités par 
défaut; 3“ monstruosités par excès. 

La ^e.conde classe, qui.comprend les monstres doubles, est 
aussi, .divisée en deux sous-classes : 1° monstruosifés par inclu¬ 
sion; 2° monstruosités par greffe qui renferment les greffes en 
implantation et les greffes en soudure. 

On peut, repcocher à cette classification, qui est, du re.ste, 
une des plus complètes qui aient été publiées, de ne pas cir- 
conserire bien nettement les divisions, surtout les sous- 
classes, et. quelques-uns de ses ordres; mais ces imperfections 
dépendent surtout de la nature même du sujet, et ne peuvent 
être évitées. 

. Toutes ces classifications, même celle de M. Charvet, n’éta¬ 
blissent, comme on a pu le remarquer, aucune distinction 
entre les diverses anomalies et les monstruosités proprement 
dites; ces mots sont employés tout-à-fait comme synonymes, 
et l’on a vu que nous avons cherché plus haut à établir les dis¬ 
tinctions qu’il convenait d’admettre entre ces différons termes. 
Dans sa classification, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a bien 
séparé les anomalies eu deux classes principales : 1® les anoma¬ 
lies simples, qu’il désigne sous le nom âühémitéries, du radical 
T.jtt, demi, et vEpo;, monstre; elles contiennent les variétés ana¬ 
tomiques et les vices de conformation; 2® les anomalies com¬ 
plexes qui sont divisées en hétérotaxies (erepo?, autre, Ta?-.?, posi¬ 
tion), hermaphrodismes, et monstruosités proprement dites. 

Dans l’étude de ces dernières, dont l’examen est le prin¬ 
cipal objet de cet article, il est important de bien établir d’a¬ 
bord les caractères d’après lesquels on distingue les monstres 
composés des monstres simples. Ainsi que je l’ai déjà dit à 
l’art. Diplogékèse, je ne puis admettre qu’on doive rattacher aux 
monstres doubles, comme en étant autant de degrés intermé¬ 
diaires , les exemples d’augmentation de nombre de certaines 



MONSTRES, MOKSTRDOSITÉ. 177 

parties ou de quelques organes isolés chez un seul individu. 
Le torse étant la première partie du corps formée dans l’em¬ 
bryon, et son apparition précédant toujours celle des mem¬ 
bres qui lui sont surajoutés, je regarde la présence de quelques 
débris du tronc comme une condition nécessaire pour qu’on 
puisse affirmer que le monstre composé est bien le résultat de 
la réunion ou de la fusion de deux germes , de deux fœtus 
plus ou moins complètement développés. Ce fait ainsi posé, 
la distinction des monstres en simples et composés devient 
claire et facile. 

Les classes principales qu’admet M. Geoffroy Saint-Hilaire 
fils dans la première de ces grandes coupes nous paraissent 
tout-à-fâit indiquées, et nous les adopterons. Ainsi, les monstres 
simples sont partagés en trois ordres ; 1° monstres présentant 
dans leur organisation, quoiqu’anormale, des conditions qui 
permettent la vie extra-utérine : tels sont les anencéphales ; 
2® monstres qui ne présentent pas une organisation suffisante 
pour la vie extra-utérine, qui ne sont nourris que par leur 
communication avec la mère, communication qui cesse par la 
rupture du cordon; exemple : acéphales; 3° enfin, les monstres 
parasites, les plus imparfaits de tous, qui ne consistent que 
dans des masses inertes, irrégulières, dont les élémens consti¬ 
tutifs sont ordinairement des os, des dents, des poils, du tissu 
adipeux, quelquefois enveloppés de peau, et alimentés par des 
vaisseaux qui naissent des parties auxquelles ces masses adhè¬ 
rent, vaisseaux qu’on ne peut assimiler, comme dans les mons¬ 
tres du groupe précédent, à un cordon ombilical. Ils sont 
implantés directement sur les organes de la génération de la 
mère aux dépens de laquelle ils vivent. 

Je n’attache pas, dans la détermination de ees derniers mons¬ 
tres, la même importance, comme caractère distinctif, à la 
présence des poils et des dents. Ces derniers organes, en ef¬ 
fet, sont, comme je l’ai dit ailleurs {Observât, de tumeur pileuse 
et dentifère dans le testicule d’un enfant. Rapport sur ce fait, dans 
les Mémoires de 1‘Acad. roy. de médecine, t. iii, p. 480), des pro¬ 
duits de sécrétion que l’on rencontre dans des circonstances 
où on, ne peut rapporter leur formation à l’influence de la 
génération : telles sont les masses graisseuses accompagnées 
de poils et de dents qu’on a retrouvées dans le médiastin et 
d’autres régions du corps tout-à-fait isolées des organes de 

Dict. de Méd. xx. 12 



‘ ' 5 MOKSTRES, ÎIOrvSTRBOSlTÉ. 

génération. Quant aux divisions de ces trois ordres , que 
M. Geoffroy Saint-Hilaire fils a distribués en tribus, des 
lrii)us en familles, des familles en genres, elles reposent prin¬ 
cipalement sur la présence, l’absence ou la disposition vicieuse 
du cerveau et des membres. Nous ne pouvons les indiquer ici 
avec plus de détails, car cet exposé eut nécessité l’emploi de 
la nomenclature de i’auleur, et la forme de cet article nous 
empêche de reproduire ces mots nouveaux à peine encore in¬ 
troduits dans la science; non pas que nous en désapprouvions 
l’à-propos, ils contribueront, au contraire, sans aucun doute, 
à simplifier, à rectifier mêm,e le langage scientifique dans l’é¬ 
tude des monstruosités, mais parce qu’il aurait fallu donner 
ici, pour être compris, une définition de chaque dénomination 
nouvelle. 

Quant aux monstres composés, il me suffit de rappeler ici 
la division que j’en ai adoptée à l’article Diplogénèse ; ils peu¬ 
vent être rangés eu trois catégories : 1° monstruosité par in¬ 
clusion; 2° par implantation^; 3“ par juxta-position. En termi¬ 
nant, je reproduirai ici une objection, à mon avis très-fondée, 
qu’on a faite à cette opinion, que les classifications des 
monstruosités peuvent être établies d’après une méthode na¬ 
turelle semblable à celle sur laquelle sont fondées les classifi¬ 
cations zoologiques, et non pas seulement d’après un système 
propre à faciliter l’étude. Entre les classifications des mons¬ 
truosités et celles qu’on suit en zoologie, il y a une grande 
différence dans le point de départ ; les unes et les autres procè¬ 
dent des faits, mais de faits d’une valeur et d’une rigueur bien 
différentes. En zoologie , comme l’a fait remarquer M. Charvet 
(thèse citée, p. 15), il existe des individus provenant d’êtres 
semblables à eux, ayant des caractères fixes, et pouvant se 
reproduire avec ces caractères pendant une séi'ie infinie de 
générations , ce qui constitue des espèces. On peut se tromper, 
prendre des variétés pour des espèces, regarder des espèces 
comme des variétés ; les espèces n’en existent pas moins dans 
la nature, il n’y a même que cela qui ne soit pas artificiel pour 
le naturaliste, toutes les autres coupes de genres, d’ordres, 
de classes sont des créations arbitraires de son esprit. Il est 
évident, d’après cette considération, que les monstres ne peu¬ 
vent pas constituer des espèces, comme on renteod pour les 
êtres organisés régulièrement, observation qui avait été déjà 



MONSTRES, MONSTRCOSITÉ. .179 

faiJë par Buffoo et Meckel {Jnat. com/;., gxxiv, pag. 82^ tom. i). 

Ed léraîologie (repaç, monstre, Xofo;, discours; expression 
employée par M. Geoffroy Saint-Hilaire fils, et qui indique 
avec précision le sujet qui nous occupe), une semblable ré¬ 
gularité, et surtout la reproduction des caractères par la 
génération, n’existant pas, on pourra bien établir avec plus ou 
moins de bonheur des groupes auxquels on donnera le nom 
d’espèces; mais ils seront arbitraires, parce que l’on n’aura 
plus égard à l’origine de l’être, mais seulement à des formes 
et à des degrés de combinaison d’organes, qui seront aussi 
nombreux que les individus, si l’on veut entrer dans tous les 
détails de leur organisation. 

J’admets que souvent les fœtus monstrueux présentent au 
milieu de leurs formes variées des caractères communs. Je ne 
doute pas, ainsi que je l’ai déjà dit à l’article Diplogénèse, que 
les déviations qu’ils présentent sont soumises à certaines con¬ 
ditions; mais ce que je conteste, c’est que ces caractères soient 
assez constamment identiques chez ces êtres anormaux, pour 
que les individus qui les présentent puissent être rapprochés 
les uns des autres aux mêmes titres que les individus des es¬ 
pèces zoologiques; c’est que Iqs conditions qui semblent régir 
beaucoup des circonstances qui président à l’organisation des 
monstres nous soient connues, et que les explications que l’on 
a proposées soient , aussi bien fondées que le disent les au¬ 
teurs qui en affirment l’exactitude. Non pas que je veuille 
nier, pour cela, la possibilité de ces classifications et leur 
utilité; bien au contraire, seulement je pense qu’on ne doit 
pas regarder comme une méthode parfaite et bien établie ce 
qui est seulement un système, c’est-à-dire un moyen, et non 
un résultat. 

Quoique je n’aie pa&à m’occuper dans cet article de la des¬ 
cription des anomalies,.il est cependant deux forhaeè insolites, 
l’une par excès, l’autre par -défaut général d’accroissement du 
corps, qui ont été souvent considérées comme des moustrub- 
sités, et dont je vais dire ici quelques mots comme appendice 
au sujet de cet article. Ce sont ta macrosomie et la microsomie. 

De la macrosomie, ou des géans. — On doit bien sê garder 
d’admettre comme vrais tous les récits que nous ont laissés 
différons auteurs sur la taille des géans historiques. Presque 
toutes ces descriptions manquent d’aulheoiicité, reposent sur 



180 BIOKSTRES, MOKSTRIIOSITÉ. 

des termes vagues employés dans certains ouvrages non scien¬ 
tifiques, ou sont fondés sur l’examen d’ossemens fossiles ap¬ 
partenant à quelques - uns de ces grands animaux dont les 
analogues n’existent plus. Toutefois, il paraît résulter de faits 
bien constatés qu’on a vu la taille de certains individus arriver 
jusqu’à huit pieds et demi de hauteur. 

Les limites de cet article ne nous permettent pas d’entrer 
dans l’énumération des différens exemples qu’on trouve sur ce 
sujet dans les annales de la science; nous donnerons seule¬ 
ment quelques-uns des caractères les plus habituels de ces 
êtres exceptionnels. Les géans sont, en général, d’une intelli¬ 
gence peu développée; quelques-uns même sont presque 
idiots. Chose qui paraîtra singulière au premier abord, c’est 
qu’ils sont fatigués presque aussitôt qu’ils se livrent à quelque 
exercice; ils sont sans activité, sans énergie, lents dans tous 
leurs mouvemens, faibles de corps comme d’esprit. Ordinai¬ 
rement, ils sont d’un tempérament lymphatique, d’une com- 
plexion délicate; leur voix est faible, leur barbe rare, leur peau 
fine et blanche; souvent ils sont mal proportionnés; leur ap¬ 
pétit est très développé. Enfin, ils sont ordinairement impuis- 
sans, très promptement abattus par l’acte vénérien, pour lequel 
ils éprouvent peu de désirs ; chez eux, les organes génitaux 
mâles n’offrent pas un volume proportionnel à celui des autres 
parties du corps. Cette lenteur des mouvemens , cette mollesse 
et celte inaptitude génératrice, chez les individus ainsi con¬ 
formés , ne proviennent-elles pas de ce que toute leur énergie 
vitale est employée à la ])roductiop de la masse, semblables 
en quelque sorte aux plantes dont la culture augmente le vo¬ 
lume, en même temps que l’étiolernent et une nutrition lan¬ 
guissante y font prédominer les proportions aqueuses ? 

Les géans peuvent se rencontrer parmi les, sujets des deux 
sexes; mais les femmes, dans ce développement exagéré, 
n’atteignent jamais les mêmes limites que les hommes. Chez 
les animaux, cet accroissement général est bien plus rare, si 
tant est qu’il ait jamais été observé. 

Les géans meurent, en général, de bonne heure, comme si, 
en peu de temps, ils usaient à faire vivre leur masse considé¬ 
rable la somme de vie qui leur était départie; et, lorsqu’ils 
meurent, c’est toujours avec des signes d’épuisement et de 
faiblesse. 



181 


MONSTRES, MONSTRUOSITÉ. 

On ne sait rien de précis relativement à l’inlluence que peut 
exercer le climat sur cet accroissement général; seulement on 
peut dire que, toutes choses égales d’ailleurs, c’est chez les 
peuples dont la taille moyenne est habituellement la plus éle¬ 
vée que ces exemples sont les plus fréquens. 

Les causes de cette singulière anomalie sont inconnues. 
Quant aux circonstances qui accompagnent la naissance des 
géans, on a remarqué que presque toujours ils naissent de fem¬ 
mes très fécondes, et dont les autres enfans ont déjà présenté 
un semblable accroissement général. Si l’on peut ajouter foi à 
l’exemple du jeune Macgrath, élevé par l’évêque Berkeley, le 
genre de nourriture et certaines règles d’hygiène pourraient 
déterminer l’élévation anormale de la taille; mais nous ne sa¬ 
vons rien sur les moyens à employer et les précautions à ob¬ 
server pour atteindre un but si peu désirable d’ailleurs, car 
le pauvre Macgrath succomba, comme tous les géans, encore 
peu avancé en âge, à vingt ans, victime de cette expérience 
presque cruelle (Watkinson, Pidlosophical surveley of Jreland, 
Londres, 1777, p. 187). 

Ce développement excessif de la taille de l’individu peut 
avoir lieu à partir de la naissance, et continuer ainsi jusqu’à 
l’époque de la puberté. Alors deux cas peuvent se présenter : 
ou bien l’accroissement général est interrompu par le déve¬ 
loppement régulier des organes génitaux, l’individu cesse d’ap¬ 
partenir aux géans, et gagne en force ce qu’il perd en singu¬ 
larité; ou bien, au contraire, l’impulsion donnée à l’économie 
persiste, toute son énergie se tourne vers le développement 
en masse, et elle devient insuffisante pour achever l’évolution 
des organes génjtaux: le sujet reste un géant, mais aux, dépens 
de son existence et de sa virilité. Enfin, dans d’autres cas, c’est 
seulement après la puberté que l’accroissement anormal com¬ 
mence, et marche avec rapidité. 

De la microsomie, ou des nains. — Oh ne doit appliquer ce 
nom qu’aux seuls individus chez lesquels l’exiguïté de la taille, 
qui est de beaucoup au-dessous de la taille moyenne de leur 
race, est la suite d’une diminution des proportions dè toutes 
les parties du corps, car c’est par abus de mots qu’on donne 
ordinairement le nom de nain à dès individus monstrueux chez 
lesquels l’atrophie des extrémités inférieures détermine le peu 
d’élévation de la taille, 



182 


aîOr.STlvtS, SIOSSTil’JOSlTÉ. 

Pour eeiie anonialie comme pour )a précédente, il est difficile 
d’établir les limites dans lesquelles elle peut être circonscrite. 
En effet, la taille moyenne de chaque race étant variable, tel 
sujet qui serait un nain dans une race de stature plus élevée 
que la sienne n’offrira pas, avec la taille moyenne du pays au¬ 
quel il appartient, une différence telle que l’exiguïté de sa 
stature puisse être considérée comme une anomalie; et, réci¬ 
proquement, tel autre, placé au-dessous de la taille moyenne 
dans sa race, atteint presque la moyenne de la race voisine. Les 
limites de la microsomie doivent donc être tout-à-fait relatives 
à la taille moyenne de la race à laquelle appartient l’individu. 

Comnâe pour l’histoire des géans, c’est avec beaucoup de res¬ 
trictions qu’il faut admettre les récits des auteurs anciens sur 
les nains qui ont été, du reste, observés depuis la plus haute 
antiquité, et qui, à Rome ancienne, comme dans des temps plus 
modernes, étaient auprès du prince en possession de la place 
de bouffons. Ainsi, personne ne prendra au sérieux l’hisloire 
du nain Philotas que le vent pouvait renverser, ni celle du 
nain qui, à vingt-cinq ans, avait la taille d’une perdrix, non 
plus que l’exemple d’un certain poète Aristurtus si petit, qu’il 
échappait à la vue. Enfin, il faut encore bien distinguer dans 
les histoires des nains de cour les sujets monstrueux qui, ainsi 
que nous l’avons dit plus haut, ne doivent pas être regardés 
comme des exemples de l’anomalie dont nous nous occupons. 

Ce n’est pas ici le lieu de donner en détail l’hisloire de 
chaque nain un peu connu, tels que celles de Jeffery Hudson, 
Joseph Borwilasky, Hopkin, et de plusieurs autres, parmi 
lesquels je citerai Nicolas Ferry, dit Bébé, l’un des plus curieux, 
dont la figuré en cire se trouve dans les cabinets de la Faculté 
de médecine; son squelette est conservé au muséum du Jardin- 
dii-Roi de Paris. En voici les dimensions que nous empruntons 
à l’ouvrage de M. Geoffroy Saint-Hilaire fils : 

pil'ds. , pouce*. ligne*. 


Hauteur totale.... . .. 2 9 6 

Longueur totele du membre supérieur. .1 2 9 

,.-7-:, de l’humérus........ . » 7 3 

de la main. » 3 » 

Longueur totale du membre inférieur. . 1 4 6 

du fémur. ........... « 9 » 

—- du pied. » 4 » 








183 


MONSTRES, MOKSTHEOSITÉ. 

Les Bains varient beaucoup entre eux, quant an développe¬ 
ment intellectuél; presque idiots comme Bébé, ou bien inîelü- 
gens comme Borw'ilaski, on peut dire, cependant, qu’en gé¬ 
néral les nains présentent souvent avec une constitution débile 
et maladive une intelligence plutôt obtuse et lente. Un fait 
remarquable de leur histoire, c’est qu'ils sont tous irascibles, 
très vifs, turbulens, et possédés d’un besoin de mouvement 
constant et répété, ce que l’on observe aussi chez les hommes 
de petite taille. Les hypothèses par lesquelles on a tenté 
d’expliquer cette, disposition n’offrent jusqu’ici rien de satis¬ 
faisant, même celle qui est fondée sur le peu d’étendue du 
cercle circulatoire chez ces sujets. 

Les nains ont, en général, la tête grosse, le visage désa¬ 
gréable, et annonçant une vieillesse précoce; ils offrent sou¬ 
vent des traces évidentes de rachitisme, soit dès leur nais¬ 
sance, soit à une époque plus avancée de la vie, et surtout à 
la puberté. 

Quoiqu’ils diffèrent essentiellement des géans, puisqu’ils 
sont l’extrême opposé, leur organisation présente cependant 
plusieurs points d’analogie avec celle des premiers. Chez l’un 
et chez l’autre la nature est insuffisante pour entretenir nor¬ 
malement l’individu : chez le nain par défaut primitif et 
absolu de forcé, chez le géant par l’épuisement qui résulte 
de la mauvaise direction imprimée a la nutrition. Tous deux, 
par des raisons opposées, sont faibles et débiles; pour tous 
deux l’époque de la puberté peut être une époque critiqué; 
Chez le géant, l’appareil génital peut détourner au profit de 
son développement la force vicieusement employée à l’ac¬ 
croissement de la masse, régulariser ainsi la répartition de 
la nutrition entre les divers appareils, et rendre l’énergie à 
l’individu qui cesse d’être une anomalie. Chez le nain, le 
développement des ' organes génitaux, quand la constitution 
est assez énergique pour y subvenir, peut donner une impul¬ 
sion atout l’être, et entraîner la croissance de chaque organe. 
On admettra facilement, sans toutefois pouvoir l’expliquer 
dans son action, cette puissance régulatrice du développement 
de la puberté, quand on rapprochera de ces cas les exemples 
de dispositions pathologiques liées à la nature de la constitu¬ 
tion, et qui sont modifiées complètement par l’évolution phy¬ 
siologique des organes génitaux. Chez le nain , comme chez le 



184 MOKSXRISS, MONSTRUOSITÉ, 

géant, quand l’époque de la puberté aura été sans influence 
sur le développement général du corps, l’individu restera une 
anomalie, mais les fonctions génitales seront imparfaites 
comme chez les géans. En effet, les nains sont presque tou¬ 
jours impuissans, soit entre eux, soit avec des individus d’une 
autre taille; on sait à ce sujet les expériences de Catherine de 
Médicis et de l’électrice de Brandebourg. L’acte vénérien les 
énerve promptement, et leur est le plus souvent funeste. A 
cette époque, la constitution peut s’affaiblir encore plus rapi¬ 
dement; lés sujets deviennent alors rachitiques, quand ils 
n’offraient dans leur enfance aucune trace de cette affection. 
Ils vieillissent rapidement, et meurent peu après dans une 
sorte de décrépitude anticipée, comme si l’effet du dévelop¬ 
pement génital, même incomplet, avait achevé d’épuiser leur 
organisation insuffisante, et les avait portés à accomplir des 
actes trop pénibles pour leur faible constitution. Il faut re¬ 
marquer cependant que ces considérations sont surtout ap¬ 
plicables aux nains mâles, et offrent même quelques excep¬ 
tions. Il existe, en effet, des exemples de naines ayant pu con¬ 
cevoir]^ et ayant même donné le jour à des enfans de volume 
ordinaire; témoin la naine anglaise de 1784, qui donna le jour 
à un bel enfant dont la naissance lui coûta la vie. 

Les nains sont, en général, très petits à leur naissance; ce¬ 
pendant on en trouve aussi qui, nés avec les dimensions ordi¬ 
naires, et normalement développés dans les premières années, 
se sont arrêtés tout-à-coup. Mais on voit aussi d’autres sujets 
qui, à leur naissance, nés d’un volume beaucoup au-dessous 
de celui que présentent les foçtus ordinaires, restent quelque 
temps très petits, puis finissent par arriver à une taille nor¬ 
male et même assez élevée ; ils ne sont nains que temporai¬ 
rement. 

Les nains viennent le plus souvent à terme, et il paraît très 
rare qu’ils soient jumeaux. Leur mère est ordinairement de 
taille moyenne, quelquefois même assez élevée, bien confor¬ 
mée et très féconde ; l’accouchement est simple, et, dans le plus 
grand nombre des cas, la même mère, en plusieurs couches, 
a donné le jour à plusieurs enfans nains. Enfin, leur apparition 
n’est pas plus fréquente dans les pays où la taille moyenne est 
la moins élevée. 

Les causes de la tnicrosomie sont inconnues. Conséquent 



MOSSTIIES, MOSSTRUOSITÉ. 185 

avec ses opinions générales sur la monstruosité, M. Isid. Geof¬ 
froy Saint-Hilaire {loc, cit., p. 162) rejette comme une hypo¬ 
thèse, appuyée sur des opinions vieillies et presque oubliées ^ 
l’opinion qui attribue aux parens une influence sur la pro¬ 
duction de la microsomie, parce qu’elle touche de près à la 
théorie des déviations originelles; il assure «qu’auç.une 
déduction rationnelle des faits ne soutient cette opinion, 
qu’aucun fait, du reste, ne dénie expressément.» Sans nous 
prononcer sur le rôle que joue tel ou tel fluide dans 
l’acte complètement ignoré de la génération , nous trouvons 
dans les faits eux-mêmes une raison assez plausible pour 
admettre qu’il peut y avoir une influence des parens dans la 
production de la microsomie. N’a-t-on pas vu, en effet, des 
familles où cette anomalie s’est répétée un grand nombre de 
fois ? Nous savons bien que l’hypothèse indiquée par cetjau- 
teur comme cause de la microsomie explique une partie du 
phénomène ; car les conditions de nutrition chez des enfans nés 
d’une même mère, placée dans des circonstances identiques, 
sont des influences communes à chacun d’eux, et la mauvaise 
alimentation est aussi une cause probable du rachitisme dont 
les nains sont souvent atteints. Mais plusieurs ne présentent 
pas cette constitution morbide,• vivent vieux, actifs, intelli- 
gens, et, pour ceux-là, on ne peut pas rattacher la micro¬ 
somie au rachitisme. Cette anomalie est pour nous aussi un 
arrêt de développement; mais nous nous expliquerons plus 
loin sur ce que nous pensons qu’on doit entendre par ce mot, 
qui est l’expression d’un effet, et non pas d’une cause. 11 
reste donc toujours à déterminer la cause de cet arrêt, et 
c’est là que, tout en admettant, pour beaucoup de cas, l’in¬ 
fluence de mauvaises conditions hygiéniques, nous croyons 
aussi qu’il n’est pas tout-à-fait irrationnel d’admettre une 
influence des parens dans l’acte générateur, surtout en pré¬ 
sence des faits que nous avons rappelés, c’est-à-dire des cas 
dans lesquels tous les enfans d’une même famille sont au¬ 
tant d’exemples de microsomie. 

Des conditions les plus générales des anomalies et de, la mqjis- 
truosité — Il est positif qu’au milieu de ce désordre apparent, 
de ces déviations du type fondamental de l’espèce, l’ordre 
règne encore, comme l’a dit Sœmmering, au milieu des défor¬ 
mations les plus complexes de la monstruosité. Ainsi, les ma’» 



MOKSXilES, MO.'ÎSXllUOSITÉ. 

tériaux propres à tel ou tel tissu ne s’allient jamais, quel que 
soit le désordre , à des matériaux de nature différente, de 
manière à voir confondue dans un seul et même organe la 
texture propre à deux organes dissemblables : ainsi, on ne voit 
jamais le tissu du rein s’agglomérer à celui du foie. Les tissus 
distincts par leur organisation ne se mêlent pas; c’est un fait 
constant et positif. L’anomalie peut exister quant à la forme; 
quant à la position, quant ati nombre des organes, mais jamais 
on ne l’a vue introduire d’altération dans leur structure intimei 
Meckei a signalé le premier ce fait important, qui a été depuis 
l’objet de développemens de la part de M. Geoffroy Saint- 
Hilaire. ' 

À ce premier fait s’en lie un autre qui en est la conséquence : 
c’est que, par suite de celte individualité des tissus, lors de la 
fusion de deux sujets entre eux , jamais il n’y aura fusion 
d’organes dissemblables. Ainsi donc les organes semblables 
seuls se. coofondront quand une juxta-position monstrueuse 
aura lieu. On retrouve l’application de cette règle, pour les 
monstres simples, dans la fusion des organes; elle.existe éga¬ 
lement pour les monstres doubles, qui jamais, jusqu’ici du 
moins, n’ont été vus réunis la face contre le dos, le côté 
contre le ventre, mais toujours par leurs parties similaires. Ce¬ 
pendant il ne faut pas outrer les conséquences de cette obser¬ 
vation; il ne faut pas pérdre de vue que, comme toutes nos lois 
physiques ou chimiques, elle n’est que l’expression, le résultat 
des faits, et non pas l’énoncé de leur cause. 

Meckei {Jnatomie comparée, t. i, p. 549) a cherché à établir 
que, dans tout individu monstrueux, il existe entre les diverses 
anomalies qui le constituent une sorte de balancement organiquè 
par suite duquel une anomalie par défaut entraînerait une ano¬ 
malie par excès de développement, comme s’il existait une 
certaine somme de force productrice, qui, si elle n’agissait pas' 
d’un côté, doit nécessairement agir d’un autre, incapable qu’elle’ 
seràii de ne pas exercer son action. Ceci est une façon d'expli¬ 
quer les faits, plutôt que l’expression des faits eux-mêmes;’ 
c’est une simple hypothèse. Peut-on admettre, en effet, que les 
sujets chez lesquels on observe six doigts à une main, et quatre 
à l’autre, n’offrent, par une sorte de compensation , l’anomalie 
par défaut qu’en raison de l’excès que présente l’autre mem- 
iire? Et, dans les cas cités par Morand et Meckei, où deux en- 



îlIOÏÏSTRi:S, MS"ST!U:0SiTÉ. 187 

faus üés d’une même mère, et de grossesses différentes, pré¬ 
sentaient, l’un des doigts en plus , et le second, une absence 
de doigts, est-on suffisamment fondé à trouver un rapport de 
causalité entre la première de ces deux circonstances et la se¬ 
conde? Il s’eu faut, en outre, que cette coïncidence soit con¬ 
stante, et surtout que les déviations soient proportionnelles 
entre elles. Nous croyons qu’on doit seulement reconnaître 
qu’un monstre peut présenter plusieurs aoomalies réunies, ce 
qui se représente, en effet, assez souvent. 

Les anomalies sont d’autant plus fréquentes qu’elles offrent 
moins de gravité, et portent sur des organes moins importans. 
Ainsi, les variétés, les vices de conformation même, sont plus 
fréquensque les monstruosités; les variétés se représententplus 
souvent que les vices de conformation, et, parmi les variétés 
elles-mêmes, celles qui affectent les filets nerveux, et surtout 
le système vasculaire, sont les plus communes. Enfin, dans la 
distribution du système vasculaire, on a remarqué que les va¬ 
riétés sont plus habituelles à la terminaison des branches qu’à 
leur origine. 

Plus l’organe est répété dans l’économie, plus il est exposé 
aux anomalies, et moins l’anomalie est grave; ainsi les doigts, 
les membres, sont plus fréquemment atteints d’anomalie que la 
tête et le tronc ; et un autre fait, lié au précédent, et qui en dé¬ 
coule, pour ainsi dire, c’est que les anomalies de nombre sont 
elles-mêmes très répétées. Le rapprochement de tous ces faits 
a aussi fait voir que l’anomalie par exubérance est plus fré¬ 
quente dans la moitié supérieure du corps que dans l’infé¬ 
rieure : ainsi les monstres bicéphales à un seul corps sont plus 
nombreux que les monocéphales à deux corps; les doigts 
surnuméraires existent plus souvent aux mains qu’aux pieds. 

Chaque organe présente certaines déviations plutôt que 
d’autres. Ainsi, les reins ont une tendance particulière à se 
réunir sur la ligne médiane; le vagin, la matrice, à se cloison¬ 
ner; la rate est divisée fréquemment en plusieurs portions; 
certains muscles, le biceps brachial, par exemple, sont souvent 
raullifides. 

.l’ai déjà dit que le même individu pouvait présenter plu¬ 
sieurs anomalies à la fois. Alors, tantôt elles occupent les 
organes d’an même appareil ; tantôt elles siègent dans di¬ 
verses régions du cô'rps, souvent distantes l’une de l’antre , et 



188 MOKSTRES, MOIïSTilüOSITÉ. 

sans relation apparente. Dans le premier cas , on conçoit que 
l’anomalie d’un organe entraîne le développement d’anomalies 
correspondantes dans ceux qui concourent à l’accomplissement 
d’uné même fonction : telle est l’hydropisie congénitale des 
reins, leur transformation en un kyste séreux, dans les cas 
d’imperforation de l’urèthre, ainsi que j’en ai vu deux exemples. 
Dans le second cas, il est probable que la, coexistence de di¬ 
verses anomalies chez le même sujet dépend de l’action simul¬ 
tanée de la même cause sur plusieurs à la fois. Mais il est, à 
ce sujet, une observation qui a surtout été signalée par Mec- 
kel : c’est que ces dernières anomalies offrent dans leur répé¬ 
tition un rapport remarquable, une véritable association dans, 
leur reproduction. Ainsi, le cœur manque toujours chez les 
acéphales; la disparition simultanée du cerveau et des cap¬ 
sules surrénales est, pour ainsi dire, constante; telle est encore 
la coexistence si fréquente de quelque imperfection des or¬ 
ganes intérieurs, avec l’augmentation du nombre des doigts 
ou des orteils. 

Certaines anomalies existent plus communément à gauche 
qu’à droite; ainsi, Meckel fait remarquer (yinat. comp., t. i, 
p. 548 ) qu’il est très rare que l’artère vertébrale du côté droit 
naisse directement de l’aorte, tandis que ce fait est très fré¬ 
quent à gauche. 

L’anomalie qui frappe un organe se représente presque tou¬ 
jours avec les mêmes dispositions; ainsi, comme le dit Meckel 
(Jnat. comp.j, t. i,p. 545), lorsqu’il y a deux langues, elles sont 
superposées, et non placées latéralement l’une à l’égard de 
l’autre; la perforation de la cloison du cœur, les divisions de 
l’urèthre , les coarctations de l’estomac, etc., ont presque tou¬ 
jours lieu au même point, et avec des formes déterminées. 
C’est également toujours par les régions homologues de leur 
corps que les fœtus s’accolent dans les monstres composés, 
ainsi que nous l’avons déjà dit, et cette observation rentre 
dans le fait général qui est énoncé dans ce paragraphe. On re¬ 
marque aussi dans la production des anomalies une sorte de 
gradation qui lie les plus légères aux plus graves : les pretnières. 
sont, en général, plus fréquentes, et les secondes, très rares 
(Meckel, Zoc, cit., p. 418). 

Certaines anomalies peuvent se reproduire par hérédité ; les 
familles de sex-digitaires, celles où l’on rencontre le beç-de- 




MONSTRES, raOKSTREOSITÉ. 18Ô 

lièvre , î’hypospadias, en sont autant d’exemples. Mais cette 
transmission héréditaire n’existe que pour les variétés anato¬ 
miques , et certains vices de conformation ; les monstruosités 
proprement dites ne se reproduisent pas pa r génération. Quel que 
éloigné du type de son espèce que soitunindividu monstrueux, 
les grands rapports des organes ne sont jamais intervertis au 
point d’être complètement changés ; on peut toujours les recon¬ 
naître par la place q u’ils occu peut, et, comme nous l’avons déjà 
dit, jamais les organes ne sont tellement modifiés qu’il soit im¬ 
possible de reconnaître la texture qui leur est propre,^abstrac¬ 
tion faite de la forme et de la disposition qu’ils présentent. 

Enfin, quelque grave que soit la monstruosité, jamais elle 
n’est portée à un degré tel, qu’elle fasse sortir entièrementl’in- 
dividu.de la série animale dont il fait partie ;jamaisfil ne pourra 
éprouver dans son organisation ces modifications fondamen¬ 
tales qui peuvent seules le fâire monter ou descendre dans 
l’échelle zoologique; c’est un fait constant, dont l’invariabilité 
est démontrée par tous les faits de monstruosité recueillis 
jusqu’à ce jour, et dont l’évidence rend inexplicable l’opi¬ 
nion contraire, que Malacarne publiait encore au commence¬ 
ment de ce siècle. 

Des hjrpothêses proposées sous le nom de lois tératologiques 
pour expliquer lesmonstruosités. —J’ai séparé à dessein cette par¬ 
tie de la question de celle qui précède , parce que c’est ici qu’il 
s’agit de discuter la valeur d’opinions qui sont, à mon avis, 
tout-à-fait hypothétiques, et qui ne trouvent aucun appui dans 
les faits bien observés; tandis que le résumé qui précède n’est 
que l’énoncé de ce que les faits nous ont appris, abstraction 
faite de la cause qui les a produits, et du mécanisme d’action 
de cette cause. Cet examen, auquel je suis conduit par l’impor¬ 
tance qu’on a donnée, dans ces derniers temps, à ces diverses 
hypothèses, me fournira l’occasion de répondre à certaines 
critiques qu’on m’a adressées ^ sans me nommer d’ailleurs, car 
ma première discussion sur ces théories] remonte à l’année 
1825, ainsi qu’on le verra ci-après. 

On peut rapporter les opinions qui ont été avancées sur 
l’explication des monstruosités à trois hypothèsesfprincipales, 
qui se prêtent un mutuel appui ; ce sont la théorie de l’ar¬ 
rêt de développement, à laquelle se lie celle de la formation 
centripète , et l’opinion qui attribue une puissance créatrice 
au système artériel. 



t96 3BOKSTKES, MOSSÏRUOSITÉ. 

Suivant Wolf, Autenrieth, Meckel, Reil, Tiedemann, Chaus- 
sier, Otto, Béclard, Bîuinenbach, MM. de Bîainville, Heusin- 
gèr, Leuckardt, Geoffroy Saint-Hilaire, Breschet, Serres, 
rimrnense majorité des anomalies dépend d’un arrêt de dé¬ 
veloppement; les monstres, dans leur conformation ,. repré¬ 
sentent, par un ou plusieurs de leurs organes, l’état transi¬ 
toire de l’embryon dans ses diverses périodes d’accroissement. 

Pour que la théorie des arrêts de développement fût prou¬ 
vée,' pour qu’elle le fût surtout telle que l’admettentles auteurs 
qui la préconisent, il faudrait, comme le leur demandait 
M. Cruveilhier {^Bulletins de l'Académie royale de médecine, t. m, 
pag. 192-202), qu’ils pussent montrer, le scalpel à la main, 
que le produit de la conception présente, à une époque 
donnée de la vie embryonaire ou fœtale , la disposition 
qu’ils prétendent correspondre à l’anomalie qu’on prendrait 
pour exemple : or ce rapport n’a lieu que pour un nombre 
très limité de cas. «Déterminer les phases du développement 
de l’organe, c’est déterminer le nombre des anomalies par 
arrêt qu’il peut subir,» a dit cependant M. Isid. Geoffroy 
Saint-Hilaire, qui a embrassé et développé ces idées (ouv. cit., 
tom. lu, pag. 428). Cela serait vrai si cette première détermi¬ 
nation était possible, mais il n’en est rien, et plus loin (p. 473), 
le même auteur semble, en effet, en convenir, quand il dit 
«que pour l’embryogénie la connaissance des causes des for¬ 
mations nous manque encore presque entièrement, que Tob- 
servation directe est loin de nous avoir fourni toutes les 
lumières que l’on peut attendre d’elle, sur les premiers phé¬ 
nomènes de la gestation, sur les conditions organiques du très 
jeune embryon, et sur ses développemens initiaux.» Comment 
concilier les affirmations tant de fois répétées en faveur de la 
loi des arrêts de développement, avec cet aveu de notre igno¬ 
rance sur les premières phases de la vie embryonaire? 

Nous demanderons encore, avec M. Cruveilhier (loc. cit.), s’il 
est anatomiquement démontré que tous les conduits muqueux 
présentent à une époque donnée de la vie intra-utérine une 
membrane ou opercule à l’orifice de commissure de ces con¬ 
duits avec la peau ? s’il est une époque de la vie fœtale où les 
reins soient adhérons entre eux, les doigts réunis entre eux, 
soit à l’aide d’une membrane, soit par fusion, avec ou sans 
vestiges de doigts réunis? .si l’embryon offre, à une époque 
quelconque de sa formation, la fusion des deux membres in- 




MOSSTRES, iHOKSÎUUaSlTÉ. JÔl 

férieurs, celle des deux cavités oculaires, celle des deux ap¬ 
pareils auditifs? Il faut eucore remarquer que l’arrêt de dé¬ 
veloppement, qui sert à expliquer les occlusions, est aussi 
invoqué pour rendre compte des solutions de continuité con¬ 
génitales. Toutefois , nous reconnaissons que l’on doit regar¬ 
der l’obturation de la pupille, la persistance du trou de Botal, 
du canal artériel, des artères de la veine ombilicale, des vais¬ 
seaux omphalo - mésentériques, et peut-être la persistance 
del’ouraque, comme des arrêts de développement, ainsi que 
la persistance de l’oriGce de communication du péritoine avec 
la tunique vaginale, celle du canal péritonéal qui accompagne 
le ligament rond chez la femme. Enfin, c’est encore dans cette 
catégorie qu’il faut ranger les cas où le cœur présente une 
cavité unique. 

Mais, comme on le voit, sauf ces cas peu nombreux, la 
théorie de l’arrêt de développement n’est pas fondée, comme le 
pènsent ses partisans et ceux qui l’ont imaginée, c’est-à-dire 
qu’il n’est pas possible de rattacher les autres anomalies à des 
formes transitoires de l’embryon et du fœtus qui seraient res¬ 
tées permanentes. 11 est encore d’autres exemples d’arrêt de 
développement, indépendant de toute relation avec les pé¬ 
riodes de formation de l’embryon et du fœtus : ainsi, il faut 
reconnaître quïl est certains cas où il survient à l’intérieur 
de la matrice ce que l’on observe quelquefois après la nais¬ 
sance , c’est-à-dire que, sous l’influence de causes morbides, 
tel ou tel organe, une fois formé, peut, dans quelques circon¬ 
stances, ne pas arriver au volume qu’il devait avoir , comme 
on voit un membre, par exemple, ne pas se développer à 
l’égal de son congénère dans les paralysies qui surviennent 
dans certains cas de chorée. Or, ce n’est pas là une atrophie, 
mais bien un arrêt de développement, car le membre ne rétro¬ 
grade pas à un volume plus petit que celui qu’il avait primiü- 
veraent, mais il reste stationnaire; son développement n’a 
jamais été supérieur à ce qu’il est, seulement il n’a pas suivi 
l’accroissement du reste du corps. La différence quiexiste entre 
cette opinion et la théorie que nous venons d’indiquer et de 
combattre est facile, comme on le voit, à apprécier. Ainsi, le 
nombre réel des arrêts de développement est d’abor’d beau¬ 
coup plus limité qu’on ne l’admet généralement, et, en outre, 
cette explication, très plausible pour quelques faits, ne s’ap- 



192 MONSTRES, MONSTRUOSITÉ, 

plique qu’aux différences de volume d’un organe déjà formé, 
et ne nécessite aucune hypothèse sur les états inconnus de la 
vie embryonaire. L’arrêt de développement fi’est donc pas 
l’explication de toutes les occlusions des ouvertures naturelles, 
de toutes les scissures ; ce n’est pas une cause, une loi de 
l’organisation, c’est simplement un effet de causes que nous 
examinerons plus loin , en indiquant ce que nous pouvons sa¬ 
voir sur l’étiologie des anomalies. 

Plusieurs faits de monstruosité gênaient essentiellement la 
théorie de l’arrêt de développement ; tels sont les exemples 
decyclopes astômes monotiens, etc. On a alors cherché à les 
expliquer , en les considérant comme des monstruosités par 
excès de développement. Mais il eût été difficile de voir dans 
la fusion de deux organes pairs en un seul un excès de déve¬ 
loppement; c’est alors queM. Geoffroy Saint-Hilaire fils a ap¬ 
pliqué à cet ordre de .faits l’hypothèse énoncée par M. Serres 
sous le nom de loi de formalion centripète, et qui n’est que la 
généralisation d’une observation déjà faite par Meckel {Anat. 
comp.^ t. I, p. 368). Tout organe, dans cette supposition, est 
primitivement formé de deux moitiés latérales tendant à se 
réunir sur la ligne médiane. Si le développement est arrêté, la 
réunion n’a pas lieu ; de là les scissures médianes. Le dévelop¬ 
pement est-il, au contraire, excessif? Alors les organes qui, 
dans l’état normal, sont placés latéralement, tendent à se 
réunir sur la ligne moyenne : de là ces fusions d’organes, ces 
fusions de cavités. Cette théorie ne s’appuie véritablement sur 
aucun fait anatomique démontré; il est impossible, en effet, 
de prouver que les organes impairs ou médians se dévelop¬ 
pent par deux moitiés latérales qui viennent à la rencontre 
l’une de l’autre; rien ne démontre qu’il y a, dans les premiers 
temps de la formation de l’embryon, deux demi-aortes, deux 
demi-artères basilaires, deux demi-vessies, deux demi-œso¬ 
phages, deux demi-trachées, deux demi-larynx, etc. 

En 1825, j’ai déjà fait à cette théorie quelques objeetions 
que je reproduirai ici; elles sonbloin de me paraître 
et futiles, ainsi qu’on l’a dit, et d’ailleurs, elles n’ont pas 
encore été réfutées. Je m’exprimais ainsi : «Nous pouvons 
reprocher à l’auteur de déduire des conséquences générales, 
et même universelles, de quelques faits douteux ; car, un 
des exemples qu’il cite pour appuyer sa tjiéorie n’est pas 



MO.\STRES, MONSTRUOSITÉ. 193 

exact. En effet, il prétend qu’il existe primitivement deux demi- 
rachis, l’un droit et l’autre gauche, de sorte que, suivant lui, le 
corps de chaquevertèbre se développe par deux points d’ossifi¬ 
cation latéraux et isolés. Mais cette observation d’ostéogénie 
repose sur des apparences trompeuses, ainsique sur quelques 
particularités dont M. Serres n’a pas fait un examen approfondi, 
et que nous allons rappeler succinctement. 

«Si l’on étudie avec attention la manière dont procède l’ossi¬ 
fication du rachis, on voit qu’elle commence dans les masses 
apophysaires plutôt que dans le corps des vertèbres.Or, quand 
on examine certains reptiles, la salamandre, par exemple, dans 
les premiers temps de leur formation , avant l’ossification des 
vertèbres, on voit deux séries longitudinales de points opaques 
développés dans les masses apophysaires, et qui dessinent le 
rachis dans toute sa longueur en fortnant une longue gouttière 
au lieu d’un canal. On pourrait déduire de cette observation 
que le rachis est réellement formé, dans le principe, de deux 
moitiés distinctes ; mais quelques jours plus tard cet aspect a 
changé complètement, et l’on distingue parfaitement une nou¬ 
velle série de points osseux uniques, et non pas doubles, situés 
entre les deux premières rangées, au centre des cartilages 
temporaires des corps vertébraux. Ces remarques ont été faites 
depuis long-temps par M. Béclard. 

« Une objection non moins puissante contre la division du 
corps des vertèbres en deux moitiés latérales résulte de l’ob¬ 
servation faite par M. Cuvier, sur les lézards. Ce célèbre ana¬ 
tomiste a reconnu que le corps des vertèbres caudales , chez 
ces animaux, est composé de deux moitiés, non pas latérales, 
c’est-à-dire, droite et gauche , mais antérieure et postérieure, 
c’est-à-dire, situées l’une à la suite de l’autre, suivant l’axe de 
la queue de l’animal. Ces observations démontrent donc évi¬ 
demment que, dans l’état normal, le rachis ne présente point 
ce développement latéral et symétrique qui appartient, suivant 
l’auteur, à tous les organes, et qu’il apporte particulièrement 
en preuve pour appuyer sa théorie. 

«Enfin, il est un fait qui a peut-être contribué à suggérer 
l’opinion que nous combattons: c’est que, chez les fœtus 
anencéphales, on observe fréquemment, non-seulement dèux, 
mais même trois points d’ossification distincts et séparés, dans 
le corps des vertèbres cervicales. En outre, il existe plusieurs 

Dict.deMéd. XX. 13 



194 MO!VSTK£S, SiOASTBOOSlTÉ. 

cas de monstruosité rapportés par Tulpius , Fleischraann, 
Zwiuger, Malacarne, etc., dans lesquels on observa une divi¬ 
sion plus ou moins complète du corps des vertèbres en deux 
moitiés; mais ces exemples de développement anormal ne 
pourraient être cités à l’appui de la loi de formation que si¬ 
gnale l’auteur, puisque, même dans ces exemples , il y a des 
particularités qui fournissent des preuves contradictoires. 

«Cette loi de symétrie n’est tout au plus applicable qu’aux 
prolongemens latéraux qui partent du rachis comme d’une tige 
commune, et qui forment en devant les parois osseuses, mus¬ 
culaires et cutanées des cavités du thorax et de l’abdomen, et en 
arrière, celles de la cavité encéphalo-rachidienne : il existe 
évidemment ici une conjugaison sur la ligne médiane, et qui 
est dessinée par le raphé que l’on y remarque; mais l’obser¬ 
vation dément formellement l’application de cette hypothèse 
au développement d’autres organes, tels que l’aorte, par exem¬ 
ple, qui ne se forme pas de deux moitiés latérales , mais qui 
est prin.»ilivement un canal dont l’accroissement s’opère à la 
fois eu haut et en bas. On peut en dire autant de Tinteslin , 
dont la formation ne résulte pas non plus de l’adossement de 
deux moitiés latérales , puisqu’il se présente, dans le prin¬ 
cipe, sous la forme d’une vésicule qui s’allonge progressive¬ 
ment en haut et en bas» t^Arch. gén. de méd., t. vu, p. 271 et 
suiv., année 1825). 

La formation des vaisseaux qui occupent la ligne médiane, 
par le rapprochement de deux demi-canaux latéraux venant 
se réunir sur la ligne moyenne, serait, comme je viens de le 
dire, une conséquence de l’application rigoureuse de la loi de 
sy métrie. M. Serres paraît avoir compris mon objection, et senti 
ce que cette supposition avait d’invraisemblable, car il dit, dans 
un ouvrage postérieur (iicc/icrc/icf d'anat. transe.-, Paris, 1832, 
in-l"), que primitivement il existe deiix aortes , deux spinales 
antérieures, deux basilaires, etc., qui se réunissent ensuite sur 
la ligne médiane. Mais ce fait n’est pas plus prouvé que le pre¬ 
mier, car aucune trace de cette fusion n’est anatomiquement 
saisissable; et, le fût-il, ü serait toujours un argument contre 
le développement symétrique des organes, car chacune de. ces 
deux aortes temporaires constitue un organe qui doit, pour 
être conforme aux idées de M. Serres, se développer par deux 
moitiés latérale^. Si le fait s’accgwplit aussi de la sorte pour 



MONSTRES, MOSSÏRCOSITÉ. 1Ü5 

chacune de ces artères, nous revenons à la supposition de deux 
demi-canaux de circulation, concourant à la formation de ces 
vaisseaux temporaires, supposition inadmissible; et, d’un autre 
côté, la formation centripète est en défaut, si ces deux vais¬ 
seaux, provisoires en quelque sorte, se développent à l’état 
de canal complet, avant de se fondre ensemble pour former 
l’aorte, en supposant que l’on admette momentanément cette 
fusion qui, comme nous l’avons dit, n’est démontrée par au¬ 
cun fait anatomique. 

Comme addition aux preuves de cette loi fondamentale, de 
cette «découverte, que M. Geoffroy Saint-Hilaire considère 
comme une des acquisitions les plus importantes de la science 
moderne» (Hist. des anomal, de l’organisai.., t. lu, p. 406), cet 
auteur (p. 463) ajoute la remarque suivante, qu’il trouve cu¬ 
rieuse, savoir : «Que s’il est quelques organes similaires sé¬ 
parés encore l’un de l’autre, dans l’état adulte, comme dans 
l’état primitif, ils doivent cette disposition, ou à l’interposition 
entre eux d’une cloison, soit osseuse, soit fibreuse, ou à leur 
rejet sur les parties latérales du corps, et à grande distance 
l'un de l’autre.« Nous ne voyons rien dans cette disposition, 
qui nécessite l’intervention d’une loi particulière. Il est évi¬ 
dent que des organes qui ont entre eux une cloison os.seuse ou 
fibreuse ne peuvent se réunir tant que ce corps intermédiaire 
existe, ce qui leur est également impossible quand ils sont sé¬ 
parés par une grande distance. Cette remarque ne nous paraît 
pas ajouter un seul argument en faveur de l’opinion que nous 
examinons ici, pas plus que de toute autre loi. 

, Quant à la loi de formation centripète, il nous semble aussi, 
en l’étudiant d’après les écrits mêmes de l’auteur qui l’a dé¬ 
veloppée, qu’il existe dans son application une certaine diffi¬ 
culté qui frappe après un examen attentifl Une loi centripète 
suppose un centre fixe, immuable, auquel doivent se rappor¬ 
ter tous les progrès de développement : or, si nous avons bien 
compris l’explication de cette théorie, ce point immuable n’est 
pas bien constamment le même. Ainsi, M. Serres établit [Anat. 
transe, et pathoL, pages 13 et 20.) que l’axe du corps, est 
le point central vers lequel marchent lea deux moitiés latérales 
qui composent l’être humain ; et le même auteur (même ouvr., 
p.'45), en disant «que la règle des déviations organiques se 
rattache à celle des développemens», ajoute, comme, eppsé- 

13. 



196 MONSTRES, MONSTRUOSITÉ, 

quences de ce principe : «1° que les organes situés à la péri¬ 
phérie de l’être seront plus que les autres exposés aux défor¬ 
mations; 2° que, sur les divers appareils organiques , la mons¬ 
truosité devra siéger plus fréquemment à ses extrémités qu’au 
centre de l’appareil»; et il.cite pour exemples que, dans les 
anomalies, la tête manque d’abord, puis les membres, mais 
surtout les inférieurs , puis la poitrine. Ainsi, maintenant ce 
n’est plus des parties latérales vers l’axe médian du corps que 
s’opère l’action de la loi centripète, mais bien vers l’abdomen , 
comme centre, que converge la force de développement. Cette 
variation dans' le point capital de l’hypothèse, cette différence 
dans la fixation du centre, me paraissent une contradiction à 
noter dans une théorie si habilement arrangée. 

Dans l’article OEdf de la première édition à&ae. Dictionnaire, 
j’ai donné des détails sur le développement du système circula¬ 
toire qui prouvent qu’il est excentrique, et non pas concen¬ 
trique; j’ai montré qu’il en est de même pour le système os¬ 
seux et le canal intestinal; j’ai cité encore à l’appui de cette 
opinion l’accroissement excentrique des membres, et l’exem¬ 
ple des nerfs qui, se,développant au milieu de ces parties, s’al¬ 
longent et s’étendent avec lés membres, du centre à la circon¬ 
férence. M. Serres, saris me nommer, a dit qu’il ne pouvait 
concevoir les objections faites à ce sujet par divers anatomis¬ 
tes, et il maintient que les membres se développent de la cir¬ 
conférence au centre ( ouvr. cit. ), que l’apparition des par¬ 
ties a constamment lieu en suivant cette marche. Mais je 
persiste à croire que mou opinion à cet égard est fondée; je 
citerai un fait qui la confirme, et qui est une preuve positive 
contre la théorie de M. Serres, car si l’on peut élever du doute 
sur l’exactitude des observations embryogéniques et leur va¬ 
leur, attendu l’extrême difficulté d’en bien étudier les détails, 
il n’en est pas de mémé du sujet dont il s’agit, qui était un 
fœtus à terme. Cet exemple étaitdéjà connu et publié, bien que 
M. Geoffroy Saint-Hilaire pense {ouv. cit., p. 600) qu’il n’existe 
aucun fait contre la théorie du développement centripète; celui- 
ci est, à mon avis, une preuve contraire à ce mode de forma¬ 
tion, et il me paraît tout-à-fait de nature à faire concevoir mes 
objections, et à les appuyer. Je veux parler du monstre décrit par 
M, Montault, dans le journal VExpérience décembre 1837), 
monstreà l’autopsie duquel M. Serres assista en 18.32.06 sujet, 



197 


MOMSTUES, MONSllllIOSITÉ. 
monstrueux à plusieurs autres égards, offrait «un rudiment, 

un simulacre de bras gauche. Lors de la dissection on vit 

un os représentant la clavicule; venait ensuite l’humérus, qui 
s’articulait en bas avec deux petits os, qui le séparaient de 
deux autres terminés eux-mêmes par trois phalanges, et je dis 
trois phalanges, car les deux doigts de terminaison portaient 
chacun un ongle» (Montault, loc. cit. }. 

11 est positif qu’il manque chez ce foetus une des parties 
constituant le squelette du membre supérieur, et que cette 
partie est intermédiaire aux phalanges et à l’humérus : l’inspec¬ 
tion de la figure montre, en outre, que toute la question est 
dans la détermination de la partie du membre que doivent re¬ 
présenter les deux os qui suivent l’humérus. Sont-ils les rudi- 
mens du radius et du cubitus ? Le carpe manque alors; caries 
deux os qui suivent sont des os longs, et n’ont rien d’ana¬ 
logue aux os du carpe; ils se rapportent bien plutôt aux os 
du métacarpe. Que si, en voyant dans les deux premiers le 
radius et le cubitus , on veuille considérer les seconds, no¬ 
nobstant cette différence de conformation, comme les os du 
carpe, que devient alors le métacarpe? C’est lui qui disparaît 
à son tour. Quoi qu’on fasse, il manque toujours, chez ce 
foetus, une partie entre la circonférence que représentent les 
doigts pourvus d’ongles, et le centre, qui est bien nettement 
exprimé par l’humérus. Si donc il y a cette lacune de la cir¬ 
conférence au centre, que devient la loi centripète? à moins, 
ce qui nous paraît impossible, tant l’analogie serait forcée,, 
qu’on ne voie dans la rainure nourricière de l’humérus une 
trace de la fusion des deux os de l’avant-bras avec cet os. 
Voilà donc encore un fait qui fournit la preuve la plus con¬ 
cluante contre la formation centripète des tnembres. 

Je trouve aussi dans les Recherches d'anatomie transcen¬ 
dante (p. 23) des faits qui semblent peu d’accord avec la loi 
centripète : ce sont ces exemples d’atrophie d’une portion de 
la face à la suite d’adhérences vicieuses. M. Serres dit que la 
moitié opposée à l’atrophie (qui est pour nous un arrêt de dé¬ 
veloppement tel que nous l’avons indiqué) a suhi peu ou point 
d’altération , et il admet qu’elle dépasse même dans son déve¬ 
loppement la ligne médiane pour aller rejoindre la portion 
atrophiée. Ne serait-ce pas seulement un exemple d’abseqce de 
développement d’une portion de la face, sans augmentation du. 




198 MONSTRES, MOKSTRrOSITÉ. 

voîutee normal de la porlion opposée, laquelle sérabie déviée 
uniquement par suiie de l’absence de l’autre, sans qui! soit be¬ 
soin d’admettre un excès de développement, une sorte d’hyper¬ 
trophie compensatrice dont on ne trouve, du reste, aucune 
preuve? ou bien, la partie qui est le siège de l’adhérencè 
n’exerce-t-elle pas plutôt ici sur les parties saines Une traction 
analogue à celle que font éprouver les cicatrices ? Cette der¬ 
nière opinion est bien plus probable. 

Ainsi, comme on le voit, les auteurs qui admettent les lois 
d’arrêt et d’excès de développement, et qui fondent sur elles, 
ainsi que sur une loi de développement centripète, l’explication 
des anomalies, se .sont étayés sur des bases purement hypo¬ 
thétiques, et à l’appui desquelles on ne peut citer aucun fait 
positif. En présence de cette sorte de trilogie scientifique, 
n’est-on pas autorisé à rappeler cette réflexion de M. Isid. 
Geoffroy Saint-Hilaire, «que le besoin d’explications est une 
des règles de notre nature», et n’est-on pas fondé à l’appliquer 
à ces théories ? 

Examinons maintenant une autre hypothèse, déjà émise par 
Meckel, et que M. Serres revendique comme une découverte 
qui lui est propre. Elle ne nous paraît pas mieux établie que les 
précédentes ; «L’organisation des vertébrés, dit M. Serres (ouv. 
eit., 1832, p. 155), est ce que l’a faite le système sanguin... Toutes 
les variations des organismes, leur défectuosité comme leur 
absence, comme leur duplicité, se répètent par des variations, 
des absences, des défectuosités ou des duplicités du systèmè 
sanguin , les unes étant la suite nécessaire des autres..;» ( Ibid., 
P- 157). . 

D’abord, il est tout-à-fait impossible, ainsi que je l’ai dit 
à l’article Diplogénèse, de saisir le rapport primordial qui existé 
entre l’artère et l’organe qu’elle alimente, et de décider si c’est 
un rapport de causalité ou de simple coïncidence; car, si d’un 
côté, l’organe périt quand l’artère est oblitérée , l’artère, à son 
tour, .s’oblitère et périt, pour ainsi dire, quand l’organe est dé¬ 
truit, soitmécaniquement, soitpar un mouvement pathologique. 
Ce dernier fait semblerait même indiquer que l’artère est tout- 
à-fait dépendante de l’organe, etM. Serres paraît bien l’avoir 
admis, quand il dit ( p. 161 , même ouvr.) : «Le défaut de dé¬ 
veloppement s’opère donc ou par l’organe ou par ses artères.» 
On croirait, d’après cette phrase, que le fait lui semble dé- 



MONSTRES, MOKSTUtiOSlTÉ. 199 

Boàtré, que cètle subordination des artères aui organes est 
établie; mais, immédiatement après, cei auteur ajoute que les 
ihèmbres existent, parce que leurs artères existent. De deux 
choses l’une, où M. Serres entend que les artères sont pas¬ 
sives, et servent à transporter lé fluide nourricier, et alors 
leur rôle n’a rien de formateur. Sa proposition pourrait se ré¬ 
sumer en celle-ci : le membre ést nourri par le moyen d’or- 
gànes qui y versent le fluide nourricier; ou bien il attribue 
aux artères une puissance formatrice, ét alors il faut admettre 
que la jambe n’existe que parce qu’il y a une artère cru¬ 
rale, etc., opinion qui n’est pas soutenable. C’est cependant 
celle qui est exprimée dans les Recherches d’anatomie transcen¬ 
dante de cet auteur (1832). M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire a 
bien établi sur ce point ( t. tu, p. 524 ) des restrictions. Mais 
pour cé dernier auteur lui-même, ces restrictions ne sont pas 
bien arrêtées, car il dit ailleurs ( t. i, p. 63) : «Le système ar¬ 
tériel étant, sauf les premiers développemens de l’enabryon, 
le système formateur, il est, à l’ensemble de l’organisation, ce 
qu’est la cause prochaine à l’effet', et, par conséquent, toute 
modification du système artériel entraîne à l’égard d’un ou 
de plusieurs autres systèmes une modification qui lui est 
proportionnelle.» Ces lignes paraissent bien positives; cepen¬ 
dant on lit, t. lit, p. 524, «Que par suite de la découverte 
de la loi centripète, M. Serres n’admet plus ses premières 
idées, mais, au contraire, que les rapports qu’il trouve aujour¬ 
d’hui entre les anomalies des organes et celles de leurs vais¬ 
seaux sont bien plutôt des rapports de simple coexistence que 
de causalité.» Nous ne croyons pas que M. Serres ait restreint 
à un tel point ses opinions premières; car, dans les Recherches 
d’anatomie transcendante ((832), il y parle longuement de la loi 
deformation centripète telle qu’il l’admettait en 1825, comme 
oii a pu le voir par les objections que je lui faisais à cette épo¬ 
que, et la puissance formatrice des artères y est encore indiquée 
comme une loi de l’organisation. M. Serres abandonne si peu 
ses idées sur ce point, à cause de sa découverte de la loi de 
développement centripète, que, dans la même page, il appli¬ 
que cette loi au système sanguin lui-même, et prétend que 
les artères médianes sont primitivement doubles, assertion 
qui, comme les autres, restera sans preuves. 

Déjà en 1825 , en citant à M. Serres le passage de Meckel, 



200 aiOKSTKES, MOÎSSTRÜOSITÉ. 

qui assure à ce dernier auteur la priorité des idées que le 
premier revendique, j’ajoutais (loe. cit.j p. 272) : «Qui ne voit df 
suite l’insuffisance, pour ne pas dire plus, d’une semblable 
opinion, qui, non-seulement n’explique rien, mais qui est 
fausse dans ses conséquences ; car si le système vasculaire était 
la source unique des monstruosités , on ne devrait en observer 
aucune dans les corps organisés chez lesquels ce système 
n’existe pas, tandis qu’au contraire, ils en offrent très fré¬ 
quemment. En second lieu , si, comme le dit l’auteur, les or¬ 
ganes suivent exactement, dans leur développement la mar¬ 
che et la disposition que leur impriment celles qu’affecte le 
système sanguin, de telle sorte que les monstres qui présen¬ 
tent des membres doubles offrent cette disposition, parce que, 
chez eux, les artères fémorales ou axillaires sont doubles, 
suivant ce principe «que les organes se répètent avec la répé¬ 
tition des artères qui les produisent dans l’état normal »; si, 
disons-nous, il est vrai que la multiplicité des artères entraîne 
celle des parties auxquelles elles se distribuent dans l’état 
ordinaire, comment se peut-il que l’on rencontre si souvent 
des variétés très nombreuses dans les artères, en général, sans 
qu’on observe en même temps aucun vice d’organisation » 
( Archiv. gén. de méd., 1825) ? 

La puissance formatrice attribuée aux artères ne peut d’ail¬ 
leurs se concilier avec la loi deformation centripète; l’une 
exclut nécessairement l’autre. En effet, si les artères pré¬ 
cèdent les organes, il est évident alors que les artères se dé¬ 
velopperont excentriquement, puisque les organes, qui sont 
excentriques par rapport aux artères, ne seraient, dans cette 
hypothèse, quela suitedu dévelop[)ement artériel, etle dernier 
degré dé ce développement : alors la loi de formation centripète 
est renversée. Si, au contraire, on admet que cette dernière 
loi est vraie, si on l’adopte dans toute sa rigueur, la théorie de 
la puissance génératrice des artères se trouve démentie; car 
alors l’organe devra nécessairement pré(;éder l’artère pour que 
celle-ci puisse se développer de la circonférence vers le centre. 
Ainsi donc, l’une de ces opinions détruit nécessairement l’autre. 

Quant à l’exemple suivant, que cite M. Serres ( ouvr. cit., 
p. 159 ) pour appuyer sa théorie sur l’action formatrice des 
artères, cet exemple, disons-nous, prouve plutôt contre que 
pour ce que veut établir l’auteur. En effet, il dit : « Que si, 



MONSTiUES, MONSTKUOSITÉ. 201 

parla nature de ses fonctions un organe était susceptible de 
s’atrophier et de s’hypertrophier alternativement, et que si, 
en même temps, son artère ou ses artères éprouvaient dans 
leur calibre une croissance ou une décroissance proportion¬ 
nelle, on aurait la preuve manifeste du rapport qu’il indique.» 
Or, M. Serres voit dans l’utérus, avant, pendant, et après la ges¬ 
tation, l’organe qui présente ainsi une série de révolutions qui 
sont la preuve de l’opinion qu’il a émise : l’artère utérine, en 
effet, augmente, dit-il, de près du doüble de volume pendant 
le séjour du fœtus dans la matrice, pour reprendre ensuite son 
premier état quand l’organe revient sur lui-même.» Mais 
est-ce donc l’artère utérine qui fait, en augmentant de volume, 
que l’utérus se développe sous l’influence de la conception? 
L’artère n’est-elle pas là tout-à-fait passive, et, de bonne foi, 
peut-on assimiler à l’hypertrophie les changemens anatomi¬ 
ques que présentent alors temporairement les parois utérines? 

Je terminerai par quelques réflexions sur une dernière hy¬ 
pothèse de M. Serres, qui est surtout relative aux monstres 
composés. Suivant cet auteur, «le foie commande en quel¬ 
que sorte toutes les évolutions que l’on remarque dans 
les viscères de l’abdomen et de la poitrine. Placé au milieu 
de ces deux cavités, c’est par lui, et autour de lui, que tout 
se dispose et se coordonne ; sa position assigne aux autres 
viscères leur position ; son déplacement commande aux autres 
leur déplacement ; sa transposition commande aux autres leur 
transposition ; son absence fait cesser toute harmonie dans les 
rapports ; sa duplicité commande une harmonie nouvelle dont 
il est toujours, et le centre, et le mobile, et le régulateur.» 
Ainsi, c’est l’accolement et la fusion des deux foies qui, dans 
les monstres doubles, déterminent la fusion plus ou moins in¬ 
time des deux êtres. Selon le degré d’élévation que présente 
cet organe, c’est lui qui entraîne l’écartement en haut ou en 
bas des colonnes vertébrales. Si les deux foies se confondent 
par leurs bords latéraux, les fœtus seront réunis par leurs par¬ 
ties latérales ; les foies des deux sujets s’accolent-ils par leurs 
bords antérieurs, les deux fœtus sont placés face à face, etc. 
( loc. cit. , p. 92 et suiv. ). 

On voit que , d’après cette singulière théorie, si le système 
artériel est doué de propriétés formatrices, le foie serait l’or¬ 
gane régulateur de la position des organes une fois dévelop- 



202 MONSTRES, MONSTRUOSITÉ, 

pés. Mais des objections analogues à celles que nous avons 
faites à la théorie de la formation par les artères pourraient 
être reproduites contre les assertions que nous venons d’ex¬ 
poser. Comment M, Serres pourra-t-il prouver que le foie dé¬ 
termine, par sa situation, la disposition nôn-seulement des 
appareils organiques, mais encore de la totalité du foetus ? 
Coiûment démontrer que le foie, loin d’avoir un rôle passif 
dans cette circonstance, comme cela est bien plus probable, 
exerce une influence toute puissante? Nous ne voyons pas 
qü’on puisse établir sur aucune preuve valable que les ano¬ 
malies du foie sont la cause de la monstruosité, et surtout 
qu’ellés n’en sont pas l’effet. 

■Rien dans les fonctions du foie ne nous paraît conduire à de 
telles idées. Nous comprenons bien qu’on ait tenté de les ap¬ 
pliquer au cœur, et qu’on en ait fait un centre d’où s’irradie 
toute l’organisation, lé primurn vivens ; il y a, en faveur de 
cètte opinion, une certaine apparence de probabilité fondée sur 
des analogies physiologiques; maisriénde semblable n’existe 
pour le foie. C’est surtout à la disposition des monstres doü- 
bles que l’auteur applique cette influence du foie dans la pro¬ 
duction des monstruosités. Quel est alors le rôle que jouera, 
selon lui, cet organe dans plusieurs variétés de ces mons¬ 
truosités, celle des deux sœurs Hélène et Judith, par exeni- 
ple, réunies par la partie postérieure du bassin ? Le foie ati- 
rait-il eu là une influence ? 

Si l’espace nous l’avait permis , nous eussions examiné en 
détail chacune des propositions qu’émet l’auteur de cette 
étrange théorie pour l’appuyer; nous eussions vu que partout il 
prend le fait comme démontré sans jamais èn donner la preuve. 
Dans les différens monstres, le foie occupant diverses positions 
qui sont les conséquences naturelles de la monstruosité, 
M. Serres en fait partout la cause. Si-les organes subissent u'në 
transposition que partage le foie, c’est la déviation de cet or¬ 
gane qui sera la cause du changement de disposition qu’auront 
subi les autres parties. A toutes ces assertions, il aurait fallu 
reunir des preuves, mais on n’en trouve aucune. Au reste, 
malgré les inconcevables éloges de M. Isid. Geoffroy Saint-Hi¬ 
laire, cette théorie offre si peu de vraisemblance que j’ai hé¬ 
sité à en parler ici. Je ferai remarquer en passant qu’elle ne 
s’accorde pas non plus avec la loi du développement centri- 



MOKSTRES, MOT^STRtlOSTTÉ. 20à 

pète; mais quiconque étudiera avec soin ces diverses théories 
sera frappé du défaut d’accord qu’elles présentent entre elles. 
Il y a loin de ces hypothèses à des lois, car, comme on l’a vu, 
aucune d’elles ne peut soutenir un examen sérieux. 

Des causes des anomalies et monstruosités. — L’élude des 
causes, en tératologie, comme dans toutes les sciences, est 
celle qui présente lé plus de difficultés, le plus d’incertitudes : 
nous ne pouvons, en effet, recourir à aucun moyen dé con¬ 
trôle pour établir la valeur des opinions émises sur ce sujet; 
seulement nous pouvons discuter leur vraisemblance, et exa¬ 
miner, si elles peuvent suffisamment s’accorder avec les cir¬ 
constances qui accompagnent ou précèdent les faits qui sont 
l’objet de noire observation; c’est surtout la connaissance 
et l’appréciation de ces dernières circonstances qui nous est 
possible. 

Deux opinions principales ont été émises sur les causes de 
la monstruosité, et c’e.stsur elles que porta toute la discussion 
entre Winslow et Lemery. Le premièr admettait la déviation 
originelle des germes, c’est-à-dire que lés germes primitive¬ 
ment monstrueux existaient tout formés à cet état dans le 
sein de la mère, et étaient seulement fécondés et animés, sans 
que rien d’anormal eût lieu dans l’acte fécondateur.Toutefois, 
Winslow lui-même devint par la suite moins exclusif, et re¬ 
connut, pour quelques cas, l’action de ce qu’il appelait les ac~ 
eidens, c’est-à-dire les changemens survenus pendant l’évolu¬ 
tion et le développement de l’embryon. Lemery, au contraire, 
admettait exclusivement cette dernière opinion. 

Telle que l’établissait et la soutenait Winslow, la théorie dés 
monstruosités originelles est complètement inadmissible; maïs 
on doit reconnaître qu’il existe une influence de la génération 
sur le développement anormal de l’embryon. On ne saurait en 
douter, quand on voit des familles entières où tous les enfans 
présentent une même difformité. Ce n’est pas antérieurement 
à la fécondation que le produit serait frappé d’anomalie, mais 
celle-ci serait le résultat de la fécondation elle-même, et cela 
par un mécanisme complètement inconnu, opinion bien diffé¬ 
rente de celle de Winslow. Toutefois, cette explication ne doit 
pas être exclusivement adoptée, car elle ne rend compte que 
de certaines anomalies, tandis qu’il en est un grand nombre 
où l’influence des causes accidentelles est évidente. C’est à cet 



204 MOmSTKJiS, MONSTimOSITÉ. 

ordre de causes que plusieurs auteurs modernes ont, avec 
Lemery, demandé uniquement l’interprétation des monstruo¬ 
sités qu’ils ont observées, et en cela ils ont été trop exclusifs, 
car il faut admettre aussi, comme nous l’avons dit, quelques 
restrictions à cette manière de voir. 

En faveur des altérations primitives des germes (en donnant 
à cès mots lé sens que nous venons d’indiquer), on ne peut 
citer qu’un seul fait, mais il est important ; c’est l’hérédité de 
certaines anomalies. La théorie des influences accidentelles, ou, 
pour mieux dire, consécutives, offre, au contraire, un bien 
plus grand nombre de probabilités et presque de preuves, 
parce qu’elle repose tout entière sur des circonstances appré¬ 
ciables pour nous. On divise généralement ces circonstances 
en deux classes, sous le nom àe causes prochaines e.t causes 
efficientes. 

Les premières sont inhérentes à l’embryon et à ses enve¬ 
loppes. Toute cause d’inégalité dans la nutrition de l’embryon, 
toute altération dans son état de santé, tout changement un 
peu important dans sa situation à l’intérieur de la matrice, dans 
ses rapports avec les membranes qui l’enveloppent, dans la 
quantité des eaux de l’amnios, tendent nécessairement à trou¬ 
bler la formation et le développement du nouvel être. 

Il est évident que l’enfant, dans le sein de sa mère, est ex¬ 
posé à une foule de maladies plus ou moins analogues à celles 
qu’il éprouve après la naissance. Ainsi, on a des exemples de 
fractures, de luxations, d’affections cutanées, d’inflammations 
viscérales, évidemment congénitales. Haller, Morgagni, Mec- 
kel, Béclard, Dugès, ont surtout adopté et développé l’o¬ 
pinion qui rapporte un grand nombre des anomalies de là 
moitié supérieure de l’embryon à des destructions hydrocé¬ 
phaliques, attestées par les déformations du crâne et du rachis, 
par le reploiement dés tégumens, des os et des membranes 
de ces cavités, et même l’existence encore évidente de débris 
de parties altérées et flottantes dans les eapx de l’amnios. 
M. Velpeau a trouvé sur des foetus encore contenus dans 
l’utérus des portions de membranes et des portions solides de 
la tête, ramollies, comme frappées de gangrène, et incomplète¬ 
ment séparées des parties vivantes. Ces lésions pathologiques, 
en partie modifiées par l’influence du mouvement de forma¬ 
tion , rendent compte de beaiicoup d’anomalies, vices de cou- 



MONSTRES, MONSTRBOSITÉ. 205 

formation ou monstruosités : telles sont les aeéphalies, les 
anencéphalies, etc. Les expériences de M. Geoffroy Saint- 
Hilaire sur les œufs des gallinacés offrent une nouvelle preuve 
de ces influences (ouv. cité, t. iii). 

Par suite de ces diverses lésions, ou même sans qu’elles 
existent, des adhérences peuvent s’établir entre telle ou telle 
partie du fœtus et les membranes qui l’enveloppent. Ces 
adhérences peuvent aussi amener une diminution dans le dé¬ 
veloppement de la partie adhérente, ou modifier d’une façon 
notable sa forme et ses rapports, et l’on conçoit combien ces 
résultats sont faciles à produire alors que le produit de la 
conception a peu de consistance. Ces adhérences paraissent 
souvent déterminées par une simple inflammation superficielle. 
On ne saurait nier leur influence sur la production des mons¬ 
truosités doubles. Elles peuvent, dans ce cas, avoir lieu, soit 
entre deux individus à peu près normaux, dont le dévelop¬ 
pement persiste, si leur formation est déjà assez avancée; soit 
entre un individu normal et un être plus ou moins incomplet: 
telles sont ces masses plus ou moins régulières qui coexistent 
presque toujours, comme on le sait, avec un autre fœtus, et qui 
constituent, dans le cas où elles viennent à lui adhérer, ces 
monstres parasitaires dont on a plusieurs exemples. Les adhé 
rences d’un fœtus unique avec ses membranes d’enveloppe 
paraissent entraver d’une manière notable le développement 
des parties sur lesquelles elles portent; l’adhérence de deux 
fœtus entre eux produit toujours un effet analogue sur les par¬ 
ties au niveau desquelles la réunion s’est effectuée. 

Il est très vraisemblable, que la pression de la matrice exerce 
une action dans la production de certaines anomalies. Il est 
possible aussi que la position du fœtus dans l’utérus favorise 
également le développement de certaines déviations. 

C’est à l’influence de la mère que se rapportent les causes 
dites efficientes ; ce sont même les plus importantes à étudier, 
attendu la possibilité de les prévenir. Les coups, les chutes, 
principalement celles qui portent sur l’abdomen, les maladies 
graves qui surviennent pendant la gestation, peuvent détermi¬ 
ner chez l’embryon les altérations que nous avons considérées 
comme des causes prochaines. Mais il est ici un fait curieux à 
constater : c’est la fréquence des monstruosités céphaliques 
sous l’influence de ces causes. On peut voir à ce sujet les faits 



iQ6 MORSTRES, MOSISTUDOSITÉ. 

que cite M. Geoffroy Saiot-Hilaire (ouvr. cité, t. ai, p. 535 
et suiv.). Les coups , les chutes , les violences extérieures , pa¬ 
raissent avoir déterminé dans tous ces cas des altérations dans 
la forme de la tête. Si le rapport de ces causes à un tel effet 
est encore entièrement inconnu, il n’en est pas moins très 
remarquable; c’est un sujet d’étude digne de toute l’attention 
des observateurs. 

11 est un autre ordre de causes dont l’influence a été long- 
tçmps admise sans restriction , puis niée d’une manière abso- 
ju,e, et qui peut cependant avoir une certaine action ; nous 
voulons parler des vives et brusques affections morales. La ioîe, 
le chagrin, la peur, peuvent concourir à la production des 
monstruosités. Mais on ne saurait admettre ces influences de 
certains désirs de la mère sur la production des anomalies, et 
surtout de relation de forme entre la cause des impressions 
de la mère et l’anomalie existante sur l’enfant. AiE?si limitée, 
l’influence de ces causes morales est plausible : elle a une ac¬ 
tion analogue à celle des causes physiques, car l’utérus est 
un organe très impressionnable, surtout quand il est chargé 
du produit de la conception, et toute émotion morale vive et 
i.uattendue réagit alors sur lui d’une manière sensible. Ces 
causes peuvent encore exercer une influence semblable, même 
quand elles sont moins vives , mais alors leur action doit être 
prolongée. 

Lorsqu’une des causes diverses que nous avons énumérées 
a exercé une influence fâcheuse sur le produit de la conception, 
on voit quelquefois la grossesse, sans accideus jusque-là, se 
troubler d’une façon notable. La femme éprouve alors dans la 
région abdominale des douleurs plus ou moins vives, qui per¬ 
sistent souvent jusqu’à l’accouchement; d’autres fois, avec 
l’apparition de douleurs sourdes, on voit coïncider une tumé¬ 
faction graduelle et souvent très considérable de l’abdomen. 
On observe, dans quelques cas, tous les symptômes précur¬ 
seurs d’un avortement, puis, après quelques jours, la vulve 
laisse écouler une grande quantité de sérosité ; mais le fœtus 
reste pendant plusieurs mois dans le sein de la mère, et, pres¬ 
que toujours alors, la santé de la femme est troublée jusqu’à 
l’accouchement. 

Souvent l’époque de celui-ci est avancée; quelquefois cepen¬ 
dant elle est retardé-i. Les monstres chez lesquels la naissance 



MOHSTJRES , MONSTRÜOSITÈ. 207 

est avancée sont les monstres doubles les plus parfaits, et 
les monstres simples d’une organisation moins complète, 
les anencéphales, par exemple. Les monstres unitaires les 
moins parfaits , ceux qui constituent des masses irrégulières, 
peuvent séjourner quelquefois indéfiniment dans le sein de 
la mère. Du reste, aucun genre de monstruosité n’exclut 
absolument la possibilité d’un accouchement, soit naturel, soit 
manuel. Pour les monstres simples, en général, l’accouche¬ 
ment est très facile, et cela se conçoit aisément, l’extrémité 
céphalique étant souvent peu développée. Les monstres dou¬ 
bles , au contraire, rendent l’accouchement difficile , mais 
non pas cependant impossible. 

Les monstres doubles naissent rarement jumeaux, car la 
présence d’un autre enfant simple constituerait une gros¬ 
sesse triple, fait rare, comme on sait. Les monstres simples , 
surtout ceux dont l’organisation est la moins parfaite, sont, 
au contraire, fréquemment jumeaux; l’individu bien con¬ 
formé naît, en général, le premier. Lorsque deux sujets nais¬ 
sent monstrueux, il n’est pas rare qu’ils soient affectés, l’un 
de monstruosité, l’autre de transposition d’organes, ou tous 
deux de cette dernière anomalie , sans qu’elle présente chez 
l’un et l’autre les mêmes rapports. 

Viabilité des monstres. — On conçoit que, chez les êtres 
anormaux , la viabilité soit en raison directe du degré de per¬ 
fection des organes. Ainsi, pour les monstres simples, moins 
les anomalies sont importantes , plus la vie est facile: les para¬ 
sites les plus imparfaits, de même que les acéphales, non-seu¬ 
lement ne vivent pas un temps prolongé, mais ils ne donnent 
que rarement,, après leur expulsion, des signes de vie; chez 
les anencéphales, les cyclocéphales, les monstres avec éven¬ 
tration, la durée de la vie varie de quelques instans à plusieurs 
jours. Les individus dont la monstruosité consiste uniquement 
dans l’avortement d’un ou plusieurs membres ont les mêmes 
chances de vie que le commun des hommes. 

Les monstres composés présentent, pour un plus grand nom¬ 
bre, des conditions de viabilité; seulement ils ont beaucoup à 
souffrir lors de l’accouchement, qui leur coûte souvent la vie. 
On comprend la facilité qu’ils ont à vivre quand on considère 
que l’un d’entre eux est presque toujours d’une organisation 
assez complète J et sertalors à entretenir la vie chez l’autre, cç 



â08 MONSTRES, MONSTRUOSITÉ. . 

qui a lieu pour les monstres chez lesquels le second sujet est 
rudimentaire: il n’y a là, à proprement parler, qu’une seule 
existence. La vie est encore possible quand les deux sujets 
sont plus développés , chacun vivant en quelque sorte de sa 
vie propre, à l’exception de quelques points de contact qui 
modifient les fonctions des parties par lesquelles la réunion 
a lieu. 

Je vais rappeler ici, pour compléter ce qui a trait à la viabi¬ 
lité des monstres, envisagée sous le point de vue médico- 
légal, une classification des anomalies diverses, qui m’est 
commune avec Billard, et qui peut avoir quelque utilité. 

Ordre l®”. — Anomalies nécessairement mortelles. 

Éventration. 

Oblitération , scission, duplicité de l’œsophage, de 
l’estomac, des parties supérieure, moyenne, in¬ 
férieure du canal digestif. 

Coalition du rectum oblitéré avec la vessie. 
Déformation des fosses nasales avec monopsie. 
Hernie des organes abdominaux dans la cavité tho¬ 
racique. 

Cœur unique, ou ne consistant qu’en une oreillette et 
un ventricule. 

Division du cœur en deux parties par une scission 
complète. 

Acéphalie. 

Anencéphalie. 

Vices de conformation de la moelle épinière. 
Hydrocéphalie avec déformation considérable du 
crâne. 

Encéphalocèle avec hydrocéphalie. 

Hydrorachis avec ulcération de la tumeur. 

Ordre II®. — Anomalies qui, sans être nécessairement mortelles, 
peuvent s’opposer au développement de la vie indé¬ 
pendante. 

Nœvi materni très développés. 

Adhérence des lèvres. 

Longueur énorme de la langue. 

Étroitesse extrême d-u pharynx. ^ , 



MONSTRES, MONSTRüOSiTÉ. 209 

Rétrécissement simple des intestins. 

Imperforation du rectum. 

Communication plus ou moins large des oreillettes 
ou des Tentricules du cœur. 

Hydrocéphalie peu avancée, et sans écartement des 
os du crâne. 

Imperforation et absence du vagin. 

Ordhe III®.— Anomalies qui ne s’opposent nullement à la viabilité. 

Absence simple et partielle de la peau. 

Bec-de-lièvre avec ou sans scissure du palais. 

Division du voile du palais. 

Déviation de l’estomac, transposition générale des 
viscères. 

Absence d’un rein, ou réunion des deux reins en un 
seul. 

Hypospadias. 

Extroversion de la vessie. 

Transposition du cœur. 

Rétrécissement de ses orifices, anomalies de leurs 
valvules. 

Persistance des ouvertures, fœtales après la nais¬ 
sance. 

Atrophie cérébrale. 

Hydroracbis sans ulcération de la tumeur. 

Scission, réunion , ou absence des membres. 

Pied-bot. 

De quelques faits relatifs aux monstruosités. — On a remarqué 
que les êtres frappés de monstruosité étaient presque toujours 
du sexe féminin. Meekel a fortement insisté sur cette particu¬ 
larité, et, suivant lui, ce rapport est dans la proportion de trois 
monstres femelles pour un mâle. Cela tiendrait-il, pour les 
monstres doubles, comme le pense M. Charvet, à ce que les 
jumelles sont plus fréquentes que les jumeaux? Cependant, 
chez les monstres simples, la même prédominance du sexe 
féminin sé représente aussi dans une proportion plus considé¬ 
rable (thèse citée). Le climat paraîtrait, suivant le même au¬ 
teur, exercer aussi une certaine influence, et les individus 
monstrueux seraient plus nombreux dans le nord qu’au midi. 

Diet. de Méd. xx. 14 



210 MONSTRES, MONSTRCOSITÉ. 

, Ce sonl des remarques qui, du reste, demandent, comme le 
dit M. Charvet, de nouveaux faits pour acquérir une valeur 
positive. 

Le rapport du nombre des fœtus monstrueux, comparé à 
celui des nai.ssauces, serait uu point importante! curieux à dé¬ 
terminer : des recherches statistiques, faites avec exactitude, 
peuvent seules faire connaître dans quelle proportion il existe; 
mais jusqu’ici de semblables renseignemens manquent com¬ 
plètement. Nous ne pouvons donner que quelques relevés 
approximatifs ; ainsi Ruysch dit avoir trouvé 2 fœtus mons¬ 
trueux sur 12; Wrisberg, 2 sur 5; Autenrieth, 3 sur 19, 
moyennes qui sont évidemment exagérées. Dans une note ex¬ 
traite des registres du dispensaire général de Westminster, 
et insérée dans les Transactions philosophiques (1781), on lit 
qne, sur 1923 enfans. de l’un et de l’autre sexe, il y en avait 8 
de monstrueux, c’est-à-dire environ 14 sur 20. Remarquons, 
en outre, que, dans ces appréciations, se trouvent peut-être 
renfermés beaucoup de variétés et de vices de conformation. 
Cependant M. Geoffroy Saint-Hilaire, qui établit cette distinc¬ 
tion, porterait à 3,300 le nombre annuel des monstruosités 
en France ; mais ce nombre est le résultat d'iin calcul de pro¬ 
babilité, et non un relevé statistique. J’ai déjà rappelé, à l’ar¬ 
ticle Hvdrorachis’, que Chaussier avait trouvé 132 enfans nés 
avec diverses anomalies, sur un nombre de 22,293 enfans nés 
ou déposés à l’hospice de la Maternité, dans l’espace de cinq 
années. 

Les ressources de la chirurgie sont très limitées dans la 
cure des monstruosités; ses différens procédés ne sont même 
applicables qu’aux anomalies dont le siège est extérieur : elles 
seules offrent quelques chances de guérison par les moyens 
chirurgicaux. C’est ainsi qu’on remédie avec succès à certains 
vices de conformation, tels que le bec-de-lièvre, l’imperfora- 
tion de l’anus , le phimosis congénital, etc. On peut également 
opérer avec avantage la désunion des doigts réunis plus ou 
moins médiatement, l’ablation d’un doigt surnuméraire. On 
obtiendra sans doute aussi avec succès la séparation de deux 
individus accolés, quand les parties qui constituent l’adhé¬ 
rence ne contiennent aucun organe important dans leur épais¬ 
seur. L’exemple rapporté par Zwingler en est une preuve (voyes 
l’art. DtPLOGÉNÈSE, pag. 415). On détruit aussi le prolapsus de 



monstres, Monstruosité (bibliogr.)- 211' 

la langue en retranchant par la suture la portion exubé¬ 
rante de Cet organe. Un appareil contentif peut s’opposer au 
développement ultérieur de l’exomphale, et même eu réduire 
le volume primitif: on l’a vu guérir par les seuls efforts de 
la nature {Gazette médicale, an 1832, p. 639). Enfin, les ponc¬ 
tions aidées de la compression, et ce dernier moyen seul, ont 
été suivis de la guérison de l’hydrorachis; quelques exemples 
autorisent à penser que les mêmes moyens peuvent être em¬ 
ployés avec quelque avantage dans l’hydrocéphalie. 

Ollivier. 

Paré (Ambr.). Deux livres de chirurgie : i De la génération ; li Des 
monstres. Paris, 1573, in-8*, et dans Œuvres. 

Badhin (Gasp.). De Hermapkroditomm monstrosorumquepartuum na- 
tura ÉA/t </«o. Oppenheim, 1600, jn-8“. 

ScHENGK (J. Gr.). Monstrorum historia memorabilis. Francfort, 1609, 

Aldrovandt (Ulysse). Monstrorum historia. Bologne, 1642, inJol. 

Liceti i^oviyxn.). De monstrorum causis, natura et diff'erentiis, libii 
duo. Padoue, 1616 et 1634, in-4" ; Amsterdam, 1665 , in-4‘’. Trad. en 
fr. par J. Palfyn, à la suite de la Description anat. des parties de la 
femme, etc. Leyde, 1708,in-4‘’. 

Rdÿsch. Adversaria anat. U' décade , S viii; De monstris. 

Wisstffw (J. B.). Remarque sur les monstres, avec des observations sur 
les marques de naissance (cinq mémoires). Dans Mém. de l’Acad. des sc., 
ann. 1733, 1734, 1740, 1742. 

Lemert. Mémoire sur les monstres. Dans Mém. de l’Acarl. des sc., 
an. 1739, p. 260. Second mém., p. 305. 

Hdber (J. J.). Observationes atque cogitationes nonnullœ de monstris. 
Cassel, 1748, in-4”. 

Bianchi (J. B.). De naturali, vitiosa, morhosaque genernlione, 17'il. 

Bianchi (J.). De monstris ne monstrosis quibusdam... epistola. Venise , 
1749, in 4». 

Nicolai (Ern. Anat.). Gedanken von dtr Erzeugung der Misgebutten 
wid Mondhâlber. Halle, 1749, in-8®. 

Haller (Alb.). De monstns libri ii Gottingue, 1751 , in-8°. Dans 
Opusc. anat., avec : De respiratione, etc. Réimpr. dans Opéra minora, 

Doeveeen (Walt. Van). Spedmen ohservationum ncademicarum ad 
monstrorum historiam, unatomen. pathologiam, etc., spectantium. Leyde, 
1765, in-4<>-, fig. 

Büffon. Dans Hist. naturelle de l'homme, cbap. Du développement et 
de l’accroissement du fœtus. 


14 . 



212 


MONSTRES, MONSTRUOSITÉ (bIELIOGK.). 

Bonnet (Ch.). Dans Considérations sur les corps organisés ., 

’ Reg.naolt (N. F.). Les écarts de la nature ou recueil des principales 
monstruosités que la nature produit dans le genre animal, peintes, gravées 
et mises au jour par les sieur et dame Régnault. Paris, 1775, in-fol. — 
2* édit, faite aveu les cuivres de la 1''®, desquels on retrancha la partie 
des explications ; avec un discours sur les monstres, par L. J. Moreau, 
de la Sarthé, et l’explication des planches à part , sous le titre ; Des¬ 
cription des principales monstruosités dans l'homme et dans les animaux, 
avec jig. color. et gravées par N. F. Régnault. Paris, 1808, in-fol. 

WotF (C. F.). Commentatio de ortu monstrorum. Dans Nov. comm. 
Petropolit., t. xvn,p. 540. 

SoPERYiLLE. Some reflections on génération and on monsters. Dans 
Philos, transact., t. xti, p. 302. 

SoEMMERiNG (Sam. Th.). Jbbildung und Beschreibung einiger Miszge- 
burten, die sich auf dem anat. Theater... beünden. Mayence, 1791, 
in-4", fig. 

Klein. Specimen inaug. anat. sistens monstrorum quorumdam descrip- . 
/lonent. Stuttgard, 1793, in-4“. 

Malacarne (Vinc.). Z)e’ umani., de' caratteri fondatnentali su 
cui se ne potrebbe stabilire la clasüficaziorte, e delle indicazioni che pre- 
sentano nel porto, lesàoni academ. Padoue,1801, in-d®, lig. ; et dans 
Memori» délia Soc. italiana, t. ix. 

Otto (Ad. G.). Monstrorum sex humanorum anat. et physiol. disquisi- 
rto. Francfort-sur-l’Oder, 1804 et 1811, in-8°, fig.; Breslau, 1813, 
in.8o. fig. 

Gidlo et Rossi. Descript. d'un monstre, avec des recherches physiol. 
sur les monstres. Dans Mém. de VAcad, dés sc. de Turin., ann. x et xi. 

ZiMMER (J. E.). Physiol. Untersachungen, nebst der Beschreibung und 
Abbildung einiger Zwillingsmisgeburten. Rudolstadt, 1806, in-8°. fig, 

Wienholt (Arn.). Sieben Vorlesungen über die Fntstehung der Mizge- 
burten. Herausg., von J. C. F. Seherf. Brème, 1807, in-8®. 

WiESE. Diss. de monstns animalium. Berlin, 1812, in-4°. 

Blümenbach (J. F.). De anomalis et vitiosis quibusdam nisus jorma- 
tivi aberratiombus. Gottingue, 1813, in-4“, fig. 

Figolüs (Cur. Frig.). Prees. Bartels. Diss. de monstrorum origine. 
Breslau, 1816, in-4“. 

Meckel (J. Fred.). Tabulez anat. pathol. modos omnes quibus partium 
corporis humani omnium forma extema atque interna anorma recedit, 
exhibentes. Leipzig, 1817-26, in-foL, 4 fasc. — Descriptio monstrorum 
nonnullorum cum corollariis anat. physiologicis. Leipzig, 1826, in-4°. 

Feiler (J.). Ueber angeborne menschlische Miszbildungen im Allge- 
meinen undHerniaphroditen insbesondere. Landshut, 1820, in-8®, fig. 

Geoffroy Saint-Hilaire (Etien.). Philosophie anatomique des mons¬ 
truosités humaines. Paris , 1823, in-8°_ Considérations générales sur 




MOiVT-üOKE (eaux MINÉE.). 213 

la monstruosité, et description d’un genre nouveau, etc. Dans Ann. des 
sc.natur,, 1825, t. iv, p. 452, et dans Journ. compîém. du Dictionn. des 
SC . méd., t. XXI, p. 236. — Sur des déviations organiques provoquées et 
observées dans un établissement d’incubation artificielle. Dans Méni. du 
Muséum Æhist. nat. 1826, t. xiii, p. 289, et Journ. compléni. du Dict. 
des SC . méd. t. xxxiv, p. 256. —Et art. Monstre du Dict. class. d’hist. 
natur., t. xi. 

Charvet. Recherches pour servira l’histoire générale de la monstruosité. 
Thèse. Paris, 1827, in-4“; 

Geoffroy Saint-Hiiaire (Isid.). Propositions sur la monstruosité con¬ 
sidérée chez l’homme et les animaux. Th. Paris, 1829, in 4® — De la 
nécessité et des moyens de créer pour les monstres une nomenclature ra¬ 
tionnelle et méthodique. Dans Ann. des sc. natur., 1830, t. xx. — His¬ 
toire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme 
et les animaux, ou Traité de tératologie.^ arh, 1832-7, in-S®. 3 vol. Atlas, 

Serres. Recherches d’anatomie transcendante et pathologique ; théorie 
des formations et des déformations organiques , appliquéés à l’anat. de la 
duplicité monstrueuse. Paris, 1832, in-4°. Atlas in-fol. Extr. des Mém. 
de l’Acad. des sc., t. xi. 

Herholdt (J. D.). Beschreibung sechs menschl. Miszgeburtin, etc. Co¬ 
penhague, 1830, in-4®, fig. Trad. du danois, 1829. 

Feeischmann, (Fred. L.). Bildungshemmungen der Menschen und Thiere. 
Nuremberg, 1833, in 8°, fig. 

Voyez, en outre, les divers traités d’anatomie pathologique, parti¬ 
culièrement ceux de Otto, Meckel, celui de Gu rit (Path. anatomie der 
Haus-Saügethiere.'Berlin, 1832, in-8®), le t. 1®'' de la Physiologie de 
Burdach, les différens articles des dictionnaires de méd. et d’hist. 
natur., etc. Les observations et les opuscules relatifs à chacune des 
monstruosités sont cités aux articles qui traitent particulièrement de 
celles-ci. R. D. 

MONT-DORE (eaux minérales du). — Les Monls-Dores, ou 
Monts d’Or, forment au centre de la France, au sud-ouest du 
département du Puy-de-Dôme, un magnifique groupe dé mon¬ 
tagnes volcaniques. Là se trouvent réunies, dans un espace li¬ 
mité , toutes les beautés qui donnent tant d’attrait aux pays 
des montagnes; les pics les plus variés, les précipices, les ra¬ 
vins, les lacs, les cascades, les bois, les prairies, attirent à 
chaque pas l’attention du voyageur, le captivent, et forcent 
son admiration. Le pic de Sancy, le plus élevé de tous, est 
comme un centre d’où partent une multitude de vallées; c'est 
au milieu de l'une d’elles, arrosée par la Dordogne, que se 
trouve placé le village du Mont-Dore, ou Mont-d’Or, à 1,052 



214 MONT-DOBE (eaux MINÉB.). 

mètres au-dessus du niveau de la mer, à huit lieues de Cler¬ 
mont-Ferrand, et cent trois lieues de Paris. Les sources qui 
ont fait la célébrité de ce village sortent des trachy tes qui com¬ 
posent la montagne de Langle contre laquelle l’établissement 
des bains est adossé; au-dessus se rencontrent d’anciens et 
abondans dépôts siliceux qui ont été formés par les eaux à 
une époque déjà fort reculée. Elles ne peuvent former main¬ 
tenant que des dépôts sans importance. 

Voici les noms des sources, leur température, et le volume 
d’eau qu’elles fournissent par minutes. 

Degré centigrade. 

Fontaine Sainte-Marguerie. Froide 
Source du Tambour. Froide 


Fontaine Caroline. 45° 43 litres. 

Bains de César. 45 41 

Grand Bain. 41 38 

Bain Ramond. 42 13 

Source Rigny. 42 12 

Fontaine de la Magdeleine. 45,5 100 


Toutes ces eaux sont recueillies dans de vastes réservoirs, 
d’où elles vont ensuite se distribuer dans l’établissement. Les 
eaux du bain de César sont dans un petit pavillon de con¬ 
struction romaine; les sources de la Magdeleine coulent dans 
un aqueduc qui date aussi du temps des Romains. 

Les eaux du Mont-d’Or sont transparentes ; elles ont un as¬ 
pect gras; exposées à l’air, elles ne tai’dent pas à sé couvrir 
d’une pellicule fine, nacrée et irisée; leur saveur est acidulé, 
puis salée, puis styptique. Ce dernier caractère est fort peu 
prononcé dans l’eau de la fontaine Sainte-Marguerite que j’ai 
bue, comme on fait de l’eau de Seltz, sans lui trouver de saveur 
ferrugineuse. 

L’eau du bain de César, analysée par M. Berlhier, lui a 
donné par litre : 


Acide carbonique, quantité indéterminée ; 
Bicarbonate de soude anhydre. 0,633 grammes. 

Chlorure de sodium. 0,380 

Sulfate de soude anhydre. 0,065 

Carbonate de chaux. 0,160 

— de magnésie. 0,060 

Silice. 0,210 

Oxyde de fer. 0,010 



215 


MONT-IIOKE (eACX MINER.). 


M. Bertraud a retiré de l’eau de la fontaine de la Magdeleine 


et de celle du grand Bain, pour un litre d’eau ; 


Fontaine de la Magd. 

Grand Bain. 

Acide carbonique libre. 

0,133 litres. 

0,067 lit. 

Carbonate de soude. 

0,386 gramm. 

0,409 gramm. 

Sulfate de soude. 

0,116 

0,102 

Chlorure de sodium. 

0,296 

0,300 

Carbonate de chaux. 

0,237 

0,282 

— de magnésie. 

0,077 

0,096 

Silice. 

0,000 

0.079 

Alumine. 

0,126 

0,061 

Oxyde de fer. 

0,022 

0,008 


1,260 

1,337 

En prenant pour base la 

composition chimique de l’eau 

du Mont-Dore, on arrive à l’imiter artificiellement. L’eau arti- 


ficielle ne peut, cependant, être regardée que comme une imi¬ 
tation de l’eau naturelle ; il y manque et la silice et la matière 
qui donne de l’onctuosité à l’eau naturelle. 

Pour imiter l’eau du Mont-Dore, j’ai pris comme base l’ana¬ 
lyse du bain de César faite par M. Berthier. Ici, pour faciliter 
la dissolution des sels peu solubles, il a fallu, en conservant le 
rapport entre les proportions d’acide et de base, prendre cha¬ 
cun de ces sels dans un état différent de combinaison. Le car¬ 
bonate de chaux et une quantité correspondante de sel marin 
sont remplacés par de l’hydrochlorate de chaux et du carbo¬ 
nate de soude; un échange analogue fournit une nouvelle 
quantité de carbonate de soude et de l’hydrochlorate de ma¬ 
gnésie; le fer est introduit à l’état de sulfate; le sulfate de 
soude correspondant est retranché, et il est remplacé par une 


quantité proportionnelle de carbonate de 

soude. 

Carbonate de soude cristallisé. 

8 grammes. 

Hydrochlorate de chaux cristallisé. 

0,450 

Sel marin. 

0,070 

Sulfate de fer cristallisé. 

0,100 

— de soude cristallisé. 

0,070 

IFydrochlorate de magnésie cristallisée. 

0,182 

Eau. 

625,000 

Acide carbonique. 

4 volumes. 

On fait une dissolution des sels de soude ; on fait une autre 
dissolution dans une petite quantité d’eau des hydrochlorates 



MOKX-üOllE. 


terreux, à laquelle ou ajoute le sulfate de fer également dis¬ 
sout; ou partage cette liqueur dans des bouteilles que l’on 
remplit avec la dissolution des sels de soude que l’on a char¬ 
gée d’acide carbonique. E. Soüpeiran. 

Effets thérapeutiques des eaux du Mont-Dore. — Les eaux du 
Mont-Dore appartiennent à la fois à.la classe des eaux acidulés 
alcalines, et à celle des eaux ferrugineuses carbonatées, sans 
avoir une assez forte proportion des principes alcalins, et sur¬ 
tout des principes ferrugineux, pour qu’on puisse les regarder 
comme réunissant les propriétés des eaux de premier degré de 
ces deux classes. Cependant l’eau de la fontaine Sainte-Margue¬ 
rite contient une très grande quantité de gaz acide carbonique 
(jui la rapproche de l’eau de Seltz. Ce qui constitue les pro¬ 
priétés médicales des eaux du Mont-Dore, exprimées d’une 
manière générale, c’est une excitation assez intense. Pour jus¬ 
tifier leur célébrité et leur prétendue supériorité sur des eaux 
semblablement ou plus richement composées, on a dit qu’il 
fallait s’en rapporter à l’observation physiologique et théra¬ 
peutique, et non à la chimie, qui n’est peut-être pas assez 
savante pour faire connaître tous les élémens actifs que peut 
contenir une eau minérale. Mais, pour appuyer les prétentions 
des eaux du Mont-Dore, comme de tout autre, sur un tel 
raisonnement, il faudrait qu’on pût se livrer à des obser¬ 
vations physiologiques et pathologiques qui ne laissassent 
rien à l’arbitraire et au doute, et ce genre d’observations 
manque, même dans l’ouvrage ^distingué du docteur Ber¬ 
trand, qui, loin de se livrer, comme la plupart des méde¬ 
cins inspecteurs, à un engouement ridicule pour les eaux 
dont ils dirigent l’administration, et à en faire une panacée 
universelle, a cherché à déterminer, autant que les circon¬ 
stances le lui ont permis, les véritables propriétés des eaux du 
Mont-Dore, et a souvent restreint, avec justesse, la puissance 
thérapeutique qu’on leur attribue. Quoi qu’iL en soit, et en 
attendant que des expériences comparatives , plus précises 
que celles que nous possédons sur les principales eaux miné¬ 
rales, puissent nous servir à fixer ce qu’on doit attribuer à 
leur composition chimique, à leur température, ou à d’autres 
conditions, nous allons extraire de l’ouvrage de M. Bertrand, 
sur les eaux du Mont-Dore, les propositions qui concernent 



BIOST-ÜORE. 


217 


les propriétés et les effets thérapeutiijues de ces eaux, et que 
ce médecin donne comme les conséquences de ses observa¬ 
tions particulières. 

Les eaux du Mont-Dore sont employées en bains généraux 
et locaux, en douches, en boissons. L’eau employée pour les 
bains est celle qui est fournie par les sources du grand Bain, 
et dont la température est assez élevée (41° tb. C. ; 32“ 1/2 
th. R.), mais que Ton abaisse au besoin, en la mêlant à d’autre 
eau plus froide. Les effets physiologiques que déterminent les 
bains, et que décrit M. Bertrand, ne pai'aissent pas différer de 
ceux qui sont produits par les bains d’eau simple à ce degré de 
chaleur.Toutefois nous mentionnerons les phénomènes suivans, 
indiqués par ce médecin, qu’ils tiennent ou non à la nature par¬ 
ticulière del’eau : quelques-uns de ces effets peuvent dépendre 
de l’usage continué des bain s pendant un certain temps. Pendant 
l’immersion, les douleurs occasionnées par la carie des os, ou 
par l’infection vénérienne, sont exaspérées ; celles, au contraire, 
qui dépendent du rhumatisme diminuent dès les premières mi¬ 
nutes , et ne tardent point à s’assoupir. La durée du traitement 
est de dix jours au moins, et de dix-huit ou vingt au plus. C’est 
pendant les trois ou quatre premiers jours que les sueurs abon¬ 
dantes se manifestent ; les jours suivans elles diminuent d’une 
manière remarquable. Quelques malades néanmoins continuent 
à suer beaucoup. Il convient de ne foire baigner ceux-ei que 
dejourà autre; une méthode contraire les rendrait très faibles. 
Du troisième au huitième jour, les douleurs, celles surtout qui 
sont dues au rhumatisme, augmentent d’intensité. Cette exas¬ 
pération est un présage certain de guérison. Les forces, qui 
ont augmenté pendant les premiers bains, diminuent bientôt 
pour reprendre une nouvelle énergie après le traitement. Mais 
pendant sa durée, les malades pâlissent, et quelques-uns mai¬ 
grissent. En général, ils sont altérés ; sentiment de sécheresse 
et de chaleur interne, surtout si le temps est sec ou chaud; 
peau douce et moite; sensibilité au froid; appétit bon; sécré¬ 
tions muqueuse et pulmonaire surtout notablementdiminuées; 
excrétions alvines plus rares; le pouls est maintenu plus élevé; 
augmentation de l’exhalation cutanée. — Les bains locaux et 
les douches n’ont dans leurs effets immédiats rien qui les dis¬ 
tingue de ceux d’eau simple. A plus forte raison dirons-nous la 
même chose des bains de vapeur. 



218 


MONT-UOHE. 


Les eaux de la source de la Magdeleine sont celles que l’ou 
emploie àTiutérieur. Elles sont prises dans la matinée, et à 
jeun, et, en général, à la source même, à la dose de trois 
verres à demi-heure d’intervalle, ou à un intervalle plus long , 
ou même à la dose d’un seul verre, si elles fatiguent l’estomac. 
Ces eaux sont.administrées pures ou mélangées d’un dixième 
au plus d’un autre liquide, suivant les indications. Le traite¬ 
ment est de quinze jours, terme moyen, pour quelques per¬ 
sonnes de vingt et vingt-cinq jours. Pendant les premiers jours 
du traitement, les eaux, dit M. Bertrand, affaiblissent un peu 
les jambes, portent à la tête, disposent au sommeil, occasion¬ 
nent quelques nausées , et accélèrent sensiblement le pouls. 
Immédiatement après les avoir bues, on éprouve une douce 
chaleur dans les entrailles. S’il existe du malaise ou des dou¬ 
leurs internes, elles les augmentent un peu. L’appétit devient 
plus vif quand les eaux passent bien; il se dérange, au con¬ 
traire , si elles pèsent sur l’estomac; elles sont prises alors avec 
répugnance, et la langue se couvre d’un sédiment épais et 
blanchâtre. L’emploi des eaux hâte quelquefois le retour des 
menstrues, et les rend plus abondantes ; et continué, il expose 
à la ménorrhagie. Les hémorrhoïdes supprimées coulent de 
nouveau; les exutoires suppurent davantage; ceux qui étaient 
taris reprennent leur ancien cours. Pendant ou peu de temps 
après le traitement, et par le seul fait des eaux en boisson, il 
n’est pas rare de voir survenir des furoncles, des plaques d’un 
aspect dartreux, des éruptions de nature différente, quelque¬ 
fois aussi des eugorgemens des ganglions lymphatiques sous- 
cutanés , ou des dépôts dans le tissu cellulaire, à la suite des¬ 
quels les maladies paraissent s’amender. Si rien ne contrarie 
la tendance à la transpiration cutanée, les sécrétions muqueuses 
diminuent, les évacuations alvines sont plus rares pendant 
comme quelque temps après le traitement. Les eaux, néan¬ 
moins, donnent quelquefois le dévoiement. Du reste, les asser¬ 
tions des auteurs relativement à l’influence des eaux sur l’ex¬ 
pectoration pulmonaire et les sécrétions alvines offrent trop 
peu de précision, vu la diversité des cas auxquels elles s’ap¬ 
pliquent, pour pouvoir les reproduire toutes avec intérêt. 
Des doses trop fortes, ou un traitement trop prolongé, ont, 
suivant M. Bertrand, des effets quelquefois fâcheux. Ce méde¬ 
cin dit en avoir vu résulter des douleurs intestinales, des tian- 



MOMT-DOKE- 219 

chées, des déjections séreuses et sanguinolentes, du ténesme, 
de la fièvre, etc. 

Si maintenant nous passons aux effets thérapeutiques des 
eaux du Mont-Dore, nous signalerons d’abord leur réputation 
dans le traitement des affections désignées vaguement par 
le nom de maladies de poitrine. Voici sur ce sujet les proposi¬ 
tions émises par M. Bertrand, mais qui ne sont pas, il faut 
l’avouer, justifiées toutes par les observations que rapporte ce 
médecin. «Les eaux et les bains du Mont-Dore conviennent 
dans le catarrhe puipionaire chronique, quelle que soit son 
ancienneté, et dans la péripneumonie également chronique, 
s’il y a peu de fièvre et peu de chaleur.» — «Les mêmes moyens 
sont convenables dans l’hémoptysie des personnes peu irrita¬ 
bles, et dont la circulation capillaire cutanée est languissante, 
à moins que la maladie ne se complique d’une dilatation ané- 
vrysmatique.B — «Ils peuvent suspendre la marche de la 
phthisie tuberculeuse, en déterminer la guérison si les tuber¬ 
cules sont peu nombreux, et, dans certains cas , prévenir cette 
sorte de dégénération.» — «Leur usage doit être interdit dans 
toute maladie pulmonaire chronique, avec toux sèche, chaleur 
et aridité de la peau , pouls vif, petit et fréquent, et mobilité 
des nerfs; en un mot, si les signes de l’irritation prévalent 
sur ceux de la faiblesse et du relâchement de la fibre.»—«On 
ne doit permettre ni les eaux en boisson, ni les bains, dans 
la phthisie, lorsque les sueurs'ou les crachats, ou les selles, 
ont pris le caractère colliquatif.» 

Ces résultats avantageux des eaux du Mont-Dore, dans les cas 
de bronchite chronique sans fièvre, et particulièrement chez les 
individus d’une constitution molle et lymphatique, sont con¬ 
firmés par l’observation de M. Guersent. «J’ai envoyé, m’a dit 
ce praticien, au Mont-Dore, un très grand nombre de malades 
de tous les âges affectés de diverses espèces de bronchites 
chroniques simples ou compliquées, des enfans, des adultes, 
des vieillards , et je puis affirmer que tous en ont éprouvé les 
meilleurs effets. Quelques-uns qui toussaient depuis des an¬ 
nées ont cessé complètement de tousser; d’autres ont très bien 
passé l’hiver suivant, et n’ont pas eu de catarrhe. Mais les 
femmes nerveuses, et surtout celles qui avaient des bronchites 
sèches, n’en ont éprouvé aucun bon effet, ou même s’en sont 
mal trouvées. Ces eaux sont aussi très nuisibles dans les affec- 



MOaiT-BOllE. 


220 

tions tuberculeuses pulmonaires avancées, et leur usage accé¬ 
lère évidemment la phthisie. 

Nous avons particulièrement insisté sur ces effets des eaux 
du Mont-Dore dans les affections du poumon, parce que ce 
sont ceux qui ont été remarqués en première ligne. Mais il en 
est d’autres que signale M. Bertrand, Ainsi, suivant ce méde¬ 
cin, les bains sont presque toujours salutaires dans le rhu¬ 
matisme musculaire chronique sans complication. Les eaux en 
boisson, en bains et en douches, produisent de très bons 
effets dans les gonflemens articulaires chroniques de cause 
rhumatismale goutteuse,dans les luxations consécutives du fé¬ 
mur, de cause externe, qui ne se sont pas développées sous 
l’influence des scrofules, dans les gonflemens indolens des 
ganglions lymphatiques, dans le catarrhe utérin chronique, etc. 
Mais on conçoit combien il faudrait apporter d’exactitude dans 
les observations de ce gpnre pour pouvoir en tirer des con¬ 
clusions un peu moins vagues que celles dont on se contente 
trop souvent pour l’appréciation des propriétés des eaux mi¬ 
nérales. Du reste, les eaux du Mont-Dore doivent en grande 
partie leur réputation à la direction éclairée du docteur Ber¬ 
trand, qui ne les compromet jamais dans leur application, et 
qui surveille avec rigueur toutes les précautions hygiéniques 
qui peuvent en assurer le succès. C’est dans l’ouvrage de 
M. Bertrand et dans le manuel publié récemment par M. Mé- 
rat, qu’on peut prendre les rênseignemens qui concernent ce 
sujet important. 

Les eaux du Mont-Dore furent connues des Boniains qui y 
élevèrent des constructions remarquables, découvertes dans 
les fouilles récentes entreprises pour bâtir le monument actuel 
des thermes. Long-temps négligées, et laissées dans un état 
de dégradation qui rendait très incommode l’emploi des eaux, 
les constructions sont restées ainsi jusqu’en 1817, où l’on a re¬ 
pris les plans projetés eal787, et qui furent enfin exécutés. 
Un bâtiment magnifique, auquel aucun autre en France ne 
peut être comparé, fut élevé. C’est à dater de cette époque que 
existe la vogue dont jouissent les eaux du Mont-Dore. Les prin¬ 
cipaux auteurs qui ont écrit sjir ces eaux sont les suivans : 

Chomel (J.-F.). Examen des eaux du Mont-d’Or en Auvergne. Dans 
Mémoires de l'Acad, des sc., 1702, et réuni à son Traité des eaux de 
Vichy. 



MORELLE. 221 

LEîirONNlER. Examen des eaux minérales du Mont-Dore. Dans Mém. 
de l'Acad. des sc., 1744, p. 157. 

De Briedde. Observation sur les eaux thermales de Bourbon-Ï Archam¬ 
bault, Vichy, Mont-Dore. Paris, 1788, in-8®; 

Bertrand (Michel). Recherches sur les propriétés physiques, chimiques 
et médicales des eaux du Mont-Dore. Clermont-Ferrand, 1810, in-8“ , 
2' édit, aug., ibid., 1823, in-8“ avec pl. 

Berthier. Analyse du bain de César au Mont-Dore. Dans Annales de 
chim. et de phys., t. xxix, pag. 25. 

Mérat (F.-V). Manuel des eaux minérales du Mont-Dore. Paris, 1838, 
in-12. R. D. 

MORELLE. — On appelle ainsi en français un genre de 
plantes, solanum, qui a donné son nom à la famille des sola- 
nées, et dont plusieurs espèces sont dignes du plus vif intérêt. 
Ce genre se distingue facilement des autres du même groupe, 
par son calice étalé et à cinq lobes, par sa corolle monopétalé 
rotacée, à cinq divisions aiguës j par ses cinq étamines dres¬ 
sées, ayant les filets très courts, les anthères allongées, rap¬ 
prochées les unes contre les autres au centre de la fleur où 
elles forment une sorte de cône tronqué et s’ouvrant chacune 
par deux petits trous à leur sommet. Le fruit est une baie d’une 
forme et d’une grosseur variable suivant les espèces, à deux 
loges contenant un grand nombre de graines éparses au milieu 
de la pulpe. Les espèces de ce genre sont excessivement nom¬ 
breuses, et croissent dans toutes les contrées du globe. Ce sont 
tantôt des plantes herbacées annuelles ou vivaces, ou des ar¬ 
bustes et des arbrisseaux assez élevés. Leurs familles sont al¬ 
ternes simples, ou plus ou moins profondément incisées ; leurs 
fleurs, quelquefois très grandes, forment ordinairement des 
cymes ou corymbes pédonculés. L’espèce la plus intéressante 
de ce genre est, sans contredit, la pomme de terre, solanum 
tuberosum. L. (Voyez ce mot). Nous ne parlerons dans cet article 
que de la morelle noire et de la douce-amère, deux autres es¬ 
pèces du même genre qui méritent aussi de fixer notre at¬ 
tention. 

Morelle noire , Solanum nigrum. L., Rich. Bot, med., tome i, 
p. 292. Cette espèce, qui est annuelle, est excessivement com¬ 
mune dans les lieux cultivés, les champs et les jardins. Elle 
porte, sur une tige herbacée, d’environ un pied de hauteur, des 
feuilles alternes presque triangulaires et lobées. Les fleurs pe- 



222 r.!Oi\t;Li,K. 

liles et blanches sont disposées au nombre d’environ six à huit 
en ombelles simples. Les baies sont petites, globuleuses, pi¬ 
siformes, d’abord vertes, puis devenant presque noires à l’é¬ 
poque de leur parfaite maturité. 

La morelle noire est généralement considérée comme sus¬ 
pecte, appartenant à une famille où la plupart des espèces 
possèdent des qualités délétères. Mais cette assertion, que la 
plupart des auteurs ont répétée sans examen, est loin d’étre 
fondée. M. le docteur Dunal de Montpellier, auteur d’une ex¬ 
cellente monographie du genre sdlanum, a fait un grand nom¬ 
bre d’expériences avec les baies de la morelle, qui est la partie 
que l’on avait jusqu’alors considérée comme vénéneuse. 11 en 
a fait manger à des chiens et à des cochons d’Inde jusqu’à cent 
cinquante; lui-méme en a mangé un très grand nombre sans 
que ces fruits, dont la saveur est douceâtre et assez peu 
agréable, aient produit le moindre accident. Il est très pro¬ 
bable, ainsi que le pense M. Dunal, que dans le cas d’empoi¬ 
sonnement attribué aux fruits de la morelle noire, les acci¬ 
dents ont été produits par les fruits de la belladone, que l’on 
désigne quelquefois sous le nom vulgaire de morelle. Quant 
aux feuilles, quelques auteurs leur attribuent une action nar¬ 
cotique et sédative, et recommandent de ne les employer qu’à 
des doses très faibles. Mais cette assertion est également fausse. 
Ce qui est hors de doute, c’est que les feuilles de la morelle 
noire ont une saveur fade et assez agréable, et que lorsqu’elles 
sont jeunes et qu’elles ont été bouillies dans l’eau, elles ressem-. 
blent absolument pour la saveur aux épinards. Aussi, dans 
certaines parties de la France, et même aux environs de Paris, 
on mange ces feuilles comme on fait des épinards. Aux îles de 
France et de Bourbon, les feuilles demorelle sont mangées sou.s 
le nom de brèdes, et dans ces îles il n’y a pas de repas dont 
elles ne fassent partie. Nous répéterons donc ici ce que nous 
avons dit précédemment pour les fruits, c’est que tous les ac¬ 
cidents que l’on rapporte de ces feuilles doivent être attribués 
à une autre plante de la même famille, et très probablement 
à la belladone. 

La morelle noire a été analysée par M. Desfosses, pharma¬ 
cien à Besançon. Il a trouvé dans le suc exprimé des baies 
mûres une substance alcaline nouvelle qu’il propose de nom¬ 
mer solanine, et qui est combinée avec un excès d’acide ma- 
lique. Cette substance n’existe pas dans les feuilles. 




âîORKLI-E. 


223 

Lâsolanine, d’après les expériences de M. Desfosses, pro¬ 
duit, à la dose de quelques grains, chez les chiens et les 
chats, de violents vomissemens suivis de somnolence; sur 
lui-même un quart de grain d’acétate de solanine a suffi pour 
occasionner de fortes nausées. 

Les expériences de M. Orfila sur l’extrait de morelle préparé 
en faisant évaporer au bain-marie le suc de la plante fraîche, 
portent à établir que cet extrait est peu vénéneux, qu’il est 
lentement absorbé, et qu’il détruit la sensibilité et la motilité. 
Ce n’est qu’au bout de vingt-quatre et quarante heures que 
les animaux auxquels on avait ingéré plusieurs gros d’extrait, 
ou dans le tissu cellulaire desquels on en avait appliqué, paru-’ 
rent abattus, et qu’ils furent ensuite atteints d’insensibilité et 
d’immobilité avant de succomber. M. Dunal a cependant re¬ 
marqué que le suc du solarium nigrum, ainsi que celui des S, 
vïllosum, nodijlorum, miniatum, appliqué sur les yeux, occa¬ 
sionnait une légère dilatation de la pupille et rendait l’organe 
insensible à l’impression d’une vive lumière, effets qui ont 
duré deux, trois, quatre et cinq heures. 

Gataker (Th.). Observations on internai use of the solanum or nights^ 
httdes. Londres, 1757, in-8“. — A supplément. Ibid. 1757. Réimpr. 
dans Essays on med AaêyVcrA.^Londres, 1764, in-8®. — II est probable, 
comme le dit M. Dunal, que Gataker avait expérimenté, non avec la 
morelle, mais avec X’atropa beUadona qui était désigné alors dans l’u¬ 
sage ordinaire sous le nom seul de solanum. 

Bkomfield (Guill.). An account of the engUsh nights-chades and their 
effects,etc. Londres, 1757, in-8°. Trad. en fr. par Bromfield le fils, 
sous ce titre : Observations sur les vertus des différentes espèces de sola¬ 
num qui croissent en Angleterre, avec des remarques sur l’usage de la sal¬ 
separeille, du mercure et de ses préparations. Paris, 1760, in-12.— L’au¬ 
teur parle, à côté de la morelle qu’il désigne sous le nom de sol. hor- 
tense, de la belladone indiquée par le nom de sol. lethale. 

Desfosses. Examen chimique du principe narcotique de la morelle, 
suivi de quelques expériences sur l’action de ce principe. 'Oune Revue méd., 
t. IV, p. 463. R. D. 

Morelle douce amère, Solanum dulcamara. L. Rich., l. c., 
pag. 290. Le nom de douce-amère, sous lequel cette plante est 
généralement connue, lui a été donnée à cause de la saveur 
de ses tiges qui, en effet, est d’abord amère, et finit par de- 




MOREUE. 


224 

venir plus ou moins douceâtre. On trouve la douce-amère le 
long des haies et dans les bois. C’est un sous-arbrisseau sar- 
menteux et grimpant, dont la tige, ligneuse dans sa partie 
inférieure, est herbacée supérieurement, et très velue. Ses 
feuilles sont alternes, entières, ou trilobées, tomeuteuses. Les 
fleurs sont petites, violettes, avec des taches vertes et luisantes 
à la base des lobes de la corolle. Ces fleurs sont disposées en 
grappes opposées aux feuilles. Les fruits sont de petites baies 
rougeâtres de la grosseur d’un pois. 

La saveur douceâtre dé la douce-amère est due, selon M. Des¬ 
fosses, à qui l’on en doit l’analyse, à une matière particulière 
qui paraît avoir de l’analogie avec celle que M. Robiquet a re¬ 
tirée de la réglisse; M. Desfosses, la croyant différente à cause 
de sa saveur légèrement amère et de son alcalinité, a proposé 
de la nommer dulcamarine. Mais il est plus que probable que 
ce prétendu principe nouveau n’est rien antre chose que la 
matière sucrée et incristallisable de la réglisse, qui retient 
une petite quantité de solanine, principe dont'M. Desfosses 
lui-même avait déjà constaté l’existence dans les tiges de 
douce-amère. 

La douce-amère, d’après les expériences de M. Dunal, peut 
être administrée à forte dose sans inconvénient. Cependant, il 
est rapporté dans le Journal d'Hufeland (année 1821) une ob¬ 
servation du docteur Schlegel, qui semblerait devoir faire 
attribuer à cette plante des propriétés toxiques analogues à 
celles de la jusquiame. En effet, l’emploi dans les vingt-quatre 
heures d’une décoction faite avec les tiges fraîches de douce- 
amère, dans laquelle on avait mis une once d’extrait de la 
même plante, détermina l’obscurcissement de la vue, des ver¬ 
tiges , un tremblement de tous les membres, la paralysie de la 
langue et une sueur froide sur tout le corps ; accidens qui 
cédèrent à la suite de l’admistration d’une potion dans laquelle 
entrait le sous-carbonate de potasse. 

On avait attribué des qualités délétères aux baies de la 
douce-amère, mais l’expérience a constaté leur innocuité. 

La partie de la plante dont on fait encore usage, c’est la 
tige et particulièrement les jeunes rameaux de l’année précé¬ 
dente , que l’on recueille au printemps, lis ont, comme nous 
l’avons dit, une saveur amère, puis douceâtre. La décoction 
d’une demi - once à quatre onces de cette tige dans deux 



MORELIE (BIBLIOGR.). 225 

livres d’eau forme une boisson assez fréquemment employée. 
Elle agit principalement en provoquant des sueurs plus ou 
moins abondantes, surtout quand elle est adniinistrée chaude, 
et qué le malade garde le lit. Quelquefois, au contraire, elle 
porte son action sur les reins, et active la sécrétion de l’urine. 
On fait usage de la douce-amère dans le traitement du rhu¬ 
matisme chronique et surtout de la syphilis et d’un grand 
nombre de maladies de la peau , particulièrement contre la 
lèpre vulgaire (chricliton) et contre les affections cutanées 
accompagnées d’une vive irritation, telles que le prurigo, la 
psoriasis, l’ichthyose, etc. ( Gardner). On en prépare aussi un 
extrait dont la dose est de dix grains jusqu’à celle de plusieurs 
gros, dose que l’on augmente graduellement. 

Une autre espèce, que nous devons encore mentionner ici 
en passant, c’est la Mélongène ou' kuher^iae {Solarium melon- 
gena, Z.), originaire de l’Amérique méridionale, mais abondam¬ 
ment cultivée dans toutes les parties méridionales de l’Europe. 
Ses fruits, de la grosseur des deux poings, obovoïdes , obtus,. 
lisses, luisans et violacés, sont très recherchés comme alimens. 
Leur saveur, assez fade, est cependant agréable. 

La tomate, dont on mange le fruit, avait été rangée par 
Linné au nombre des espèces du genre morelle; mais les bo¬ 
tanistes modernes, revenant à l’opinion de Tournefort, en ont 
fait un genre particulier. A. Richard. 

Rozadx, Lettres sur les effets singuliers d’une espèce de solanum. Dans 
Journ. de méd., 1765, t. xxtt, p. 236, réimpr. à Ja suite de ses Tables 
nosol. et mêtéorol. Bâle, 1767, in-d®. 

Linné (Ch.). Resp. Hallenberg. De dulcamara. üpsal, 1771. Et dans 
Jinœn. acad., t. iv, p. 37..— De dulcamara. Ibid., t. vin, p. 63. 

Otto (J. G.). De usa medico dulcamarœ. Jena, 1784, in-4®. Anal, dans 
Journ. de méd., t. Exvii, p. 166. 

Carrère ( J.-B. F. ). Mém. sur la douce-amère ou solanum scandens 
dans le traitement de, plusieurs maladies, et surtout des maladies dar- 
lreuses. Paris, 1781, in-8«. 

Koehn (J. Gl.). Diss. de dulcamara. Breslau, 1779, in-4“. — Von dem 
heilsamen Hirscbkraut otler Bittersüss. Ibid., 1785, in-8®. Anal, dans 
Journ. de méd., t. txvii, p. 148. 

Vadters (P. E.). Observations sur la douce-amère. Dans Repertoriuni 
remediorum, p. 269. 

Dict. de Méd. XX. 15 



226 MORT. 

Mazenzie. Observations sur l’emploi de la douce-amère dans les mala¬ 
dies scrofuleuses. Th. Strasbourg, 1815, in-4®. 

Et voyez Murray , Jppar. med. 

Dü.nal (Mich. Félix). Histoire naturelle, médicale et économique des 
solunum, et Ues genres qui ont été confondus avec eux. Thèses de 
Montpellier, 1813, in-4“, fig. et séparât. Paris, Strasbourg et Mont¬ 
pellier, 1813, in-4“. fig. R, D. 

310RPH1NE. Voyez Ofmts.. 

MORT. — L’existence de tous les corps organisés est limi¬ 
tée; leur durée varie de quelques heures à plusieurs siècles , 
mais ils ont nécessairement uu terme, et ce terme, c’est la 
mort. La mort est, dit-on, la cessation des conditions qui en¬ 
tretenaient la vie. Mais, croitron avoir éclairci quelque chose 
par cette déjiüition? On a simplement exprimé un fait, mais 
on n’a rien expliqué; il restera toujours à déterminer quelles 
sont ces conditions qui entretiennent la vie, ce que c’est, en 
un mot, que la vie. Tout ce que l’on sait à cet égard se borne 
à la comparaisou des phénomènes, c’est-à-dire des effets que 
l’on observe dans les corps organisés, avec ce qui a lieu pour 
les corps non organisés. Les premiers sont continuellement en 
rapport avec les objets qui les environnent, et, se détruisant 
par le fait même de leur développement, ils doivent puiser 
dans le monde extérieur les matériaux de leur réparation. 
Les seconds, au contraire, nés, comme le dit Burdach {Physiol., 
t. Y, pag. 344), d’une activité momentanée éteinte, se main¬ 
tiennent passivement dans le repos, et ne peuvent être que 
troublés par les agents du dehors. 

Nous ne nous arrêterons pas à discuter ici les diverses 
théories qui ont été émises au sujet de la vie ; nous dirons seu¬ 
lement que, laissant de côté les hypothèses des spiritualistes, 
et nous bornant à l’observation des faits, nous regardons la vie 
comme un ensemble de fonctions accomplies par des organes. 
Or, dans le cercle sans commencement ni fin des actions or¬ 
ganiques qui entretiennent la vie, se placent en première ligne 
l’influence nerveuse ou innervation, et la présence d’un liquide 
doué de propriétés spéciales, le sang artériel. Ce dernier, formé 
par le poumon dans l’acte de l’hématose, est envoyé à tous les 
organes par le cœur ; ainsi détruisez l’innervation, l’héroa- 



MORT. - 227 

tose s’flrrête, et le cœur cesse ses l’opctious; suspendez l’action 
du cœur, [’héraatose ne se fera plus, et les centres nerYepx 
cesseront d’agir; enfin, que la sanguification n’ait plus lieu, 
l’action du cerveau et celle du cœur ne pourront plus s’effec¬ 
tuer. De là, trois genres de mort différeps, suivant que le jeu dp 
cerveau, du poumon ou dp cœur, sera arrêté le premier; dans 
chacun de ces cas, la vie cesse brusquement; aussi, il y a ce 
qu’on appelle mort subite. Mais souvent je problème est bien 
plus compliqué, et la mort arrive plus ou moips lentement 
par l’effet de causes multiples, réagissant tour à tour les unes 
sur les autres, alternativement causes et effets, et s’augmen¬ 
tant ainsi par leurs actions réciproques. 

Rien de plus variable que l’état des fonctions au moment de 
la mort: tantôt l’intelligence est presque complètement abolie, 
tantôt, au contraire, elle est calme, reposée, et le malade peut 
apprécier toute la gravité de sa position. Dans certains cas , et 
cela s’observe surtout chez des femmes, il y aune sorte d’exal¬ 
tation extatique, et on a même vu quelques individus annon¬ 
cer à l’avance l’instant précis où ils cesseraient d’exister. D’au¬ 
tres sont plongés dans une sorte de délire, et voient mille 
figures bizarres ou effrayantes , pereunti mille figures. Certains 
individus affectés de folie ont recouvré leur intelligence au 
moment de leur mort, etc, Nous ne répéterons pas çe qui a 
déjà été dit au mot Agonie; nous ferons seulement remarquer 
qu’en général, à l’instant de la mort les fonctions sensoriales, 
à commencer par la vue, s’éteignent les premières; puis les 
membres sont pris d’une faiblesse extrême ; la respiration de¬ 
vient de plus en plus anxieuse, difficile, râlante, et une der¬ 
nière expiration termine la scène. Le pouls, qui était vif, serpé, 
fréquent, cesse complètement de battre; toute circulation çp- 
conférenüelle est arrêtée ; le cœur conserve encore pendant 
quelques instants de légers mouvements dont la suspension dé¬ 
finitive annonce que tout est fini. Quant à l’état du cadavre et 
à l’ordre précis dans lequel se suspendent les diverses fonc¬ 
tions, nous en parlerons à propos de chacun des genres de 
mort que nous nous proposons d’examiner. 

Mais d’abord, nous allons étudier : 1" les différents mutjes 
de terminaisons de la vie chez l’homme ; 2“ les signes qui ca¬ 
ractérisent l’état de mort, et ceux qui différencient la mort 
apparente de la mort réelle. 



MORT. 


228 

S I. Des DIFFÉRENS MODES DE TEP.M1NAISON DE LA VIE CHEZ l’HOMME.— 
La vie de l’homme peut se terminer de deux manières, soit par le 
seul effet des progrès de l’âge , soit par suite d’accidens fortuits 
ou de maladies. De là, deux genres de mort que l’on désigne 
sous les noms de mort naturelle ou sénile, et de mort accidentelle. 

I. De la mort sénile ou naturelle. — Les auteurs désignent ainsi 
la cessation de la vie résultant de l’épuisement de ses principes 
par le seul effet de la prolongation de sa durée. Tout être or¬ 
ganisé est, avons-nous dit, condamné à périr; l’époque seule 
est variable. On observe à cet égard de grandes différences 
dans l’échelle des êtres viyans : c’est vainement qü’on a voulu 
établir des lois fixes et absolues; elles sont à chaque instant 
démenties par des faits contradictoires. Ainsi, on a dit que la 
durée de la vie était en rapport avec le volume des êtres, tan¬ 
dis que l’on voit des plantes et des animaux de petites dimen¬ 
sions exister beaucoup plus longtemps que des individus dont 
les proportions sont beaucoup plus considérables. On a dit que 
plus le développement était lent, plus la durée de la vie était 
prolongée. Mais cette loi offre à chaque instant des exceptions ; 
il en 'est de même pour cet autre, que plus la gestation est 
longue, plus la vie de l’animal se prolonge. Avouons cependant 
que ces remarques offrent quelque chose de généralement vrai, 
mais qu’elles ne sont point constantes. Ce qui est plus certain, 
c’est que les fonctions qui se sont développées les dernières 
sont aussi celles qui cessent les premières, comme nous allons 
le voir en présentant le tableau de la mort sénile. 

Chez l’homme, il est rare que la vie se prolonge au-dèlà de 
la centième année; on cite cependant quelques remarquables 
exemples de longévité jusqu’àla cent cinquantième, et même la 
cent soixante-quinzième année; mais la science ne possède pas 
d’histoire authentique de bicentenaires. Le terme ordinaire de 
la vie de l’homme est compris entre la soixante-quinzième et 
la quatre-vingt-dixième année ; et alors même que la carrière 
s’est prolongée jusqu’à cet âge, le plus souvent c’est une ma¬ 
ladie qui met fin à l’existence. Quant aux conditions de sexe, 
de tempérament, de climat, qui peuvent favoriser la longévité; 
ce n’est pas ici le lieu de nous en occuper. 

La première fonction qui s’éteint chez le vieillard, c’est l’ap¬ 
titude à la génération , puis les facultés intellectuelles s’affai¬ 
blissent, les fonctions de la vie animale ne tardent pas à dé- 



MORT. 


229 

croître aussi; la locomotion est rendue plus difficile, tant par 
défaut d’excitation cérébrale, comme l’a fait remarquer Bi- 
cbat, que par la rigidité plus grande des muscles et le jeu 
moins facile des articulations. Le corps se voûte , à moins 
qu’une longue habitude ne l’ait en quelque sorte consolidé 
dans une disposition droite, comme cela s’observe chez les 
vieux soldats. Les sens, de plus en plus affaiblis, deviennent 
impropres à transmettre au eerveau les impressions du de¬ 
hors , et diminuent d’autant la puissance de l’entendement. 
D’un autre côté, la circulation, autrefois si active, commence 
à devenir languissante; la respiration ne s’exécute qu’avec 
difficulté; l’hématose se fait d’une manière incomplète, et la 
digestion altérée ne lui fournit qu’un chyle mal élaboré. Si la 
circulation est viciée, la calorification ne tarde pas à s’en res¬ 
sentir ; en même temps le système artériel s’incruste d’ossifi¬ 
cations, divers organes s’oblitèrent. La nutrition n’ayant plus 
lieu comme autrefois, le corps s’émacie ; enfin, l’un des foyers 
de la vie, ordinairement le poumon , vient interrompre son ac¬ 
tion, et la mort arrive aussitôt. Dans certains cas, l’affaiblis¬ 
sement a été moins rapide, et le vieillard succombe tout à 
coup pendant son sommeil; mais ce cas doit peut-être rentrer 
dans celui des morts subites. 

Les auteurs, s’attachant surtout aux phénomènes les plus 
marquants de la mort sénile, et séduits par une opposition 
plus apparente que réelle, ont dit que la mort sénile procé¬ 
dait de la circonférence au centre ; tandis que dans la mort ac¬ 
cidentelle le contraire avait lieu, c’est-à-dire que les organes 
centraux cessaient les prerniers leurs fonctions. Voyons ce qu’il 
faut penser de cette assertion : et, d’abord, mettant à part la 
génération qui tient plus à la vie de l’espèce qu’à celle de l’in¬ 
dividu, rappelons cette loi bien constatée, que la mort envahit 
en premier lieu les fonctions qui se sont développées les der¬ 
nières. Or, les facultés intellectuelles sont, avons-nous dit, celles 
dont l’affaiblissement se fait sentir en premier lieu; l’incitation 
nerveuse, comme l’a remarqué Bichat lui-même, diminue en 
même temps. Qu’en résultera-t-il? une diminution dans l’acti¬ 
vité de toutes les fonctions : les contractions du cœur, organe 
central, les mouvemens respiratoires et le jeu du poumon, 
autre organe central, en seront troublés ; un sang moins héma- 
tosé sera porté d’une manière plus languissante dans les parties 



MORT. 


230 

cirdoafëi eatieÜës , qui, les preniièrès, se eesseutiront du dés¬ 
ordre des centres : de là, ces dégradations dans la nutrition , 
caries dépôts Calcaires (et lion osseux), les oblitérations, les 
atrophies, indiquent un mouvement rétrograde; D’uü autre côté, 
les organes périphériques, nevivant pas par eux-mêmes, mais pât 
l’influence du triple foyer ecotràl, ne sont ainsi modifiés dans 
leur structure, et par suite dans leurs propriétés, que parce que 
l’influence vitale et alimentaire, qui les fait ce qu’ils sont, agit sur- 
eux avec moins de puissance que par le passé. Si les fonctions 
digestives languissent, à quoi faut-il l’attribuer, si ce n’est à la 
même cause ; et par le fait de ce mouvement circulaire d’ac¬ 
tions réciproques dont nous avons parlé , le sang subit une 
nouvelle cause d’affaiblissement dans son aétion nutritive. Il 
n’est donc pas complètement Vrai que la mort commence par 
la circonférence; elle n’eSt là que lè résultat de la diminution 
d’action des organes centraux , ou, si l’on veut, le commen-- 
cernent de mort de ces mêmes organes qui se manifeste dans 
les parties les plus éloignées, et qui sont le plus facilement 
soustraites à leur action. 

Du reste, C’Cst particulièrement sur le cadavre que l’on peut 
apprécier cette extinction complète de la vie dans tous les tis¬ 
sus ; et nous verrons plus loin la grande différence qui existe 
sous ce rapport avec les cadavres des, individus qui ont suc¬ 
combé à Une mort accidentelle, mais surtout subite. Chez le 
vieillard, la chaleur abandonne le corps presque en même 
temps que la vie; toutes les fonctions sont simultanément 
éteintes ; la rigidité cadavérique ne s’établit même pas d’une 
manière sensible; et, comme on l’a déjà fait observer depuis 
longtemps , si- la putréfaction ne survient pas immédiatement, 
c’est que l’état de sécheresse et de dureté des tissus en retarde 
l’invasion. 

Rechercherons-nous la cause de la mort sénile? Nous l’avons 
dit eu commençant, les-conditions de la vie nous étant incon¬ 
nues , nous ne pouvons savoir comment il se fait que le jeu 
dés fonctions vienne à se ralentir et à cesser tout-à-fait. Quant 
à la manière dont elle s’établit, nous croyons avoir suffisam¬ 
ment démontré que le point de départ était toujours dans un 
oü deux des trois organes centraux qui sont une source de vie 
et de mort. 

II. De la inort accidentelle. ^— C’est celle qui, amenée par des 



MORT. 


231 


clhîohstelicès pàfticülièifes, frappe l’individu plus tôt q lie iie le 
ëbmpofte le eatactère de l’espèce. 

Deux ordres de causés peuvent produire l’extinction de la 
vie. Gomme les êtres organisés doivent leur existéhee et aux 
forces vitales qui résident en eux , et aux matériaux qui, lèur 
Venant dü dehors, Sont mis en oeuvre par ces mêmes. forCës, les 
causes de destruction doivent être dëcessairetnent ésAéri’éü'rès 
du iniérieiires. LeSpremières sont: 1“ les coups, lès Chutes, les 
blessures qui déterrninent mécaniquement la désorganisation 
des appareils chargés de l’entretien de la vie ; 2“ la privation ou 
là Viciation des substances que nous devons nécessairement 
puiser dans runivërs pour notre conservation : ainsi, Un âir trop 
rare, du renfermant Un gaz impropre à la respiration, détermi¬ 
nera l’asphyxie ; 3° l’application au corps humain, par quelque 
voie que ce soit, des substances dites poisoris, et qui agissent 
dü parce qu’elles corrodent ou enflamment localement leS or¬ 
ganes , ou parce qu’absorbées et portées danS le sang elles 
vont enrayer l’action nerveuse et anéantir cette condition fôn- 
dànientale dé la vie; 4“ l’impression d’un froid trop iutenSè qui, 
refoulant vers les organes centraux une masse de sang plus 
considérable que celle qu’ils doivent habituellement rece¬ 
voir^ déterniine leur engorgement, et suspend leurs fonctions. 

Aux causes intérieures appartient lé développement spon¬ 
tané dans les organès d’actions morbides diverses, actions qui 
détruisent plus ôü moins promptement leur texture, et s’oppo¬ 
sent au libre exercice de leurs fonctions. On conçoit que la 
gravité dé ces actions morbides, et que l’imminence de la mort 
accidentelle, seront d’autant plus grandes que ces affections 
siégeront dans un organe plus nécessaire à la vie, et qui eXér- 
cèra sür l’économie une influence plus étendue. 

• La variété, la multiplicité des Causes qui produisent, chez 
l’hoiüme , la mort accidentelle expliquent pourquoi cette mort 
arrive à des époques si différentes dans lé cours de'Sâ Car¬ 
rière, et se montre sous des traits si variés. Tantôt, en effet, 
elle survient plus ou moins lentement à là suite d’une maladie 
qui à détérioré un ou plusieurs orgaües, et troublé violemment 
leurs fonctions ; tantôtellefrappe d’une manière brü-sque au mi¬ 
lieu d’une santé parfaite, ou pendant le cours d’Une affècliôn 
quelconque. De lâ, deux ordres de mort accidentelle \ les Unes 
lentes, les autres subites. Nous allons les examiner sucCessî- 



232 


MOET. 


vement sous ce point de yue, en passant de celles qui sur¬ 
viennent après des mois et des années de souffrances, à celles 
qui atteignent le malade en quelques jours ou quelques se¬ 
maines , pour arriver enfin aux morts subites proprement dites. 

A. De la mort qui survient après plusieurs mois ou plusieurs 
années de maladie. — Dans la mort sénile l’extinction, comme 
nous l’avons dit, se prépare de longue main par l’anéantisse¬ 
ment gradué des forces vitales et l’altération de la texture des 
organes. Ici le procédé est à peu près le même, seulement la 
destruction, quoique lente, marche comparativement avec 
beaucoup plus de rapidité. Tantôt c’est un organe central, le 
poumon, comme dans la phthisie, le cœur, comme dans les 
anévrysmes, qui se trouve affecté, mais dont la lésion.est pri¬ 
mitivement trop faible pour interrompre le jeu de l’organe. 
Ainsi, pour continuer lès exemples que nous citions, c’est pro¬ 
gressivement et peu à peu, que l’hématose, dans le premier 
cas , et la circulation, dans le deuxième, finissent par ne plus 
être en rapport avec les besoins de l’économie, déjà altérée par 
le trouble prolongé de ces deux importantes fonctions. Alors 
la mort s’empare peu à peu de l’individu , et celui-ci s’éteint, 
comme dans, certains cas de mort sénile. 

Que la digestion soit gênée par un cancer de l’estomac ou de 
l’intestin, le sang, necontenantplus ses matériaux réparateurs 
habituels, portera dans les organes un aliment vicié, altérera 
insensiblement leur structure, et le maladefinirapar succomber 
dans un état d’émaciation extrême. D’autres fois c’est une abon¬ 
dante suppuration qui détourne à son profit les sucs nutritifs 
destinés aux organes, entraîne l’appauvrissement du sang,Té- 
puisement, et enfin ce que les anciens appelaient avec une 
apparence de raison la fonte coliiquative. Dans la plupart de 
ces cas la mort diffère de celle que nous ayons appelée sénile.! 
en ce que la vie animale ,' mais surtout l’intelligence, persis¬ 
tent jusqu’au dernier moment; mais dans les cas où il existe 
une affection cérébrale chronique, certains ramollissemens, 
par exemple, l’analogie est souvent très-grande. 

Lorsque la mort a été très lente, les actions organiques s’é¬ 
teignent presque toutes simultanément, dernier trait de res¬ 
semblance avec la mort naturelle des vieillards; les contractions 
musculaires, les absorptions, les sécrétions, cessent, pour 
ainsi dire, avec la vie, taudis que la chaleur animale, déjà bien 



MORT. 


233 


affaiblie, achève d’abandonner le cadavre ; enfin, la rigidité 
qui survient très promptement est à peine marquée, et ne 
tarde pas à disparaître. 

B. De lamort qui survient après quelques semaines ou quelques 
jours de maladie. — Ici ,• et par opposition avec le cas précé¬ 
dent, les phénomènes qui accompagnent, mais surtout ceux 
qui suivent la mort, ont la plus grande analogie avec ceux des 
morts subites. Cependant dans celles-ci, on peut toujours cer¬ 
tifier à l’avance que l’un des trois organes centraux à subi une 
atteinte violente et directe , tandis que quand l’existence a été 
anéantie par suite d’une maladie aiguë, cette dernière peut n’a¬ 
voir porté que sur un organe autre que ceux dont nous venons 
de parler. Ainsi, la mort s’explique très bien, quand, le poumon 
étant hépatisé, le défaut d’hématose arrête les fonctions.vi¬ 
tales ; cela peut encore arriver dans une maladiè du cœur ou 
du cerveau ; mais dans d’autres cas, cela est moins facile : par 
exemple, pourquoi meurt-on si promptement dans une péri¬ 
tonite? Le péritoine n’est pas chargé de l’accomplissement d’une 
fonction vitale: il n’est que le lien matériel qui unit à l’abdomen 
les viscères situés dans cette cavité ; il semble qu’à ce titre une 
maladie de cet organe ne devrait jamais être mortelle. Ce¬ 
pendant, c’est le contraire qui existe ; comment cela se fait-il ? 
Il faut bien qu’il y ait eu une influence exercée sur l’une ou 
l’autre des deux conditions de la vie, ou épuisement de l’inner¬ 
vation par la douleur, ou altération du sang artériel par suite 
de l’épanchement que cause la maladie ? mais laquelle de; ces 
influences est réelle, et en quoi consiste-t-elle? C’est ce qu’il 
est impossible de préciser. 

Toutefois, dans ce second genre de mort accidentelle,. les 
phénomènes qui marquent la mort peuvent encore être plus 
différons de ceux de la mort subite. Tantôt c’est au milieu 
même des symptômes les plus orageux , et lorsqu’il y avait 
encore des indices d’une assez grande énergie vitale, que 
le dernier, soupir est rendu. Tantôt, au contraire, c’est après 
la disparition graduelle de ces symptômes et à la suite d’un 
affaissement qui, d’heure en heure,.a fait des progrès, et 
.quelquefois le malade conserve jusqu’à la fin ses facultés sen- 
soriales , et sent sa mort s’approcher ; d’autres fois , et heu¬ 
reusement c’est le cas le plus ordinaire, il n’a pas la con¬ 
naissance, de sa. Un , soit parce.qu’il est dans le délire, soit 



MORT- 


234 

parce que le cerveau éprouve le premier les âttéiâtes d'e l’àf- 
faissemeût qui pèse sur tous les organes^ Rien h’ést plus va¬ 
riable que la nature du genre de mort dont noué trâitbns ici ; 
et tout médecin a pu être frappé de la variété des phéno¬ 
mènes qui lui sont offerts sous ce rapport. Remarquons 
cependant que , dans ces différens caS , pour que la mort 
arrive-, il faut bien que les organes Centraux qui président 
aux deux conditions fondamentales de la vie soient d’iine 
manière‘ou d’une autre affectés; et, à cet égard, il est vrai 
de dire que ce second genre de mort accidentélle se rap¬ 
proche toujours plus ou moins de celui dont il nous reste à 
parler, c’est-à-dire de l’une ou de l’autre des trois espèces de 
mort subite. Ou bien l’organe qui est le Siège de la maladie 
ést le poumon ou le cœur, ou le cerveau, et la mort, étant due 
à l’mterruption de l’action de cesorganes,^arrive comme dans 
les morts subites, seulement avec plus dè lenteur ; ou bièu 
la maladie siège en une autre partie, et alors celte maladie 
n’est mortelle qu’en entraînant fonctiohnellemént ou sympa¬ 
thiquement une altération de l’un ou de l’autre des trois or¬ 
ganes centraux. Il est rare que ce soit le cœur qui inter¬ 
rompe le premier ses fonctions; cela ne sé voit guère qu’à là 
suite de grandes hémorrhagies. Presque toujoürS c’est aü pou¬ 
mon, et après lui au cerveau, que l’arrêt doit êtrë attribué. 
Ainsi, dans la plupart des. cas, vous voyez le poumon s’en¬ 
gouer, s’embarrasser, la respiration devenir râlante, et lè ma¬ 
lade succomber comme dans I’AsphyxIe ( nojez cé mot ). 

Rien n’est plus variable qué l’état des fonctions au moment 
de la mort accidentelle ; cependant les traits ijùi la caractéri¬ 
sent ressemblent trop àü tabléau que nous avons donnè^ dans 
nos généralités pour que bous ne devions pas y renvOÿer le 
lecteur. Le cadavre diffère complètement de celûî qui appar¬ 
tient à ün individu mort de vieillesfee ou à lasüile d’une maladie 
chronique. Il a ordinairement conservé l’embonpoint qüè jtos- 
sédait le sujet pendant sa vie ; la contractilité musculaire per¬ 
siste pendant dix à douze heures chez les su}ets très vigoureux 
et morts en peu de temps, et, ChOSe remarquable, dont On doit 
l’observation à Nysteii (iîécAércâéj^ etc., pàg. 376), elle se con¬ 
serve quinze à vingt heures dans les cadavres d’individus 
qui ont succombé à des màladièS beaucoup niôifas aigüëS, dàm 
lesquelles il y a eü ün commencement d’amaigriâsemènt. Lés 



MORT. 


235 


sécrétions, les absorptionsj persistent encore pendant plusieurs 
heures d’une manière manifeste : dans quelques circonstances 
On a parfaitement constaté que la croissance des chweux et de 
la barbe s’était encore continuée quelque temps après que le 
dernier soupir avait été rendu. Dans ces cas^ la chaleur animale 
se conserve fort long-temps ; il n’est pas rare de la voir per¬ 
sister vingt heures après la mort; enhn la rigidité survient 
lentement; mais dure beaucoup plus long-temps que dans les 
cas précédens. 

Les physiologistes et les expérimentateurs ont beaucoup 
étudié le mécanisme de la mort accidentelle subite ; c’est à 
l’observation clinique qu’il appartient d’analyser celui de la 
mort accidentelle à la suite des maladies aiguës. La science a 
besoin de nouvelles lumièrès sur ce sujet. 

G. Dé la mort saùite. •— Lorsque la mort est subite ; la causé 
réside nécessairement dans les organes Centraux qui président 
aux deux conditions fondamentales de la vie; dans le cœur od 
le poumon, ou dans le cerveau. Par suite d’une altération quel¬ 
conque de'ces organes, ils ont cessé de dispenser le sang ar¬ 
tériel et l’innervation nécessaires à la vie; et toutes les autres 
parties'privées, au milieu de l’exercice de leurs fonctions, 
de ces deux influencés indispensables à leur entretien, ont 
dû s’arrêter immédiatement. Telles sont les morts par as¬ 
phyxie; par la rupture d’un anévrysme du cœur, par unè apo¬ 
plexie foudroyante. Jadis ces morts étaient toutes confondues 
sous le nom de morts subites ; mais aujourd’hui la physiologie 
est parvenue à spécifier quelles sont les conditions organiques 
et matérielles de la vie , etla part que prend à leur établisse¬ 
ment chacun des trois organes centraux qui y président; ét 
qui forment , suivant l’expression ancienne, le trépied de la 
vie; aussi distingue^t-on ces morts subites- selon qu’elles 
arrivent par une altération du poumon, du cœur ou du 
cerveau. ' . 

1“ Mort subite par défaut d’action du poumon. — L’acte respi¬ 
ratoire Se compose de deux-ordres de phénomènes ,■ les tins 
simplement mécaniques; consistant dans les moüvemens de là' 
poitrine, les autres, chimiques, consistant dans les cliange- 
mens qüe subit le sang lorsqu’il est mis en contact avec l’air 
atmosphérique. C’est ce genre de mort que l’on appelle as'-r 
phyxie. La cessation des phénomènes naécaniqùes arrête les 



236 MOUT. 

autres en ne permettant plus au sang de traverser les pou¬ 
mons. 

Les signes de l’asphyxie ayant déjà été donnés avec détail 
(voyez ce mot), nous n’en parlerons pas ici. 

Jusqu’à ces dernières années, la cause d’un grand nombre 
de morts subites n’avait pu être constatée; d’après mes obser¬ 
vations et celles de M. Lebert, il est évident aujourd’hui que', 
dans un bon nombre de cas, c’est à une lésion brusque ou 
même lente du poumon qu’il faut la rapporter. 

J’ai observé plusieurs faits qui tendent à le démontrer. Une 
fois la mort était due à un emphysème pulmonaire spontané; 
une autre fois, elle fut occasionnée par une apoplexie pul¬ 
monaire; et enfin une pleuro-pneumonie double fut la lésion 
qui détermina une mort subite chez un autre individu. Ces 
différens cas de mort instantanée, qui sont dignes d’intérêt 
sous plus d’un rapport, ont été rassemblés et publiés par moi 
dans un mémoire inséré dans les Archives générales de médecine 
(janvier 1838). 

Peu après ces recherches, M. Lebert, dans un excellent 
travail inséré-dans le même journal (avril et mai 1838), réunit 
aux faits déjà publiés quelques observations qui lui 'étaient 
propres, et classa dans l’ordre suivant les morts subites cau¬ 
sées par une lésion du poumon. 

1® Congestion avec exhalation de sang à la surface, interne 
des ramifications bronchiques, sans engouement notable du 
poumon. Dans ce cas les poumons-sont encore mous, crépi- 
tans, ne s’affaissènt pas à l’ouverture de la poitrine, et ne se 
laissent pas déchirer par le doigt; leur texture n’a donc pas 
été altérée par le sang. A la section, ce fluide ne s’échappe pas, 
il semble combiné avec le parenchyme pulmonaire; les bron¬ 
ches en sont remplies, et dans leur cavité, il est rouge et écu- 
meux, la muqueuse est imprégnée de sang et teinte dans toute 
son épaisseur : elle est ordinairement un peu ramollie. Les 
malades ont succombé au milieu d’une hémoptysie. 

2® Congestion simple ou engouement du poumon. Lorsque 
l’engorgement a eu lieu brusquement, la mort en est le résultat 
immédiat ; ici un sang noir et spumeux infiltre Je parenchyme 
de l’organe et s’écoule en ruisselant sous le scalpel. Si , au 
contraire, la congestion a eu lieu lentement , le sang est inti¬ 
mement uni au tissu du poumon, et celui-ci offre à la seetipu 



MORT. 


,237 


une surface noire unie, analogue à celle delà rate. Cette der¬ 
nière lésion s’observe surtout chez les vieillards retenus au lit 
par une cause quelconque, affectés de maladies des voies 
urinaires, etc. 

3® Congestion brusque du poumon avec déchirure du tissu 
de l’organe et épanchement sanguin dans son épaisseur. Ce 
n’est autre chose que Y apoplexie pulmonaire, si bien décrite 
par Laennec, et à laquelle ÂI. Lebert ajoute la rupture d’un 
gros vaisseau dans une caverne pulmonaire. 

4“ Congestion inflammatoire. La phlegmasie peut rester 
latente et se révéler tout-à-coup par la mort: c’est là une cause 
de mort subite assez fréquente dans les hospices de la 
Vieillesse. Des individus bien portons en apparence succom¬ 
bent tout à coup, et on trouve les poumons hépatisés ou en 
pleine suppuration. 

5° Dans l’œdème ou congestion séreuse du poumon, la mort 
survient quelquefois avec assez de rapidité. Mais peut-elle être 
subite ? M. Lebert répond par l’affirmative, tout en avouant 
que les faits lui manquent pour le démontrer. 

6® Il n’en est pas de même de l’emphysème brusquement 
survenu, et M. Lebert, rapportant l’observation déjà publiée 
par moi, et dont il a été question plus haut, ajoute les ré¬ 
flexions suivantes : «Dans les cas où l’emphysème spontané du 
poumon détermine subitement la mort, celle-ci me semble 
avoir été l’effet immédiat de la cessation des phénomènes res¬ 
piratoires , par suite de la dilatation ou de la rupture des vé¬ 
sicules aériennes et de l’atrophie, ou plutôt delà compression 
des petits vaisseaux sanguins, car le tissu pulmonaire est alors 
pâle, exsangue, raréfié, ce qui prouve que la circulation avait 
l)eaucoup de peine à s’y faire ; et du moment qu’elle est inter¬ 
rompue, l’individu doit nécessairement cesser de vivre.» 

Quant à la mort par lésion nerveuse du poumon, c’est là 
une explication pour tous les cas où la lésion matérielle n’a pu 
.être rencontrée : du resté, nous ne rejetons pas entièrement 
sa possibilité; nous disons seulement qu’elle n’est pas prouvée. 

Dans un mémoire lu à l’Académie royale de médecine le 17 
juin 1838, M. Devergie a constaté que, sur quarante cas de 
mort subite observés par lui, vingt-quatre fois la mort avait 
été occasionnée par une congestion du poumon seule ou unie 
à une congestion cérébrale. 



MORT. 


238 

Quoi qu’il en soit, ■voici l’ordre dans lequel se montre, sui¬ 
vant Biehat, la cessation successive des fonctions dans l’as¬ 
phyxie qui conomence par la cessation des phénomènes méca¬ 
niques de la respiration : 1" plus de phénomènes mécaniques ; 
2*? plus de phénomènes chimiques, faute d’air qui les entre¬ 
tienne; 3“ plus d’action cérébrale, faute de sang rouge qui 
excite le cerveau; 4® plus de vie animale, de sensations, de 
locomotion et de voix, faute d’excitation dans les organes de 
ces fonctions, par l’action cérébrale et le sang rouge; 5° plus 
de circulation générale; plus de circulation capillaire, de 
sécrétions, d’absorption, d’exhalation, faute d’action exercée 
par le sang rouge sur les organes de ces fonctions ; 7® plus 
de cRgestion, faute de sécrétion et d’excitation des organes 
digestifs. 

Quand ce sont les phénomènes chimiques qui se sont in¬ 
terrompus les premiers, les phénomènes de la mort s’enchaî¬ 
nent différenament. A la cessation des phénomènes chimiques 
succède, 1° celle de l’action cérébrale ; 2" de la vie animale, 
des sensations, des mouvements, et par conséquent de la voix 
et des phénomènes mécaniaues de la respiration ; 3® de l’action 
du cœur et de la circulation générale; 4® de la circulation ca¬ 
pillaire, de l’exhalation et de l’absorption; 5® de la chaleur 
animale qui est le résultat de toutes les, fonctions, et qui n’aban¬ 
donne le corps que lorsque tout a cessé d’y être en activité. 

A l’ouverture des cadavres, l'on rencontre souvent la langue 
engagée dans les arcades dentaires. Souvent aussi les deux 
mâchoires sont croisées, l’inférieure sous la supérieure. Les 
téguments et la face sont livides; toutes les parties regorgent 
de sang, et ce sang, qui est ordinairement noir, fluide, non 
coagulé, est surtout rassemblé dans le système vasculaire à 
sang noir : le système artériel est, au contraire, vide, eu n’en 
contient qu’une petite quantité; ta membrane muqueuse la¬ 
ryngienne trachéale et bronchique est fort injectée, et quel¬ 
quefois d’un rougeintense.il n’est'pas rare d’y trouver une 
mousse écumeuse analogue à celle que l’on rencontre chez les 
noyés, mais qui en diffère en ce qu’elle est presque toujours 
sanguinolente. 

Les poumons remplissènt complètement la cavité des plèvres. 
Leur surface extérieure est ardoisée, on y voit une foule d’arbo¬ 
risations vasculaires; le parenchyme pulmonaire est d’un rouge- 



MORT. 239 

brique de plus en plus foncé à mesure que l’on observe ce tissu, 
en procédant de la partie antérieure et la plus superficielle 
vers la partie la plus profonde et la plus déclive. Lorsque dans 
la section du tissu pulmonaire on ouvre des vaisseaux veineux 
d’un certain calibre, il s’en écoule en nappe un sang noir, épais, 
qui devient de plus en plus abondant au fur et à mesure que 
l’on pénètre plus profondément.Le cœurestremarquablepar la 
quantité relative de sang qu’il renferme dans ses cavités gau¬ 
ches et dans ses cavités droites; ces dernières en contiennent 
toujours une quantité beaucoup plus considérable qu’à gaucbe, 
et le sang y est presque toujours liquide, tandis qu’il; est 
■ plus épais dans les cavités gauches. Les veines caves et les vais? 
seaux qui s’y rendent contiennent beaucoup de sang. L’aorte et 
ses premières divisions en renferment fort peu. 

2“ Mort subite far défaut d'action du cœur.^ Les morts subites 
par défaut d’action du coeur comprennent celles qui résultent : 
l°de plaies faites et de ruptures de cet organe; 2* d’ané¬ 
vrysmes terminés par rupture; 3“ de syncopes hémorrhagiques 
ou desyncopes purement nerveuses, comme à la suite de la 
colère, de la peur, de la joie; 4° enfin elle dépend de l’intro¬ 
duction de l’air dans le système circulatoire, de la formation 
spontanée d’un fluide gazeux dans les organes de la circula¬ 
tion, lésion sur laquelle j’ai attiré d’une manière toute spéciale 
l’attention des observateurs dans mon mémoire sur les morts 
subites (Journ. cit., p. 13). 

Une connexion étroite lie le cœur avec le cerveau, et la 
circulation avec l’acte cérébral, ce qui se trouve parfaite¬ 
ment démontré par la ligature des deux artères carotides. 
Quand, par une hémorrhagie tant interne qu’externe, par 
une syncope, etc., l’action du cœur diminue tout-à-copp 
considérablement, celle du cerveau diminue dans la même 
proportion, ou quand l'action du cœur cesse, celle du cerveau 
diminue également. L’aetion du cerveau n’étant plus entretenue 
par l’afflux du sang en assez grande quantité, il y a à l’instant 
cessation de la sensibilité, des fonctions de relation, de la 
voix, des mouvemens volontaires et de ceux du diaphragme. 
Les phénojnènes mécaniques de la respiration sont interrom¬ 
pus , et cette interruption des phénomènes mécaniques amène 
celle des phénomènes chimiques. 

Mais quand c’est une portion du système circulatoire à sang 




240 MORT. 

noir veineux, comme l’oreillette ou le ventricule droits, ou 
l’artère pulmonaire, dont la fonction se trouve arrêtée la pre¬ 
mière, le sang n’arrivant plus au poumon, les phénomènes 
chimiques de la respiration cessent, et c’est consécutivement 
lorsque le cerveau ne reçoit plus de sang, n’excite plus les 
muscles intercostaux et le diaphragme, que les phénomènes 
mécaniques cessent à leur tour. 

Dans la mort par défaut d’action du cœur, ou par arrêt de 
la circulation, la cessation des fonctions est prompte. L’individu 
perd subitement tout sentiment et tout mouvement; la res¬ 
piration s’arrête, et presque instantanément il tombe privé 
de vie. La face, loin de devenir violette dans ces cas, a pâli; 
les extrémités sont devenues froides ; le corps s’est couvert 
d’une sueur glacée. 

La mort subite par syncope nerveuse ne peut plus être 
douteuse pour personne maintenant, et ses caractères anato¬ 
miques sont assez tranchés pour que, dans les recherches mé¬ 
dico-légales, ils ne puissent plus être l’objet de doutes. Je crois 
utile, pour ajouter aux faits déjà connus, de rapporter l’exem¬ 
ple suivant. Une femme nommée Messlard, âgée de soixante- 
onze ans, succomba tout-à-coup dans un accès de colère. Je 
fus chargé d’en faire l’autopsie, et voici les lésions que j’ob¬ 
servai : amaigrissement considérable du cadavre ; nulle trace 
de violence extérieure ; aucun liquide ne s’écoule de la bouche 
et du nez; pas d’ecchymose sous la peau des tégumens du 
crâne ; aucune fracture des os de cette cavité ; la substance 
du cerveau est infiltrée d’une assez grande quantité de séro¬ 
sité ; les vaisseaux des membranes et du tissu de cet organe 
sont peu gorgés de sang ; les deux poumons ont une teinte 
légèrement grisâtre; leur sommet est induré comme on le 
trouve souvent chez les vieillards, et la partie postérieure de 
chacun d’eux est infiltrée de sérosité rougeâtre; leurs vaisseaux 
ne contiennent qu’une quantité peu considérable de sang. 

Le cœur est d’un volume énorme ; les parois de ses cavités 
sont épaisses, et présentent l’état particulier qu’on désigne 
sous le nom de dégénérescence graisseuse; les deux cavités sont 
complètement remplies de sang qui distend l’une et l’autre ; à 
droite, il forme un caillot fibrineux, en partie décoloré à son 
centre, et moulé sur la surface du ventricule, avec des pro¬ 
longements qui s’engagent dans l’intervalle de toutes les co- 



MOUT. 241 

lonnes charnues ; le caillot fibrineux est dense et compacte ; le 
sang qui distend le ■ventricule gauche est noir, en caillot peu 
consistant, sans trace de séparation commençante de la ma¬ 
tière colorante du sang et de sa partie fibrineuse. Le péri¬ 
carde contenait une ou deux cuillerées de sérosité rougeâtre. 
Tous les organes de l’abdomen étaient dans l’état sain. L’es¬ 
tomac , très rétréci et allongé, ne renfermait aucun débris 
d’aliment, ni de traces d’un liquide quelconque. 

D’après les lésions trouvées sur le cadavre, je n’ai pas hé¬ 
sité à adopter dans mon rapport les conclusions suivantes : 
1“ La mort de la femme Messlard a été le résultat d’une syn¬ 
cope caractérisée par l’état ci-dessus décrit du cœur. 2° L’ab¬ 
sence de toutes traces de violences quelconques à la surface 
du corps démontre que cette syncope n’a pas été la suite d’une 
rixe ou de mauvais traitemens. 3” Le caractère habituellement 
très irascible de cette femme, et l’altercation vive qui paraît 
avoir eu lieu quelques instans avant sa mort, rendent parfai¬ 
tement raison du genre de mort auquel elle a succombé. 4“ La 
mort est donc résultée d’une cause toute naturelle et spontanée. 

Ainsi, les caractères anatomiques de la mort par syncope 
sont, d’une part, l’absence de congestion dans les organes, 
l’existence d’une grande, quantité de sang dans les cavités 
droites et gauches du cœur, et la distension de ces cavités par 
des caillots. Dans les cas de mort subite dépendant de toute 
autre cause que de la syncope, le sang trouvé sur le cadavre 
est toujours fluide; et, si sa densité peut varier du plus au 
moins, toujours est-il qu’il n’existe pas de caillot dans les ca¬ 
vités du cœur, ou, si l’on rencontre un coagulum, il est extrê¬ 
mement petit, eu égard à la quantité qui remplit ces cavités. 

Des caractères différen's appartiennent à cette espèce de 
mort par défaut d’action du cœur,,qui dépend de la formation 
spontanée d’un fluide gazeux au milieu du sang. J’ai publié un 
fait très intéressant de ce genre de mort dans mon mémoire 
déjà cité (p. 1 7 ), et la réunion des circonstances suivantes peut, 
à mon avis, autoriser à regarder là mort comme étant due à 
cette cause ; 1° quand, chez l’individu qui a succombé tout-à- 
coup inopinément, un état de syncope avec décoloration de 
la face, ou un tremblement convulsif général de quelques se¬ 
condes de durée, précèdent, ou, pour mieux dire, accompa¬ 
gnent cette brusque cessation de la vie; quelques paroles ex¬ 
ister. rfe Méd. XX. 16 



MORT. 


242 

primaat une douleur violente ont été proférées quelquefois au 
moment' de la mort ; 2® lorsqu’on trouve les cavités droites 
du cœur distendues par un gaz ou par du sang écumeux et 
rouge, de telle sorte que la percussion des parois de l’oreillette 
et du ventricule donne une résonnance analogue à celle qu’on 
perçoit en frappant sur l’estomac ou sur tout autre organe creux 
gonflé par l’air : le mélange du fluide aériforme avec le sang 
est une présomption de plus pour faire admettre que ce phé¬ 
nomène a eu lieu pendant la vie (ainsi qu’on le voit dans les 
expériences sur les animaux vivants ) : toutefois, l’oreillette et 
le ventricule droits ne contiendraient qu’un fluide gazeux sans 
présence de sang écumeux, que cette particularité ne suffirait 
pa' pour faire considérer le phénomène dont il s’agit c’omme 
un effet cadavérique; car, dans plusieurs des cas où la mort 
a été causée, chez l’homme, par la pénétration accidentelle de 
l’air dans les veines, on a trouvé le cœur droit vide de sang, 
et ses cavités distendues par l’air sans mélange de ce liquide; 
3® enfin, quand il n’existe encore aucun commencement de 
putréfaction au moment de l’ouverture du cadavre, lorsqu’il 
n’y a aucun signe de décomposition putride qui puisse être la 
source du gaz qu’on retrouve accumulé dans les cavités droites 
du cœur. J’hésite presque à ajouter que l’on doit bien penser 
que, dans ces cas de mort subite, un examen attentif de tous 
les organes n’y a fait découvrir en même temps aucune alté¬ 
ration appréciable. 

On conçoit de quelle importance est la connaissance de ces 
faits, et combien ils doivent être toujours présents à l’esprit 
du médecin légiste, lorsqu’il est appelé par les magistrats à 
constater la cause d’une mort subite, et surtout lorsque cette 
mort a été environnée de certaines circonstances qui pourraient 
la faire considérer comme dépendant de violences criminelles. 
. 3° Mort subite par défaut d’action du cerveau. — Dans la mort 
par défaut d’action du cerveau, ou arrêt de l’innervation, mort 
dont une apoplexie foudroyante et promptement mortelle 
fournit un exemple bien connu, les fonctions sensoriales s’ar¬ 
rêtent toutes. En premier lieu, l’individu tombe sans sentiment 
ni mouvement ; la respiration participe du trouble, devient 
difficile, imparfaite, et cesse; enfin, en dernier lieu, le cœur 
s’arrête. 

Selon que l’action cérébrale a été plus ou moins complète- 



MORT. ‘ 243 

ment et promptement anéantie, ces divers phénomènes se sont 
succédés avec plus ou moins de rapidité. 

La cause de la mort est ici la cessation de l’innervation, 
cessation qui entraîne l’arrêt de toutes les fonctions, et d’au¬ 
tant plus promptement, que ces fonctions sont plus élevées 
dans l’animalité. 

Dans ces cas, l’autopsie révèle souvent une congestion on 
une hémorrhagie cérébrale (vo/ez ces mots pour les caractères 
anatomiques). Les autres organes présentent aussi certaines 
altérations qu’il ne faut pas perdre de vue. Qu’il y ait eu con¬ 
gestion bornée aux méninges ou à la substance cérébrale, ou 
bien qu’il y ait eu hémorrhagie ou toute autre lésion qui ait 
suspendu l’acte cérébral, surtout si cette suspension n’a^as 
été instantanée, il existe un engorgement plus ou moins consi¬ 
dérable des poumons, mais toujours inférieur à celui de la 
congestion pulmonaire. Les cavités droites du cœur renfer¬ 
ment plus de sang que les cavités gauches; mais celles-ci en 
contiennent, et il en existe aussi une certaine quantité dans les 
principaux troncs artériels. 

En général, les symptômes bien connus d’hémorrhagie 
cérébrale ne peuvent prêter à l’équivoque ; aussi ne s’élève- 
t-il presque jamais de doute sur la cause de la mort lorsque 
l’individu succombe sous les yeux de témôins qui savent ren¬ 
dre compte des accidens qu’il a présentés. Cependant les cir¬ 
constances au milieu desquelles l’hémorrhagie est survenue , 
l’absence de témoins capables de rendre compte des phéno¬ 
mènes observés, ou bien même la présence d’individus soup¬ 
çonnés de vouloir donner le change sur la cause réelle de la 
mort, provoquent quelquefois de la part des magistrats des 
rapports sur ces genres d’accidens. On peut voir à ce sujet un 
fait curieux , et surtout un cas d’hémorrhagie de la moelle al¬ 
longée, qui ont nécessité une enquête judiciaire de cette espèce 
( Mém. cit., pag. 5 ). J’ai fait connaître aussi dans le même para¬ 
graphe plusieurs cas de méningite purulente qui avaient amené 
également une mort subite, sans qu’aucun phénomène ait dé¬ 
noté une inflammation qui donne ordinairement lieu à des 
symptômes caractéristjques. 

L’étude des morts subites, intéressante pour le médecin 
praticien, l’est encore bien davantage sous le rapport de la 
médecine légale. Tous les jours, en effet, on est appelé par 

16 ., 



244 


MORT. 


les magislrats pour reconnaître la cause d’une mort subite ; 
tantôt c’est un individu qui est tombé mort sur la voie publi¬ 
que, et il faut alors constater la lésion à laquelle il a succombé. 
D’autres fois, même la conaaissance exacte de la cause de la 
mort offre encore plus d’intérêt, car l’individu a succombé au 
milieu de circonstances telles que sa mort est considérée, 
comme le résultat d’un crime : c’est par la connaissance exacte 
de la cause de la mort que le médecin légiste peut arracher 
ainsi un innocent à une condamnation injuste. La plupart des 
faits que j’ai cités (Mém. cit.) présentent des exemples de cette 
espèce. Là, c’est un mari que l’on accuse d’avoir tué sa 
femme qui avait succombé à une hémorrhagie cérébrale 
(f® obs. ) ; ici, c’est un homme qui va toucher sa pension chez 
celui qui lui faisait une rente viagère, et qui meurt subitement 
dans cette maison: une enquête est ordonnée, et la mort dépen¬ 
dait d’une hémorrhagie de la moelle allongée (obs. il®). Dans 
une autre circonstance (obs. iv*), une querelle s’élève entre deux 
beaux-frères au sujet d’affaires d’intérêt. Au milieu de l’alter¬ 
cation, l’un d’eux applique un soufflet à l’autre : ce dernier, plus 
fort que son adversaire, s’élance pour le terrasser, mais il est re¬ 
tenu par plusieurs personnes: contraint de maîtriser sa colère, 
il quitte le lieu où la scène venait de se passer, et arrivé à la 
porte de sa demeure, distante de cent cinquante pas environ, il 
tombe mort la face contre terre. Les circonstances qui avaient 
précédé cette mort inopinée font penser qu’elle pouvait ré¬ 
sulter du coup que cet individu avait reçu. Une enquête est 
ordonnée, et l’autopsie démontre que la mort est due à un 
emphysème spontané des deux poumons. Dans un autre cas 
(obs. vil®), des jeunes gens se battent dans la rue: l’un d’eux 
reçoit un coup de couteau dans le cou, et tombe mort sur le 
trottoir. Une enquête judiciaire a lieu , et l’autopsie permet de 
constater que la blessure du cou n’a intéressé aucun vaisseau, 
et que la mort est due à une rupture de l’artère pulmonaire. 

Il faut que, dans les recherches de cette nature, le méde¬ 
cin ait bien présent à l’esprit les diverses lésions que nous 
avons signalées. Il faut qu’il n’oublie pas que la cause maté¬ 
rielle d’une mort subite ne peut que très rarement être 
connue au moyen des renseignemens que l’on acquiert sur les 
circonstances qui ont précédé, accompagné ou suivi la mort; 
que souvent même ces renseignemens sont faux, et ont pour 



MORT. 


245 


but de l’éloigaer de la vérité. Ce n’est que dans l’autopsie que 
l’on peut puiser des notions positives à cet égard. Mais, dans ce 
cas , il n’est pas indifférent d’envisager les organes sous tel ou 
tel point de vue, de les explorer de telle ou telle manière, pour 
reconnaître les divers modes de la mort subite. Lorsque l’on 
pratique l’autopsie dans le but de rechercher des altéra¬ 
tions morbides des organes, c’est l’étude attentive de chacun 
d’eux en particulier qui doit attirer l’attention dm médecin , 
et cette étude gagne souvent à isoler les organes les uns 
des autres, et à les placer dans les conditions les plus favo¬ 
rables pour les examiner, soit dans leur forme, soit dans leur 
texture. 

Ici, au contraire, c’est à l’anatomie pathologique d’ensemble 
qu’il faut avoir recours ; aussi, doit-on conserver aux organes 
non-seulement leurs rapports, mais encore craindre de léser 
les vaisseaux qui établissent entre eux des corrélations, et sur¬ 
tout ceux qui constituent les principales branches du sys¬ 
tème circulatoire ; examiner avec soin l’état de plénitude et 
de vacuité des organes circulatoires, et établir une comparai¬ 
son entre l’état des organes de la circulation à sang noir, et 
celui des organes de la circulation à sang rouge, etc. C’est ainsi 
que l’on pourra juger auquel des trois principaux genres que 
nous avons signalés une mort subite doit être rapportée. 

SII. Des signes de la mort réelle et de la mort apparente. — 
La question de savoir s’il existe un signe certain de mort a 
surtout occupé les médecins vers la fin du siècle dernier, et 
a été résolue par Louis d’une manière affirmative. .Bichat et 
Nysten ont, après lui, étudié la même question, et leurs recher¬ 
ches sont venues confirmer ce que Louis avait avancé. 

Il existé trois signes certains de mort: 1“ la rigidité cadavé¬ 
rique; 2° l’absence de contraction musculaire sous l’influence 
de stimulans électriques ou galvaniques; 3° la putréfaction. 
Nous allons examiner chacun d’eux en particulier. 

1° Rigidité cadavérique. — La raideur ou rigidité cadavérique 
succède à l’extinction complète de la chaleur vitale : elle donne 
à tout le corps une raideur qui ne lui est pas habituelle ; elle 
peut-être telle, que si l’on enlève un cadavre par la tête et par 
les pieds, il n’exécute aucun mouvement de flexion. Le siège 
de cette raideur est dans les muscles, et sa cause paraît être due 



MORT. 


246 

à un acte de contractilité du tissu musculaire sous l’influence 
de la vie, contractilité assez forte pour raidir le muscle, aug¬ 
menter son volume, et lui faire faire une saillie sous la peau, 
mais trop faible pour que le muscle opère le moindre déplace¬ 
ment des parties auxquelles il s’insère. 

La rigidité se montre, en général, à une époque rappro¬ 
chée de la mort, et Morgagni considère son développement 
comme en étant très voisin. Suivant Nysten, la raideur ca¬ 
davérique n’apparaît qu’après l’extinction de la chaleur du 
corps, ce qui n’est pas toujours parfâitement exact. En général, 
elle survient d’autant plus tard, que le système musculaire est 
plus développé, qu’il a subi moins d’altération par le fait de 
la maladie. Suivant Nysten, l’ordre dans lequel se développe 
la rigidité est le suivant: elle se montre au tronc et au cou, 
s’étend de là aux membres abdominaux, et ensuite aux mem¬ 
bres thoraciques ; elle disparaît dans, le même ordre. 

La durée de la raideur cadavérique est, en général, soumise 
aux mêmes lois qui modifient l’époque de son développement. 
Ainsi elle dure d’autant plus long-temps qu’elle est survenue 
plus tard. L’air sec et froid l’entretient pendant plus long¬ 
temps, et elle persiste dans un air chaud et humide; sa durée 
moyenne est de vingt-quatre à trente-six heures. 

La rigidité est un phénomène constant chez l’homme et chez 
les animaux; cependant des auteurs célèbres l’ont niée, et 
parmi eux nous citerons Haller et Bichat. Ces auteurs croient 
que la rigidité peut manquer chez des personnes affaiblies par 
une maladie longue et douloureuse, ainsi que dans la vieil¬ 
lesse fort avancée. Mais il ne faut pas perdre de vue les expé¬ 
riences de Louis, qui sont la meilleure réponse à cette objec¬ 
tion. Ces expériences, en effet, ont toutes été faites dans un 
hospice consacré à la vieillesse et aux infirmités des femmes; 
et sur plus de cinq cents sujets le phénomène de la rigidité 
s’est constamment montré. D’une autre part, Nysten a fait 
observer que si Bichat avait vu manquer la raideur cadavéri¬ 
que chez quelques asphyxiés, pela tenait à ce qu’il ne les avait 
pas observés pendant un temps assez long, car ce phénomène 
se développe toujours fort tard dans ce genre de mort. 

Du reste , la raideur cadavérique doit être distinguée de la 
rigidité quia lieu dans la congélation, ou qui accompagne 
un état convulsif des muscles. 



MORT. 


247 


La raideur peut être considérable chez une personne qui a 
été gelée, qui n’est pas encore morte, et qui peut même être 
rappelée à la vie. Cette rigidité ne saurait être confondue avec 
celle de la mort. L’on sait, en effet, dans ce cas, que l’individu 
a été soumis à l’action du froid; de plus, la raideur est gé¬ 
nérale. La peau, les mamelles, le bas-ventre et tous les organes 
offrent la même dureté que les muscles, différence capitale 
entre cet état et la raideur cadavérique dans laquelle les mus¬ 
cles seuls présentent de la résistance. Comme la congélation 
consiste dans l’accumulation de petits glaçons dans les va¬ 
cuoles du tissu cellulaire, il suffit de plier un membre pour 
briser les cristaux et produire un bruit analogue à celui de 
l’étain. 

Lorsque la raideur dépend d’un état convulsif des muscles, 
si l’on vient à saisir un membre, et que l’on parvienne à le 
fléchir, l’action des muscles recommence aussitôt que la puis¬ 
sance qui l’avait vaincue a cessé d’agir. Dans la rigidité ca¬ 
davérique , au contraire, lorsque l’on est parvenu à fléchir 
une articulation, il ne faut plus aucun effort pour lui faire 
exécuter le même mouvement de flexion; une fois vaincue, ta 
rigidité cadavérique ne se renouvelle pas. 

2° Absence de contraction musculaire sous l’influence de 
stimulans électriques ou galvaniques. — Quelques médecins, 
auxquels les autres signes n’ont pas paru suffisans pour con¬ 
stater la mort, ont considéré comme bien plus certaine l’ab¬ 
sence de toute contraction musculaire sous l’influence d’un 
courant électrique ou galvanique. Ces médecins veulent que 
l’on mette à nu un muscle, à l’aide d’une petite incision pra¬ 
tiquée sur une partie d’un membre où cette' plaie ne puisse 
avoir aucune suite fâcheuse. Le muscle sera ensuite piqué avec 
la pointe d’un instrument aigu, et ce qui sera plus concluant 
encore, excité à l’aide d’un stimulant galvanique ou électrique. 
S’il ne se manifeste aucune contraction, c’est un signe certain 
delà mort. Si, au contraire, la contraction du muscle se 
montre, ce n’es* pas une preuve de vie, mais ce n’est pas non 
plus une preuve de mort. 

Nous ferons remarquer, à propos de ce signe, que les mus¬ 
cles possèdent encore après la mort, et pendant un ' certain 
temps qui varie suivant plusieurs circonstances, la propriété 
de se contracter. Cette propriété disparaît assez rapidement 



MORT. 


248 

dans les muscles de la vie organique, et dure plus long-temps 
dans ceux de la vie animale. Bichat et Nysteu se sont livrés 
sur ce point à des recherches nombreuses qui ont été répétées 
en Angleterre, et il résulte des observations de Nysten que la 
contractilité des parties s’éteint dans l’ordre suivant : elle 
dure peu de temps dans le ventricule gauche du cœur, qua¬ 
rante-cinq minutes dans l’estomac çt les instestins, un peu 
plus long-temps dans la vessie, une heure dans le ventricule 
droit du cœur, une heure et demie dans l’œsophage, et une 
heure trois quarts dans l’iris. Viennent ensuite les muscles 
du tronc, puis ceux des membres abdominaux, puis ceux des 
membres thoraciques, enfin l’oreillette droite du cœur. 

11 résulte aussi des expériences de Hallé et Nysten, que l’air 
humide et chaud, le gaz ammoniac, la vapeur du charbon, et 
l’hydrogène sulfuré surtout, diminuent singulièrement la 
durée de cette propriété, qui, du reste, n’est pas influencée 
d’une manière notable par les gaz hydrogène carboné, chlore 
et acide sulfureux, non plus que par la privation d’air au 
moyen de la strangulation et de l’immersion. 

Le genre d’influence que les maladies peuvent exercer 
après la mort sur la contractilité des muscles a été aussi le 
sujet de recherches de la part de Nysten. Il résulte de ces re¬ 
cherches, qui ont porté sur quarante cadavres, que la con¬ 
tractilité des muscles s’éteint au bout de deux heures quarante- 
cinq minutes dans la péritonite; qu’elle dure de trois à six 
heures dans la phthisie, le squirrhe et le cancer; neuf heures 
dans les hémorrhagies et les blessures du cœur, douze heures 
dans l’apoplexie avec paralysie, dix à quinze heures dans les 
fièvres adynamiques ; treize à quinze heures dans la pneumo¬ 
nie; et, enfin, qu’elle varie entre cinq , quinze, vingt et vingt- 
sept heures dans les anévrysmes du cœur, avec ou sans hy¬ 
drothorax. Cependant, tout en considérant ces observations 
comme intéressantes, elles ne prouvent pas que les choses 
doivent toujours se passer ainsi dans chacune des maladies 
qui a été spécifiée par Nysten ; ce sont de simples données 
dont il faut tenir compte, et qui ont besoin d’être confirmées 
par de nouvelles recherches. 

3° Putréfaction _La putréfaction est cette inévitable décom¬ 

position qu’éprouvent les corps organiques sous certaines 
influences, dès qu’ils ne se trouvent plus sous celle de la vie- 



MOKT. 


249 


Daas cette désorganisation et dans cette réaction des prin¬ 
cipes constituans des parties molles et liquides du corps, il 
s’opère de nouvelles combinaisons qui donnent lieu à la for¬ 
mation de nouveaux produits. 

La putréfaction se reconnaît à la coloration bleuâtre, ver¬ 
dâtre ou brunâtre de la partie qu’elle affecte, au ramollisse¬ 
ment des tissus, à l’odeur particulière qui l’accompagne. La 
putréfaction ne pourrait être confondue qu’avec une contu¬ 
sion violente suivie d’ecchymose, ou bien avec un état gan¬ 
gréneux. Mais, dans les contusions il n’y a pas d’odeur pu¬ 
tride. Dans la gangrène il existe bien, il est vrai, une odeur 
désagréable, coexistant avec un ramollissement plus ou moins 
prononcé des tissus, mais cette odeur est caractéristique et 
diffère de celle que développe la putréfaction. Il sera, d’ail¬ 
leurs, difficile de confondre ensemble ces deux états , si l’on 
réfléchit que le plus souvent la gangrène est limitée et cir¬ 
conscrite, tandis que la putréfaction n’a pas de limites aussi 
tranchées ; que le plus ordinairement la putréfaction se montre 
primitivement sur le tronc, tandis que la gangrène affecte le 
plus ordinairement les membres. La putréfaction a été consi¬ 
dérée par un grand nombre d’auteurs comme le signe le plus 
positif de la mort. 

L’on a signalé encore beaucoup d’autres caractères comme 
propres à reconnaître la mort, mais ils sont loin d’avoir le 
degré de certitude de ceux que nous venons d’étudier. Ces 
caractères sont les suivans; 1“ \Iabsence de la respiration ; mais 
cette fonction importante de la vie peut être suspendue sans 
qu’il y ait mort réelle : il est même à présumer que, dans les 
cas de suspension apparente de la respiration , cette fonction 
n’est pas tout-à-fait éteinte, et qu’elle existe encore à un 
degré si faible, qu’elle n’est nullement accessible à nos sens. 
2® h’absence de la circulation. L’absence de la circulation ne 
saurait non plus, prise isolément, être considérée comme un 
signe certain de la mort; nous rappellerons à ce sujet l’obser¬ 
vation de Ch eyne, relative à un colonel anglais, qui, lorsqu’il 
le voulait, faisait cesser les mouvemens de son cœur. Le doc¬ 
teur Stevenson {Essais et observations de la Société d’Edimbourg, 
t. vi) est persuadé qu’après que les mouvemens du cœur, des 
artères et des poumons ont cessé, il reste encore une petite 
portion de vitalité qui mérite de l’attention, et que la néglj- 



2&0 


MORT. 


geace de. ce fait a plus d’uue fois entraîné des résultats dé¬ 
plorables. 3® Le refroidissement. Le refroidissement, n’étant que 
le résultat de la suspension de la respiration et de la circula¬ 
tion , est, par conséquent, un des signes les plus incertains de 
la mort. Bichat a fait observer que la chaleur se conserve dans 
la plupart des morts subites, et dans les asphyxies en parti¬ 
culier, bien au-delà du terme ordinaire. Nysten et plusieurs 
autres auteurs assurent que les asphyxiés par le charbon peu¬ 
vent être très chauds pendant douze heures. Nous dirons, en 
outre, que le refroidissement général du corps peut exister 
pendant la vie à un degré presque aussi élevé qu’après la 
mort, dans quelques affections nerveuses, et surtout pendant 
la dernière période de l’hystérie. 4° Vabsence du sentiment. 
Ce signe est un de ceux qui offrent le moins de certitude, 
comme l’atteste d’abord l’insuccès de tous les stimulans , 
desmoxas, scarifications, moyens électro-chimiques, chez 
les noyés, les asphyxiés. Mais ces moyens long-temps conti¬ 
nués rétablissent souvent la sensibilité qui n’était que suspen¬ 
due, et avec elle la vie animale. 5° La perte des facultés intel¬ 
lectuelles. Mais dans un grand nombre d’affections morbides 
ce signe existe sans coincider avec la mort. 6“ La face ca.da- 
véreuse. Nous ferons observer qu’à ce sujet on a décrit le faciès 
hippocratique qui est propre aux fièvres adynamiques, ty¬ 
phoïdes et au choléra. 7° La formation d'une toile glaireuse très 
fine sur la cornée transparente, Louis a fait des recherches au 
sujet de ce signe, auquel il attachait même beaucoup d’impor¬ 
tance : Winslbw et Verdier l’ont aussi considéré comme utile; 
mais quoiqu’il accompagne très souvent la, mort, il peut aussi 
se rencontrer durant la vie. 8® Le défaut de redressement de la 
mâchoire inférieure, après quelle a été abaissée avec force. Ce 
signe, qui a été donné par Bruhier, est mauvais sous tous les 
rapports ; car, d’une part, on peut le rencontrer dans la syn¬ 
cope, et de l’autre la mâchoire peut se redresser par un reste 
de contractilité des tissus. L’on peut même ajouter que, dans 
certains cas, la bouche restant béante après la mort, il est 
- impossible de constater le phénomène. 9° La perte de trans¬ 
parence de la main; phénomène que l’on constate en plaçant 
la main du cadavre entre l’œil et une lumière; mais M. Orfila a 
fait connaître combien ce signe offre peu de certitude, pui.sque 
les doigts d’individus morts depuis deux jours offraient encore 



cette transparence. 10“ Le relâchement du muscle coccygio-anal. 
11“ U obscurcissement et l’affaissement des yeux. Ce phénomène 
s'observe dans plusieurs maladies, telles que l’arachnitis et 
les fièvres typhoïdes; souvent aussi les yeux des cadavres sont 
brillans; ou bien, après avoir présenté un peu d’affaissement, 
ils redeviennent saillans par le fait du développement des 
gar que la putréfaction engendre ; ainsi nous ne pouvons 
adopter l’opinion de Louis, qui considère ce signe comme 
indubitable. Tant que le globe de l’œil, dit-il, conserve sa 
fermeté naturelle, on ne peut pas dire que la personne est 
morte. L’affaissement et la mollesse des yeux dispensent 
d’attendre la putréfaction. 12“ La.vacuité des carotides. Ce signe, 
donné par Legallois comme annonçant la mort d’une manière 
infaillible, lors même que les battemens du cœur sont encore 
distincts à travers les parois de la poitrine, n’est pas plus 
absolu que les précédons. 

Après avoir passé en revue les différons signes donnés par 
les auteurs, comme caractéristiques de la mort, et après avoir 
indiqué ceux d’entre eux qui sont les plus propres à faire re¬ 
connaître cet état, il nous reste à examiner les signes au moyen 
desquels on peut distinguer la mort réelle de la mort appa¬ 
rente. 

La mort apparente est cet état dans lequel les fonctions et 
les propriétés qui font reconnaître la vie sont suspendues ou 
affaiblies au point de faire croire à la mort. 

Dans cet état, la vie échappe aux sens des personnes qui 
ne regardent pas assez attentivement, ou qui sont étrangères 
à la connaissance des phénomènes de l’organisme. Tantôt les 
organes sont encore propres à recommencer leur jeu, tantôt 
aussi cet état est véritablement le passage de la vie à la mort; 
dans ce dernier cas, la vie n’est pas entièrement anéantie, 
mais elle ne peut être rappelée 

Dans la mort apparente, qui n’est véritablement qu’une 
image de la mort, il y a suspension de la vie animale, sans 
que la vie organique ait cessé. Dans la mort absolue, au con¬ 
traire, la vie organique a subi le même sort que la vie animale ; 
l’une et l’autre sont abolies. 

11 est important pour distinguer la mort réelle de tenir 
compte de la maladie qui a précédé. Ainsi, le premier de ces 



2b2 


MORT. 


états s’observe surtout dans l’apoplexie, l’asphyxie, la plu¬ 
part des affections nerveuses, les pertes sanguines, la stran¬ 
gulation, la submersion, la syncope. 11 est bien plus rare, au 
contraire, d’observer cette simple apparence de la mort lors¬ 
que les circonstances qui l’ont précédée sont celles qui carac¬ 
térisent la mort sénile. Cependant, il paraît que, dans ces cas 
mêmes, des erreurs.ont été commises. Ainsi, F. C. F. Anschel 
(Tkanatologiaj etc., p. 215) rapporte qu’un vieillard de cent un 
ans , qui était en léthargie, mais que l’on croyait mort, revint 
à la vie pendant ses obsèques, et qu’un autre, de cent ans, fut 
tiré du cercueil, et vécut encore quatre années. 

Si la mort est le résultat d’une maladie qui a peu à peu 
amené le dépérissement, et surtout si elle est la suite d’une 
de ces lésions dites organiques, lorsque les signes sensibles de 
la mort apparaîtront, toutes les probabilités seront contre la 
possibilité d’une mort apparente; mais encore faut-il ne pas 
perdre de vue qu’il n’y a pas de maladie dans laquelle la syn¬ 
cope ne puisse survenir : ainsi le médecin, dans ces cas mêmes, 
devra se tenir en garde contre l’erreur. 

Aucune maladie, en effet, ne produit plus parfaitement les 
apparences de la mort, qu’une syncope très intense. 11 n’y a 
plus de sentiment, plus de mouvement, plus de respiration, 
plus de circulation sensible; la chaleur paraît éteinte, la peau 
décolorée ; c’est, en un mot, un portrait frappant de la mort ; 
et si l’accident se prolonge, celle-ci ne tarde pas à se montrer. 
Mais, dans cet état, les muscles conservent leur souplesse, les 
membres toute la flexibilité possible, la pâleur de la peau n’est 
pas terne, et les traits du visage ne sont pas profondément 
décomposés; cependant on ne peut pas se tromper long-temps 
dans un cas semblable : il faut que cet état cesse, ou que la 
mort le remplace. Il y a cependant des cas d’hystérie dont 
l’accès dure un jour, ou même plusieurs, et se complique 
pendant tout ce temps d’une syncope dans laquelle la circu- 
tion, la respiration, tous les sens et tous les mouvemens, sont 
suspendus en apparence. 

Dans l’asphyxie par submersion, celle par privation d’air, 
par strangulation, par'divers gaz non respirables ou délétères, 
dans l’asphyxie des nouveau-nés, on observe aussi une sus¬ 
pension complète des fonctions; mais dans ces cas encore, les 
membres conservent leur souplesse, et l’on n’observe aucun 



MORT. 253 

des trois signes qui ont été considérés comme les plus certains 
de la mort. 

Le froid extrême amène aussi avant la mort toutes les ap¬ 
parences de celle-ci; mais il en est de ce cas comme des pré- 
cédens : les apparences ne peuvent durer un peu sans l’anéan¬ 
tissement de la vie ; seulement, il parait que le degré d’intensité 
du froid, et plusieurs circonstances individuelles, font que la 
mort irrévocable sera produite plus ou moins lentement. 
Ainsi, des individus presque gelés, tout à fait engourdis et 
raides, après avoir été jugés morts, ont été rendus à la vie à la 
suite de soins bien dirigés pendant vingt-quatre heures et 
même deux jours. Il résulte donc de toutes ces considérations, 
que la distinction entre les divers états décrits sous le nom de 
mort apparente et la mort réelle repose uniquement sur l’ab¬ 
sence des trois signes les plus certains de la mort : la raideur 
cadavérique, le défaut de contraction musculaire sous l’in¬ 
fluence d’un excitant galvanique, et la putréfaction. 

§ III. Considérations médico-légales. — D’après ce que nous 
venons de dire dans les paragraphes précédons, si l’on con¬ 
sidère surtout les divers états qui se rapprochent tellement de 
la mort, qu’ils ont reçu le nom de mort apparente, il est facile 
de pressentir combien est nécessaire une vérification exacte 
des décès. Cette nécessité ressort bien plus frappante encore 
quand on se rappelle quelques méprises funestes qui ont eu 
lieu et par suite desquelles divers individus vivans ont été en¬ 
sevelis comme morts ; mais ce sujet ayant été traité à l’ar¬ 
ticle Inhumation , nous ne faisons que l’indiquer ici. 

La vérification des décès, exécutée d’une manière exacte et 
complète, n’aura pas seulement pour résultat d’empêcher 
toute précipitation dans les inhumations, et par conséquent de 
mettre les citoyens à l’abri du danger d’être enterrés vivans ; 
elle aura de plus l’avantage de ne pas laisser passer inaperçus 
des crimes qui se commettent dans l’ombre. L’exposé succinct 
des deux faits suivans mettra cette importante vérité dans tout 
son jour : 1° Le 1®*'janvier, dit M. Tâcheron ( De la vérification 
des décès, p. 18), auquel nous empruntons le premier fait, Un 
assassinat est commis sur la personne de la veuve Danzelle. Les 
parens de la défunte se présentent chez le médecin vérificateur 
des décès. Ignorant que cette mort fût le résultat d’un crime, 



MORT. 


254 

le médecin vient examiner le cadavre, tourne et retourne, 
dit-il, la tête dans tous les sens, et ne voit aucune contusion; 
le sang dont le visage est couvert, une traînée de ce même li¬ 
quide, qui, du milieu de la chambre où était étendu le cadavre, 
se dirige sous le lit, lui paraissent le résultat d’une chute, et il 
certifie que la mort paraît avoir été occasionnée par une com¬ 
motion du cerveau avec hémorrhagie. Ge rapport paraissant 
trop incomplet à la mairie, le permis d’inhumation ne fut pas 
accordé avant un nouvel examen du cadavre par deux docteurs 
en médecine, assistés d’un commissaire de police. Le résultat 
de cette nouvelle vérification fut que la veuve Danzelle «('où 
succombé sous les coups d’un assassin ; elle portait au cou 
cinq plaies sanguinolentes faites avec un instrument tranchant, la 
carotide avait été ouverte I.... 2“ Dans le second fait, dont j’ai été 
témoin avec le docteur West, et qui a été consigné dans les 
Annales d’hygiène publique et de médecine légale ( t. xvli, p. 374 
et suiv. ), il s’agit d’une femme qui, pendant le cours d’une 
grossesse, tua deux de ses enfans , l’un âgé de huit ans , l’autre 
de trois. Ces deux enfans moururent à cinq mois d’intefvalle. 
L’autopsie de celui qui succomba le dernier, et qui n’était âgé 
que de trois ans, démontra d’une manière évidente que cet en¬ 
fant avait succombé à la suite de coups violens portés sur la 
tête, à l’aide d’un instrument contondant. Des soupçons s’é¬ 
levèrent alors sur la mort du premier, qui était mort cinq 
mois auparavant : une exhumation fut ordonnée. Cette opéra¬ 
tion, pratiquée par le docteur West et par moi, nous donna la 
certitude que la mort de cet enfant était due aux mêmes causes 
que celle du premier. Le corps, inhumé dans un terrain sec et 
sablonneux, était parfaitement conservé ; il offrait la trace de 
nombreuses contusions ; le crâne présentait un écartement des 
sutures et une fracture du pariétal droit. 

Nous livrons ces deux faits à l’attention de nos lecteurs : ils 
parlent assez haut pour qu’il ne soit pas besoin de les com¬ 
menter. 

On a proposé divers moyens pour constater les décès : la 
plupart sont des moyens excitans, propres à réveiller la vie 
dans le cas où elle ne serait pas encore complètement éteinte: 
ainsi l’application de moxas, du cautère actuel à la plante des 
pieds, peuvent servir à démontrer que l’individu a bien réel¬ 
lement succombé; et d’ailleurs les phénomènes de la brûlure 



MOftT (61BUOGR.). 25S 

faite pendant la vie diffèrent de ceux qui se montrent quand 
elle a lieu après la mort. A ces moyens, on peut encore ajouter 
l’usage de la pile voltaïque, dont plusieurs expériences ont dé¬ 
montré l’utilité. 


Beverwyck (J. de). Epist. quœs'üo de vitœ termina Jatati, an mobili, 
cum doctorum responsis. Dordrecht, 1634, in-8". — Triplà auctior. 
Leyde, 1636, in-4". 

Linzoni. Diss. de vita et morte. Dans Mise. acad. nat. car. Dec. 3, 
an. vu et vni, 1699 et 1700. Append., p. 113. 

Stahl (G. Ern.). Mortis tkeoria medica. Diss. Halle, 1702, in-4“. 

Hoffmann (Fréd.). Aesp. G. Blüdorn. De generatione mortis in morbis. 
Halle, 1715, m-4°. 

Gedns (Matth. van). Diss. de morte corporea et eaussis moriendi.- 
Leyde, 1761, in-4“. Réimp. dans Sandifort, Thesaur. dissert.., t. ni. p. 

Richter (Georg. Gottl.). Probisio de morte sine morbo, tanquam ex- 
trema artis salutaris meta, etc. Gottingue, 1736, in-4“. — Prol. de re- 
pentin^ morte hominum speeie sanorum. Ibid., 1741, iu-4“, et dans 
Opuscr med., t. ni. 

Bbechner (D. Adr. El.). Resp. Bordoeo (Jos.). De morte naturali et 
prœternatunUi ejusque causis. Erford, 1745, in-4“.— Resp. L. alb. 
Raü. De prœcipiüs mortis sitbitanem eàussis. Haie, 1750, in-4°. 

Peodqüet (G. G.). Ch. L. Schmid. Diss. de unica -vera mortis causa 
proidma. Tubingue, 1786, in-4®. 

Himly (Charl.). Commentatio mortis historiam, causas et signa sistens. 
Gottingue, 1794 , in-4». 

Anschee (S.). Thanatologia, sive in mortis naturam, causas, généra ae 
Species et diagnosin disquisitiones. Gottingue, 1795, in-8®. 

'WeigaND (Jos. Th.). Prees. D. Ant. Dorn. Disquisitio iii mortis natu- 
raiti et causas. Bamberg, 1796, in-8®. 

Ontïd (Conr. Ger.).Diss. inauguralis de morte et'uaria moriendi raüone. 
Leyde, 1797, in-4®, pp. 450. 

Pinot (G.). Considérations physiologiques sur la mort. Montpellier, 

Bichat (Xav.). Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 
1800, 1801, 1805, in-8». Avec notes de Magendie. Ibid. 1822, in-8®. 

Nysten (Ph.). Recherches de physiologie et de chimie pathologique, pour 
jaire suite à celles de Bichat sur la vie et la mort. Paris, 1811, in-8®. 

Lebee (Alexis). Considérations sur la manière dont la mort arrive dans 
quelques maladies des organes de la respiration. Th. Paris, 1815, in-4®, 
n®96. 

Destoteet (J. P.). Diss. sur la mort. Th. Paris, 1819, in-4®, n® 136. 



256 pîOtRT (bibliogr.). 

Bourdon (îsid.). Considér. physiologiques sur la vie et la mort. Tli. 
Paris, 1823, in-4“, n" 140. 

PÉDACY (A. E.). De quelques erreurs relatives à la mort dite naturelle , 

‘ et des vrais moyens de prolonger la vie. Th. Montpellier, 1827, 10-4°. 
n» 53. 

II. 

Lancisi(J. M.). De subitaneis mortihuslibriduo. Rome, 1707, in-4°, etc., 
et dans Opp. 

Dionis (P.). Dissertation sur la mort subite, avec l'histoire d'une fille 
cataleptique.Vavis, 1709, in-12. 

Zarnack (J. G. Chr.). Prœs. Eberhart (J. P.). Diss. de morte subitanea 
absqiie ullo manifesta Itesionis in corpore signa. Halle, 1764, in-4“. 

Langgdth (G. Aug.). Diss. de mortibus repentinis senioribus annis par- 
cius imputandis.'W'Memher^,, 1771,in-4°. —De minuenda mortium su- 
bitarumformidine. Ibid. 1770, 10-4°. 

PoRTAL (Ant.). Sur les morts subites occasionnées par la rupture du ven¬ 
tricule gauche du cœur. Dans Mém. de l'Acad. des sc. 1784. 

Gilbert (P. F.). Recherches anat. et pathol. sur les lésions du cœur et 
des vaisseaux sanguins, considérés comme causes de morts subites. Th. 
Paris, an. XII (1804) in-4<>, n“ 298. 

Gabiot (E. P. A.). Essai physiol. et pathol. sur la mort subite et les af¬ 
fections qui peuvent y donner lieu. Th. Paris, 1817, in-4“, n® 95. 

Louis (P. Ch. A.). Des morts subites, ou survenues très promptement, 
et tout à fait imprévues. — Morts lentes et prévues, dont on ne saurait se 
rendre compte par l'état des organes. Dans Mémoires ou recherches anato- 
n2iCO-/)atAo/o^'ÿ«ej. Paris, 1826, in-8“. 

Garland (R.). Diss. sur les morts subites et imprévues. Paris, 1832, 
in-4«, n®lâ8. 

SoRMANi (Nap. Max.). Monographia delle morti repentine-Milan, 1834. 

Ferrario (Jos.). Statistica delle morti improvvise, e particolarmente 
delle morti per apoplessia nella citta, e nel drcondario esterno di Milano 
del 1750 a/ 1833. Milan , 1834. Ces deux ouvrages sont analysés dans 
^nna/. d’Omodei,t. Lxxvi, p. 127. 

Cassius (J. B.). De la mort subite et de ses principales causes. Th. 
Paris, 1836, in-4®, n“ 90. 

Ollivier (d’Angers). Considérations médico-légales sur les morts su¬ 
bites, et observations sur une de leurs causes jusqu'à présent peu connue 
(le dégagement d’un fluide gazeux au milieu du sang en circulation). 
Dans Archivesgén. de méd., 1838. 3* sér., t. i, p. 29. 

Leeert. Mémoires sur les différentes lésions spontanées du poumon qui 
peuvent amener subitement la mort. Dans Archives gén. de méd., 1838, 

Devergie (Alph.). De la mort subite, de ses causes, de sa fréquence sui 



MORT (bIELIOGR.)- 

vont Vâge, le sexe et les saisons. Dans Annales d'hyg. puhl. et de méd. 
lég. 1838, t. XX, n° de juillet, p. 145. 

111 . 

WiNSCOW (J. B.), An mortis incertœ signa minus incerta à chirurgicis 
quam ah aliis experimentisP Paris, 1740, in-4». Trad. avec addit., par 
Bruhier ('y. Bruhier). 

Bruhier d’Abi.a.incodrt (J. J.). Diss. sur l’incertitude des signes de la 
mort et l'abus des enterremens et embaumemens précipités, par M. J. B. 
WinsIow.Trad. du latin. Paris, 1742, in-12. — 2® partie. Ibid., 1745 , 
in-12. Les deux parties réunies, revues et aug. Ibid. 1749, m-12, 
2 vol. Ibid. 1752, ia-12,2 vol. — Mémoire sur la nécessité d'un règle¬ 
ment général au sujet des enterremens et embaumemens. Paris, 1745, 
in-12. — Addition au mémoire, etc. Paris, 1746, in-12 et in-4“. 

Loüis (Ant.). Lettre sur la certitude des signes de la mort, etc. Paris, 
1752, in-12. Ibid. 1792, in-12. 

Hüfeeand (Gbr. W.). XJeber die Ungemszheit des Todes, und das 
einzige Mittel, sich von seiner JjAirldichkeit zu ûberztugen, etc. Saltz- 
bourg, 1791 , in-S“. Halle, 1824, in-8°.— Von dem Rechte des Arztes 
ûber Leben und Tod. Berlin , 1823, in-S®; extr. du Journ: der praht, 
Beilkunde. 

Janin (Jean). Réflexions sur le triste sort des personnes qui, sous une 
apparence de mort, ont été enterrées vivantes, ou précis d’un mémoire sur 
les causes de là mort subite et violente, etc. Paris, 1772, in-8°. 

Mater (J. Chr. Andr.). Des signes non équivoques de la mort, et des 
précautions à prendre avant les ensevélissemens, etc. Dans Mém. de Berlin, 
ann. 1797. Mém.philos., p. 45. 

Dorondeaü, Mémoire sur le signe infaillible de la mort. Dans Mém. de 
Bruxelles, t. v, ménj., p. 207. 

Pearson. On trie signs of death. Dans Transact. of the roy. human. 
Soc., t. I, p. 329. 

JoüY (Ant. An.). Diss. sur l’importance des signes de la mort dans la 
médecine du barreau, etc. Th. Montpellier, an xii, in-4®. 

Heibmànn (J. A.). Zuverlàssigeprüjungsart zurBestimmungdes wahren 
von dem Scheintode, etc. Vienne, 1804, in-8®. 

PiERRET (J. N.). Essai sur les signes qui distinguent la mort réelle de la 
mort apparente, et sur les moyens de combattre cette dernière. Th. Paris , 
1807, in-4», no 112. 

Chaüssier. Rapports sur les enterremens précipités. Dans Bull, de la 
Fac. de méd. de Paris, anh. 1817, n“ 8,- p. 467. 

Lepaiilmier (C. M. g.). Diss, sur les signes de la mort apparente, et 
sur ceux de la mort réelle. Ih. Paris, 1819, in-4°, A® 4. 

Ddndorp (J. Aug.). Ueber tbd, Sclieintod und zu frühe Beerdigung. 
Quedlimboùrg, 1820, 1823, in-S®. ...... 

Dict. de Méd. xx. 


17 




258 


MORVE. 


Levy (Michel). Essai de police médicale sur l’incertitude des signes de la 
mort et les dangers des inhumations précipitées. Th. Strasbourg , 1820, 

Kaiser (Ch. L.) üeber Tod und Scheintod, oderdie Ge/ahren desjrühen 
Begrabens. Francfort, 1822, in-8°, fig. 

Sur les inhumations précipitées, note lue à la séance du 7 aviil X&'il, de 
l’Acad, de méd., par M. Chantourelle, et Discussions sur ce sujet dans 
cette séance et dans celle du 24 avril. Dans Archiv. gén. de méd., t. XIY, 
p. 105 et 107. 

Tâcheron (C. F.). De la vérification légale des décès dans la ville de 
Paris, et de la nécessité d’apporter dans ce service médical plus de sur¬ 
veillance et plus d’extension. Paris, 1830, in-8", pp. 67. 

Desberger (Ant. F. A.). Tod und scheintod, Leichen und Begrübnizwe- 
sen, als wicht. Angelegenheit der einzelnen Menschen und des Staates. 
Leipzig, 1833, în-8". 

Jdlia nEFoNTENEttE. Recherches médico-légales sur l’incertitude des si¬ 
gnes de la mort, les dangers des inhumations précipitées, et les moyens 
de constater les décès, etc. Paris, 1834, in-8“. 

i: VTonÉ (J. B.). Mém. sur les inhumations précipitées. Des moyens de les, 
prévenir. Des signes de la mort. 2® édit. Paris, 1839, in-8°. 

R. D. 

MORVE. —'Il y a peu d’années, la maladie dont il s’agit ici 
n’avait encore été décrite que par les médecins vétérinaires. 
Cependant, comme l’historique de cette affection nous le dé¬ 
montrera bientôt, des exemples de morve observés chez 
l’homme avaient été notés déjà depuis le commencement du 
XIX® siècle; mais ces faits, souvent incomplets, et jusqu’alors 
isolés, pour la plupart, dans des recueils étrangers, n’avaient 
pas attiré l’attention des médecins : aussi l’histoire de la morve 
était-elle considérée comme faisant exclusivement partie du 
domaine de la médecine vétérinaire. D’après les faits recueillis 
depuis plusieurs années, mais surtout depuis le travail de 
M. Rayer sur ce sujet, il faut reconnaître que cette maladie 
est une triste propriété de l’espèce humaine, et réclame im¬ 
périeusement une place dans nos cadres nosologiques. L’exis¬ 
tence de la morve chez l’homme ne peut plus,-en effet, être 
révoquée en doute : il existe des descriptions trop complètes 
des symptômes et des altérations pathologiques ; il existe aussi 
une analogie trop grande entre ces altérations et ces symp¬ 
tômes, qu'on les observe chez l’homme ou chez le cheval, pour 
que l’on puisse se refuser à admettre que la maladie décrite 




MORVE. 


259 

chez l’homme gous le nom de morve, ne soit pas la même que 
celle observée chez le cheval, et qui avait reçu la même dé^ 
nomination. Nous allons donc décrire celte maladie d’après 
les faits observés jusqu’à ce jour , apportant dans la solution 
de quelques questions encore litigieuses une réserve qui nous 
paraît nécessaire en présence de discussions qui sont encore 
à peine terminées. 

S I. De la morve aigue. — On peut désigner, en pathologie 
humaine, sous le nom de morve aiguè, une maladie- fébrile 
virulente, considérée généralement comme pouvant être trans¬ 
mise des solipèdes à l’homme, et qui a pour symptômes ca¬ 
ractéristiques un coryza particulier avec sécrétion purulente 
et sanguinolente, ordinairement assez abondante pour qu’il 
y ait un flux nasal, une éruption pustuleuse spéciale à la 
peau, et souvent des tumeurs purulentes, ecchymotiques, 
ou gangréneuses à la surface de la peau. 

A. Historique. — Dès le commencement du xix® siècle, on con¬ 
naissait déjà le" danger qui acompagne les blessures que l’on 
pouvait se faire en disséquant les chevaux morveux; on sa¬ 
vait qu’à la suite de blessures semblables, plusieurs méde¬ 
cins vétérinaires avaient été atteints d’inflammations malignes, 
de douleurs articulaires, de gangrènes, suivies quelquefois de 
la mort. Mais on ne voyait là qu’un empoisonnement septique 
analogue à ceux qui sont produits par d’autres matières pu¬ 
trides, et non l’action spécifique d’un virus particulier, du virus 
de La morve. Cependant, à la même époque, Lorin avait déjà 
signalé la transmission du farcin du cheval à l’homme (Lorin, 
Observation sur la communication du farcin des chevaux aux 
hommes. Dans Journal de médecine j chirurgie et pharmacie, 
février 1812). En 1821, Shilling, chirurgien de régiment à Ber- 
• lin, rapporte (.fittsî's Magazin Jür die gesammte Heilkunde. Ber.» 
lin, 1821, XI® vol., p. 480,3® cahier) la première observation 
positive et bien caractérisée de morve aiguë, gangréneuse, chez 
l’homme. Elle a pour sujet l’employé d’une école vétérinaire 
qui tomba malade après avoir lavé les naseaux d’un cheval 
morveux. Il survint une éruption pustuleuse sur la peau, 
une phlyctènesur le nez, qui tomba en gangrène; et après la 
mort, on trouva de petits points purulens sur l’os frontal, et 
du pus dans les muscles. Dans une autre observation, insérée 



MORVE. 


260 

à la suite de celle de Shilling, et qui appartient à Weisses, 
chirurgien de New-Market, oh.observa du délire, une éruption 
pustuleuse à la peau, un écoulement jaune purulent par les 
narines, chez un individu qui avait soigné un cheval morveux, 
et qui succomba le treizième jour. 

Pendant que ces faits se publient en Allemagne, J. Mus- 
croft (Edinb. medical and surg. journal, 1823 , vol. xix, p. 155) 
fait connaître l’observation d’un piqueur qui se blesse à la 
main en découpant un cheval morveux, et qui succombe avec 
tous les symptômes de la morve. Ici encore la ressemblance 
de la maladie du cheval avec celle de l’homme est de la plus 
grande exactitude. En 1822, Thomas Tarozzi, en Italie^ repro- 
duitl’observation de Shilling dans les Annali universali di med. 
d’Omodd, et donne la description d’une maladie pestilentielle 
qui s’était développée dans une écurie où setrouvait un cheval 
morveux ; de trente-cinq personnes qui avaient visité cette écu¬ 
rie, onze furent atteintes d’une maladie qui, dans sa première 
période, était caractérisée par de la fièvre et une éruption de 
furoncles et de phlyctènes gangréneuses.Enl823, le Journal de 
médecine d’Edimbourg fait connaître deux nouvelles observa¬ 
tions de morve , et un exemple analogue est publié par Seidler, 
dans le Magasin de Rust. En 1826, M. Travers a fourni des ma¬ 
tériaux pour l’histoire ultérieure de la morve, dans son ou¬ 
vrage sur Y Irritation constitutionnelle.. 

Dans une dissertation inaugurale soutenue à Berlin, en 
1829, le docteur A. Arnold Grub, rapporte un cas remarqua¬ 
ble de transmission de la morve du cheval à l’homme ; la 
même année, une autre thèse sur le même sujet est soutenue 
par le docteur Krieg. C’est aussi en 1829 que M. Andrew Brown 
publia un cas bien caractérisé de morve aiguë chez l’homme 
\Fatalcase of acute glanders in the human subject. Load. Méd. 
gaz., vol. IV, p. 134). Cependant, malgré leur extrême impor¬ 
tance , ces faits étaient encore peu connus, lorsque parut un 
ouvrage qui devait fixer l’attention des observateurs sur cette 
importante question; nous voulons parler du mémoire de M. El- 
liotson {On the glanders in tke human subject. Med. chir. Trans., 
vol. XVI, p, 1 et 171). Ce mémoire contenait trois faits nou¬ 
veaux, auxquels Fauteur en a joint un autre observé par lui 
et le docteur Williams, que j’ai traduit et inséré dans les 
JrehîoVgén. de m^d.i1833, 2‘’sér., t. n, p. 382. En 1830, le docteur 



MORVE. 261 

A. Numan, professeur de médecine vétérinaire à Utrecht, avait 
rapporté aussi deux faits intéressans (Jf^ee-Artsenijkundig ma- 
g’azi», in-8°. Groningue, 1830, p. 1), auxquels M. Alexander, 
professeur à la même université, en a ajouté deux nouveaux 
dans le courant de l’année 1836 ( De la- diathèse purulente et 
de la morve aiguë communiquée à l’homme. Dans Arch. gén. de 
méd. , décembre 1836 ). 

Déjà M. Hertwig, en 1834, avait fait connaître sept cas de 
farcin et de morve observés chez l’homme, et parmi ces sept 
observations il en est trois qui se rapportent évidemment 
à la morve, et qui sont bien caractérisés. Il est évident aussi 
que les cas observés parBrera en 1833, et décrits par lui sous 
le nom de typhus charbonneux, se rapportent à la maladie dont 
nous parlons {Encyclographie médic., 1836, t, v, 2® année , 
p. 217 ). M, Félix Vogeli, de Lyon, dans un mémoire intitulé : 
Quelques faits tendant à établir la contagion du farcin du cheval 
à l’homme, en cite cinq exemples {Journ. demèd. vétérin., jan¬ 
vier 1825, t. VI, p. 7). De 1830 à 1837, divers documens sont 
publiés sur ce sujet, par MM. Hertwig, Wolff, Prinz, Berndt, 
Barth et Eck. Dans la séance de l’Académie, du 14 février 
1837, M. Rayer communique à l’Académie l’observation d’un 
malade qui avait succombé dans son service à la morve 
aiguë. Ce fait intéressant souleva bientôt au sein de l’Académie 
une discussion des plus animées, dans laquelle MM. Rayer, 
Dupiiy et Velpeau soutinrent l’identité de la maladie du 
cheval et de l’homme, tandis qu’ils furent combattus par 
MM. Barthélemy et Bouley. Cette dernière opinion parut 
prévaloir, et ne fut que peu ébranlée par la publication d’un 
mémoire très détaillé que M. Rayer inséra dans le tome vi des 
Mémoires de l’Académie pour la même année. Au fait qu’il pu¬ 
blia, M. Rayer ajouta un grand nombre d’observations. 11 sé¬ 
para l’histoire de la morve et du farcin à l’état aigu : l’histori¬ 
que de la maladie, le diagnostic, les inoculations de l’homme 
au cheval ont été traités avec beaucoup de détails. L’existence 
de la morve chez l’homme n’est plus douteuse après la lecture 
de cet important travail, auquel nous avons fait de larges em¬ 
prunts pour cet article. 

Depuis ce mémoire, des exemples de morve aiguë ont été 
observés en France. Pendant le cours de l’année 1838, MM. Bru¬ 
guières et Vig!^ en rècueiUeut im f^it dans Je seryiçe de 



262 morve. 

M. Breschet. Presque en même temps, M. Deville, d’une part, 
etMM. Husson et Nivet, de l’autre , viennent en faire connaitre 
d’autres qui éveillent bientôt dans le sein de l’Académie une 
nouvelle discussion sur la possibilité de la transmission de la 
morve du cheval à l’homme. M. Barthélemy, qui prend encore 
une part très active à la discussion, soutient de nouveau l’opi¬ 
nion contraire à la transmission. De nouveaux faits sont ob¬ 
servés par MM. Nonat, Legroux, Andral, Lions,Petit, Renaud; 
M. le docteur Vigla, dans une thèse fort intéressante (Paris, 
2 janvier 1839), a résumé avec talent, et confirmé par sa pro¬ 
pre observation, les points les plus intéressans de l’histoire 
de cette grave maladie. Enfin, dans deux mémoires importans 
sur ce sujet ( Des diverses espèces de morves et de farcirij consi¬ 
dérées comme des formes variées d’une même affection générale, 
brocb. in-8°, janvier, 1839; — Recherches expérim. etcomp. sur 
les effets de l'inoculation au cheval et à l’âne , du pus et du mu¬ 
cus morveux^ et d’humeurs morbides d’autre nature, broch. in-8", 
mars, 1829),- M. Leblanc a démontré : 1“ que toutes les formes 
de morve et de farcin sont contagieuses, mais à différons cas; 
2° que le pus ou le mucus provenant de chevaux ou d’hommes 
morveux peuvent transmettre la morve ou le farcin par l’inô- 
culation, tandis que le pus ou d’autres matières ne provenant 
pas d’animaux morveux ou farcineux ne produit ni la morve 
ni le farcin. 

B. Causes. — Tous les malades, sans exception, chez lesquels 
on a observé la morve aiguë, avaient eu des rapports avec des 
chevaux morveux. Chez tous ceux dont l’histoire a été transmise 
avec quelques détails , les rapports avaient été fréquens et pro¬ 
longés ( treize fois sur dix-neuf) , ou bien la matière du conta- 
gium avait été déposée sur quelque solution de continuité ré¬ 
cente ou ancienne (six fois sur dix-neuf). Parmi les malades 
chez lesquels la morve se manifesta par suite de rapports fré¬ 
quens et prolongés, la plupart étaient des palefreniers, des ma¬ 
quignons, des paysans, des cavaliers; ils étaient chargés de 
soigner Un ou plusieurs chevaux morveux, de les panser, 
dé les conduire, de nettoyer l’auge sur laquelle tombait la 
matière du jetage, d’introduire dans les naseaux des sub¬ 
stances médicamenteuses, ou bien d’essuyer la matière 
qui s’en écoulait; quelques-uns d’entre eux même faisaient 
usage, pour accomplir ce dernier soin, du mouchoir qui 



MORVE. 263 

leur servait, ou buvaieut dans le même seau que.les chevaux 
malades. 

M. Vigla fait remarquer, du reste, à ce sujet, qu’il n’est pas 
toujours aussi facile qu’on pourrait le croire, de constater que 
les malades ont eu des rapports avec des chevaux morveux. 
Lesrèglemens de police s’opposant à ce que les chevaux at¬ 
teints de cette maladie travaillent sur la voie publique, il faut 
s’attendre, dans les grandes villes surtout, à ce que les chefs 
d’établissemens et les voituriers fournissent le plus souvent 
des renseignemens inexacts; et même , si le médecin n’est pas 
initié à l’exploration des solipèdes , on cherche à lui dissimuler 
les caractères de cette maladie, à le dérouter en faisant valoir 
auprès de lui l’embonpoint, l’état fréquemment très sain en 
apparence de ces chevaux. Quelquefois les malades eux- 
mêmes nient avoir eu des rapports avec des chevaux morveux, 
ainsi qu’on le peut voir dans l’observation de Wolf {Mém. de 
M. Rayer, obs. vu®, p. 58), qui avait acheté sciemment, trois 
semaines avant l’invasion de sa maladie, un cheval morveux 
qu’il avait soigné; une fois même, pressé parla soif, il avait 
bu dans le seau qui servait à abreuver l’animal malade, et ce¬ 
pendant il soutenait n’avoir pas eu de rapport avec des che¬ 
vaux morveux. 

L’espèce de morve du cheval avec lequel les malades avaient 
été en contact n’a pas toujours été indiquée avec soin par ceux 
qui ont recueilli les observations ; et c’est une lacune qu’il 
eût été important de combler. M. Rayer (/oc. cit.^ p. 98) regarde 
cette omission comme moins grave qu’on ne pourrait le croire, 
parce que, dans son opinion, la nature de la morve aiguë et 
de la morve chronique lui paraît identique, fait que n’admet¬ 
tent pas tous les vétérinaires. Dans trois des faits observés à 
Paris, on a pu constater que les malades avaient été en rap¬ 
port avec des chevaux atteints de morve aiguë; et, de l’aveu de 
tous les vétérinaires , cette espèce de morve est éminemment 
contagieuse du cheval au cheval. Quoique les vétérinaires ne 
soient pas aussi d’accord sur la communication de la morve 
chroniquedu chevalau cheval,il existe cependant des faits bien 
constatés de transmission de cette dernière espèce; et, d’ail leurs, 
ne connaît-on pas les observationsde M. Dupuy, qui, inocu¬ 
lant la morve chronique du cheval, communiquait, à son 
grand étonnement, la morve aiguë. Du reste, les expériences 




MOKVJE. 


264 

de M. Girard, en 1827, les faits cités par M. Darboval, four¬ 
nissent des résultats semblables. 

Le principe contagieux delà morve, semblable en cela à 
plusieurs autres poisons animaux, ne paraît pas être suscep¬ 
tible d’affecter indistinctement tous ceux qui s’exposent à son 
action, lorsqu’il n’est pas inoculé. L’aptitude à la contagion 
doit même être assez rare, car les palefreniers et les vétéri¬ 
naires prennent impunément peu ou point de précautions en 
examinant les chevaux morveux, et c’est ce qui a dû entretenir 
parmi eux la croyance que la morve ne peut se transmettre du 
cheval à l’homme. Cependant, peut-être la proportion des in¬ 
dividus affectés de morve dans ces diverses professions est- 
elle plus grande qu’on ne le pense : c’est ce que l’avenir nous 
apprendra, maintenant que l’attention est fixée sur ce point. 

La morve peut-elle être inoculée? La nature contagieuse, et 
virulente de cette maladie chez le cheval est prouvée par des 
faits et des expériences dont l’authenticité est incontestable : 
Les premiers médecins qui reconnurent l’existence de cette 
maladie chez l’homme employèrent l’inoculation pour consta¬ 
ter l’identité de la maladie. Dès les premiers cas observés, on 
inocula aux solipèdes la matière des diverses humeurs sécré¬ 
tées par l’homme malade, et l’on développa chez eux les symp¬ 
tômes de la morve aiguë. Les expériences ont été faites sur le 
cheval et l’âne, avec la matière de l’écoulement nasal, le pus 
des abcès , et même le sang des malades atteints de morve ai¬ 
guë. Le pus des ulcères farcinéux, dans le cas où la morve pror 
prement dite n’existait pas, a plusieurs fois amené aussi le 
même résultat, ce qui établit l’identité de nature de la morve 
et du farcin chez l’homme, identité reconnue déjà depuis 
long-temps chez le cheval, par suite d’expériences du même 
genre. ■ 

Travers (obs. cit. ) rapporte deux cas dans lesquels l’inocula¬ 
tion pratiquée par M. Coleman, vétérinairé distingué, réus¬ 
sit complètement. En 1833, M. Youate inocula aux narines d’un 
âne le pus pris sur les ulcères farcinéux d’un valet d’écurie,et 
une petite quantité de sang fut aussi introduite entre les lèvres 
d’une saignée, récemment faite. L’animal expérimenté mourut 
d’une phlébite, et cependant les narines présentaient déjà 
quelques pustules et quelques ulcérations {Arehiv. de méd., 
gu. 1833, t, u,p, 383 et suiv.). En 1837, M. Rayer prit sur le 



MOR^E. 


265 


malade qui succomba dans ses salles, le pus d’un abcès et 
l’humeur de pustules et de bulles gangréneuses. Un cheval au¬ 
quel on inocula cette matière présenta tous les symptômes et 
toutes les lésions propres à la morve aiguë , ce qui fut constaté 
par MM. Leblanc, Dupiiy et Bouley fils. La matière de l’écou¬ 
lement nasal du malade observé par M. Husson a été inoculée 
à deux .chevaux à Alfort ; l’un d’eux, enlevé prématurément 
par une pneumonie , présenta cependant quelques lésions an¬ 
nonçant le début de la maladie; l’autre succomba le vingtième 
jour après l’inoculation, présentant les symptômes du .farcin 
et toutes les lésions caractéristiques de la morve, faits consta¬ 
tés encore par MM. Barthélemy, Bouley, et plusieurs profes¬ 
seurs de l’école d’Alfort. Enfin M. Rayer a inoculé encore de 
nouveau , à un âne le pus d’un ulcère que portait un malade 
du service de M. Roux, affecté de farcin chronique , et l’ani¬ 
mal succomba le dixième jour avec les lésions propres à la 
morve. Les expériences de M. Leblanc sont confirmatives de 
tous ces résultats. 

Si, maintenant, l’on résume les différons faits que nous ve¬ 
nons de mentionner, il paraît prouvé que la matière de la 
morve du cheval, mise en contact avec une solution de conti¬ 
nuité , comme on a pu le constater un certain nombre de fois, 
détermine une maladie semblable, de même que ces mêmes 
matières inoculées de Fhommeau cheval produisent des acci¬ 
dents analogues. Mais la maladie peut-elle se communiquer 
par infection, par de simples rapports journaliers de l’homme 
avec un cheval morveux? Gè point, qui n’est pas un sujet de 
doute pour un grand nombre d’observateurs et pour M. Rayer, 
entre autres, nous paraît peut-être plus contestable que le 
premier, et nous resterons, à ce sujet, dans un doute que 
des observations ultérieures pourront' seules dissiper entière¬ 
ment. 

G. Symptômes. — Lorsqu’il y a éu inoculation de la matière 
morveuse, les malades restent de deux à huit jours sans éprou¬ 
ver d’accidëns notables. Après cette sorte d’incubation, il sur¬ 
vient dé la douleur, de la chaleur , de la tuméfaction dans le 
point d’insertion. Plus tard, des élancemens douloureux s’y 
manifestent; on observe une raie rouge, ou une véritable corde 
produite par les vaisseaux lymphatiques enflammés et tuméfiés, 
l’engorgement des vaisseaux lymphatiques voisins, une i'nflam’^ 



266 


MORVE. 


matioa diffuse du tissu cellulaire sous-cutané, avec fièvre, 
douleurs de tête, envies de vomir. Cependant, dans certains cas, 
ces phénomènes locaux ont été peu marqués ou promptement 
calmés. Dans d’autres, les malades semblaient toucher à la 
guérison quand les symptômes propres à la morve se sont dé¬ 
clarés. 

Lorsque, au contraire, la maladie a été contractée par infec¬ 
tion, les prodromes sont ceux d’une affection aiguë, et quel¬ 
quefois d’une fièvre grave. On observe alors les phénomènes 
suivans : malaise, courbature, frissons, symptômes gastri¬ 
ques, douleurs générales ou bornées à quelque région du 
corps ; faiblesse générale, céphalalgie. 

Bientôt il y a accroissement des douleurs musculaires ou 
articulairesavec développement du pouls et chaleur de la 
peau. La douleur, qui peut être générale pendant quelques 
jours, ne tarde pas à se fixer sur une ou plusieurs articu¬ 
lations , et elle résiste à toute espèce de moyen propre à la 
calmer. L’articulation douloureuse ou un point de la face (ja¬ 
mais le tronc ) devient le siège d’une inflammation érysipéla¬ 
teuse , dont on peut de bonne heure reconnaître le mauvais 
caractère. La peau présente bientôt une teinte violacée, se 
couvre de vésicules ou de taches gangréneuses ; la langue est 
rouge à sa pointe, couverte d’un enduit saburral à sa base ; il 
survient de la diarrhée, l’air circule difficilement dans les fosses 
nasales, la respiration s’accélère, la toux est rare, brève, et 
l’on observe des râles muqueux ou sibilans. 

Pendant que la gangrène fait des progrès, on voit apparaître 
sur d’autres parties du corps de nouvelles tumeurs, ou seu¬ 
lement des taches rouges. Un flux muqueux ou purulent, jau¬ 
nâtre, avec des stries de sang, s’établit par les narines; des 
pustules phlyzaciées et des bulles gangréneuses se manifestent 
sur la peau , et principalemet à la face et aux extrémités. On 
observe aussi à la même époque des collections purulentes 
sous-cutanées, et surtout musculaires, circonscrites, sans chan¬ 
gement de couleur à la peau. Il y a des rêvasseries, un affai¬ 
blissement qui va toujours croissant, quoique la sensibilité gé¬ 
nérale persiste. La respiration est embarrassée, stertoreuse, 
avec expectoration de crachats véritablement pneumoniques 
dans certains cas. Le pouls est fréquent, petit, ou mou, et fa¬ 
cile à déprimer. Les selles sont nombreuses et fétides. Enfin 



MOllVE. 


267 

la prostration augmente ; il y a émission involontaire de l’u¬ 
rine et de selles fétides. Le délire est complet, ordinairement 
calme, quelquefois avec alternatives d’agitation et de coma. 
L’écoulement nasal devient plus épais; les pustules se multi¬ 
plient; le pouls acquiert une fréquence et une petitesse ex¬ 
trêmes ; le malade exhale une odeur fétide ; et la mort, termi¬ 
naison constante jusqu’à ce jour, arrive ordinairement du quin¬ 
zième au vingtième joiir. 

Tel est l’ensemble des symptômes de la morve aiguë, que 
l’on peut embrasser d’un seul coup d’œil, mais qui ne suffirait 
pas pour donner de la maladie une connaissance complète et 
approfondie. Nous allons donc reprendre chacun des plus 
impoftans, àfin d’en apprécier la valeur. 

1° Douleurs arthritiques et musculaires. — Elles sont l’un des 
symptômes les plus frappans de la morve aiguë chez l’homme. 
Elles apparaissent dès le commencement, et forment sou¬ 
vent , au début, avec un peu de fièvre et de malaise, les seuls 
phénomènes que l’on puisse noter pendant un temps plus ou 
moins long : ainsi, on les à observés’ trois, et même six semaines 
avant l’apparition des autres symptômes. Dans ces cas, les dou¬ 
leurs avaient une marche chronique, mais le plus souvent elles 
affectent une marche sur-aiguë. Quelquefois étendues à un très 
grand nombre de régions àla fois , elles sont le plus ordinaire¬ 
ment circonscrites à un petit nombre d’articulations. Les 
membres j)araissent être leur siège de prédilection ; cepen¬ 
dant on les a vues presque exclusivement bornées au dos, au 
cou, à l’un des bypochondres. Ces douleurs ont la plus grande 
ressemblance avec celles du rhumatisme : aussi ont-elles été 
l’occasion de plus^d’une méprise. Cependant, elles en diffèrent 
essentiellement par la cause qui les engendre, par une tendance 
bien plus manifeste à la terminaison par suppuration et la 
complication'beaucoup moins fréquente de péricardite et d’en¬ 
docardite. 

2° Coryza. — Quoique ce symptôme soit le plus fréquent et 
le plus caractéristique de la maladie, ce n’est pas cependant 
chez l’homme l’un des premiers qui se présentent à l’observa¬ 
tion. L’écoulement nasal ne s’est montré le plus ordinairement 
que dans les deux ou trois derniers jours de la maladie -, quoi¬ 
que cependant on l’ait vu survenir six , huit, neuf, et même 
quinze jours avant la mort. Au reste, ainsi que le font ob- 



MOUVE. 


server MM. Rayer et Vigla, on pourrait reconnaître la lésion 
des fosses nasales à une époque beaucoup moins éloignée du 
début, en examinant avec soin la respiration nasale, en inter¬ 
rogeant la voix, en faisant moucher le malade. 

La matière de l’écoulement nasal est tantôt muqueuse ou 
purulente, jaunâtre , avec des stries de sang, brunâtre même 
quand la quantité de sang prédomine ; assez souvent séro- 
purulente et fluide, elle est le plus ordinairement visqueuse, 
ténace et gluante, s’attache aux narines et sur les lèvres, qu’elle 
excorie par son âcreté. Ce liquide, d’une fétidité repoussante 
dans certains cas, peut être assez abondant pour pouvoir 
être comparé au jetage des chevaux atteints de morve aiguë. 
Ordinairement la matière s’écoule par les deux narines, quel¬ 
quefois plus abondamment d’un côté que de l’autre, et quel¬ 
quefois d’un seul côîé»-rEhËn , dans les cas où il y a ab¬ 
sence d’écoulempnt^c’est que le liquide sécrété par les fosses 
nasales s’écpule dans le pharynx, ou bien qu’il est trop peu 
abondan^/et alors, en écartant les narines , ou bien en faisant 
expire^ortement le malade, en bouchant alternativement l’une 
et l’autre narines, on peut en constater l’existence. Le gon¬ 
flement de la membrane pituitaire, la présence du liquide vis¬ 
queux , qui obstrue les fosses nasales, opposent à l’entrée de 
l’air dans les narines un obstacle presque insurmontable, 
malgré les efforts multipliés d’inspiration et d’expiration aux¬ 
quels se livre le malade. 

L’examen attentif des fosses nasales peut, quoique les lésions 
que présente la membrane pituitaire n’qccupentpas ordinaire¬ 
ment la partie voisine de l’ouverture antérièure, faire décou¬ 
vrir une rougeur plus ou moins vive, des excoriations, et même 
une perforation de la cloison (obs. de MM. Husson etNivet). 
Quelquefois l’inflammation des fosses nasales se révèle a l’ex¬ 
térieur par le gonflement et la rougeur du nez, par des pus¬ 
tules, des phlyctènes et des taches gangréneuses. 

/Stomatite et angines. —La stomatite qui se développe alors 
est ordiairement circonscrite à quelques points de la bouche. 
Dans un cas, il y avait gangrène à la voûte palatine; dans un 
autre, rougeur et bouffissure des gencives; d’autres fois on- 
a observé des aphthes, une tuméfaction douloureuse des joues 
et du plancher de la bouche, dans un cas où- il y avait une in¬ 
flammation phlegmoaeuse des glandes parotides et sous-maxil* 
laires. 



MORVE. 


269 

Les angines qui acconîpagnent la morve sont presque tou¬ 
jours déterminées par la propagation de l’affection des fosses 
nasales au pharynx , au voile du palais, aux amygdales, et sur¬ 
tout au larynx. Non-seulement ces diverses parties présentent 
de la rougeur et du gonflement, mais encore des lésions iden¬ 
tiques à celles des fosses nasales. Quant aux symptômes par 
lesquels ces angines révèlent leur existence, ils ne diffèrent 
pas de ceux des inflammations ordinaires. 

4° Altérations de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané , 
des vaisseaux et des ganglions superficiels. — Dans toutes les 
observations de morve bien constatée, on a vu apparaître , à 
une époque ordinairement un peu éloignée du début, une 
éruption pustuleuse assez souvent complexe. Ces pustules ont 
été comparées à celles de la variole, et mieux encore à celles 
de la varicelle pustuleuse. D’autres pustules semblent se rap¬ 
procher davantage de celles de la vaccine, de i’ecthyma, des 
tubercules suppurans de l’yaws. Mais la plus fréquente de 
toutes ces éruptions est celle de pustules globuleuses, arron¬ 
dies, varieelliformes, entourées à la base d’un petit cercle rosé, 
commençant (par des élevures papuleuses , qui sont elles- 
mêmes souvent précédées de petites taches que l’on a com¬ 
parées à des piqûres de puce. Généralement, elles se 
terminent rapidement par suppuration , et quelquefois on les 
a vues, dans l’espace d’un jour, parcourir toutes les phases 
de leur développement. L’éruption, au lieu de se. faire tout 
d’un coup sur les diverses parties du corps, se fait, au con¬ 
traire , d’une manière successive, et l’on peut observer sur le 
même sujet, et en même temps, toutes les phases de l’érup¬ 
tion. Ces pustules ont été observées sur toutes les régions du 
corps, mais principalement à la face et sur les membres. 

On observé quelquefois aussi une éruption de bulles gangré¬ 
neuses. On voit alors apparaître sur le nez, à la racine des 
cheveux, sur l’oreille, plus rarement sur les autres parties du 
corps, une ou plusieurs tumeurs de cinq ou six pouces de dia¬ 
mètre , ou même plus petites, de couleur violacée ou noirâtre; 
l’épiderme, très-mince, est soulevé par un liquide sanieux, 
sanguinolent, au-dessous duquel le derme est frappé de gan¬ 
grène, ou dans un état d’infiltration et d’ecchymose voisin de cette 
terminaison.. Du resté, M. Rayer fait observer que la base sur 
laquelle reposent ces bulles n’est pas indurée, et que ce carac- 



MORVE. 


270 

tère peut être utile pour les faire distinguer de la pustule ma¬ 
ligne. 

Le peau présente encore des érysipèles de mauvaise nature 
et des tumeurs charbonneuses qui marchent quelquefois avec 
lenteur au début, pour se terminer ensuite rapidement par la 
désorganisation de. la peau et des tissus sous-jacens. Après la 
face, le voisinage des articulations paraît être le siège le plus 
fréquent de ces inflammations gangréneuses. A la face, elles 
envahissent rapidement une grande étendue, et les parties qui 
environnent l’escharre sont rouges, livides, luisantes, œdé¬ 
mateuses. Les paupières, la bouche, horriblement mutilées , ne 
peuvent s’ouvrir, et les os eux-mêmes sont attaqués. Dans l’al¬ 
las de son Traité des maladies de la peau, M.-Rayer a repré¬ 
senté, d’après un dessin de M. Elliotson, une altération de 
cette nature. 

Le tissu cellulaire sitnéau-dessous des tumeurs grangréneuses 
présente souvent de vastes collections purulentes; mais, indé¬ 
pendamment de celles-ci, il peut en exister d’autres plus petites, 
infiltrées ou circonscrites ^ sans changement de couleur à la 
peau, présentant de la fluctuation dès leur début, plus fré¬ 
quentes sur les membres que sur le tronc, et siégeant même 
plus souvent dans les muscles que dans le tissu cellulaire sous- 
cutané. Ces abcès sont à peu près constans, et forment un des 
caractères les plus importans de la maladie. 

Quant aux engorgemens superficiels des troncs veineux ou 
lymphatiques, assez volumineux pour être reconnus pendant la 
vie, ils n!ont guère été observés que dans les cas d’inocu¬ 
lation. Il est aussi très rare que l’on puisse apprécier par des 
phénomènes locaux pendant la vicies lésions très légères que 
présentent les ganglions lymphatiques de la région sous- 
maxillaire. Il faut ne pas perdre de vue, et cette remarque 
appartient à M. Vigla, que le gonflement des glandes sous- 
maxillaires' pourrait en imposer pour celui des ganglions lym¬ 
phatiques de cette même région. C’est une cause d’erreur qui, 
à raison de la fréquence des angines, peut se présenter, et 
qu’il importe de signaler. 

D. Début de la maladie .—Les malades chez lesquels la matière 
de la morve a été inoculée peuvent présenter une période d’in¬ 
cubation de q uelques jours. La maladie débute ordinaire¬ 
ment par les symptômes d’une' inflammation des vaisseaux 



MORTE. 


271 

lymphatiques. Quelquefois les symptômes pathognomoniques 
de la morve ont été précédés de ceux du f'arcin aigu ou chro¬ 
nique. Cette transformation, assez fréquente chez le cheval, 
n’est pas très-rare chez l’homme; car, aux faits rapportés par 
M. Rayer, il faut ajouter ceux de MM. Deville et Wiggins Heu- 
tis. Si le début de la maladie est assez uniforme dans la morve 
par inoculation, il peut offrir plus de variétés lorsque la mala¬ 
die a été contractée sans introduction directe du virus de la 
morve. Rappelons à ce sujet les douleurs rhumatismales sur 
lesquelles nous avons insisté, douleurs souvent trompeuses, 
et qu’il est important de ne pas perdre de vue. Quelquefois 
plus insidieux encore, le début s’annonce par une douleur 
dans un point de la poitrine, s’accompagnant de fièvre, et 
simule ainsi l’invasion d’une affection aiguë thoracique. Dans 
quelques cas, les premiers symptômes locaux appréciables se 
sont manifestés du côté de la gorge. Ainsi, l’on a vu la mala¬ 
die simuler une angine très-intense dans les premiejs temps, 
et plus tard, une angine gangréneuse. Dans le cas observé par 
M. Rayer, la maladie débuta comme une fièvre typhoïde, et 
tel fut le diagnostic énoncé le premier jour. 

E. Marche, durée , terminaison. — En général, la maladie 
marche d’une manière rapide. Quelquefois elle paraît se déve= 
lopper avec lenteur dans les premiers temps; mais aussitôt 
qu’elle est bien caractérisée, elle fait des-progrès rapides et 
incessans. La mort en a été la terminaison dans tous les cas 
observés, si l’on excepte un seul fait de morve par inoculation 
dont Hertwig a donné l’histoire, et sur la nature duquel on 
peut avoir quelques doutes. Quelquefois le terme de la mort 
est hâté par une asphyxie en quelque sorte accidentelle, due 
à l’oblitération de l’ouverture supérieure du larynx parle gon¬ 
flement fongueux de la membrane muqueuse de cet organe, 
et le développement de pustules à sa surface et dans son épais¬ 
seur. La mort arrive, en général, du quinzième au vingtième 
jour de la maladie, quelquefois plus tard, le trente-quatrième, 
par exemple. On l’a vue survenir aussi plus rapidement, le dou¬ 
zième et même le huitième. 

F. Lésions cadavériques. — La putréfaction ne semble pas s’em¬ 
parer avec plus de rapidité des cadavres des individus qui ont 
succombé à la morve aiguë qu’à la suite de toute autre mala¬ 
die aiguë. La rigidité.cadavérique persiste ordinairement pcn- 



dant vingt-quatre heures, et i’amaigrlssement est souvent très- 
inarqué, quoique la maladie ait duré peu de temps. 

1" Altérations de la peau et du tissu cellulaire. — La papule 
rosée', qui précède la pustule, examinée anatomiquement,fait 
découvrir un'épaississement et une injection de la portion du 
derme qui lui correspond. Dans un degré plus avancé, l’on ne 
rencontre pas encore de iiquide,maisron trouve au-dessous de 
l’épiderme un petit dépôt de lymphe plastique, avec amincisse¬ 
ment et excoriation du derme. Quand la pustule est arrivée à 
son état de développement complet, outre le dépôt plastique, 
elle contient une petite quantité de liquide purulent, et dans le 
point correspondant, il y a écartement considérable des mailles 
du derme, sinon destruction complète. Suivant M. Rayer, cette 
disposition est tout à fait particulière, et ne se retrouve dans 
aucune autre éruption purulente de la peau. 

Les grosses pustules violacées, ou, pour mieux dire, les phlyc- 
tènes qui ont été comparées à des bulles de rupia, de- 
,venues purulentes, contiennent un liquide sanieux, comme 
sanguinolent et purulent. Au-dessous, le derme est épaissi, 
comme tomenteux à sa surface, et injecté jusque dans ses cou¬ 
ches les plus profondes, qui sont infiltrées du même liquide, 
et quelquefois gangrénées. 

Le tissu cellulaire présente des altérations assez nombreuses. 
Au niveau des tumeurs grangréneuses, il est le plus souvent 
ecchymosé , infiltré de sang noir ou gangréné comme la peau. 
Il peut être détruit et remplacé par de vastes collections pu¬ 
rulentes, mais il est plus ordinaire de trouver de petits abcès 
circonscrits ou du pus infiltré. La suppuration peut même s’in¬ 
filtrer profondément dans les interstices musculaires, et jus¬ 
qu’aux os, qui sont quelquefois dénudés. Dans certains cas, au 
lieu de pus, c’est un liquide gélatineux, ou même de la sérosité, 
qui se trouve épanché dans les mailles du tissu cellulaire. 
Enfin, dans certaines régions où le tissu cellulaire est serré, il 
n’est pas rare d’observer de très petits dépôts de lymphe plas¬ 
tique. 

2° Altérations des fosses nasales. — La membrane pituitaire 
présente à sa surface des arborisations vasculaires, ou des ec¬ 
chymoses. Une couche plus ou moins épaisse de mucus grisâtre, 
visqueux, mêlé de stries sanguinolentes, la recouvre dans 
toute son étendue, et s’enfonce dans les différents sinus, et lès 



MonvE. 273 

diverses ouvertures des fosses nasales. Quelquefois l’injeetioa 
est portée plus loin, et la membrane pituitaire est sensiblement 
épaissie. Les feuillets opposés de cette membrane sont telle¬ 
ment rapprochés, qu’ils sont presque en contact, et les na¬ 
rines sont plus ou moins oblitérées. Dans cet état, la membrane 
muqueuse est d’un rouge uniforme et sa consistance est dimi- 

Outre ces changemens, qui peuvent survenir par le fait seul 
d’une inflammation simple, l’on rencontre à la surface de la 
membrane pituitaire de petites élevuresjaunâtres, arrondies, 
dontla grosseur varie entre celle d’une tête d’épingle et celle 
d’un grain de millet, isolées ou groupées, et ressemblant à des 
pustules. L’on en rencontre aussi dans l’épaisseur de la mem¬ 
brane, ou même à sa face profonde. Ces élevures sont for¬ 
mées par de petits’dépôts de pus ou de lymphe plastique assez 
consistante, ce que l’on peut constater en les incisant vertica¬ 
lement. 

Ces élevures, en se ramollissant, donnent naissance à des 
ulcérations qui, dans l’origine, sont arrondies, régulières , à 
fond lisse et brillant, et à circonférence nettement découpée; 
mais plus tard ces ulcérations augmentent de largeur, et for¬ 
ment, eu se réunissant, des surfaces irrégulières et grisâtres. 
Sur les bords de ces ulcérations, il se-développe de nouvelles 
élevures, qui, aussi bien que les autres, finissent par s’ulcérer 
et suppurer. 

En général, la destruction de la membrane muqueuse, ainsi 
que la dénudation des cartilages et des os, ne s’opèrent que 
très lentement, et lorsqu’on trouve ces altérations, c’est le 
plus souvent parce qu’il y a eu gangrène. C’est alors que la 
membrane se détruit par lambeaux qu’on a vus se détacher 
pendant la vie. 

. Les os qui constituent les parois des fosses nasales présen¬ 
tent une vascularité plus grande, reconnaissable à la couleur 
rosée de leur tissu, à des orifices de vaisseaux béants à leur 
surface, à des gouttelettes de sang qui s’en,échappent ; on a vu 
même le cartilage delà cloison perforé (observ. de MM. Hus- 
son etNivet), et les os du nez cariés (Shilling). 

Les lésions de la membrane pituitaire peuvent être circon¬ 
scrites dans plusieurs points, mais le plus souvent elles ne 
laissent tout-à-fait intacte que la portion qui correspond au 
Dict. de Méd. xx. 18 



274 MORVE. 

nez; elles sont ordinairement plus profondes sur la cloison et 
les cornets inférieurs. On retrouve les mêniës lésions dans les 
sinus frontaux et maxillaires. 

3® jltérations de L'appareil digestif. — La membrane muqueuse 
buccale est rarement altérée ; cependant on l’a vue gangrenée 
sur une partie de la voûte palatine; on à trouvé la base de la 
langue et les piliers des amygdales rouges et injectés, le voilé 
du palais, laluette, les amygdales elles-mêmes enflammés, quel¬ 
quefois même gangrenés, ou recouverts de pustuleè isolées. Là 
partie supérieure du pharynx, la face postérieure du voile dû 
palais, offrent plus souvent des lésions semblables à celles des 
fosses nasales, c’est-à-dire, la même éruption, les mêmes 
plaques ulcérées et gangrenées, et quelquefois même les alté¬ 
rations ont une analogie frappante avec la lésion intestinalé 
de la fièvre typhoïde. Quant à l’estomac et aux intestins, les 
altérations se bornent à un peu d’injection et à quelques ec¬ 
chymoses avec ou sans diminution de la consistance de la 
membrane muqueuse. On a trouvé une fois dans les parois 
du colon plusieurs dépôts dé lymphe plastique. 

4° Altérations de l’appareil respiratoire. — La partie posté¬ 
rieure de l’épiglotte présente ordinairement l’éruption pus¬ 
tuleuse que nous avons signalée. Souvent confluente, elle est 
quelquefois même assez considérable pour rétrécir l’ouverture 
supérieure du larynx, et faire périr le malade par asphyxie. Sur 
les ligamens arythéno-épiglottiques et les replis muqueux qui 
entourent l’orifice pharyngien, l’on ne rencontre ordinaire¬ 
ment l’éruption qu’à l’état discret. 

La trachée est bien moins souvent altérée; éllé était saine 
dans les dernières observations recueillies en France. Graves 
dit cependant y avoir trouvé, dans un cas, quelques vésicules, 
Dans un autre, il y avait de la rougeur'à la division des bron¬ 
ches; dans un troisième, un mucus gluant. 

Quant aux poumons, l’on voit souvent à leur surface 
des pétéchies et des ecchyihoses : l’on à rencontré aussi du 
pus dans là plèvre; mais c’est surtout le parenchyme pulmo¬ 
naire qui présente des altérations dignes d’intérêt. 

L’état des poumons, constaté chez treize malades, à donné 
les résultats suivans : trois fois ils ont été trouvés sains. Chez 
un malade, ils offraient l’aspect de la congestion; dé nom-; 
bfeuses pustules étaiént répandues sur leur surface. 0“®!- 



ques-unes d’entre elles, isolées, jaunes au centre, étaient effr 
tourées par un,cercle ecchymosé ; d’autres étaient disposéj?* 
en groupe. Il existait une pleuro-pneumopie dans un ..cas ; 
dans deux autres, t’on trouva plusieurs parties des pputnpns 
fortement congestionnées; chez un malade, il y avait un abceis 
très distinct (vomique). La pneump^pie lobulaire s’est montré^ 
dans tous les autres cas ; c’est elle que Grub et Alexandpr oiif 
décrite sous le nom,de tubercules. Elle existait dans là plupart 
des observations recueillies à Paris. Dans les cas oq cette 0I- 
tération a été décrite avec détail, les noyaux pneumpniquéS 
étaient disséminés dans toutes les régions du poumon ,,,in^,S 
plus nombreux à sa surface que dans son épaisseur. Lepf 
volume variait entre celui d’un pois et celui d’une aveline ou 
d’une noix : le tissu pulmonaire présentait, du reste,.les deux 
degrés, de l’hépatisation ( rouge et grise ), et, suivant çes .de^ 
grés, leur coloration varia.it. Autour de ces noyaux, le tissu 
pulmonaire était quelquefois sain , mais quelquefois aussi 
il était gorgé de sang ou de sérosité. Les bronches sont ordi¬ 
nairement rouges et injectées, mais jamais elles ne présentent 
de désordres aussi prononcés que ceux offerts par le laryç^ 
6“ Altérations de l’appareil circulatoire. — Le cœur et les 
artères ont toujours été trouvés à l’état normal. Le plus sou.- 
vent ilen était de même des veines d’un certain calibre, lors^ 
que la maladie n’avait pas été transmise par inoculaiipn. Ce¬ 
pendant, le cas rapporté par MM. Bruguières et Vigla a offert 
une phlébite bien manifeste de plusieurs veines superficielles 
des membres, et même de quelques veines profondes, Quanf 
aux réseaux capillaires veineux, M. Vigla pense qu’ijs sont 
fréquemment enflammés dans les régions où l’on-trouve des 
^oyer^ purulens et gangréneux, et aùtour des articulations 
malades. Quoique l’observateur que nous citons ait euqcça,- 
sion de, constater cette lésion particulière, il pense qu’il faut 
de nouveaux faits pour bien éclairer ce point intéressant de 
physiologie pathologique. j 

L’état du sang, après la mort, est à peu près le même que 
dans les affections aiguës : il se coagule assez promptement 
dans les veines et. le cœur; il ne colore que médipcremept 
la membrane interne des vaisseaux; il n’.est pas liq;uide,.et 
poisseux comme dans la fièvre typhoïde et dans les aulî e.s mar 
f^ies par infection. Du reste, aucune analyse chimique de 




MORVE. 


m 

ce liquide n’a été faîte jusqu’à ce jour. L’examen micros¬ 
copique auquel s’est livré une fois M. Grub n’a fourni aucun 
résultat. 

La circulation, lymphatique ne présente pas chez l’homme dès 
altérations aussi importantes que chez le cheval. MM. Gruh et 
Shilling ont noté chacun une fois l’altération des ganglions mé¬ 
sentériques. Dans l’ohservation de M. Rayer, les ganglions 
étaient parfaitement sains. Dans un autre cas, les ganglions 
du cou, du pharynx et des aines, étaient rouges et tuméfiés. 
Daps le fait observé par MM. Husson et Nivet, ceux des mêmes 
régions, et, de plus, ceux de la moitié droite de la mâchoire, 
avaient un volume plus considérable qu’à l’état naturel, une 
coloration rosée et une assez grande friabilité. 

Quant aux vaisseaux lymphatiques, ils ont présenté des alté¬ 
rations dans deux cas où la maladie avait été transmise par 
inoculation. Dans l’un, il y avait du pus dans les vaisseaux 
lymphatiques du bras ; dans l’autre, l’autopsie ne fut pas faite, 
mais, pendant la vie, on sentait comme un cordon noueux 
suivant le trajet des vaisseaux du bras. 

6” Altérations des appareils sécrétoires. — Les glandes sali¬ 
vaires sont peut-être plus souvent altérées que les ganglions. 
MM. Alexander, Mac-Donnel et Graves, les ont trouvées enflam¬ 
mées et suppurées. Dans les derniers cas publiés, elles étaient 
tuméfiées et plus vasculaires que dans l’état naturel. Le foie, le 
pancréas, les reins, n’ont pas présenté de lésions dignes d’être 
notées. MM. Vigla et Burguières ont trouvé un abcès dans le 
testicule gauche; et comme ces organes sont souvent malades 
chez le cheval, il serait utile, dans les observations à recueil¬ 
lir, de ne pas négliger l’examen de ces organes. 

7" Altérations de l’appareil locomoteur. —Dans tous les cas où 
l’autopsie a été faite d’une manière complète, on a trouvé des 
abcès dans l’épaisseur des muscles : on les a observés dans les 
muscles des membres et du tronc; l’on en a même rencontré 
jusque dans les muscles du pharynx. Leur volume ne dépasse 
guère celui d’une noix, et ils peuvent être beaucoup plus pe¬ 
tits. Ordinairement ils occupent la partie centrale des muscles. 
Ils renferment du pus^de bonne nature ou un peu sangui¬ 
nolent: ce pus est entouré par les fibres musculaires érodées, 
irrégulièrement découpées, mais il n’est pas renfermé dans 
une membrane particulière, Dans quelques cas, au lieu de pus. 



MOiiTt;. 277 

l’on rencontre une matière gélatineuse assez consistante, qui 
paraît précéder la formation de la matière purulente. 

Les os présentent aussi des altérations, mais qui ne se 
développent que secondairement, et par suite de la destruc¬ 
tion du périoste, lésion qui succède aux abcès des muscles 
ou du tissu cellulaire. Le périoste, soulevé par la suppuration, 
est quelquefois rougeâtre, et d’autres fois parsemé d’un cer¬ 
tain nombre de ces granulations plastiques dont la produc¬ 
tion est si fréquente dans la morve. 

Les articulations ont été trouvées plus ou moins altérées 
dans plusieurs cas ; la synovie était plus visqueuse, plus abon¬ 
dante que de coutume, sanguinolente, ou même purulente, 
avec des flocons de lymphe coagulée. Chez quelques malades, 
l’intérieur des articulations communiquait aves des foyers 
extérieurs. Dans la plupart des cas, la membrane synoviale 
était injectée et épaissie. Une fois l’on observa à la face interne 
du ligament orbiculaire de l’articulation scapulo-humorale, 
une fausse membrane bien organisée. Rarement on trouve 
uné seule articulation malade ; quelque fois toutes celles d’un 
membre sont affectées simultanément. Ordinairement aussi, 
dans ces cas, le tissu cellulaire qui environne les articulations 
est injecté, ecchymosé, épaissi ou induré ; quelquefois l’on y 
a vu alors les granulations plastiques si fréquentes dans la 
maladie qui nous occupe. 

G. Diagnostic. — Dans une. affection aussi grave que celle 
qui nous occupe, et qui n’a encore été observée avec soin 
que depuis un très court espace de temps , il nous paraît im¬ 
portant d’établir avec soin son diagnostic différentiel^ 

Les piqûres ou plutôt les empoisonnemens par le pus ou par 
d’autres matières morbides, que l’on observe chez les méde¬ 
cins et les chirurgiens, à la suite de dissections ou d’opérations, 
ne sauraient être confondues avec la morve. Sur plus de cin¬ 
quante cas de cette nature, analysés par M. Rayer ( Mémoire 
cité, pag. 107 ), dans aucun il n’est fait mention soit d’écoule¬ 
ment par les narines pendant la vie, soit d’érujjtion nasale ou 
laryngée trouvée après la mort, soit de l’éruption cutanée 
particulière à la morve aiguë. 

Les cas résorption purulente ont sans contredit de nom¬ 
breux points de coutact avec la morve aiguë; mais ils en dif¬ 
fèrent sous plus d’un rapport. M. Rayer ( pag. 108 ) a examiné 



278 MORVE. 

avec soin les cadavres de plusieup individus morts à la suite 
dè fésbVptiôtfS jj'urûfentès ,’et sur auéun â’eux li’n^a^c'dnstatë 
l’éruption pustùlèusé et ^àngrén'eusé de la péaû. MM.'Roüx j' 
Sansbn et Velpeau n’bnt pas observé non plus cette éruption à 
!â''süit'eHes résorptrons purulentes qui succedérit aux g'rànidés 
o'pêratîons cbirurgicàlès. Maréchal, M. Blandin, né font non idùs 
abcuné m’èüllôn de ee^ttè éruptibri dans leurs récherch'e’s sur 

la’pblébite. ' ' . . . 

' Là morve aiguë et inoculée, lorsqu’elle déterminé la phlé¬ 
bite, diffère de la phlébite ordinaire avec résbfption purulente 
par un caractère bien important,' et qu’il pourrait être utile 
de constater en cas de doute : c’est que le pus des veines, ou 
dit tissu cellulaire, inoculé aux solipèdes , jouit de là pro- 
p'fîété 'de reproduire ùné maladie tdut-à-fait identique. Dé 
plus ^'cette espèce de phlébite s’accompagne des caractères es- 
sèntieis de là morve, tèls que.I’èruption pustuleuse des fossés 
nasales et du làrynx, ét les bulles gangréneuses à là peau et 
à l’origine dés membranes muqueuses.” 

Da pustule maligne contractée par contagion diffère de la 
morve aigue avec gangrène, en cè que, dans cette dernière 
affection, des symptômes généraui précèderittoujours les àc- 
cîdeuts’lôcaux , ce'qui est le contraire dans cette forme de là 
pustule maligné. Dans la pustule maligne inoculée, la gan¬ 
grène est d’abord fixée au point où s’est faite l’inoculation du 
virus. Dans la morve aiguë, au contraire, s’il existe des symp- 
tô’més locaux à l’endroit où le virus à été inoculé, ils ne sont 
p“oint caractéristiques de la morve. Ce n’est que plus tard , 
après dés symptômes généraux, que se déclare l’éruption pust 
tuleuseet gangréneuse delà peau, l’éruption des fossés nasales 
e’t l’écoulément purulent, pbénomènès qu’on ne retrouve pas 
dans la pustule maligne ; car, sur plus de cent observations de 
pustules malignes, analysées avec soin par M. Rayer, sous lé 
point de vue de l’éruption cutanée et nasale, dans aucune ce 
dernier symptôme n’a été observé. 

Lorsque les malades atteints de morve aiguë sont arrivés à 
l’état de prostration , il y a , quant aux symptômes, quelque' 
analogie entre cette maladie et l’affection typhoïde avec pété¬ 
chies et taches gangréneuses. Maïs, outre que l’éruption cuta¬ 
née et des fosses nasales manque aussi dans cette dernière 
mâiadi®’ lésions que l’autopsie révèle siègent sur ïe tuté 



< MORVE. 279 

digestif, et non pas sur la memljfane pituitaire ou la. muqueuse 
dirtarÿnxcomme àans la morve aiguë. 

' ‘Certaines'varioles et putrides présentent Jiien quelque 

analogie avec la morve aiguë. Dans Tune et l’autre de ces affec- 
^ns, il ÿa une éruption pustnleuseàla peau; mais ces deux érup- 
iîbns diffèrent par la forme des pustules, et, de plus, (^ans la 
morve ajguë, elles sont accompagnées de bulles gangréneuses. 
Les fos'sçs nasales ét le larynx offrent, dans certaines varioles, 
une véritable éruption caractérisée par de petits disques ou 
par des lamés de lymphe plastique déposées à la surface de 
cette membrane, dont la teinte est d’un rouge plus ou moins 
foncé. Dans la morve aiguë , au contraire , le pus ou la lymphe 
plasUque est déposé dans l’épaisseur et au-dessous de la 
membrane muqueuse. De plus, il existe encore cette différence 
bien essentielle,'c’est que l’inoculation du pus de la variole est 
sans résultat chez les solipèdes, tandis que celle du pus de la 
morve reproduit chez ces animaux une affection identique, 
ainsi que le démontrent jes observations de MM. Travers, Cole¬ 
man et Rayer. 

' Les douleurs qu’on observe souvent au début de la morve 
aiguë chez l’homme, et eejles qui accompagnent le développe¬ 
ment des phlegmons disséminés, ont quelquefois simulé une 
affection rhumatismale ; mais, pour peu que la maladie ait 
revêtu quelques-uns de ses principaux caractères, il est im¬ 
possible que l’erreur puisse subsister long-temps. 

H. Im. morve aiguë, telle qtüelle vient d’être décrite chez l’homme, 
est-elle la, même que celle qui a le même nom chez le cheval? — 
l^ous ne devons pas terminer ce paragraphe de l’histoire 
de la morve sans examiner une question de la plus haute im¬ 
portance , que l’on nous reprochera peut-être de n’avoir pas 
disentée avant d’entreprendre la description de la maladie. 
Mais i| était impossible de le faire, car nous eussions été forcé 
d’anticiper sur l’histoire des symptômes. La maladie que nous 
avons décrite chez l’homme est-elle la même que celle que 
rôn observe et que l’on décrit chez le cheval sous le nom de 
mprye aiguë ? 'Telle est la question qui nous reste à examiner. 
Si l’on étudie avec'spin les descripûons de la morve aiguë 
données par les auteurs des traités de médecine vétérinaire, 
dh'verra que les points de ressemblance sont nombreux, 
tandis que les dissemblances sont légères et beaucoup moin- 




dres que n’aurait pu le faire croire la différence d’organisa¬ 
tion. Les symptômes peuvent différer d’intensité, de durée , 
mais ils ne diffèrent pas de nature. 

Le flux nasal que l’on observe pendant la vie , l’éruption èt 
les ulcérations que l’on trouve après la mort sur la membrane 
pituitaire , sont aujourd’hui reconnus identiques par les mé¬ 
decins et les vétérinaires. Il est vrai de dire que, chez le cheval, 
ces altérations marchent avec plus de rapidité, présentent une 
intensité plus grande, et se montrent dès le début de la ma¬ 
ladie. Le réseau lymphatique paraît aussi chez le cheval être 
le siège spécial de ces altérations, tandis que chez l’homme 
elles sembleraient occuper les follicules muqueux, d’après 
l’opinion de M. Vigla (ouv. cit., p. 64}, qui leur assigne ce 
siège d’une manière bien positive, quant aux lésions du larynx. 

Les sinus frontaux et les sinus maxillaires de l’homme pa¬ 
raissent être plus fréquemment malades que ceux du cheval. 11 
paraît aussi que chez le dernier il doit être plus rare de trouver 
dans le pharynx et le larynx des altérations semblables à celles 
des fosses nasales, car M. Delafond les a niées. Cependant 
M. Rayer les a retrouvées sur le cheval, quoiqu’il n’ait fait 
que dix ouvertures de chevaux morts de la morve aiguë. 
MM. Leblanc et Brunzlow lés ont pareillement constatées. 

On a aussi cherché un argument contre l’identité de la ma¬ 
ladie du cheval avec celle de l’homme dans l’état des gan¬ 
glions souS-màxiliaires, qui sont constamment altérés chez les 
solipèdes, et qui ne le sont chez l’homme que très-rarement, 
ou à un degré très-faible. M. Rayer a fait observer à ce sujet 
que l’engorgement de ces ganglions, si considérable dans la 
morve chronique du cheval, l’est beaucoup moins dans la 
morve aiguë; que s’ils ne sont pas aussi altérés chez l’homme, 
au moins ne sont-ils pas toujours entièrement sains; que d’ail¬ 
leurs les rapports plus éloignés, chez l’homme, de ces organes 
avec les fosses nasales, peuvent expliquer cette différence; 
que des maladies autres que la morve (gourme, présence d’un 
corps étranger, etc.) déterminent le glandage, chez le cheval, 
tandis que, chez l'homme, l’ozène syphilitique et scrofuleux 
ne détermine pas cet engorgement, qui paraît, au contraire , 
se manifester plus facilement dans les affections de la gorge. 

Nous ajouterons que la différence du siège des lésions des 
fosses nasales peut aussi expliquer la fréquence moins grande 



MOUVE. 


281 

de l’eagorgement des glandes chez l’homme que che:^ le che¬ 
val. Si, en effet, chez ce dernier, les altérations semblent 
occuper surtout le réseau lymphatique, tandis que chez 
l’homme elles occupent principalement les follicules, leur 
influence fâcheuse- s’étendra nécessairement d’une manière 
bien plus directe chez le cheval que chez l’homme sur les 
glandes lymphatiques. 

Quoique M. Barthélemy ait nié l’existence des pneumonies 
lobulaires chez le chpval à la suite de la morve aiguë, elles 
.existent cependant tout aussi bien que chez l’homme. Mais on 
observe chez le cheval une altération qui ne se retrouve pas 
dans l’espèce humaine; ce sont de petits dépôts de lymphe 
plastique de la grosseur d’un pois ou d’une lentille, faciles à 
écràser, d’un blanc sale au centre, formés d’une matière albu- 
mino-fibreusç, et qui, placés au centre de là pneumonie lobu¬ 
laire, paraissent en former le noyau, à peu près comme on 
voit chez l’homme un tubercule isolé former quelquefois le 
noyau d’nne pneumonie. 

Les douleurs musculaires et articulaires dè forme rhumatis¬ 
male , dont l’existence a été niée chez le cheval, par MM. Bar¬ 
thélemy et Delafond, ont été cependant constatées. Ainsi, 
M. Leblanc a été plusieurs fois indécis de savoir, au début de 
la maladie, si l’animal n’avait qu’une douleur rhumatis¬ 
male , ou si la morve aigue farcineuse allait se déclarer. 

Les engorgemens musculaires sont assez communs chez 
le cheval, mais ils se terminent par suppuration moins fré¬ 
quemment que chez l’homme. 

L’éruption pustuleuse a été très-bien décrite, chez le che-' 
val, par M. Delafond. On observe dans son développement à 
peu près les mêmes phases que chez l’homme. 

Les gangrènes s’observentaussi,’chez lecheval, aux naseaux, 
au fourreau. Elles sont cependant moins fréquentes que chez 
l’homme ; ce qui pourrait bien tenir à la mort rapide des che¬ 
vaux qui, dans cette affection, sont souvent sacrifiés de bonne 
heure. 

Les phlébites superficielles et capillaires s’observent assez 
fréquemment chez l’homme. Chez le cheval, au contraire, il 
est bien plus commun dé trouver l’inflammation des vaisseaux 
lymphatiques et des ganglions. 

La diarrhée a été presque constammeiit observée chez 



28? ' MORTE. 

rjiomme, tandis que ce symptôme a toujours manqué chez le 
çlievai. ' ' ^ - 

L’on a signalé encore une différence entre la morve aiguë 
cheyâl et celle de l’homme : c’est que, chez cè dernier, à 
l’exception d’un cas peut-êtrê, la maladie s’êst cdnstammeat 
ierminée jiar la mort, tandis' que chez le cheval e}ie est sus¬ 
ceptible de guérison, ou peut passer à l’état chronique. Cepen¬ 
dant hâtpns-nou? de faire remarquer que, 'chez le cheval, 
la mort est une terminaison beaucoup plus fréquente de la 
morve aiguë, que Ta guérison. 

Telles sont les différences, bien légères sans doute, qui exi.s-" 
lent, et qui ont servi d’argumens à quelques médecins vétéri¬ 
naires pour réjeter l’identité des deux maladies. Cependant il 
est peu d’affections dans l’espèce humaine qui présentent entre 
elles plus d’analogie; et, d’ailleurs, il ést un fait qui détruit 
toute incertitude a cet égard, c’est là transmission de la ma- 
jqdie' d® l’horame au cheval par l’inoculation, transmission 
bien constatée par ,des exemples authentiques, et qui dé¬ 
montre que la maladie décrite chez l’homme sous le nom de 
morve aiguë est la même que celle du cheval. 

I. Traitement de la morve aiguë. — Les palefrenierSfCtles do¬ 
mestiques qui sont chargés du pansement des chevaux mor¬ 
veux devront être avertis des dangers qu’ils courent, et des 
moyens qu’ils devront mettre en usage pour s’en garantir. Ils 
devront éviter de coucher dans' fécurie qui renferme des 
chevaux malades ; ils renouvelleront fréquemment les litières, 
et veilleront avec soin à toutes les précautions hygiéniques 
qui entretiennent l’assainissement de l’écurie. Ils éviteront dé 
porter à leur visage les objets qui auront pu servir à nettoyer 
les animaux, et s’il leur arrive de recevoir sur la peau la ma¬ 
tière du jetage, ils devront se laver immédiatement avec soin. 

Tels sont les naoyens prophylactiques à l’aidé desqüejs on 
pourra prévenir lé développèment de la morve. Mais, quels 
gont les moyens à opposer à cette cruelle maladie? Tous ceux 
qui ont été mis en usage jusqu’à présent ont complètement 
échoué. La maladie, souvent prise à son début pour Une af¬ 
fection rhumatismale^ a été attaquée par les émissions san¬ 
guines générales' et locales', qui n’oht pas arrêté le ina!, mais 
qui n’ont pas non plus paru hâter la périodë de prostrarioh 
qui s’observe toujours vers la fin de cétte affection. Les évk- 




MORVE- 

cuans par haut et par bas , soit dans Je but d’imprimer à l’or¬ 
ganisme une deyiaiipn utile, soit dans celui d’éliminer, à une 
période déjà aÿancëe de la maladie, et parles sécrétions, une 
tpgpère putride mêlée aux divers liquides de Técouomie, ont 
été employés s'âns amener de cTîangémens favorables dans la 
maladie; il a naêmé ÎFalIu quelquefois les porter à Une dose 
tres-éjeyée pôur produire des évaçuat|ons. 

pans presque tous les cas, on a eu recours aux antiseptiques 
et aux toniques, lorsque les buljes gangréneuses et les érysi¬ 
pèles de mauvais caractère se sont manifestés. Lé chlorure de 
soude, le camphre, le quinquina, la serpentaire de Virginie j 
la valériane, le sirop d’écorces d’orange, ont été adrninistrés 
sans qu’on eu ait obtenu d’avantages. M. Rayer pense que l’on 
devrait avoir recours à l'emploi des purgatifs répétés et de 
facétate d’ammoniaque, dont les vétérinaires paraissent avoir 
retiré quelques bons effets dans le traitement de la morve 
aiguë des chevaux, ÿe pourrait-on pas aussi eniployer Iç 
mercure administré en frictions et à haute dose, dans le but 
de modiüer la nature de l’infection existante? 

$ II. De la morve chronique chez l’homme. — Moins générale¬ 
ment connue que la porve aiguë, la morve chronique a eér 
pendant été observée chez l’homme, et M. Rayer (/oc. cit., 
p. 203 ) a essayé d’en donner une description d’aprçs je pefij 
nombre d’observations recueillies jusqu’à ce jour sur ce 
point intéressant de l’histoire de la morye. Pour arriver à l’nP' 
prédation exacte des symptômes observés chez rhommç, il es]| 
important que nous passions en revue ceqx que présçpte la 
morve chronique chez le cheval. 

Au début de la maladie, il existe, d’après les defpriptipPjS 
des médecins vétérinaires, jetage blanchâtre, ordinairement 
par la narine gauche, quelquefois par la narine droite,et raré- 
ment par les deux à la fois. Bientôt les ganglions lyqiphatiqvies 
sousAinguaux s’engorgent, l’écoulement nasal augmente, de¬ 
vient jaunâtre, et l’engorgement des glandes lymphatiques aug¬ 
mente. Le cheval présente toutes les apparences de la santé • 
.il pourrait inême vivre et travailler pendant plusjeurs années, 
si les règJemens de police n’exigeaient pas qu’il fût abattu. 
Quelquefois, cependant, }a terminaison fatale de la moryé 
chronique se trouve hâtée par une attaque de morve aiguë. 




MORVE. 


284 

Quelquefois la morve chronique est précédée de farcin, et 
c’est à cette forme que se rattachent les observations recueil¬ 
lies chez l’homme. Nous dirons aussi de la morve chronique, 
qu’elle peut se transmettre par inoculation, quoiqu’elle soit 
beaucoup moins contagieuse que la morve aiguë. 

Les médecins vétérinaires sont loin d’être d’accord sur les 
caractères et la nature de la morve chronique. Delabère 
Blaine décrit cette maladie comme une inflammation ulcé- 
rative spécifique ( iVdt/ore* fondamentales de l'art vétérinaire. 
Paris, 1808, art. Morve, tom. iii,.p'ag. 210 ). M'. Dupuy , et] de¬ 
puis ses travaux , un grand nombre de vétérinaires', ont 
considéré la morve chronique comme une affection tuber¬ 
culeuse (^De Vaffecûàn tuberculeusevulgairement appelée 
morve, Paris, 1817). Suivant M.jRodet, la morve consiste dans 
des dégénérations de la membrane pituitaire, précédées, ac¬ 
compagnées ou suivies de lésions organiques des poumons , et 
le plus souvent de tubercules pùlmonaires [Recherches sur la 
nature et la cause de la morve. 1830 ). M. F. D. Morel considère 
la morve comme une inflammation de la membrane pituitaire, 
entretenue par des corps étrangers irritans , engendrés eux- 
mêmes par une phlegmasie [Traité raisonné de la morve. Verts, 
1823). M. Rayer, en présence de cette diversité d’opinions , a 
fait lui-même des recherches pour s’éclairer sùrles caractères 
anatomiques de la morve chronique, afin de pouvoir les com¬ 
parer avec les lésions observées chezl’bomme par MM. Elliot- 
aon. Travers et Hardwicke. Nous allons faire connaître le ré¬ 
sultat de ces recherches. 

Chez le cheval atteint de morve chronique, on remarque de 
•petites élevures blanches, dont le volume varie entre celui 
d’une petite et celui d’une grosse tête d’épingle. Elles sont 
aplaties, et leur centre est plus blanc et plus proéminent que 
les autres points de leur surface. Leur base se perd insen¬ 
siblement dans la membrane muqueuse. Du resté, elles ne con¬ 
tiennent ni pus, ni matière tüberculeuse que l’on puisse enlever 
avec la pointe du scalpel.Ôn ne peut les énucléer, ni les détacher 
de la membrane muqueuse sans la déchirer. Lorsqu’on les in¬ 
cise suivant leur épaisseur, et au-delà de leu^ base ^ on ne dis¬ 
tingue point nettement à l’œil nu, et même à la loupe, la ligne 
de séparation entre le point épaissi delà membrane muqueuse- 
qui correspond à i’élevure et les points sains contigus j seule- 



285 


MORVE. 

ment, te point épaissi offre une teinte d’un blanc plus mat, qui 
se confond insensiblement avec la membrane pituUaire. L’éie- 
vure paraît aussi formée aux dépens de la portion villeuse de 
la membrane. La portion fibreuse de cette membrane, indiquée 
par une ligne rougeâtre à la partie inférieure de'la coupe, 
ne paraît point épaissie. Ces petites élevures peuvent être dis¬ 
séminées en nombre plus ou moins considérable sur la mern- 
brane muqueuse des fosses, nasales. Elles sont quelquefois 
très rapprochées les unes des autres, ou entièrement con¬ 
fluentes. 

Dans une seconde forme de cette altération, on observe sur 
plusieurs points de la membrane muqueuse des plaques proé¬ 
minentes , le plus souvent ovalaires, et dont le plus grand dia¬ 
mètre , ordinairement dans le sens de la longueur de la cloi¬ 
son, a depuis six jusqu’à douze lignes de longueur , sur deux 
ou six de largeur. Ces plaques, d’un blanc jaunâtre, sont lisses, 
à leur surface, lorsqu’elles ne sont pas ulcérées. En les inci¬ 
sant, on peut voir qu’elles sont manifestement formées par un 
gonflement de la membrane pituitaire, et en les divisant par 
petites couches, il est impossible d’y découvrir aucune trace 
de matière tuberculeuse. Parmi ces élevures, ces mamelons et 
ces plaques, on en remarque quelquefois qui sont plus so¬ 
lides, plus dures, comme sielles.étaient le résultat d’une trans- 
formation des élevures primitives, et M. Rayerproppse de les 
désigner sousje nom de mamelons indurés. 

Les élevures et les plaques de la morve chronique, au bout 
d’un certain temps, éprouvent le plus souvent à leur centre 
un ramollissement sans infiltration évidente de pus, très-ana¬ 
logue à celui que présente la membrane muqueuse du gros 
intestin dans la dysenterie. En versant un filet d’eau , ou bien 
en promenant légèrement le dos du scalpel à la surface de la 
membrane muqueuse, on enlève les parties ramollies avec une 
certaine quantité de mucus blanchâtre, épais, qui les recouvre. 
Alors,le centre des élevures présenteun petit ulcère taillé à pic, 
dontla circonférence est formée par un cercle en bourrelet, qui 
n’est autre chose que la base non détruite de l’élevure. D’autres 
ulcères circulaires, plus étendus, dont la base est également 
cernée par une espèce d’anneau en bourrelet proéminent, ont 
remplacé de larges plaques dont la surface est presque entiè¬ 
rement détruite. En résumé, dans la morve chronique, les ul- 



286 MORVE, 

cérations des fosses nasales petites, circulaires , et quelque¬ 
fois linéaires sur les élevures, plus larges sur les plaques, 
tout-à-fait irrégulières sur les groupes d’élévurês, sont le plus 
souvent entourées d’un bourrelet. Ces ulcérations, lorsqu’il 
n’ÿ a pas eu de paroxysmes d’acuité, sans rougeur à leur basé, 
sans pointillé à leur surface, ont unè couleur d’un jaune gri- 
satré. Dans le plus grand nombre , l’ulcération ne s’étend qiie 
jusqu’à la couche iibreuse; dans quelques cas seulement, et 
c’est presque toujours à la suite d’ûh travail d’acuité, la mem¬ 
brane est détruite jusqu’aux cartilages ou jusqu’aux os, sui¬ 
vant le point où l’ulcération s’est développée. 

.,M. Rayer a rencontré a<ussi plusieurs fois de véritables ci¬ 
catrices sur la membrane muqueuse de la cloison, et sur celle 
des cornets. Plusieurs fois il a vu la membrane muqueuse dè 
la cloison sillonnée par des brides plus blanches que la mem- 
brané muqueuse sainè, et s’étendant, en rayonnant, d’un 
point central, à peu près comme certaines cicatrices de la 
peau à la suite des brûlures. 

Les^ vaisseaux qui rampent aü-dessou's de la membrane 
muqueûse ne sont pas ordinairement plus appareils que 
d|ans l’état naturel. Lorsque les veines contiénnent des cail¬ 
lots fibrineux décolorés, elles se dessinent én relief sur là 
cloison. 

Dans là morve chronique , on observe aussi quelquefois 
sur un ou plusieurs points des élevures saillantes , d’un blanc 
comnae cartilagineux, environ de la dirnensioh d’une lentille- 
incisées, elles paraissent formées par une matière déposée à là 
surface dé la membrane, et qui s’ÿ èst endurcie comme là 
lÿniqihe plastique.se durcit quelquefois à la surface des mem-r 
branés ^reuses. L’hûmeur que l’on rencontre à là surface dé 
la ^cloison, des cornets et dans les sinus, né présente pas par¬ 
tout la même apparence. Là où là membrane muqueuse n’ésï 
point ulcérée, lé mucus est épais, jàunâtre et filant. A la sui - 
face_des ulcères, il se rapproche un peu plus des caractèrès 
(iu pus. Enfin, il résulte des diverses sécrétions morbides une 
humeur qui, par sa consistance^ gluante, se rapproche du 
mucus du coryza, et par sa teinte d’un blanc laiteux, de l’hu- 
jmeur purulente sécrétée par les membranes muqueuses dans 
certaines, jnflammatipns pyt^éniqnes. M. Rayer a trouvé plu¬ 
sieurs fois dans ies sinus maxillaires èt dans les cbrneis une 



ftWRTB. 2S7 

matièré d’un blanc laiteux, épaisse comme du lait caillé un 
peu desséché. 

Là lame fibreuse de la membrane Jiituitaireépaissie dans 
quélquës points, éprouve une véritable ossification âcciden- 
tellé dans quelques àulrés. 

Lorsque la mo.rve a persisté long-temps chez un cheval, lés 
os qui entrent dans la composition des fosses nasales éprou¬ 
vent eui-inêmes de profondes altérations. Quelquefois leur 
tissu épaissi, poreux, blanchâtre, se laisse écraser facilemeiiï 
entre les doigts j sans crépitation, comme dans l’ostéomalaxiei 
D’autres fois, les lames, osseuses ont une épaisseur plus 
que quadruplé de l’épaisseur normale; elles sont dures, cas¬ 
santes; leurs bords sont aigus; leur surface est rugueuse, iné¬ 
gale , et présente beaucoup de petit trOus qui paraissent des¬ 
tinés auxvaisseaux. Enfin, Ton a aussi observé à la suite.de là 
morve chronique la perforation de la cloison du nez. 

Deux fois sur quinze, M. Rayer a observé de nombreusès 
ulcérations dans le larynx, au voisinage des ventricules, ët à 
la face interne de l’épiglotte. Une fois le même observateur à 
rencontré dans la trachée une ulcération de la dimension 
d’une pièce de vingt sous, dont les bords étaient taillés à pic, 
et la surface granulée ; et une autre fois, trois plaques ulcé¬ 
rées tout-à-fait analogues à'celles des fosses nasales. 

Les poumons ont présenté à M. Rayer les deux altérations 
suivantes : 1" nn certain nombre de petites granulations dis¬ 
séminées à la surface oû dans l’épaisseur dé ces organes. Ces 
granulations, dé la grOsseiir et de la forme d’unè tête de 
grosse épinglé , d’un blanc grisâtre, dures au toucher, glo¬ 
buleuses , ne pouvaient être détachées du poumon sâns dé^ 
chirure de son tissu, et sans qu’uhe portion rëstât attachée à 
leur contour. înciséës avëc la pointe d’un scalpel, ces granu¬ 
lations , lorsqu’on les compriihait entre les doigts, laissàienf 
échapper un petit grain d’iin blanc de përle, assez solide, èt 
qui était évidemment renfermé dans une espèée de coqiië. 
Dans rincîsiôh de plusieurs de ces petits grains, M. Rayer a éra 
voir s’échapper de léur cavité une très-pètité quantité de li¬ 
quide. Àu reste, il a été impossible, soit par la dissection^ 
soit par des injections, de reconnaîtrë si cés granulations 
étaient un dépôt de matière morbide, ou des vésicules ppl" 
mouàirés indurées. Ces granulations n’ônt jàmàis été vù'ès à 




MORVE. 


288 

l’état d’agglomération dans un point formant une masse du 
volume d’une noisette,par exemple, et présentant des traces, 
soit d’un ramollissement, soit d’une caverne, .lamaisnon plus 
M. Rayer n’a rencontré dans les poumons des chevaux mor¬ 
veux la matière tuberculeuse infiltrée, ou en masse plus ou 
moins considérable. 

2° Presque toujours, avec ces granulations miliaires, il 
existe une altération dont les diverses apparences semblent 
correspondre à des états plus ou moins avancés d’une pneu¬ 
monie lobulaire, circonscrite, chronique. De petites masses 
rougeâtres, solides et dures, du volume d’une noisette, d’une 
olive et plus rarement d’une grosse noix, sont disséminées dans 
le poumon au nombre d’une douzaine et d’une vingtaine. 
Quand elles sont au-dessous de la plèvre, on reconnaît l’en¬ 
droit où elle sont situées à de petites taches blanchâtres de 
la largeur d’une pièce dé dix, de vingt ou de trente sous. 
Elles ont', en outre, une légère saillie, parce qu’elles ne s’af¬ 
faissent pas comme les parties voisines; Des masses plus vo¬ 
lumineuses , dont là dimension varie entre celle d’une grosse 
noix et celle d’une petite pomme, sont d’un rouge bleuâtre ou 
brunâtre. 11 est impossible,' du reste, de trouver dàns ces 
masses , pas plus que dans les précédentes, aucune trace de 
pus ou de matière tuberculeuse. 

D’autres petites masses sont d’un blanc légèrement jaunâtre, 
comme la couenne inflammatoire du sang, semi-transparentes, 
et humidés à la coupe. L’incision présente une surface lisse , 
homogène, semi-transparente. Lorsqu’on coupe ces masses en 
plusieurs sens, on aperçoit toujours de petits points jau¬ 
nâtres disséminés dans leur épaisseur. 

Enfin, le tissu d’autres petites masses est plus ferme, plus 
dur à leur circonférence , où il offre une résistance cartila¬ 
gineuse, et quelquefois une'teinté ardoisée. Au centre de ces 
masses, ou au moins dans leur intérieur., on trouve souvent 
une petite cavité remplie d’une matière d’un blanc laiteux, li¬ 
quide comme du pus épais. En incisant ces masses dans plu¬ 
sieurs directions, on ne distingue plus de traces du tissu du 
poumon. M. Rayer insiste encore sur ee point, qu’il n’a jamais 
trouvé de matière tuberculeuse ou de cavernes chez les che¬ 
vaux atteins de la morve chronique. 

Dans un assez grand nombre de cas, les ganglions inter- 



MORVE. 


bronchiques sont considérablement tuméfiés , d’un blanc ti¬ 
rant sur le jaune,,et leur tissu est souvent infiltré en plusieurs 
points d’une matière jaunâtre presque solide, s’écrasant fa¬ 
cilement entre les doigts, et semblable à celle que l’on observe 
dans les mêmes glandes chez l’homme atteint de phthisie. 

Les ganglions lymphatiques sous-maxillaires des deux côtés, 
quand la maladie attaque les deux fosses nasales, et ceux d’un 
seul côté lorsqu’une narine seulement est affectée, sont tou¬ 
jours plus ou moins augmentés de volume. Par leur agglomé¬ 
ration , ils forment des tumeurs dures et mamelonnées, dont 
les dimensions varient entre celle d’un œuf de pigeon et celle 
d’un œuf d’oie. Le tissu de ces ganglions est moins rose et plus 
dur que celui des ganglions lymphatiques sains. Incisé, ilpa- 
raît blanc et induré ; sur d’autres, comme semi-transparent, 
avec ou sans infiltration d’une matière d’un blanc jaunâtre et 
d’apparence tuberculeuse. Indépendamment de ces lésions , on 
en observe quelquefois d’autres : ce sont des engorgemens 
dans les ganglions et les vaisseaux lymphatiques des membres 
et du tronc, des concrétions fibrineuses anciennes dans les 
veines, des infiltrations séreuses, parfois même des abcès sous- 
cutanés et des ulcérations plus ou moins nombreuses, ensemble 
de lésions que les vétérinaires désignent sous le nom de farcin 
chronique. 

Il était important de reproduire la description que M. Rayer 
a donnée des lésions qui caractérisent la morve chroni(|ue 
chez le cheval, afin de bien constater que cette maladie n’est 
point une affection tuberculeuse, comme la phthisie chez 
l’homme. 

La science ne possède encore que trois observations que ’on 
puisse rapporter à la morve chronique chez l’homme. Elles ont. 
été publiées par MM. Elliotson et Travers, et par M. Williams 
Hardwicke. Dans ces trois observations, la maladie a été [)ré- 
cédée des symptômes du farcin chronique. Dans un cas, la ma¬ 
ladie a été produite par inoculation; dans les autres, on 
ignore comment elle s’est développée; du moins on n’apas ob¬ 
servé de phénomènes locaux d’inoculation: on a constaté seu¬ 
lement que les malades avaient soigné des chevaux morveux 
ou farcineux. Ainsi, dans ces trois cas, la maladie avait été 
transmise du cheval à l’homme. Dans le premier cas, de la 
matière morveuse ayant été inoculée accidentellement par une 
Dict. de Méd. xx. 19 



MORVE. 


290 

crevasse au pouce, il surviat une angioleucile locale, puis un 
engorgement des ganglions lymphatiques des.mâchoires et des 
aines , puis ensuite un écoulement par les narines, et la mem¬ 
brane pituitaire s’ulcéra. Dans le second cas, il exista pendant 
quatre mois des douleurs aux articulations , des taches rou¬ 
ges sur les membres, des abcès sous-cutanés, puis, des dou¬ 
leurs dans le nez et la gorge. Le malade ne pouvait respirer 
que par la bouche. Les symptômes du farcin et de la morve 
continuèrent à marcher ainsi jusqu’à la mort. Dans le troi¬ 
sième cas, après quatre mois de farcin (enflures aux jambes, 
aux bras, rougeurs , douleurs , tumeurs qui s’abcèdent), sur¬ 
vient de la douleur au gosier et au larynx, de temps en temps 
delà douleur dans les narines, qui étaient presque toujours 
obstruées, et dont il s’écoulait quelquefois du sang. 

Les altérations trouvées sur les cadavres n’établissent pas 
d’une manièreincontestablel’existencedelamorve chronique, 
car l’on a omis d’examiner les fosses nasales. Mais les lésions 
rencontrées sur les autres régions rappellent, par leur en^ 
semble, ce que l’on rencontre chez les chevaux dans la morve 
chronique farcineuse. Dans un cas, l’on a rencontré des ul¬ 
cérations de la trachée, du larynx et de l’épiglotte, de petits 
abcès dans les poumons, surtout à leur surface, et de petites 
portions comme frappées d’apoplexie pulmonaire. Dans un 
autre cas, on a trouvé une substance jaune dans une portion 
du tissu pulmonaire, de petites cavités contenant du pus, et 
des infiltrations purulentes. M. Rayer, qui n’a jamais observé 
ces altérations ainsi réunies dans l’homme, pense qu’elles doi¬ 
vent être considérées comme appartenant à la morve chronique. 

Dans deux des observations de morve chronique chez 
l’homme., il n’est pas fait mention de l’état des ganglions 
sous-maxillaires. De nouveaux faits peuvent seuls établir si 
l’inflammation chronique et morveuse des narines chez 
l’homme, est ou n’est pas fréquemment suivie de cet engor¬ 
gement des ganglions lymphatiques sous^maxillaires, qui est 
constant chez le chevab 

Dans les trois observations de morve chronique chez 
l’homme, les deux narines étaient malades, et dans les der- 
niei's temps, elle.s étaient presque constamment obstruées. 
Dans un cas , la respiration était gênée, comme on l’observe 
chez les chevaux, lorsque les deux narines sont affectées. 



MOULE. 2Ü1 

Quant au traitement qui fut mis en usage, dans un cas on 
crut que la maladie était tuberculeuse, et on la traita par le 
régime animal, l’hydriodate de potasse, l’hydriodate de fer, 
et les bains iodurés. Dans un autre, on prescrivit le deuto- 
chlorure de mercure et l’hydriodate de potasse. On ne di¬ 
rigea aucun traitement contre la maladie des fosses nasales. 

M. Elliotson dit avoir employé avec succès, dans, les deux 
cas de morve chronique chez l’homme, n’affectant qu’une na¬ 
rine et les sinus frontaux, une faible solution de créosote en 
injection. L’expérience pourra seule faire apprécier le degré 
d’efficacité de ce dernier moyen. OïLiViER. 

Rates (P.). De la morve et du farein chez l'homme. Dans Mém. de r.4- 
cad, Toy. de méd., 1837, t. vi, p. 625, et sépar. Paris, 1837, iii-8®. Le 
premier chapitre de ce mémoire', ainsi que l’historique mis en tête de 
cet art., indiquent les observations et travaux antérieurs. 

Viola. Diss. sur la morve aiguë chez l’homme. Th. Paris, 1839, in-4“. 

Nonat et Boulley . Recherches sur la morve aigue. Dans l’Expérience, 
1839, n"‘ 101 et 102. R. D. 

MOÜLE. — On donne ce nom à des animaux de l’ordre des 
mollusques acéphalés conchlyfères (Lamarck), famille des my- 
tilacés, laquelle comprend trois genres : celui des moules 
proprement dites ou moules de mer (Mj'tilus), les anodontes 
(Anodon) et les mulettes (Unio), ou moules d’eau douce. Plu¬ 
sieurs espèces de cette famille peuvent servir d’aliment à 
l’homme; mais celle qui est la plus usitée dans notre pays, 
soit à cause de ses qualités, soit parce qu’elle y est recueillie 
plus facilement, est la moule comestible {Mjrtilus edulis). On 
la trouve dans les mers de l’Europe. Elle est universellement 
employée à la nourriture de l’homme, soit crue, soit cuite et 
assaisonnée de diverses manières, et cela depuis les temps les 
plus anciens, puisqu’Aristote en a pailé sous ce rapport. 
On fait la pèche de ce mollusque toute l’année, mais plus . 
particulièrement depuis le mois de septembre jusqu’au prin¬ 
temps , saison durant laquelle il a coutume de déposer son 
frai. Sa chair, d’un blanc jaunâtre et d’une saveur agréable, 
est, en général, de difficile digestion, surtout pendant l’été, ■ 
époque de l’année où souvent même elle devient nuisible et 
donue lieu à des accidens assez graves. 

Les accidens produits par les moules sont les suivans : plus 




292 


MOULE. 


OU moins de temps après le repas, une, deux ou trois heures, 
quelquefois immédiatement après, on éprouve un malaise, un 
étouffement, suivis d’une épigastralgieetd’unsentimentdecons- 
triction à la gorge, d’ardeur et de gonflement dans toute la tète 
et aux yeux spécialement, d’une soif inextinguible, de nausées 
et de vomissemens. Lorsque ces derniers n’ont point lieu, tous 
les symptômes énoncés ci-dessus augmentent, et il s’y joint une 
tuméfaction de la langue qui rend la parole difficile. En même 
temps le visage, et parfois tout le corps, deviennentlesiége d’une 
éruption érythémateuse ou urticée, accompagnée de vives dé¬ 
mangeaisons , d’inquiétudes générales et même de délire, avec 
suffocation, raideur cataleptique des membres, convulsions, 
spasmes, douleurs. Le pouls est petit, fréquent, serré; le 
corps est inondé d’une sueur froide, et la mort, enfin, peut 
survenir au bout de trois ou quatre jours, comme l’ont rap¬ 
porté divers auteurs et entre autres Burrows (Orfila, Toxic.). 

Ces accidens ont été attribués à diverses causes : suivant 
M. Burrow's {Mémoire sur les poissons venimeux), ils dépen¬ 
draient d’une altération morbide de ces mollusques, qui les 
dispose à une prompte putréfaction. D’autres, avec MM. Beunie 
et du Rondeau, ont pensé qu’ils sont dus à l’introduction de 
petites étoiles de mer, à leur frais, si abondant pendant les 
mois de juin, juillet et août. Quelques-uns en ont accusé la 
pomme de mancelinier, certains fucus prétendus narcotiques, 
le frai des méduses, les bancs de cuivre placés au fond des 
mers, Lamouroux pensait que les qualités délétères des moules 
dépendent peut-être d’une écume jaunâtre de la mer, d’une 
matière que l’on appelle la crassej et que recevraient les 
moules depuis long-temps découvertes; matière qui produit 
l’urticulaire sur les baigneurs qui s’exposent à son contact 
(Orfila, loc. cit.). Ces allégations, les dernières surtout, parais¬ 
sent peu fondées. Mais, sans nier que certaines conditions des 
moules puissent déterminer des accidens par elles-mêmes, il 
est plus probable qu’ils tiennent, dans la plupart des cas, à 
une disposition particulière de l’estomac. En effet, ces acci¬ 
dens , comme l’a remarqué M. Edwards ( Orfila, loc. citJ) , se 
manifestent quelquefois après l’ingestion d’autres alimens, 
par l’effet d’une idiosyncrasie ; ils se montrent dans toutes les 
saisons; ils n’ont pas lieu chez toutes les personnes qui ont 
mangé du même plat de moules. Dans un cas,, la cause directe 



293 


MOÜSSE UE CORSE, 
des accideus a pu être constatée. M. Bouchardat, témoin d’un 
empoisonnement de ce genre chez deux personnes qui man¬ 
geaient ordinairement des moules sans inconvénient, a analysé 
celles qui restaient du repas, et y a trouvé une plus grande 
quantité de cuivre que celle qui existe naturellement dans 
])lusieurs substances alimentaires. Ce chimiste présume que 
ces moules avaient été recueillies sur le doublage en cuivre 
des vaisseaux {Ann. d’hyg., 1837, t. xvii, p. 358). 

Quelle que soit la cause de ces aceidens, il faut reconnaître 
que, si les symptômes sont alarmans, ils ne sont que rare¬ 
ment funestes. On les guérit ordinairement en quelques 
heures, en favorisant les vomissemens à l’aide de l’eau tiède 
ou de la titillation de la luette, en administrant d’assez fortes 
doses d’éther, et à son défaut de l’eau-de-vie et du rum ; en 
donnant une boisson acidulée avec du vinaigre. — On assure 
que les moules, assaisonnées de vinaigre et de poivre, ne sont 
jamais nuisibles. 

MOÜSSE DE CORSE. — On donne ce nom dans les pharma¬ 
cies à un mélange de plantes marines et de polypiers flexibles 
et articulés que l’on recueille sur les rochers des bords de la 
mer, et particulièrement sur ceux de l’île de Corse; de là le 
nom vulgaire de mousse de Corse, sous lequel cette substance 
est désignée. On avait long-temps considéré cette substance 
comme presque entièrement formée par le Fucus helmintho- 
corlon., ou Gigartina helminthocorlon algologues modernes, 
mais un examen attentif, par M. De Candolle , a prouvé que ce 
fucus forme seulement environ le tiers de ce mélange, tandis 
que d’autres espèces de fucus, telles que les fucus plumosus et 
f. purpureus, des ulves, des Ceramïum, des conferves, et même 
des productions animales, telles que des coralines et des 
sertulaires, en composent les deux autres tiers. L’expérience 
directe a démontré que le fucus helndnthocorton est la partie 
la plus active de ce mélange, bien que la propriété vermifuge, 
que tous les auteurs s’accordent à lui attribuer, se retrouve 
aussi, quoiqu’à un degré plus faible, dans les autres substances 
qui forment avec lui la mousse de Corse. Telle que le com¬ 
merce nous la livre, la mousse de Corse se compose d’un 
grand nombre de petits filamens bifurqués au sommet, d’une 
couleur grise brunâtre {fucus helndnthocorton) ou irréguliè¬ 
rement rameux, d’un brun rougeâtre ( ceramium) , de lames 



294 


MOUTARDE. 


irrégulières (uha), ou enfin de petites tiges blanchâtres et 
articulées ( coralina ofjicinalis souvent mélangés de graviers, 
de petits coquillages et d’autres matières étrangères. Son 
odeur est désagréable, et ressemble beaucoup à eellê des 
éponges ; sa saveur est amère et nauséeuse. 

Cette substance a été analysée par M. Bouvier {Ann. dé chimie, 
toin. IX, pag. 83), qui a trouvé que 1,000 parties de mousse de 
Corse contenaient : 602 de gélatine, 110 de fibres végétales, 
112 de sulfate de chaux, 92 de muriate de soude, 76 de car¬ 
bonate de chaux, et 17 parties de fer, de silice, de magnésie 
et de phosphate de chaux. 

La mousse de Corse est un des médicaraens les plus fréquem¬ 
ment employés pour combattre, chez les enfans, les vers qui 
se développent dans le canal intestinal : on a varié à l’infini 
son mode de préparation. Ainsi quelquefois on fait infuser 
une pincée de cette substance dans quatre à six onces d’eau 
bouillante, que l’on administre ensuite en deux ou trois doses, 
en ayant soin de bien édulcorer cette boisson, dont l’odeur et 
la saveur sont également désagréables. D’autres fois on la 
donne en poudre à la dose d’un scrupule à un demi - gros, 
que l’on délaie dans une petite tasse d’eau rougie et sucrée, 
ou dont on forme un ou plusieurs bols, en y incorporant une 
certaine quantité de sirop. Lorsqu’on a fait bouillir le fucus 
helminthocorton pendant un temps assez long, il forme en se 
refroidissant une gelée que l’on sucre et que l’on aromatise 
avec une petite quantité de cannelle. Cette gelée, que les enfans 
prennent volontiers, se donne par petite cuillérée à café. On 
prépare encore un sirop de mousse de Corse. Enfin, pour 
masquer entièrement l’odeur et la saveur de ce médicament et 
en faciliter davantage l’administration, on le fait entrer dans 
des biscuits, du pain, d’épice, que les enfans prennent sans 
répugnance et sans s’en douter. A Richard. 

MOUTARDE {sinapis), genre qui appartient à la première 
section de la famille des crucifères, aux crucifères siliqueuses , 
et qui a pour caractères un ealice étalé, des pétales dressés, 
et des siliques terminées par une pointe plate ou carrée. — 
Les deux seules espèces qui soient spécialement employées en 
thérapeutique sont la moutarde noire, sinapis nigra, et la mou¬ 
tarde blanche, sinapis alla, bien que les graines des autres 



MODTAKDE. 295 

espèces jouissent des mêmes propriétés, mais à un degré 
moindre. 

La moutarde ooiée croît dans lés buissons, dans les lieux 
un peu humides, dans les décombres. Elle a sfes Siliques lon¬ 
gues, qüadrangulaires, glabres, et appliquées contre la tige. 
On emploie ses graines, connues sous le ao'm de gmirves de 
moutarde^ ou senévé noir. Elles contiennent de là matière grasse 
noire, de l’àlbumine, du sucre, de la gommcj un acide libre, 
des matières colorantes, vertes et jaunes, des sels, et surtout 
une huile fixe^ qu’on obtient par la pression^ ét qui en Forme 
environ la cinquième partie. La sinapisme est inodore ; elle a 
une savedr amère, mais elle est peu importante sous lè rapport 
thérapeutique. Ce n’est point à elle qu’il faut rapporter l’àcreté 
que possède la semence de moutarde , et en qui paraît résider 
ses propriétés pbysiologico-tliérapeutiquesi Cette âcreté ëj)- 
partient tr>iit entière à un produit accidentel qui ne préexiste 
pas dans la composition de la semence de moutarde, mais qui 
semblé êtrë lé résultat de la réaction des produits'qui ÿ sont 
contenus les tins sur les autres, réaction analogue à celle d’où 
résulte l’huile volatile d’amandes amères. 

L’huile volatile de moutarde est blanche ou fcitrine, et ex¬ 
cessivement âcre. 

La moutarde, bien connue d’Hippocrate^ recommandée par 
Galien comme antiseptique, par Dioscoride, comme utile dans 
la chlorose, l’hypochondrie, etc., est exclusivement employée 
aujourd’hui comme un agent précieux et énergique dé la ihé-- 
dication résolutive, et l’on a renoncé aux avantages que cer¬ 
tains auteurs lui avaient attribués pour combattre là paralysie 
et les fièvres intermittentes. 

La farine de moutarde, qui doit être d’un vert-jaune, entre¬ 
mêlé de points noirâtres , est d’un usage journalier, soit qu’On 
l’applique pure ou mêlée à une certaine quantité de farine de 
lin, et délayée dans l’eau, soit qu’on l’ajoute dans ubè plus 
ou moins grande proportion à un bain local. Voyez Sinapismes, 
Pédiluves. G’ est cette farine qui forme la base de la moutarde, 
condiment bien connu des anciens, et qui peut servir à pré¬ 
parer directement les cataplasmes révulsifs et les pédiluvës 
sinapisés; 

hs, moutarde blanche, sihapis alba, est très-commune dans 
tous les champs cultivés aux environs de Paris, Ses grainés 



MOXA. 


206 

sont de moitié plus grosses que celles de la moutarde noire. 
Sa composition est la même; seulement elle contient beaucoup 
plus de sinapisme, et elle ne forme pas d’huile volatile sous 
l’influence de l’eau. 

La semence de moutarde blanche, vantée par les thérapeu¬ 
tistes anglais, n’est employée en thérapeutique qu’entière , et 
non écrasée. Cullen l’a vantée comme un bon laxatif. En France, 
plusieurs médecins, M. Fouquier entre autres, l’ont expéri¬ 
mentée. Il résulte des observations qui ont été faites à cet 
égard que c’est un moyen peu actif, très innocent d’ailleurs ; 
que les graines de moutarde blanche sont rendues dans leur 
intégrité, qu’elles agissent mécaniquement, et qu’à la dose de 
demi-once à une once, prise le plus souvent à jeun , peu de 
temps avant le repas, ou le soir, au moment du coucher, elles 
peuvent procurer quelques évacuations alvînes naturelles, sans 
déterminer de coliques. Cazenave. 

MOXA. — On donne ce nom à un mode particulier d’ustion 
qu’on pratique à l’aide d’un cône ou d’un cylindre de matière 
très combustible qu’on brûle sur la peau. Ce mot, qui, suivant 
Percy, vient de meckio , mèche, a d’abord été donné par les 
Portugais aux espèces de mèches que les Chinois et les Japo¬ 
nais employaient pour brûler la peau. Ce genre d’ustion, qui 
paraît avoir pris naissanee chez eux, a été introduit en Europe 
[>ar les Portugais. 

Les Chinois se servent, pour leurs moxas, d’un duvet qu’ils 
obtiennent en pilant les feuilles et les sommités de plusieurs 
espèces d’armoises, qu’ils tordent comme de la corde, ou 
qu’ils roulent sous forme de cylindre. Une foule d’autres sub¬ 
stances végétales sont mises en usage pour faire des moxas : le 
chanvre, le lin, le coton cru ou bouilli dans l’eau, ou dans 
une forte solution de nitrate de potasse, l’amadou, les mèches 
d’artillerie qu’on prépare soit avec le chanvre et le nitrate de 
potasse, soit avec le coton imprégné d’acétate de plomb, 
la moelle de plusieurs jones, les mousses desséchées, enfin 
les tiges très moelleuses d’helianthus annuus, proposées par 
Percy, peuvent fournir d’excellens moxas. Les substances 
animales, telles que la soie dont se servent les Indiens, la 
laine de mouton, le poil de chèvre, la bourre de chameau avec 
laquelle les Arabes et les Tartares se cautérisent, brûlent plus 



MOXA. 


297 


difficilement et répandent une odeur désagréable. En Europe 
on emploie plus généralement des cylindres de coton ou de 
ouate, roulés dans un morceau de linge, et plus ou moins serrés 
dans un lien de fil, suivant la densité qu’on veut leur donner. 
Plus les moxas sont serrés, plus la brûlure qu’ils produisent est 
profonde et se rapproche de celle du charbon ; lorsqu’ils sont 
à peine serrés, la brûlure est légère comme celle que produi¬ 
sent les moxas de moelle d’helianthus annuus, que Percy ap¬ 
pelait moxas de velours. Le docteur Graefe emploie des moxas 
faits avec des pains à cacheter, qu’on trempe dans un mélange 
de trois parties d’essence de térébenthine et d’une partie d’é¬ 
ther sulfurique. En y pratiquant quelques trous, la combus¬ 
tion est plus uniforme. Il s’enflamment, d’ailleurs, aisément, 
ne décrépitent pas, et se consument avec assez de promptitude. 

Quelle que soit la substance qu’on emploie, on donne 
au moxa un diamètre de huit à douze ou quinze lignes, et un 
pouce de hauteur au plus. Pour l’appliquer, il faut placer une 
compresse double, humide, ou bien une plaque de carton 
perforée à son centre d’un trou ayant le diamètre du moxa, 
et correspondant à l’endroit où l’on doit en faire l’application. 

• Ce carton ou cette compresse garantissent les parties voisines, 
des étincelles que l’action de souffler détache presque toujours. 
Ou saisit alors le moxa avec une pince à anneaux ou un fil 
de fer ou de laiton, ou bien on le place sur le porte-moxa de 
M. Larrey, qui n’est autre chose qu’un anneau métallique, ayant 
trois supports de bois en forme de petites boules, et qui est 
monté sur un manche assez long pour le maintenir. On allume 
ensuite le moxa par l’une de ses extrémités, on l’applique de 
l’autre sur la peau , et on le tient immobile en le laissant brûler 
seul s’il est pèu sérré, et en activant, au contraire, la combus¬ 
tion, s’il est serré fortement, à l’aide d’un chalumeau, ou même 
d’un soufflet, qui doit être confié à un aide. 

On peut appliquer le moxa sur toutes les parties du corps, 
à l’exception cependant des endroits où la peau est mince, et 
recouvre presque immédiatement des tendons, des cartilages 
ou des os, comme sur la partie inférieure de l’avant-bras, sur 
les phalanges, le nez et les oreilles. 

Les effets immédiats du moxa diffèrent de l’action produite 
par les cautères métalliques rougis à blanc : ceux-ci produi¬ 
sent une douleur vive qui n’augmente pas d’intensité; le moxa, 
au contraire, fait ressentir d’abord une douce chaleur 




MOXA. 


qui s’accroît par degrés ; puis une douleur très aiguë qui 
s’étend à une certaine distance, puis, enfin, déterminé une 
brûlure, plus ou moins profonde et plus ou inoins doulou¬ 
reuse, suivant la densité et le volume dû mOxa-, A la fin de 
le combustion, ou entend quelquefois de petites explosions 
qui résultent de la rupture brusque dé l’épiderme ou de la 
surface du derme, sOUs lesquels sont retenus des liquidés qUe 
la chaleur fait passer à l’état de vapeur. La partie Sur laquelle 
on a appliqué le moxa est entourée d’un aréole t-oUge qui 
disparaît au bout de peu de temps ; la péau sur laquelle la 
combustion a eü lieu est dure-, desséchée, racornie-, jaunâtre, 
et reste plusieurs jours dans cét état avant de se détâcher. 

' Les effets secondaires du moxa sont une inflammation qui 
provoque la séparation de l’eschare, eschare qui comprend une 
partie seulement ou la totalité de l’épaisSeur du derme; puis 
une suppuration plus ou moins abondante, suivant la largeur 
et la profondeur de l’ulcère qu’a déterminé la chute de l’es¬ 
chare, G’est à cette suppuration qu’appartiennent tous les 
avantages secondaires du moxa, qu’on a préconisé avec raison 
dans beaucoup de maladies externes et internes. Parmi les 
premières, l’utilité du moxa est depuis long-temps constatée - 
dans les abcès froids, qui ne peuvent être ouverts sans dan¬ 
ger, particulièrement dans ceux qui dépendent de la carie 
des vertèbres.'M. Larrey a, par de nouveaux faits , confirmé 
dans ces derniers temps les succès dé cette méthode déjà ancien¬ 
nement employée. Le moxa n’est pas moins recommandable 
dans les maladies chroniques des articulations avec épanche¬ 
ment; il serait nuisible cependant dans les inflammations 
accompagnées de beaucoup de douleur, et qui n’ont pas 
été préalablement combattues par les antiphlogistiques. Il est 
essentiel dans les hydartbroses de n’employer que des moxas lé¬ 
gers, et q ui ne brûlent que la superficie du derme ; car il s’agit, 
dans ces cas, d’appeler en quelque sorte l’irritation profonde 
à la peau, et de favoriser la résorption des liquides épanchés. 
Il vaut mieux, pour atteindre ce but, renouveler plusieurs fois 
l’application du moxa .superficiel, que de faire seulement une 
brûlure profonde. Parmi les maladies internes, les paralysie-s, et 
surtout les paraplégies, ont été quelquefois avantageusement 
combattues par les moxas; elles cèdent souvent à ce moyen 
quand elles ne dépendent pas de lésions organiques. Dans ces 
cas, il faut appliquer de larges moxas serrés; qui brûlent lente- 



MOXA. (bibliogr.)* 299 

ment et cautérisent profondément le derme. Plusieurs prati¬ 
ciens ont obtenu aussi des succès de l’application du moxa sur 
le sommet, ou sur les parties latérales de la tête dans quelques 
amauroses. On a beaucoup vanté les avantages du moxa dans 
certaines maladies dè poitrine; il est incontestable qüè ce 
moyen a souvent réussi dans plusieurs affections dés parois 
thoraciques, et même du poumon; il nous a paru principale¬ 
ment utile dans la pleurodynie chronique et dans la rachialgie 
rhumatismale. Nous l’avons trouvé également utile dans quel¬ 
ques pleurésies chroniques avec épanchement, et même dans 
certaines pneumonies chroniques;j’ai vu en particulier ün vieil¬ 
lard qui s’est rétabli complètement d’une pneumonie chronique, 
; après l’application de trois moxas sur le côte droit de la poi¬ 
trine. Dans ces cas, il faut transformer l’ulcère en cautère, 
à l’aide de pois qui entretiennent une suppuration soutenue. 
Quant aux succès qu’on dit avoir obtenus du moxa dans la phthi¬ 
sie tubercnleuse, aucun fait exact ne constate d’une manière 
bien positive la réussite de ce moyen ; sans doute il peut favo¬ 
riser la résorption de tubercules suppurés; mais je ne pense 
pas qu’il soit préférable au cautère, lorsqu’on veut obtenir la 
cicatrice d’un ulcère tuberculeux : je l’ai employé plusieurs 
fois sans succès sur des adultes et des énfans. Néanmoins, ôn 
peut encore tenter le moxa dans la phthisie tuberculeuse, tant 
que le malade n’est pas épuisé par la fièvre hectique ; mais 
il y a de la barbarie, et même une certaine immoralité mé¬ 
dicale, à appliquer des moxas sur des phthisiques parvenus 
au dérnier degré de la maladie. 

Quant aux maladies des organes abdominaux, on a appli¬ 
qué le moxa avec avantage sur la région de l’estomac, dans 
des vomissemens spasmodiques qui avaient résisté à tous les 
autres moyens. Gdersent. 

ViLENTiNl (Mich. Bern.). Bistoria moxœ cum adj. médit, de podagra. 
Léyde, 1686, in-12. 

Cleter (André). Moxa smehsis artemisiœ lanugo. Dans Miscell, nat. 
cur. , t. IV, p. 1 ; et dans Specim. med. sinicm. 

Thdnberg (C. P.), resp. Wahlin. Diss. de moxœ atque ignisin. tnedi- 
cù/a «JB. üpsal, 1788, in-4”. 

Bernardin (A. Ë. M.). Diss. sur les avantages qu’on peut retirer de l’ap¬ 
plication du moxa. "îh. Varis, 18(13, in-^”. 

CothéNeï (C. J. B.). Diis. médico-chtrurgicale sur le moxa 


r. Th. Paris, 



MEGIIET. 


Crétin (J.). Propositions sur Us effets et les applications du moxa. 
Th. Paris, 1809, 

Waeiace (W.). a physiological enquiry respecüng the action of moxa. 
Dublin, 1827, in-8‘>. 

Vaidt. Observations sur les bons effets du moxa dans le traitement des 
inflammations chroniques du poumon. Dans Joum. complém. dw Diction¬ 
naire des SC. méd., t. vi, p. 9. 

Wade. De la congestion atonique du cerveau , et de son traitement par 
/«J moxuA. Dans The Edinb. med.and surg. Journ., avril 1835; trad. 
dans Arch. gén. de méd., 2® série, t. viii, p. 193. 

Larreï. Dans Mém. de méd. mil., t. iv, p. 364 ; et Clinique chirurgicale, 
t. iu,p.361. R. D. 

MUCOSITE, MUCUS. Voyez MuqdeüSes (membranes). 

MUGUET ou Blanchet. — On donne ce nom, en français, à 
une maladie qui attaque les membranes muqueuses des orga¬ 
nes delà digestion, et particulièrement celles de la bouche, 
et qui est surtout caractérisée par une exsudation blanche, 
d’où lui vient son nom vulgaire. Les auteurs les plus anciens, 
Hippocrate (aph. xxiv, sec. iii, éd. Riéger), Celse (lib. Vî, cap. vi, 
sect.XLi, éd. Valart), Galien (Comment. inHippocrat. aph., p. 32), 
Avicenne ( lib. iii, cent, vi, cap. xxii, p. 454, 465 ), Mauriceau 
(lib. ni, cap. xxxi, p.469), Cullen (t. i, lib. iii, cap. viii) ; Paul 
d’Égine ( De aphta ulcéré, cap. x, p. 3 ), Sennert (Pract., lib. n, 
p. 1; cap. XVIII, p. 271 ), Huxham (Maux de gorge gangréneux, 
p. 345), etc., etc., ont rapproché cette maladie des ulcéra¬ 
tions simples ou gangréneuses de la muqueuse digestive ; d’au¬ 
tres médecins, dont plusieurs sont plus voisins de notre âge, 
Boerhaave ( Aphoris., § 979 et .seq. ) ; Van-Swieten ( Comm. in 
Boerh., aph. 979 et seq.), Rosen (Traité des mal. desenf., ch.ix), 
Sauvages (Nosologie méth., t. i, clas. ni, ord. i, s. x, p. 455), Stoll 
(Prat. méd., pars, ii, p. 263), Bosquillon (Trad. de Cullen, note), 
Bateman (Mal. de la peau, t. 'vn,p. 313), etc., ont considéré le 
muguet comme une éruption papuleuse ou vésiculeuse de la 
membrane muqueuse buccale et gastro - intestinale : c’est 
Vaphtha lactamen de Sauvages, Vaphtha infantilis de Plenck, 
Yaphtka lactantium de Bateman. Mais le muguet est une affec¬ 
tion très distincte , et qui n’a d’autre analogie avec les vérita¬ 
bles aphthes, que d’occuper les mêmes parties. Il n’est cons¬ 
titué, ni par des papules, ni par des vésicules, ni par des 
pustules, mais il se rapproche des phlegmasie sdes muqueuses 



MDGCET. 


801 


avec exsudation au-dessous de l’épithéliura, et le produitde la 
sécrétion inflammatoire est une véritable fausse membrane ana¬ 
logue à celle du coryza pseudo-membraneux des nouveau-nés 
ou de ladiphthérite : c’est une de ces pblegmasies couenneuses 
si fréquentes chez les enfans , surtout sur la membrane mu¬ 
queuse digestive sus-diaphragmatique. Avant d’être admise po¬ 
sitivement dans la science , l’idée de l’existence de fausses mem¬ 
branes dans la phlegmasie de la muqueuse buccale avait été 
entrevue par des auteurs déjà anciens. Ce fait capital de l’ad¬ 
dition d’une matière nouvelle à la membrane malade, matière 
déposée sur son tissu, qui lui est étrangère, qui peut disparaître 
sans laisser de notable altération, ni trace de perte de substance, 
n’avait point échappé à ces premiers observateurs. Certes, 
Boerbaave (loc.cit.), Vogel, Gardien ( t. iv, p. 113 et suiv.), 
ünderwmod ( Treat. diseas. of child., p. 45), qui voyaient dans 
les aphthes des nouveau-nés des plaques, des tubercules sans 
liquide, et réunis pour former une croûte, une couenne lar- 
dacée, dont les lambeaux laissaient après leur chute la mu¬ 
queuse sous-jacente parfaitement intacte, Levret et Sauvages, 
qui parlaient d’une couche blanche, crémeuse ou caséeuse 
sur les différens points de la cavité du tube alimentaire, mon¬ 
traient déjà une connaissance assez exacte de la fausse mem¬ 
brane. Van-Wimperse {Mém. de la Société roy. de méd., 1788) 
est allé encore plus loin, puisqu’il a précisé le siège des pla¬ 
ques constituantes du muguet dans la muqueuse digestive : 
«Graves mihi persuadent rationes aphthas nihil esse , nisi hu- 
«morem acrem corruplum, cutim oris inter et epithelium, 
«harumque membranarum in visceribus continuationes per 
«criseos speciem effusionem. » L’assertion que Van-Wimperse 
avançait en 1787, en y mêlant les théories humorales de l’épo¬ 
que , et qui avait été oubliée par les médecins venus après 
lui, nous en avons démontré les premiers la vérité dans l’édi- 
tiôn précédente de ce Dictionnaire, et M. Lélut l’a confirmée 
de nouveau par de nombreuses et intéressantes recherches 
pathologiques {De la fausse membrane dans le muguet. Dans 
Archiv. gén. de méd., t. xiii, 1827). 

Étiologie.—CteViQ maladie affecte tous les âges, depuis l’en- 
fence jusqu’à la vieillesse, mais avec des degrés fort différens 
de fréquence aux diverses périodes de la vie. M. Véron pense 
qu’elle peut se développer dans le sein de là mère ; mais le 



302 MUGUET. 

fait sur lequel il s’appuie n’est point du tout concluant: on 
n’a pas encore retrouvé le muguet sur un enfant au moment 
même de la naissance, et cette observation serait absolument 
nécessaire pour établir l’opinion de M. Véron d’une manière 
incontestable. Le muguet est beaucoup plus fréquent chez las 
enfans à la mamelle, et dans les deux premiers mois de la vie, 
qu’à toute autre époque de l’existence; on l’observe assez ra¬ 
rement chez les adultes, plus rarement encore dans un âge 
avancé; et quand on le rencontre au-delà de l’enfance, il est 
presque toujours compliqué de quelque autre maladie plus ou 
moins grave: c’est surtout dans la phthisie pulmonaire à la 
dernière période, qu’il se montre ainsi comme phénomène 
ultime. 

La cause la plus directe du muguet réside, comme la plu¬ 
part des autres maladies, dans une disposition cachée des 
organes de l’individu qui en est affecté; il sévit plus particu¬ 
lièrement sur les enfans qui sont d’une faible constitution. 
M. Vaileix {Clinique des malad. des nouveau-nés, p. 417) a basé 
une opinion contraire sur un certain nombre de faits. Les 
vingt-quatre sujets sur lesquels a porté son observation étaient 
tous fortement constitués. Son erreur nous semble provenir 
de ce que, dans la grande majorité des cas, il fait commencer 
la maladie trop tôt, regardant comme le début même de l’af¬ 
fection le dévoiement et l’affaiblissement, qui souvent, au 
contraire, existent long-temps auparavant. 

La saison et la température ne paraissent pas influer d’une 
manière très marquée sur la production et le développement 
du muguet : on l’observe avec une égale intensité à toutes les 
époques de l’année. Les chiffres fournis par Billard (bien que 
lui-même conclue à la nullité de l’influènce atmosphérique 
( Traité des maladies des enfans, etc., 3® édit., pag. 227), et ]iar 
M. Vaileix (p.4l9), porteraient à croire qu’il se montre plus 
fréquemment dans les mois les plus chauds. Mais Van-Swieten 
avait déjà remarqué sa rareté dans les régions dont la tempé¬ 
rature est élevée ( Comment, in B. aph., etc., Leyde, 1765, t. ni , 
pag. 220). Les médecins les plus savans, dit-il, qui ont pra¬ 
tiqué dans des pays chauds, et qui parcourent le Nord, s’éton¬ 
nent d’y rencontrer une affection qui leur semble nouvelle. 
Pour nous, nous croyons avoir observé qu’il est un peu plus 
fréquent pendant l’hiver et pendant les temps humides, lors- 



MDGIIET. 


903 

que les affections catarrhales se développent plus ordinai- 
. renient. 

Il règne souveu t d’une manière épidémique dans les hôpitaux 
d’orplielins, où l’air est, en général, très vicié par les émana¬ 
tions que répandentles couches imprégnées de matières fécales 
et d’urine; mais, dans des circonstances différentes, on observe 
aussi des exemples isolés de muguet dans les maisons particu¬ 
lières, ce qui semble prouver qu’un certain état de l’atmo¬ 
sphère que nous ne pouvons pas apprécier contribue à' son 
développement. On peut juger de l’influence fâcheuse de l’ag¬ 
glomération des nouveau-nés dans un même lieu par sa fré¬ 
quence à l’hôpital des Enfans-Trouvés, où le quart environ des 
enfans envoyés dans les infirmeries en sont atteints (Valleix, 
pag. 422). Du reste, il ne paraît pas contagieux : dans cet hô¬ 
pital, où tous les orphelins réunis dans les mêmes salles boivent 
souvent dans les mêmes vases, on ne remarque point qu’il se 
communique de l’un à l’autre. M. Dugès prétend que le mal se 
propage aisément d’un enfant malade à un enfant bien portant, 
s’ils tètent la même nourrice; mais les faits observés par nous, 
ceux de M. Baron, ceux que Billard (p. 213) et M. Valleix 
(p. 419) ont mentionnés, sont contraires à cette assertion ; et si 
parfois, le muguet du nourrisson se communique au sein de la 
nourrice, ce n’est point là une véritable contagion, mais l’effet 
d’une action directe et mécanique, qui détermine une inflam¬ 
mation locale de même nature, résultat comparable à l’irrita^ 
tion pseudoTmembraneuse qui pourrait naître sur un doigt 
tourmenté par une succion continuelle. Si, dans les établisse^ 
mens consacrés aux nouveau-nés, le muguet apparaît sou¬ 
vent sous forme épidémique, en ville, sur les enfana de la 
classe moyenne ou élevée, il est presque toujours sporadique 
et produit par une cause purement locale; il survient ebez ceux 
qui sont allaités artificiellement, ou trop tôt, ou au moyeu de 
biberons trop durs, et chez ceux qui ont beaucoup de peine 
à prendre le sein, soit parce que le mamelon n’est pas assez 
développé, et que l’enfant s’épuise en succions inutHes, soit 
parce qu’il est très gonflé et crevassé, soit enfin parce qu’il est 
couvert de bouts de sein en liège, en peau ou en caoutchouc. 
Boerhaave (aph. 982) avait noté un résultat semblable chez les 
enfans nourris avec un lait de mauvaise qualité ou trop, vieux. 
Enfin, Boër avait observé que l’abus des purgatifs, dans le 



MUGUET. 


304 

premier âge, pouvait causer primitivement l’inflammation du 
tube digestif, et consécutivement celle de la bouche (Dugès , 
Dict. de méd. et de chir. prat., t. lll, p. 190). 

Symptômes. — Dans l’immense majorité des cas, d’après 
M. Valleix, le muguet ne débuterait pas par des phénomènes 
locaux bornés à la bouche ou aux fonctions de la portion supé¬ 
rieure du tube digestif ; «Dix-sept fois sur vingt-trois, dit-il (loc. 
cit., p. 205), un érythème plus ou moins étendu des fesses et 
de la partie postérieure des cuisses marquait le début de l’af¬ 
fection, et précédait de six jours et demi ^ terme moyen, l’ap¬ 
parition de la fausse membrane sur la bouche. Dans les autres 
cas, l’érythème se montra aussi, mais un peu plus tard; il per¬ 
sista pendant la durée de la maladie. » A propos de la nature 
du muguet, nous reviendrons sur la valeur de ce symptôme. 

Quoi qu’il en soit, la maladie commence à la bouche, tantôt 
par un gonflement de l’extrémité et du bord de la langue, tan¬ 
tôt par une rougeur plus ou moins étendue, rougeur d’abord 
légère et bornée au bout de l’organe, puis vive et générale, 
avec développement des papilles, qui deviennent saillantes et 
rouges comme dans la scarlatine. La bouche est sèche, etquel- 
quefois brûlante ; la succion devient très douloureuse, et sou¬ 
vent même impossible pour l’enfant àla mamelle; la déglutition, 
même des liquides, est souvent fort difficile, ce qui dénote or¬ 
dinairement que le mal s’étend dans le pharynx et l’œsophage. 
Les adultes atteints de cette affection se plaignent d’une cuis¬ 
son et d’un picotement douloureux de la langue, accompagnés 
d’une grande sécheresse de la bouche. 

Après ces prodromes, qui durent un à trois jours au plus, il 
apparaît sur les parties latérales du frein de la langue, ou vers 
l’extrémité et le milieu de cet organe, ainsi qu’à la partie in¬ 
terne de la lèvre inférieure, de petits points demi-transparens 
d’abord, mais qui promptement deviennent d’un blanc mat ou 
luisant. Ces points se multiplient, se réunissent, et forment des 
plaques irrégulières et allongées, d’une blancheur plus ou 
moins éclatante, et ressemblant pour l’aspect à une exsuda¬ 
tion caséuse ou crémeuse. La blancheur de cette exsudation 
est le plus souvent tellement comparable à celle du lait, qu’on 
peut s’y méprendre. Elle s’étend ordinairement sur la paro 
interne des joues, les gencives, les parties latérales de la lan¬ 
gue, sur la voûte palatine, le voile du palais et la luette, et 



MUGUET. 305 

elle adhère souvent en grande quantité au-devant des piliers 
antérieurs du voile du palais, et dans l’angle des commissures 
des mâchoires; on retrouve cette même exsudation sur les 
amygdales et sur la paroi postérieure du pharynx. En avant, 
elle s’arrête sur le bord externe des lèvres, et vers leur com¬ 
missure , à l’endroit où l’épithélium commence à prendre la 
consistance de l’épiderme. La couleur du muguet, quoique 
étant le plus souvent blanche au début, offre cependant quel¬ 
quefois une teinte jaune, seulement vers la fin de la maladie ; 
parfois aussi elle est grise, ou même brune. 

Dans certains cas, l’exsudation est très abondante, et forme 
des plaques épaisses sur la langue et les parois des joues, et ne 
laisse aucun intervalle qui permette d’apercevoir la membrane 
muqueuse ; elle occasionne alors une gêne considérable, que 
l’enfant témoigne en agitant la langue, en la tirant fréquem¬ 
ment hors de la bouche, et en mâchonnant sans cesse, comme 
pour se débarrasser d’un corps étranger. D’autres fois le mu¬ 
guet se présente sous la forme de points, de linéamens, ou de 
plaques minces, qui sont simplement disséminés çà et là dans 
l’intérieur de la bouche, et la muqueuse se trouve hérissée de 
papilles rouges dans les intervalles qui ne sont point recou¬ 
verts de muguet. On avait, d’après ces différences, admis un 
muguet discret ou bénin, etunmuguet confluent ou malin. Mais 
la rareté ou l’abondance de l’exsudation dans la bouche ne 
constitue pas une différence très essentielle de cette maladie ; 
et ce n’est pas sur ces caractères, pris isolément, que sont 
fondées sa gravité et son innocuité, mais bien plutôt sur le dé¬ 
veloppement du muguet dans le canal intestinal, et sur les 
maladies qui compliquent ordinairement cette affection, et qui 
déterminent alors des symptômes généraux plus ou moins 
graves. 

Les symptômes locaux du muguet dans la bouche se rencon¬ 
trent quelquefois sans fièvre et sans aucune autre maladie ; 
mais le plus souvent, cependant, cette affection locale est 
accompagnée de fièvre : le pouls, d’abord de 80 à 90, prend 
bientôt de l’ampleur', et s’élève de 116 à 160 pulsations. La 
diarrhée, qui souvent a précédé de quelques jours l’appari¬ 
tion de la fausse membrane, est d’abord composée de matières 
jaunes, qui plus tard deviennent vertes : il y a très fréquem¬ 
ment du météorisme, des coliques annoncées par une agita- 
Dict. de Méd. xx. 20 



MUGUET. 


306 

tion intermittente, des douleurs de ventre générales ou par¬ 
tielles, etprincipalementàla fosse iliaque droite et à l’épigastre, 
douleurs exagérées par la pression : souvent il se manifeste des 
vomissements verts ou incolores; quand le muguet gagnel’ar- 
rière-gorgé, lés cris de l’enfant sont rauques et étouffésî La 
diarrhéej qui diminue et se supprime naturellement dans les 
derniers jours de la maladie^ existe surtout quand la pseudo- 
membrane atteint l’intestin, ce qui ne s’observe d’ordinaire 
que chez les très jeunes enfanSi Ils rendent quelquefois dans 
ce cas, au milieu des matières muqueuses et verdâtres, des 
parcelles d’exsudation pultacée. Lorsque la maladie se pro¬ 
page ainsi dans le canal intestinal j elle se termine ordinaire¬ 
ment d’üüe manière fâcheuse : l’enfant est alors dans un état 
de somnolence plus ou moins profond, troublé par desgémis- 
Semens et des cris ; la soif est vive ; la couche épaisse du mu¬ 
guet, qui tapisse toute la bouche et y adhère fortement j est 
sèéhe et brune. Dans la dernière période, l’amaigrissement de 
l’enfant est rapide, sa figure est ridée comme celle d’un petit 
vieillard, ses yeux sont caves , cernés, éteints, sa voix cassée; 
son pouls est faible, insensible, ses extrémités froides, et il 
succombe dans un état complet de prostration, et le plus or¬ 
dinairement sans convulsions. 

Lorsque le muguet est porté à un très haut degré, il est 
presque toujours compliqué d’une autre maladie, tantôt d’une 
gastro-entérite, d’une entéro-colite, tantôt d’un ramollisse¬ 
ment de la membrane muqueuse gastro-intestinale, ou dans 
d’autres cas, beaucoup plus rares, de bronchite, de pneumonie, 
et de pleuro-pneumonie avec épanchement. Il faut noter en¬ 
core la tendance de la peau à l’ulcération: dans le plus grand 
nombre des observations recueillies par M. Valleix, il y eût 
des ulcérations aux malléoles ou aux talons ; elles apparais¬ 
saient , Soit après quelques jours de diarrhée, soit en même 
temps : dans aucune autre maladie, ces ulcérations n’étaient 
aussi fréquentes. 

Si la maladie est compliquée, elle marche souvent très rapi¬ 
dement, et se termine d’uUe maniéré funeste dans l’espace de 
cinq à six jours, et quelquefois moins. Le muguet des hôpitaux 
consacrés aux nouveau-nés est une affection extrêment grave, 
puisque, sur 164cas observés dans les salles de M. Baron,il y 
eut 131 morts. Lorsque, au contraire, le muguet n’est pas corn- 



mugOet. 307 

pliqué, qu’il ne s’étend point dans le canal intestinal, et qu’il 
est seulement circonscrit à la bouche, c’est une maladie légère 
et purement locale : le malade a peu ou point de fièvre ; l’exsu¬ 
dation du mugü'et se détache avec facilité; le petit malâdê; s’il 
est à la mamelle, continué de téter; sës évacuations alvines 
sont naturelles, et la maladie Se termine dans l’espace de quel¬ 
ques jours. Il arrive cependant, parfois, que le muguet affecte 
une marche presque chronique, Ou paraît et disparaît plusieurs 
fois, et se renouvelle plus ou moins souvent dans l’intervalle 
de quelques mois. Cet état chronique n’a, au reste, rien de 
■fâcheux, s’il ne s’accompagne pas d’autres maladies. 

Il faut nécessairement rapprocher du muguet des jeunes en- 
fans le muguet des enfans plus âgés et des adultes, qui com- 
piiqüe quelquefois la scarlatine, et qu’on rencontre souvent 
Chez les phthisiques de tous les âges, et dans la dernière pé¬ 
riode de différentes maladies aiguës ou chroniques. Quand 
cette éruption consécutive survient, n’importe à quel âgé, à 
Une époque avancée d’une maladie grave, on doit la regarder 
comme un signe très fâcheux; elle annonce presque toujours 
une mort prochaine {vojrez la thèse dé M. Blache ). 

Les altérations pathologiques qu’on observe sur les sujets 
qui Ont succombé ayant le muguet appartiennent à cette ma¬ 
ladie oü à celles qui la compliquent. Les altérations particu¬ 
lières aU mUguet se retrouvent partout où Cette exsudation Se 
manifesté,dans la bouche, le pharynx, l’œsophage, l’estomac, 
et les intestins. Soit en grains, soit en couches plus ou moins 
épaisses et mamelonnées, soit en plaques formant une surface 
■ presque lissé comme celle de la concrétion croupalé. Ce qui 
' n’arrivé guère qu’à la partie antérieure de la voûte'palatine ; 
du reste, les joues et la voûte palatine-en sont, après la lan¬ 
gue, le plus souvent couvertes, et On la trouve plus rarement 
sur le voile du palais et lés gencives. Elle n’occupe jamais la 
voûte du pharynx ni les fosses nasales, et ne pénètre pas bon 
plus dans les trompes d’EustàChe. Elle est ordinairement depeu 
' de consistance, et son adhérence est très faible; elle n’est ja¬ 
mais organisée, et il est impossible d’ajjerCevoir le moindre 
filet qui la réunisse à la muqueuse sous-jacente, à la langue, 
et dans les autres points de la membrane buccale. Lorsqu’on 
a enlevé l’exsudation, on ne trouve au-dessous aucune érosion 
ni ulcération de la muqueuse, qui est seulement un peu plus 

20 . 



MtGUET. 


rouge, un peu plus sèche, elles papilles linguales sont souvent 
plus développées que dans l’état de santé. Mais à la voûte, on 
rencontre parfois un ramollissement ulcéreux de la muqueuse. 

Le muguet se montre moins fréquemment dans le pharynx, 
et il siège principalement sur les côtés de l’épiglotte : il y est 
plus adhérent que dans la bouche. Dans l’œsophage, qui est 
souvent envahi, l’éruption occupe, soit tout l’organe, soit seu¬ 
lement quelques portions, disposée par lignes ou par zones qui 
embrassent toute la circonférence de ce conduit : presque 
constamment elle cesse brusquement à quelques lignes au- 
dessus du cardia. Dans des cas rares, le muguet est exclusi¬ 
vement borné àll’œsophage. L’estomac et le duodénum peu¬ 
vent être atteints de la maladie : l’adhérence des lambeaux 
membraneux à la muqueuse doit faire rejeter la supposition 
admise par M. Véron et d’autres auteurs d’une introduction de 
ces parcelles couenneuses dans le réservoir alimentaire par 
suite de la déglutition. Sur quarante-trois faits, MM. Le Di- 
berder et Yalleix {loc. cit., p. 239) en ont rencontré dans 
l’estomac, dans la dixième partie des cas. Dans l’intestin grêle , 
il est beaucoup plus rare, si rare même que plusieurs méde¬ 
cins l’ont nié, mais à tort ; nous pouvons dire la même chose 
du muguet du gros intestin, dont il existe peu d’exemples 
(Yalleix, p. 279; Billard, pag. 413 ). Le muguet se montre-t-il 
dans les voies aérifères ? On n’en saurait trouver dans la science 
un cas bien avéré. M. Lélu't (p. 349) a vu trois ou quatre fois 
de très petits points au bord libre de l’épiglotte, et au pour¬ 
tour de la glotte, aux ouvertures des ventricules latéraux, seuls 
endroits de la muqueuse pulmonaire tapissés bien évidem¬ 
ment par l’épithélium; au-delà, dans les voies respiratoires, 
il n’en a jamais rencontré, et nous n’avons pas été plus heu¬ 
reux que lui. Les flocons pseudo-membraneux qu’on trouve, 
par exception, dans les ventricules du larynx ne sont pas 
adhérons, et ne sauraient être considérés comme un produit 
sécrétoire de la muqueuse laryngée. 

Quant au siège précis.de l’exsudation du muguet, relative¬ 
ment aux différentes couches de la membrane interne du tube 
digestif, voici ce que nous avons constaté : dans la bouche, et 
surtout à la face interne des lèvres et des joues où l’épithé¬ 
lium est assez apparent, il est bien évident que la sécrétion 
caséeuse a lieu d’abord au-dessous de la membrane, de même 



MDGCET. 


que l’exsudation couenneuse : on ne peut l’enlever qu’en dé¬ 
chirant l’épithélium ; mais, au bout de quelques jours, surtout 
quand le muguet est très abondant, l’épithélium est déchiré, 
l’exsudation devient superficielle, et quoiqu’elle adhère en 
certains points à la muqueuse, elle peut en être facilement 
détachée, même avec un corps mousse. Cette disposition ana¬ 
tomique du muguet se rencontre également vers la fin du 
rectum, où l’épithélium se rapproche par sa consistance de 
celui de l’épiderme ; mais dans l’estomac, dans le colon, le 
muguet paraît être une exsudation développée à la surface 
même de la membrane muqueuse, au moins il est impossible 
de la distinguer, par d’autres caractères que par -son adhé¬ 
rence, de cette même concrétion détachée du pharynx, et 
qui aurait ensuite passé dans les organes digestifs par 
l’acte de la déglutition. Poursuivant l’indication que nous 
avions donnée du siège de la fausse membrane, M. Lélut 
a examiné celte question avec beaucoup de soin, et il a ad¬ 
mis ( pag. 554 et suivantes) la disposition sous - épithéliaque 
pour certaines parties, et sus-épithéliaque pour d’autres, 
et enfin une double disposition au - dessus comme au-des¬ 
sous de l’épithéiium. Ainsi il dit avoir toujours trouvé la 
fausse membrane libre et séparable, sans intéresser l’épi¬ 
thélium à la voûte palatine, à la face supérieure et à la base 
de la langue, sur le voile du palais, les amygdales, ainsi qu’à 
la partie postérieure et supérieure du pharynx {loe. cit.^ p. 355). 
«Il n’en était pas toujours ainsi à la face postérieure des lèvres, 
à la face interne des joues, à la partie inférieure du pharynx 
et dans l’œsophage. Dans les deux premières régions , quelque¬ 
fois une partie du produit pseudo - membraneux, blanche, 
écailleuse ou pultacée, était libre au-dessus de l’épithélium, 
tandis que l’autre , sous-jacente à celte inembranule, faisait 
corps avec la muqueuse, et constituait des espèces de flocons 
jaunâtres au-dessous desquels la membrane présentait un épais¬ 
sissement marqué par une teinte de même couleur.» Nous 
n’avons pas remarqué que le muguet fût plus abondant dans 
les endroits où se retrouvent beaucoup de follicules mu¬ 
queux ; ils sont très développés et très nombreux dans la 
partie supérieure du pharynx, vers l’extrémité pylorique de 
l’estomac, dans le 'duodénum, et on ne rencontre presque 
jamais d’éruption du muguet sur toutes ces parties. Dans la 



310 • muguet. 

bouche rnême, quand la sécrétion est peu abondante, elle est 
disséminée çà et là, et ne paraît point se montrer plus parti¬ 
culièrement à la base de la langue, où les cryptes sont très 
apparents. Nous ne pensons dope pas, comme M. Véron, que 
le muguet soit plus spécialement sécrété par les follicules mu¬ 
queux que par tout autre point de la membrane muqueuse, 
çe qui rapproche encore cette maladie de l’exsudation çouen- 
neuse. 

La fausse membrane est, comme nous l’avons dit, blanche, 
et rarement brune ou jaunâtre; à l’état noir, elle a l’air d’une 
bouillie gangréneuse, mais au-dessous d’elle, une dissection 
attentive montre toujours la muqueuse parfaitement in,- 
tacte. Cette exsudation est molle, pultacée, inodore, inso¬ 
luble dans l’eau, et se comporte chimiquement avec les acides 
comme les fausses membranes; mais nous manquons d’une 
analyse bien faite de cette substance comparée à celle de la 
couenne. M. Lélut l’a traitée par différens réactifs, et les résul¬ 
tats qu’il a obtenus sont, à peu de chose .près, ceux auxquels 
sont arrivés, pour le mucus, Fourcroy, Vauquelin, Berzelius; 
pour l’épiderme, Bichat et Vauquelin; pour la couenne du 
sang, les fausses membranes des séreuses, de la vessie, du 
croup, du muguet, Scbwilgué, MM, Double et Bretonneau, 
résultats que nous avons nous-mêmes obtenus. 

Chez presque tous les sujets qui succombent au muguet 
dans les hôpitaux, on a trouvé des lésions notables de la mu¬ 
queuse gastro-intestinale, de la rougeur, de l’injection ou du 
ramollissement. Ces altéraiions sont fréquentes, surtout dans 
l’estomac et l’intestin grêle, et sont évidemment dues à l’in¬ 
flammation. Nous les regardons comme l’effet de complica¬ 
tions qui, à la vérité, se montrent dans le muguet plus sou¬ 
vent que dans les autres maladies des pouveau-nés, mais 
elles ne nous paraissent pas liées essentiellement au muguet 
qui n’affecte pas même le corps muqueux, Les altérations de 
tissu qu’on peut rencontrer dans les organes de la respiration 
chez les individus morts de muguet, telles que la rougeur de 
la membrane muqueuse, du larynx, de la trachée-artère et des 
bronches, l’engouement et l’hépatisation des poumons, les 
épanchemens dans les plèvres, sont encore bien davantage le 
résultat de maladies qui compliquent le muguet et le rendent 
fatal, et elles lui sont complètement étrangères. 



MOeOET. 311 

Nature 4u muguet- — Nous oe aoug grrêteroag pas ù l’opi= 
nioa aacienne et manifestement erronée des auteur® qui attri^ 
huent le déyeloppemept du muguet au séjour d’uu peu de 
lait dans la bouche de l’eufaut endormit Nous avons prouvé 
par l’examen des lésions anatomiques que eettg maladii n’était 
ni une éruption analogue aux aphthe* proprement dits» ni une 
réunion d’uleératioas, ni un état gangréneux de la membrane 
muqueuse digestive sus-diaphragmatique, ni une altération 
des follicules de la bouche, mais bien une fausse membrane. 
Le muguet est le résultat,d’une inflammation superficielle de 
la mhqueuse du tube digestif, et l’exsudatieu particulière qui 
le caractérise u’eu est que l’effet; c’est une pblegmasie avec 
altération de sécrétion, soit que rexsudation doive êtrêconsi" 
dérée seulement, ainsi que le pensé Billard, comme du mucus 
copçrété, soit qu’il y ait production d§ matière de formation 
nouvelle, D’après M. VaUeix (p. 421), le muguet ne serait qu’une 
entérite avec des caractères particuliers. Selon lui, ce sont les 
symptômes généraux, la fièvre, l’érythème des fesscs, la diar¬ 
rhée, qui précèdent les phénomènes locaux, la rougeur de la 
bcuehe, et la sécrétion de la fausse membrane; il étaye sur^ 
tout son opinion sur un cas de muguet bien caractérisé, quoi,- 
qu’il n’y ait eu pendant la vie aucune altération de la boHChe. 
Le mugnet serait donc, à son sens, «ne maladie générale, non 
pas senlement du tube digestif, mais encore d’autPes appareils, 
puisqu’il voit une liaison intime entre l’érythème des fesses 
et la maladie de la bouche, et les auteurs de traités des ma¬ 
ladies des uouveaurués auraient eu le tort, suivant lui, dé faire 
un très grand nombre de maladies en morcelant une seule et 
unique affection. Dette manière de voir ne nous semble pas 
exacte, et résulte d’une observation faite exclusivement dans 
las hôpitaux, où les maladies se montrent, chez les enfans, ra^ 
remeut isolées et le plus souvent à l’état complexe. L’érythème 
des fesses, auquel cet observateur distingué attache une ira,- 
portance capitale, se rencontre très fréquemment, chez les 
enfans, sans aueune apparence de muguet, et n’est pas plus 
fréquent chez ceux qui en sont atteints que chez d’autres. U 
est ordinairement provoqué par le séjour prolongé au lit, et 
le eontact de Burine et des matières fécales. La pratique de 
la ville montre d’une manière irréfragable que le muguet est 
le plus souvent une affection purement locale, et, nous le ré= 




312 


BIÜ«ilIET- 


pétons, une phlegmasie spécifique du tube digestif avec altéra¬ 
tion de sécrétion. 

Traitement. — Le traitement prophylactique sera basé sur 
l’étude des causes mentionnées plus haut. Ainsi, dans les 
établissemens destinés aux nouveau-nés, un air pur et sou¬ 
vent renouvelé, des soins hygiéniques bien [entendus, une 
nourriture convenable pour l’enfant, le changement de nour¬ 
rice s’il y a lieu, ou l’emploi des moyens destinés à modifier 
son lait, etc., pourront s^opposer au développement de la 
maladie. Les agens thérapeutiques qui doivent être mis en 
usage sont ou locaux ou étendus à la surface du canal intesti¬ 
nal. Les moyens locaux ne peuvent être appliqués que dans 
la bouche ou sur le gros intestin; ils doivent être adoucissans 
et mucilagineux pendant la première et la seconde périodes. 
Les infusions et les décoctions mucilagineuses de mauve, de 
guimauve, de graines de lin, de pépins de coing, etc., seules 
ou coupées avec le lait, doivent être portées dans la bouche à 
l’aide d’un pinceau mou de charpie ou d’une seringue à injec¬ 
tion, ou enfin employées comme collutoire ou gargarisme, 
quand le malade est d’âge à pouvoir s’en servir. Il nous a paru 
qu’il valait mieux, au moins pour la première période, ne pas 
ajouter de sucre, et surtout de miel rosat ou de sirop de mûres, 
à ces gargarismes, comme on le fait ordinairement, parce 
que les substances sucrées ou astringentes ont l’inconvénient 
d’échauffer et de dessécher la bouche. Dans la seconde pé¬ 
riode , quand les croûtes sont très-épaisses, sèches, et tapis¬ 
sent tout l’intérieur de la bouche qui reste ouverte, il est très 
utile de l’humècter souvent avec une décoction mucilagineuse 
quelconque, à laquelle on ajoute un quart de la liqueur de 
Labarraque ou de jus de citron : on porte ce collutoire dans 
la bouche des jeunes enfans à l’aide d’un pinceau de charpie. Il 
faut bien se garder d’arracher violemment les fausses mem¬ 
branes, opération douloureuse et inutile, car elles se refor¬ 
ment avec la plus grande rapidité, quand le muguet est aussi 
abondant, et occasionne beaucoup de gêne au malade; mais 
après les avoir humectées doucement et à plusieurs reprises, on 
pourra les enlever quand l’adhérence sera devenue très faible. 
La liqueur de Labarraque, étendue dans une décoction muci¬ 
lagineuse , nous parait beaucoup préférable aux solutions de 
sous-borate de soude ou à celles de sulfate de zinc recom- 



MCGCET. 313 

mandées par Hencker. Elle est également préférable en lave¬ 
ment à l’eau de chaux qui irrite souvent les intestins ; mais 
dans le cas ou il y aurait une forte diarrhée, les lavemens mu- 
cilagineux et narcotiques réussissent davantage. On pourrait 
aussi y ajouter, dans ee cas, quelques gouttes d’acétate de 
plomb, comme le conseille le docteur Heneker. Dans la seconde 
période, quand l’irritation locale et générale est moindre, 
M. Dugès a préconisé l’emploi de collutoires dans la compo¬ 
sition desquels entrent les acides végétaux, le vinaigre, le suc 
de citrons, de groseilles, plus ou moins étendus d’eau, le suc 
d’oranges et de grenades douces presque pur, etc. Les solu¬ 
tions plus ou moins étendues de sulfate d’alumine nous ont, 
en général, fort bien réussi dans la seconde période. M. Bre¬ 
tonneau s’est également bien trouvé du calomel associé au sucre 
en poudre, et mis dans la bouche à la dose d’un demi-grain 
seulement, trois ou quatre fois par jour. 

Les moyens thérapeutiques généraux qui doivent être mis en 
usage dans le muguet sont nécessairement différens, suivant 
l’étendue plus ou moins considérable de cette maladie dans l’in¬ 
testin et la nature des complications. Dans le muguet simple, 
circonscrit à la bouche et sans fièvre, le traitement local suffit, 
et le traitement général doit se borner à une boisson douce 
très légère, telles que l’eau de gomme, l’infusion de mauve, 
ou la décoction d’orge perlé très peu édulcorée; on donnera 
peu à téter à l’enfant, et seulement après lui avoir humecté 
la bouche avec soin. Si le muguet s’étend dans le gros intestin, 
et qu’il y ait de la fièvre et de la diarrhée, les lavemens amy¬ 
lacés, les fomentations émollientes sur le ventre, doivent être 
associés au traitement local de la bouche. Si la fièvre est 
intense, on appliquera quelques sangsues à l’anus ou sur 
le trajet du colon; ou à la région de l’estomac, si les vo- 
missemens sont répétés, et s’il y a de la, sécheresse et de la 
rougeur à la langue. Dans le cas d’une complication de bron¬ 
chite ou de pneumonie, on dirigera vers la poitrine le traite¬ 
ment le plus actif, sans négliger toutefois les moyens locaux 
qui, bien que secondaires, n’en sont pas moins importans. 
Dans la troisième période, lorsqu’il y a de l’affaiblissement, 
sans autre complication d’ailleurs, on peut soutenir l’enfant 
avec de la tisane de riz, ou même avec un mélange de lait et 
de bouillon ainsi que le recommande Jaëger, pourvu qu’il n’y 



314 MCGüET (bIBUOGR.V. 

ait peint de diarrhée. Lorsque l’adynamie est profonde, l’usage 
des toniques en tisanes, en lotions ou en fomentations, serait 
indiqué, et VamSwieten (/oc. eit., p. 212) et Sydenham {Opéra 
omnia, Genève, 1733, p. 533) l’avaient préconisé ; mais il est 
par malheur de peu d’efficacité dans une affection presque 
certainement mortelle qnand elle est arrivée à cette période. 

Les praticiens conseillent quelquefois, dans le muguet com!- 
pliqué, de faire usage dès le commencement de vomitifs, et 
de recourir dans la dernière période aux purgatifs, Le vomitif 
nous paraît presque toujours contre-indiqué, parce que l’es., 
tomae est souvent irrité $ les laxatifs doux nous semblent 
plus convenables, surtout chez les enfans très jeunes, lorsque 
les évacuations de méconium n’ont pas été suffisantes; on peut 
se servir alors avec avantage du sirop de chicorée seul, ou 
associé à l’huile d’amandes douces, de l’huile de ricin ou de la 
magnésie, ou bien encore de l’eau magnésienne fortement sa¬ 
turée. 

La diète la plus sévère est absolument indiquée dans le mu^, 
guet compliqué d’affection aiguë grave. L’enfant à la mamelle 
sera presque entièrement sevré du sein, même quand la suc¬ 
cion pourrait s’effectuer, et l’adulte devra être privé d’alimens 
solides et même liquides, si la maladie qui complique le mu¬ 
guet est de nature à l’exiger. Dans les cas de complications 
avec des maladies chroniques, le régime devra nécessaire¬ 
ment être modifié suivant l’âge et l’état des forces. 

GüERSENT et B LACHE. 

Aüvitv. Mémoires sur la maladie aphtheuse des neuveau-nés. Dan* 
Mém. de la Société roy. demédecine, 1787-1788. 

PiRON (J.). Dissertation sur les aphthes (muguet) des nouveausnés, 
in.4“. Paris, 1806. 

Laçhadd (il.). Dissertation sur les aphthes ou muguet des ertfans nou- 
aeffjirnés, Paris, 1809, 

HEoaTpLoçP; Z?e Vinflatnrnution de la membrane muqueuse ga_gtro-pul- 
monaire chez les enfant nouveau-nés. Tfi- de Paris, 1823^ n“ 17, p. 30 et 
passim. 

Blachb. Recherches sur une production particulière de la membrane 
muqueuse de la bouche qui se m.anifeste dans les derniers temps des ma¬ 
ladies chroniques. Th. de Paris, août 1824, n^ 183. 

VÉRON. Observations sur les maladies des enfans. Brochure iB^8®. 
Paris, 1825. 



MIIQIIECSE (fièvre). 315 

XiÉtüT. De la fausse ruemhmae (luns le muguft- P^ns Jrchms généfqles 
4e médecine, t. xxin , 1827. 

Gdtot. Observât, et pièce anat. constatant la présence du muguet dans 
l’intestin grêle. Ballet, de la Soc. anat. Dan$ Nouvelle biblioth. méd ,, anp. 
1829, t. ni, pi 53. 

Godinat. Du muguet chez les nouveau-nés. Th. Paris, 1834 , n® 234. 

Denis. Recherches anatomie et de physiologie pathologiques sur plu¬ 
sieurs maladies des enfans nouveau-nés. Commerey, 1836, in-8°, p. 100. 

Vah-eix. Clinique des maladies des enfans nouveau nés. Paris, 1838, 
in-8®. Art. Muguet, p, 202^62, 

fgyez aussi la plupart des Traités des pialadies des enfans. B. 

MCQÇJplüSE (fièvre). — Sous les noms de fièvre muqueuse ou 

fièvre pituiteuse J quelques nosographes, et Pinel entre au¬ 
tres, dans ces derniers temps, ont décrit une affeptipn fébrile 
continue à laquelle ils ont assigné pour caractères priRcipanx, 
qui la séparent des autres pontinues : — de se développer partir 
oulièrement pendant les saisons froides et pluvieuses, dans les 
lieux bas et humides, chez les individus de constitution faible 
et lymphatique on détériorée, faisant usage de nourriture 
peu saine ou insuffisante; d’être précédée parun malaise gé¬ 
néra), de la faiblesse, de l’inappétence, des rapports acides ; 
T^de débuter, quand l’invasion est soudaine, le plus souvent par 
une simple horripilation, )e soir ou pendant la nuit ; de pré¬ 
senter pendant son cours : un état de pâleur et de flappidité 
générale, ayeç légère œdématié, la bouche fade ou pâteuse, 
un enduit blanchâtre et humide de la langue, la salive vis¬ 
queuse et abondante, des aphthes ou de légères uloépations 
dans la bouche, une soif peu intense, l’anorexie jusqu’à l’hor¬ 
reur des alimens, des renvois nidpreux, la tuméfaction de 
l’épigastre et un sentiment dc pesanteur à cette partie, des 
nausées, des vomissemens dp matières visqueuses, fades ou 
acides, blanches ou colorées, de la sensibilité à l’abdomen 
sous la pression, des coliques, des flatuosités, tantôt de la 
constipation, tantôt une diarrhée muqueuse et quelquefois 
sanguinolepte et avec ténesme, souvent le rejet de vers intes¬ 
tinaux par la bouche ou avec les selles, un pouls petit et fai- 
hle, dont la fréquence diffère peu dp celle qui a lieu dans 
l’état normal, souvent même plus lent qu’à l’ordinaire, une 
respiration peu gênée , .souvent de la toux pt une expectoration 
muqueuse, une chaleur modérée, une transpiration ou des 



316 MÜODEÜSE (FIÈVBE). 

sueurs partielles d’une odeur aigre, quelquefois de la diffi¬ 
culté dans l’excrétion de l’urine’, une céphalalgie obtuse, des 
vertiges, quelquefois même du trouble dans les idées, un 
état obtus des sens, de la somnolence et des rêvasseries ou 
une insomnie opiniâtre, des douleurs contusives dans les mem¬ 
bres, de l’abattement moral, des éruptions variées qui parais¬ 
sent et disparaissent; — d’avoir communément une marche 
lente, irrégulière, et une durée longue, de présenter de fré¬ 
quentes exacerbations et rémissions ; enfin de se terminer rare¬ 
ment par la mort à moins de complications adynamiques ou 
ataxiques (de fièvres putrides ou malignes). 

Les traits de la fièvre muqueuse, tels que nous venons de 
les donner, sont principalement empruntés à la Nosographie de 
Pinel. Nous n’avons pas cru devoir, aujourd’hui que l’on rejette 
l’existence de cette fièvre comme maladie spéciale, indiquer 
la différence que présente cette description avec celles qu’en 
ont donnés d’autres auteurs. 11 nous suffira de faire remarquer 
qu’elle est prise en partie dans des idées théoriques qui se sont 
succédé depuis Galien jusqu’à nos jours sur l’humeur pitui¬ 
teuse et les maladies qu’on y attribuait, puis dans l’observa¬ 
tion de quelques faits individuels mal appréciés, et dans une 
analyse inexacte et un rapprochement vicieux des histoires de la 
fièvre nerveuse de Huxham, de l’épidémie de fièvre glutineuse, 
parSarcone, de la maladie muqueuse de Gottingue, par Rœde- 
rer et Wagler, de l’épidémie du Gros-Theil, par Lepecq de la 
Clôture; descriptions qui sont loin d’appartenir à une seule 
et même affection, même chez chacun de ces auteurs, qui ont 
plutôt embrassé les diverses maladies régnantes sous la même 
constitution. L’école de Broussais, qui succéda en France à 
celle de Pinel, fit de la fièvre muqueuse une gastro-entérite, 
opinion composée d’erreur et de vérité qui mit sur la voix de 
celle qui est admise aujourd’hui, et qui est fondée sur une 
observation plus exacte et une appréciation plus rigoureuse 
des faits. 11 est bien reconnu maintenant que ce que les auteurs 
ont décrit sous le nom de fièvre muqueuse se rapporte à la 
fièvre typhoïde ou dothinentérie; qu’elle n’est qu’une forme, 
qu’une variété de cette affection développée dans certaines 
conditions individuelles ou locales, ou plutôt que quelques- 
uns des traits dont on a formé l’histoire de la fièvre mu¬ 
queuse ont été pris à un certain nombre de cas de dothinentérie. 



MÜOUEUSES (membranes). 3.17 

Vojr. ce dernier mot. — Nous devons renvoyer pour l'histoire 
de la fièvre muqueuse, telle qu’elle a été admise avant la doc¬ 
trine actuelle de la dothinentérie, aux ouvrages de Stoll 
{Aphor. et méd. prat.), de Selle [Pyrét et méd. prat.) , de Pinel 
(Nosographie et méd. cUn.)^ de Chomel (Traité des fièvres)., de 
Boisseau (Pyrétologie). On peut, en outre, consulter les ou¬ 
vrages suivans : 

Roederer (J. G.), resp. Wagier (Ch, Th.). Diss. de morbu mo~ 
coso. Gottîngue, 1762, in-4°. —De morbo mucoso liber singularis, queiu 
nuper speciminis inauguralis loco ediderunt, etc. Gottingue, 1765, in-4°, 
— Tractatus denuo recensas, annexague prœfatione de trichuridibus novo 
vermium genere. ^àit. H. A. Wrisberg. Ibid., 1783, in-S”. 

Sarcome (Mich.). Istoria ragionata dei mali osservati in Napoli, nel corso 
delV anno 1764. Naples, 1764, in-S»; trad. en fr. par BeUay. Lyon, 
1804, in-S», 2 vol. 

HaxHAM(J.). Essay on fevers, etc. Londres, 1739, 1769, in-8°. Trad. 
enfr. Paris, 1768, in-12. 

Lepeco de la Clotdre (L.). Collections d’observations sur les maladies 
et constitutions épidémiques. Rouen et Paris, 1778, in-4“. —De l’épidé¬ 
mie du Gros-Theil. p. R. D. 

MUQUEUSES ( membranes ). — Considérées dans leur en¬ 
semble , les membranes muqueuses forment un tégument in¬ 
terne , beaucoup plus étendu que la peau, avec laquelle elles 
se continuent d’une manière insensible aux différentes ouver¬ 
tures naturelles, à l’exception du bord libre des paupières et 
des lèvres, où la différence de texture est un peu tranchée ; 
chez la femme, la membrane muqueuse communique avec la 
membrane séreuse abdominale, à l’orifice des trompes de Fal- 
lope. Cette membrane revêt l’appareil gastro-intestinal, de¬ 
puis la bouche jusqu’à l’anus, en fournissant des prolonge- 
mens nombreux dans un grand nombre d’organes ; ainsi, elle 
pénètre dans les cavités nasales et leurs sinus, dans les con¬ 
duits auditifs, la caisse du tympan , dans les cellules ma.stoï- 
diennes, dans les conduits excréteurs des glandes, en général; 
elle recouvre la surface du globe de l’œil, et constitue les 
membranes pulmonaire et génito-urinaire. Étudiée d’abord 
isolément dans ces diverses parties, on la regarda comme la 
membrane particulière à chacune d’elles, et on la désigna 
sous les noms de pituitaire, villeuse, fongueuse, pulpeuse. 



318 BTDQtlEDSES (mEMBRANÈs). 

follïcuieuse, glanduleuse, etc.; plus tard, l’ànatomié démôiitra 
quô Cette niembrâne offrait partout une structure identique , 
et l’oa reconnût même qu’il existait une analogie complète 
eütfe le mucus qu’elle fournit èt l’épiderme. Bichàt à donné le 
pretniër üüé description générale de Cette mêrtibrârie, qü’il 
divisa éa gastro-pülaionaire et génito-urinaire, et Ses idéés 
ont été admises à peu près généralement : cependant Gordon 
n’a pas compris dans un description commune toutes les 
meiabranes muqueuses, parce qu’il â trouvé entré elles des 
différences essentielles. 

La membrâne toüqueuse présente deux surfaces, l’une ex- 
ternê ou adhérente, et l’autre interne ou libre. La première est 
recouverte d’une couche dé tissu cellulaire assez dense, que 
beaueoup d’anatomistes appelèrent tunique nerveuse, et qui n’est 
que du tissu cellulaire dans lequel se distribue un grand 
nombre de ramifications nerveuses et vasculaires, ainsi que 
l’ont démontré Albinus et Haller; Bichat l’a nommé sotss-tntJ- 
queux. Ge tissu cellulaire est blànc,-fibreux, assez dense, et 
résistant, ne contient jamais de graisse; quelquefois il è.st infil¬ 
tré de sérosité, et spécialement dans les cas où il y a obstacle 
à la circulation veineuse abdominale et dans l’oedème général. 
Cette CDûebe cellulo-fibreuse est recouverte elle-même d’une 
■ coüèhe musculaire, du moins dans le canal alimentaire dans 
lespoüinons, là membrane muqueuse est doublée par un tissu 
élastique, et par un tissu ligamenteux ou fibreux, à la voûte 
palatine-, aux bords alvéolaires, dans les fosses nasales et à leurs 
sinus j etc-. 

Là surface interne ou libre dê la membrane muqueuse, qui 
est eu rapport avec les substances étrangères au corps de l’ani¬ 
mal , fe’est pas lisse comme celle de l’enveloppe cutanée exté¬ 
rieure 1 elle offre des valvules, des plis, des rides, des dépres¬ 
sions èt des saillies villeuses Ou papillaires. Les valvules existent 
cotistamment, et sont formées tout à la fois par la couche 
musculaire, le tissu cellulaire sous-muqueux et la membrane 
muqueuse î C’est ce qu’on observe au pylore, au cæcum, au 
voilé du palais, à l’ouverture dû larynx. Les plis sont également 
const&ns, ne s’effacent jamais, et résultent de l’adossemênt de 
la membrane muqueuse avec elle-même: tels sont Ceux del’in- 
lestiü grêle, de la face interne de la vésicule biliaire, des vési¬ 
cules séminales. Les rides n’existent qu’accidentellement, et 



319 


MDOIIEDSES (membranes). 
varient d’épaisseur, parce qu’elles sont causées par le degré 
de distension que l’organe peut avoir éprouvé et par sa con¬ 
traction consécutive; elles sont, en outre, le résultat d’un 
excès d’étendue de la menabrane^ qui est en réserve pour des 
dilatations momentanées : telles sont les rides de l’oesophage 
et de l’estomac y celles de la trachée-artère j du vagin, du col 
de l’utérus, etc.- Les dépressions ou les enfoncemens qu’on re¬ 
marque aussi à la surface libre de la membrane muqueuse 
ont diffétens aspects: infundibuliformes, cellulaires ou alvéo¬ 
laires , ils sont ou très apparens , comme dans le second esto-^- 
mac des ruminans, ou d’une petitesse extrême, et microscopi¬ 
ques chez l’homme, surtout dans l’oesophage; l’estomac et le 
gros intestin. 

On ne doit pas confondre ces enfoncemens particuliers avec 
ceux des cryptes ou follicules qu’on trouve dans l’épaisseur de 
la membrane muqueuse, qui sont contenus dans autant de dé¬ 
pressions correspondantes de cette membrane,-et ont un orifice 
très rétréci et un fond renflé, lequel se trouve sitüé dans 
le tissu cellulaire sous-muqueux. Ces follicules, qui sécrè- 
. tent une partie du mucus qui enduit la surface libre de la 
membrane muqueuse, sont tantôt isolés, et se rencontrent 
principalement dans la région pylorique de l’estomac ; dans 
le duodénum, le cæcum', le gros intestin, et indifférem¬ 
ment au bord libre ou au bord adhérent de l’intestin, sur le 
Sommet des valvules ou daùs leurs intervalles ; leur grosseur 
est celle d’un grain de millet: tantôt réunis et aboutissant dails 
un ôrifice commun norxaaélacune, comme à la base de la langue, 
dans l’urèthrè, le rectum ; d’autres forment de petits amas , tels 
sont la caroncule lacrymale, les glandes aryténoïdes, ceux qu’on 
observe dans le tube digestif, le plus souvent àu bord adhérent 
de l’intestin ; d’autres forment des plaques ovales ou elivaireS, 
gaufrées ou ridées à leur surface; situées constamment au 
bord libre de l’intestin. Enfin, dans d’autres agglomérations 
de ces follicules, il existe des lacunes multiples et des conduits 
ramifiés, comme dans les glandes : tels sont les glandes de 
Gowper , la prostate, les amygdales, les glandes molaires, etc. 
Quant aux saillies villeuses ou capillaires, nommées encore 
villosités, elles sont excessivement nombreuses, se remarquent 
dans toute l’étendue de la surface libre de la membrane mu¬ 
queuse, à laquelle elles avaient fait donner le nom de veloutée. 



320 MÜQBEBSES (MEMBRANES). 

La plupart sont à peine visibles à l’œil nu ; les plus apparentes 
sont nommées papilles : telles sont celles de la langue, de la 
surface du gland , du clitoris. La membrane muqueuse est tou¬ 
jours recouverte d’un épiderme distinct, nommé épithélium, là 
où elle est pourvue de papilles. Les villosités sont de petits pro- 
longemens foliacés de la membrane muqueuse, diversement 
ployés, longs et étroits dans le jéjunum, plus larges que longs 
dans la portion pylorique de l’estomac et du duodénum, vers la 
fin de l’iléon et dans le colon, où ils sont à peine saillans. Exa¬ 
minées au microscope, on aperçoit dans la substance gélatiui- 
forme de ces villosités des globules disposés en séries linéaires, 
et à leur base des ramuscules de vaisseaux sanguins et lympha¬ 
tiques d’une excessive ténuité. 

La structure anatomique de la membrane muqueuse, qui pré¬ 
sente d’ailleurs beaucoup de différences dans les divers points 
de son étendue, consiste généralement en un tissu spongieux , 
plus ou moins mou, dont l’épaisseur décroît successivement, 
depuis les gencives, la voûte palatine, les fosses nasales, l’es¬ 
tomac, l’inte.stin grêle et le gros intestin, la vésicule biliaire et 
la vessie urinaire, jusq u’aux sinus et aux ramifications capillaires 
des conduits excréteurs. Cet amincissement n’a pas toujours 
lieu d’une maniéré insensible; quelquefois il y a sous ce rap¬ 
port des différences très tranchées entre des parties voisines, 
mais dont les fonctions sont différentes, comme entre l’œso¬ 
phage et l’estomac, le vagin et l’utérus. On ne trouve pas de 
traces d’un réseau muqueux distinct dans les membranes mu¬ 
queuses , à moins qu’on ne considère comme tel la couche de 
liquide coagulable qui sépare l’épiderme de la langue , de ses 
papilles, ainsi que la matière gélatiniforme des villosités, et 
que les taches, diversement colorées, qui existent à certains ori¬ 
fices des membranes muqueuses , ne soient considérées comme 
des preuves de son existence, de même que les productions 
cornées, les poils et les végétations qu’on y observe quelque¬ 
fois. 

Quant à l’épiderme ou épithélium, son existence est mani¬ 
feste , mais paraît bornée à certaines régions ; il est d’autant 
plus marqué, qu’on examine les membranes muqueuses dans 
les points les plus rapprochés de leur continuité avec la peau. 
L’épithélium devient, au contraire, de moins en moins appa¬ 
rent , à mesure qu’on s’éloigne davantage des orifices exté- 



MtiQüEliSES (lîEMBRANES). 221 

rieurs; et, enfin, il semble ne plus exister dans les profon¬ 
deurs des cavités muqueuses. Il présente quelques interrup¬ 
tions brusques à la surface de quelques-unes des parties où 
on l’observe, comme à la réunion de l’œsophage avec l’esto¬ 
mac, sur les lèvres de l’orifice de l’utérus; dans les autres 
points, il s’efface insensiblement, comme à l'ouverture des 
fosses nasales, à l’orifice du rectum. 

Suivant le docteur Henle, l’examen microscopique des mem¬ 
branes muqueuses démontre que dans toutes il existe un épi¬ 
thélium , composé de cellules nombreuses plus ou moins 
superposées les unes aux autres, renfermant chacune dans 
leur intérieur un noyau orbiculaire, ovoïde ou aplati, et 
remarquable par un ou deux points qu’on y distingue. Ces 
cellules diffèrent les unes des autres par leur forme, leur den¬ 
sité, et le lieu qu’elles occupent. De là trois espèces d’épithé¬ 
lium que M. Henle désigne sous les noms à’épithélium en pavé, 
épithélium en cflindre, et épithélium en paillettes.ie ne puis don¬ 
ner ici plus de détails sur ces recherches particulières, pour 
lesquelles je renvoie le lecteur à l’ouvrage de M. Mandl. 

Le tissu cellulaire sous-muqueux, qui correspond au corium 
de la peau , est spongieux, et contient un grand nombre de 
vaisseaux sanguins et lymphatiques ; on doit ranger les mem¬ 
branes muqueuses parmi les tissus les plus vasculaires. Quand 
une injection des vaisseaux de la membrane muqueuse de l’es¬ 
tomac, de l’intestin, des cavités nasales, des conjonctives, a 
bien réussi, on n’observe pas le moindre point de la surface 
de ces membranes qui ne soit parcouru par quelques ramifi¬ 
cations vasculaires,lesquelles ne paraissent pas s’y terminer en 
cul-de-sac. D’après les mesures raicrométriques, les vaisseaux 
des membranes muqueuses sont moins ténus que les plus petits 
vaisseaux de la substance grise du cerveau, des nerfs et des 
muscles. On voit sur les belles préparations de Lieberkühn 
que les vaisseaux capillaires du colon, de l’estomac, delà 
membrane pituitaire, des conjonctives, ont —à j-j’— de 
pouce de diamètre. Prochaska a pu injecter les ramifications 
les plus déliées sans les rompre. Les.membranes muqueuses 
qui adhèrent aux os se colorent beaucoup moins par l’injec¬ 
tion que celles de la vésicule biliaire, de l’urètre, des ure¬ 
tères, de la vessie, du vagin, qui prennent de la sorte une 
teinte foncée. Dans les points où les membranes muqueuses 
Dict.deMcd. xx. 21 




322 MUQÜECSES (membranes). 

sont surmontées de papilles, comme aux lèvres, à la face 
interne des joues, les vaisseaux s’introduisent par la base de 
la papille, et se prolongent jusqu’à son sommet, où ils s’anas- 
toinosenl entre eux. 

Les-vaisseaux lymphatiques sont moins multipliés dans les 
membranes muqueuses que les vaisseaux sanguins : on n’a 
point encore de notions précises sur leur mode d’origine à la 
surface de ces membranes. Leurs nerfs viennent généralement 
du grand sympathique et du pneumo - gastrique, tandis que 
ceux qui existent à toutes les ouvertures naturelles provien¬ 
nent, ou mieux, sont en communication avec la moelle épi¬ 
nière. Suivant Sœmmering, on peut suivre les nerfs jusque 
dans la membrane muqueuse; mais le plus souvent leur pré¬ 
sence n’y est indiquée que par la sensibilité dont ces mem¬ 
branes sont douées. 

La couleur de la membrane muqueuse, dans l’état sain, 
présente des différences d’aspect, que l’on n’a bien indiquées 
que dans ces derniers temps , surtout pour celle de l’appareil 
gastro-intestinal. Les recherches de Billard ont fait voir que 
cette membrane est d’un beau rose chez le foetus, d’un blanc 
laiteux dans le premier âge, et blanche ou d’un blanc cendré 
chez l’adulte ; pendant le travail de la digestion, elle est lé¬ 
gèrement roséè. La couleur de la membrane muqueuse est due, 
en général, au sang qui circule dans son intérieur, comme on 
le voit dans l’asphyxie, où elle offre une teinte violacée, et 
au contraire, une décoloration complète dans la syncope. Sa 
consistance est mollasse, comme fongueuse, et sa ténacité 
médiocre. Est-elle susceptible de tannage, comme la peau? 
L’expérience n’a pas encore démontré si ce nouveau point 
d’analogie existe entre ces deux membranes. Suivant Bichat 
et Berzelius, un caractère chimique des membranes mu¬ 
queuses , c’est de' ne pas se dissoudre dans l’eau bouillante. 
D’après Berzelius , elles s’altèrent plus promptement que tout 
autre tissu, à l’exception de la substance cérébrale, quand on 
les traite-par la macération dans l’eau froide, ou par les 
acides. 

La membrane muqueuse est peu irritable. Sa sensibilité est 
vague et obscure, même pendant l’inflammation, dans les ré¬ 
gions éloignées des orifices naturels, points où elle est, au 
contraire, très prononcée, et où elle jouit d’une activité spé- 



MBOCEIISES (membranes). 32.3 

ciale, comme on le voit dans lef fosses nasales, la bouche j 
l’œil, le larynx, etc. L’impressionnabilité des membranes mu¬ 
queuses au contact de tels ou tels corps est différente dans 
les divers organes : ainsi quelques gouttes de sang irritent la 
vessie, le moindre corps étranger introduit dans les bronches 
produit la plus vive excitation , la membrane muqueuse de la 
vésicule biliaire n’est point irritée par les calculs, comme l’est 
celle de la vessie, etc. Toutefois , les pincemens, les piqûres, 
déterminent de la douleur sUr toutes ces membranes sans 
exception. 

La membrane muqueuse est le siège d’une absorption très 
active, effectuée principalement par les villosités, et celui d’une 
sécrétion perspiratoire et folliculaire dont le produit constitue 
le mucus et les mucosités. Suivant Befzelius, le mucus pré¬ 
sente', dans toute l’étendue des membranes muqueuses, les 
mêmes caractères physiques ; mais ses caractères chimiques 
diffèrent suivant les régions où on l’examine. Le mucus des 
fosses nasales, des bronches, de la vésicule biliaire, de la ves¬ 
sie, de l’intestin, possède, en outre, certaines qualités propres 
aux fonctions de ces divers organes. L’étude microscopique 
du mucus montre que ses globules sont semblables à ceux du 
pus; mais comme ces globules sont compressibles, et consé¬ 
quemment variables dans leurs formes, les globules du mucus 
qui nagent dans un fluide visqueux sont souvent déformés, 
allongés, et par conséquent d’une forme plus ou moins ellip¬ 
tique. Ce mucus est constamment chargé de débris de l’épi¬ 
thélium qui se détache continuellement de la surface des 
membranes muqueuses, et qui sont de la sorte entraînés au 
dehors avec les mucosités (Mandl, Traité prat. du. micros¬ 
cope, etc., p. 119). 

Les membranes muqueuses jouissent d’une force de con¬ 
traction tonique, qui est augmentée, dans certaines régions, 
par le tissu élastique et le tissu musculaire qui les dou¬ 
blent. Un des phénomènes les plus curieux qu’on observe en 
étudiant ces membranes au microscope, c’est le mouvement 
vibratile qu’on voit à leur surface ; quand on examine quelques 
portions de ces membranes dans une goutelette d’eau, on re¬ 
marque un mouvement très prononcé produit par des cils qui 
s’agitent vivement de droite à gauche et de gauche à droite, 
repoussant brusquement tous les corpuscules qui nagent dans 

21 . 



324 


MUOrEUSES (membranes). 
leur voisiaage. Ces mouvemens persistent de quelques heures 
à plusieurs semaines après la mort de l’animal, suivant la classe 
à laquelle il appartient. D’après les observations de MM. Pur- 
kinje et Valentin, ce mouvement vibratile, qui est manifeste 
dans toutes les membranes muqueuses qui sont tapissées d’un 
épithélium en paillettes, existe chez les animaux des quatre 
classes de vertébrés (Maudl, loc. c/t., p. 87). 

C’est aussi dans les membranes muqueuses que résident cer¬ 
taines sensations générales ou spéciales qui constituent le sen¬ 
timent des besoins et des appétits. Les fonctions organiques 
de la membrane muqueuse sont, d’ailleurs , très intimement 
liées avec celles des autres parties, et spécialement avec 
celles de la peau et du système nerveux, avec la circula¬ 
tion, etc.; mais ses effets sympathiques sont surtout remar¬ 
quables dans l’état de maladie. 

La membrane intestinale ou vitellaire est la première partie 
apparente dans l’œuf; c’est par son prolongement vers l’es¬ 
tomac et l’anus que se forme l’intestin. Quant aux villosités, 
les recherches de F. Meckel ont appris que , dès le commen¬ 
cement du troisième mois, on les distingue sous forme de plis 
longitudinaux très rapprochés, qui présentent sur leur bord 
libre des divisions dentelées, qui deviennent successivement 
de plus en plus profondes; vers la fin du quatrième mois, 
ces plis sont remplacés par un nombre infini de petites émi¬ 
nences qui constituent les villosités, lesquelles s’accroissent 
progressivement, deviennent plus distinctes jusqu’au septième 
mois : elles sont, dans le principe, également nombreuses dans 
toute la longueur de l’intestin; mais celles du gros intestin 
deviennent ensuite de moins en moins nombreuses, jusqu’à 
la naissance. La membrane muqueuse est plus épaisse chez 
l’homme que dans les mammifères carnivores, ét plus mince 
que celle des herbivores. 

La membrane muqueuse est sujette à des altérations nom¬ 
breuses et très variées. Ses vices de conformation coïncident 
presque toujours avec ceux des organes qu’elle tapisse : tels 
sont des interruptions dans sa continuité, des prolongemens 
digités, des renversemens, des rétractions. Elle se déplace à 
travers le tissu sous-muqueux éraillé, et forme ainsi de faux 
d/Vcrtica/w. D’autres fois ce sont de simples prolongemens inté¬ 
rieurs, comme des valvules tendues dans le canal intestinal, 



MUOliEUSES (membranes). 325 

des excroissances polypeuses ; quelques-uns dépendent de la 
laxitédu tissu sous-muqueux, comme l’allongement de la luette, 
les chutes del’anus, du vagin, etc. Certains polypes semblent ré¬ 
sulter d’une hypertrophie delà membrane muqueuse et du tissu 
sous-muqueux, de même que quelques tumeurs de laluettevési- 
cale, des amygdales, des paupières. La membrane muqueuse se 
reproduit promptement quand elle a été détruite, et présente 
dans cette nouvelle formation les caractères du tissu naturel. D’a¬ 
près quelques expériences rapportées par Weber, les solutions 
de continuité des membranes muqueuses se réunissent promp¬ 
tement. L’inflammation affecte souvent les membranes mu¬ 
queuses , et s’y offre sous toutes ses formes ; elle est parfois 
bornée aux follicules muqueux, et constitue une phlegmasie 
pustuleuse. L’inflammation ne fait point séparer l’épithélium, 
comme on le voit, à la peau, pour l’épiderme; on n’observe ce 
phénomène qu’aux régions où le tégument externe se continu 
avec le tégument interne, là où l’organisation des membranes 
muqueuses diffère à peine de celle de la peau. Cependant on 
retrouve cette analogie d’altération dans quelques maladies 
(wj.Aphthe, Mogoet). La sécrétion du mucus est gén'éralement 
augmentée dans les affections morbides des membranes mu¬ 
queuses, et assez communément ces maladies se terminent par 
une excrétion muqueuse plus .abondante que dans l’état na¬ 
turel. Cette sécrétion se présente quelquefois sous une forme 
toute spéciale, comme on le voit dans le croup. Les pustules 
qu’on observe sur ces membranes, dans la variole, ont une 
analogie complète avec celles de la peau dans les points voi¬ 
sins des cavités de la bouche et du nez; mais cette analogie 
est-elle bien la même sous le rapport de leurs caractères et 
de leur marche, quand on les étudie dans l’estomac et l’in¬ 
testin ? 

On observe quelquefois à la surface de la membrane mu¬ 
queuse des poils, de la matière cornée ; elle contient parfois 
de la mélanose; il n’est pas rare de trouver des kystes séreux 
et des tumeurs graisseuses dans le tissu cellulaire sous-mu- 
queux. La membrane muqueuse devient entièrement analogue 
à la peau, quand elle est long-temps exposée au dehors, et, 
comme la peau, elle est souvent le siège du cancer. Elle 
acquiert parfois aussi l’apparence du cartilage et même des os, 
soit par transformation, soit par suite de production acciden- 



326 MDSC. 

telle dans l’épaisseur de sou tissu. 11 existe assez souvent une 
membrane qui offre les caractères des membranes muqueuses 
dans certains kystes, certains trajets fisluleux, et dans les abcès 
chroniques Enfin, quand une cavité muqueuse est obturée, 
etqu’elle devient le siège d’une accumulation de fluide, comme 
on le voit dans la vésicule biliaire, par exemple, après l’obli¬ 
tération du canal cystique, la membrane muqueuse prend 
l’aspect des membranes séreuses. Oluvier. 

Bichat (Xav.). Traité des membranes en général, et de diverses mem¬ 
branes en particulier. 1800, J802, 1816, 1827, m-8“; et Anatomie 
générale, t. tv. 

Hebreard. Mém. sur l’analogie qui existe entre les systèmes muqueux et 
dermoïde. Dans Mém. de la Soc. méd. d’émulation, 181., t. vin, p. 153. 

LÉldt. Études anat. sur l’épithélium. Dans Répert. d’anal, et de physiol. 
path., 1827. 

Güillot (Nat.). Recherches anatomiques sur la membrane, muqueuse du 
canal intestinal dans l’état sain et dans quelques états pathologiques. Dans 
l’Expérience, 1838, t. i, p. 161. 

Floürens. Structure comparée de la membrane muqueuse et de la peau. 
Dans Ann. des sc. natur, 1838. 

Henie. Recherches sur la disposition de l’épithélium chez l’homme. Dans 
Mullers Archiv., 1838, l'*’ cahier, p. 103; trad. dans l’Expérience, t. ii, 
p. 353 et 391. ' 

Donné. Recherches microscopiques sur la nature des. mucus. Paris, 1837, 
in-8“. 

Mande. Recherches sur le mucus; — sur les membranes muqueuses. 
Dans Traitéprat. du microscope. Paris, 1839, in-8“. 

Voyez, en outre, les articles où il est traité des diverses membranes 
muqueuses en particulier. Tels que estomac, intestin, poumon, etc. 

R. D. 

MÜRIATE, MURIATIQUE (acide). Voj. Chlore, Chlorure, 
Hvdrochloriqüe (acide). 

MUSC. — Substance odorante fournie par le moschus 
moschijerus, animal du genre des chevrotains, ordre des 
ruminans, qui habite la Sibérie, la Chine et le Thibet. — 
.Cette substance est renfermée dans un follicule volumineux , 
espèce de poche que le mâle porte sous le ventre , et dont le 
canal excréteur vient s’ouvrir au devant du prépuce. D’après 





MDSC. 


327 

les recherches les plus récentes, cette poche membraneuse est 
regardée comme une dépendance nécessaire du canal de l’u¬ 
rèthre. Elle est garnie dans son intérieur d’un grand nombre 
de replis irréguliers qui forment entre eux des cloisons in¬ 
complètes. C’est entre ces espèces, de loges que se trouve, 
chez le mâle adulte, et surtout au temps du rut, cette liqueur 
connue sous le nom de musc : demi-fluide dans l’animal vi¬ 
vant, elle prend une consistance solide après la mort. Le musc 
le plus estimé nous vient du Tonquin et du Thibet. On en re¬ 
connaît trois espèces dans le commerce ; celui duTonquin,celui 
du Bengale, et le troisième appelé Kahardin. Le premier est le 
plus estimé, et lé seul dont il conviendrait de se servir en méde¬ 
cine. On nous l’envoie dans les poches qui le sécrètent; elles 
sont plus ou moins arrondies, aplaties, allongées, d’un pouce 
et demi environ de diamètre, encore garnies de poils roussâ- 
tres, contenant à peu près de deux à six gros de musc. Celui-ci 
est en grains irréguliers de différentes grosseurs, d’un brun 
noirâtre tirant sur le rouge, doux et.onctueux au toucher. On 
y voit des grumeaux noirs justement comparés à du sang des¬ 
séché, et qu’on dit être la partie la plus pure ; il s’y mêle aussi 
quelques poils, ainsi que des débris membraneux. Le musc, 
presque entièrement soluble dans l’eau chaude, l’est beaucoup 
plus encore dans l’alcool et dans l’éther. Son odeur forte, pé¬ 
nétrante et caractéristique, est on ne peut plus expansible, et 
d’une persistance que rien n’égale : une seule partie de musc 
- suffit pour communiquer son arôme à plus de trois mille par¬ 
ties d’une poudre inodore, et un seul grain peut, pendant une 
année au moins, parfumer une foule de corps, sans éprouver de 
perte sensible dans son poids. 11 n’est sorte de fraude qu’on 
n’ait imaginée pour le sophistiquer. 

D’après l’analyse de MM. Blondeau et Guibourd, le musc 
contient un grand nombre de principes différons : 1° de l’eau ; 
2° de l’ammoniaque; 3° de la stéarine; 4“ de l’élaïne; 5“ de la 
cholestérine; 6“ de l’huile acide combinée, à l’ammoniaque ; 
7° de l’huile volatile; 8° de l’hydrochlorate d’ammoniaque, de 
potasse et de chaux; 9“ d’un acide indéterminé, en partie sa¬ 
turé par les mêmes bases; 10“ de la gélatine; 11" de l’albu¬ 
mine; 12“ de la fibrine; 13“ une matière très carbonée, 
soluble dans l’eau; 14“ d’un sel calcaire soluble à acide com¬ 
bustible; 15" du carbonate de chaux; 16“ du phosphate de 



328 MBSC. 

chaux; 17“ des poils et du sable (Guibourd, Hist.des drogues 
simples ). 

D’après les expériences de Juncker [Conspect. tliérapeut., 
pag. 478) et de J. Wall (Transact. philos, abrég., t. i), citées 
par MM. Mérat et Delens de mat. méd., t. iv, pag. 487), 

le musc, pris par dose de quatre grains, d’heure en heure, 
jusqu’à celle de douze grains à un gros, stimule d’abord l’es¬ 
tomac sans l’irriter, accroît sympathiquement les forces, et 
j)lus tard excite tout l’organisme, augmente l’activité de la 
circulation, provoque Fépistaxis, des désirs vénériens , et dé¬ 
termine la transpiration dont le produit, ainsi que les urines , 
répand alors, disent-ils, une odeur musquée. Suivant Tralles, 
antagoniste de ce médicament, le musc excite les nerfs, le 
cœur, raréfie le sang, qu’il porte vers la tête et la poitrine, aug¬ 
mente la chaleur, etc., et offre, en général, beaucoup d’incon- 
véniens. 

Le docteur J. Ch. Gottfried Jœrg, de Leipzig, expose ainsi 
les effets physiologiques du musc ; «Cette substance fut prise 
par neuf des membres de la Société d’expérimentation, au 
nombre desquels se trouvèrent deux femmes et deux des fils 
de l’auteur, à doses variables, depuis deux jusqu’à quinze 
grains, délayée dans l’eau , ou mêlée au double de son poids 
de magnésie. Elle ne s’est pas montrée, à beaucoup près, aussi 
diffusible ni aussi pénétrante qu’on le prétend-généralement. 
Elle porte cependant son action puissamment excitante sur le 
canal intestinal, et particulièrement sur le cerveau. Ses effets 
primitifs sur l’homme sain se manifestent par des éructations, 
de la pesanteur d’estomac, la diminution ou l’augmentation de 
l’appétit, la sécheresse de l’œsophage, de la pesanteur de tête, 
des vertiges et des douleurs gravatives dans la tête. Quant à 
ses effets secondaires, ils sont beaucoup plus sensibles sur 
l’encéphale que sur le canal alimentaire : ce sont des baille- 
mens fréquens , de la somnolence, un abattement et un senti¬ 
ment de pesanteur dans tout le corps, et, enfin, un sommeil 
profond, et qui se prolonge assez long-temps. Lorsque la dose 
du musc est très forte, son action sur le système nerveux est 
plus marquée encore, et l’on observe souvent des tremblemens 
des membres, et même des convulsions. En outre, il augmente 
Sensiblement l’activité de la circulation, et rend le pouls plus 
rapide et plus plein » La plupart des auteurs qui ont écrit sur 



MUSC. 


329 


la matière médicale disent que la sueur, les urines et les ma¬ 
tières fécales des personnes qui font usage du musc, prennent 
l’odeur forte et pénétrante de cette substance. Des expériences 
nombreuses, et faites avec soin, ont prouvé à M. Jœrg que cet 
effet n’avait pas lieu, et que l’odeur de musc qu’exhalent les 
individus qui en ont avalé est due seulement aux éructations 
fréquentes qui s’échappent de l’estomac, et qui imprègnent les 
habits {Archiv. gén. de méd., ix® année, t. xxvi, 1831, p. 99 
etsuiv.). 

«Nous avons pris du musc aux doses indiquées par M. Jœrg, 
dit M. Pidoux ( Traité de thérapeut., 1.1, pag. 24). Pour être sûr 
de la validité du résultat, nous nous sommes assuré de la pureté 
du médicament. Son odeur, qui n’est comparable à rien, se rap¬ 
proche plus de celle du camphre et de l’éther, que de toute au¬ 
tre; sa saveur est légèrement amère, désagréable,, en partie' 
effacée par l’intensité de l’odeur. Comme effet direct, le musc 
nous a produit un léger sentiment de chaleur à l’épigastre, 
et bientôt dans tout l’abdomen, sans coliques ni dévoiement, 
sans la plus faible nausée, puis bientôt une sensation insolite 
de faim, un besoin réel de manger. Après deux ou trois heures, 
s’est fait sentir un mal de tète occupant surtout les tempes et 
l’occiput, mal de tête plutôt névralgique que résultat d’une 
congestion sanguine, car le système circulatoire est resté très 
calme, puis quelques vertiges, et, enfin, un peu plus tard, une 
assez vive excitation des organes génitaux. Nous n’avons 
éprouvé ni sommeil, ni sueurs, ni aucun des au très phénomènes 
nerveux et-sanguins mentionnés par M. Jœrg. Nos excrétions 
ont exhalé une faible odeur de musc, et cela indépendamment 
des circonstances signalées par cet auteur comme pouvant in¬ 
duire en erreur sur ce point.» 

Quelque incomplets et quelque limités que soient les résul¬ 
tats de ces diverses expérimentations, ils n’en ont pas moins 
une certaine valeur relativement aux effets physiologiques du 
musc. Quant à ses propriétés thérapeutiques, elles sont en¬ 
core loin , il faut l’avouer, d’être rigoureusement déterminées. 
N’oublions pas, d’ailleurs, que chez certains individus très 
susceptibles d’être vivement impressionnés par les odeurs, les 
émanations même les plus légères du musc suffisent pour pro¬ 
duire de la céphalalgie, une anxiété précordiale pénible, quel¬ 
quefois la syncope et des mouvemens convulsifs. .Administrer 



330 


MUSC. 


uu tel agent médicamenteus chez des personnes organisées de 
cette manière serait les exposera des accidens graves, sans 
qu’il fût possible d’en tirer aucune induction pratique. Mais, 
au reste, les propriétés excitantes du musc n’agissent pas aussi 
énergiquement sur tous les individus ; et ce médicament, 
comme presque tous ceux qui ont une action spéciale sur l’in¬ 
nervation, offre une assez grande différence dans ses effets. 
Tous les praticiens ont eu occasion d’observer, comme nous 
Tàvons reconnu plusieurs fois nous-mêmes, que le musc, à la 
dose de quelques grains, reste souvent sans aucune action, 
tant sur les organes de la digestion que sur ceux du système 
nerveux. A quoi donc tient cette énorme différence? Est-ce à 
la nature variable du médicament, qui est si souvent falsifié? 
est-ce à la susceptibilité particulière des individus? ou bien, 
enfin, aux circonstances diverses dans lesquelles le malade se 
trouve placé, et qui modifient beaucoup les effets du médica¬ 
ment? Ces trois causes sont certainement plus d’une fois réu¬ 
nies dans un grand nombre d’expériences thérapeutiques. 

Le musc est rangé, comme le castoréum, le camphre et 
Tassa fœtida, parmi les substances qui peuvent être em¬ 
ployées avec avantage contre certains troubles de l’innerva¬ 
tion. C’est d’abord dans l’hystérie et dans Tépilepsie qu’on en 
a surtout préconisé l’usage. Mais, s’il est vrai qu’administré 
pendant les attaques convulsives, ce moyen ait contribué 
quelquefois à modérer celles-ci, ou à les faire cesser plus ou 
moins promptement, on est forcé de reconnaître son peu 
d’efficacilé pour guérir ces maladies elles-mêmes , dans la 
presque universalité des cas. Le musc associé à Toxyde de 
zinc nous a cependant plusieurs fois réussi dans les commis¬ 
sures idiopathiques des enfans. Nous l’avons vu aussi abréger 
d’une manière notable la durée de la coqueluche. Suivant 
M. Graves, le musc seul ou associé à Tassa fœtida, et admi¬ 
nistré à la dose d’un grain toutes les deux heures, fait cesser 
Tinsomnie insupportable qui se rencontre chez les hypochon- 
driaques et les hystériques (Journal des connaissances médico- 
chirurg., octobre 1838, pag. 157). 

Qu’avons-nous besoin de dire que, vanté aussi dans Thydro- 
phobie, la manie et le tétanos, le musc n’a produit dans ces 
maladies aucun des avantages qu’on lui avait anciennement 
-attribués. 



MUSC. 


331 

Nous avons vu des accès de toax opiniâtre, dans les brou- 
chites sèches, calmés comme par euchaatement à l’aide de 
quelques grains de musc, lorsque divers autres moyens, et 
des narcotiques en particulier, avaient été employés sans 
succès. Dans un cas de coqueluche, les quintes ont considé¬ 
rablement diminué, et presque entièrement cessé sous l’in¬ 
fluence de vingt-quatre grains de musc. Les effets de ce médi¬ 
cament sont très variables dans la chorée, contre laquelle 
on sait, d’ailleurs, combien de remèdes divers ont été trouvés 
efficaces. 

Le docteur Marcus s’est beaucoup servi du musc dans les 
typhus. Il a publié sur ce sujet un travail (cité par M. Pidoux, 
loc. cit., pag. 29) dont les nombreuses observations sont loin 
de démontrer l’utilité de cet agent thérapeutique dans ces 
affections, qu’il considère à tort comme des encéphalites. 

Dans certains cas de dothinentérie, avec prédominance de 
symptômes nerveux qui viennent entraver et aggraver la 
marche de la maladie, on a quelquefois prescrit le musc 
avantageusement ; et M. Andral cite en particulier un cas de 
hoquet fort opiniâtre, survenu tout-à-coup chez un jeune 
homme atteint d’une fièvre grave, qui céda rapidement à l’em¬ 
ploi d’une potion musquée, après avoir été combattu inutile¬ 
ment par un vésicatoire placé entre les épaules {Clinique médi¬ 
cale, t. I, p. 263). Le musc en lavement, associé à l’infusion de 
racine de valériane, nous a paru, dans plusieurs cas d’entérite 
folliculaire avec recrudescence des symptômes nerveux, ra¬ 
mener le calme, et faire cesser, au moins momentanément, les 
désordres de l’innervation : il vaut mieux, dans ces cas, l’em¬ 
ployer en général en lavement que par la bouche. 

Mais c’est surtout dans les pneumonies avec délire, dési¬ 
gnées anciennement sous les noms de pneumonies malignes, 
ataxiques ou ataxo-adynamiques, que le musc a été administré 
avec des succès incontestables , lorsque les saignées, les vé¬ 
sicatoires et les antimoniaux étaient restés sans efficacité. Les 
observations de ce genre recueillies dans le service de M. Ré- 
camier, et citées par M. Pidoux ( loc. cit., p. 32 ), ne laissent 
aucun doute à cet égard; elles se trouvent, d’ailleurs, corro¬ 
borées par celles du même genre, du docteur Padioleau {Jour¬ 
nal de la Loire inférieure, dans Journal des connaiss. méd.-chirur ., 
octobre 1838, pag. 152), et du docteur Marcello Accorinti 



MüSC. 


332 

{Gazette médicale de Paris, 2® série, t. IV, p. 680). N’oublions 
pas d’ajouter ici, toutefois, que, dans des cas en apparence 
analogues, le musc a échoué entre les mains de M. Chomel 
{Lancette française, t. ii, p. 397). M. Récamier, qui paraît avoir 
eu à s’en louer dans d’autres phlegmasies que les péripneu- 
monies, lorsque survenait la même complication ataxique, en 
prescrit alors jusqu’à quinze à vingt grains par jour, mais à 
doses filées, suivant son expression, c’est-à-dire en distri¬ 
buant les vingt grains en cinq pilules, dont une est donnée 
toutes les heures, et en continuant ainsi jusqu’à ce qu’on 
obtienne une rémission des accidens, ce qui a lieu ordinaire¬ 
ment, dit-il, au bout de huit à dix heures au plus, après quoi 
il ne faut plus compter sur les effets qui sont prompts ou 
nuis. 

D’après tout ce qui précède, il est évident que le musc, 
tant à cause de son excessive cherté et de son adeur désa¬ 
gréable , qu’à raison de ses proprités thérapeutiques fort 
restreintes, ne devra jamais être prescrit qu’avec réserve et 
dans les cas seulement où d’autres agens médicamenteux re¬ 
connus pour avoir des effets analogues auraient été tout-à-fait 
impuissans. 

On administre le musc en poudre, en pilules, ou délayé dans 
une potion ou dans un lavement à la dose de six à vingt-quatre 
grains par jour. Les médecins russes et allemands en portent 
la dose jusqu’à un gros en vingt-quatre heures. Le musc fait 
la base d’une foule de préparations officinales, telles que le 
magistère musqué de la Pharmacopée de Londres, le julep 
musqué de Fuller, etc. La teinture de musc contient une partie 
de musc sur quatre parties d’alcool à 31°, d’après le Codex. 

Guersent et Blache. 


ScHROECK (L.). Histqria moschi ad normam Acad. car. conscripta. 
Vienne, 1682, in-4°, fig. 

Galeati (D. g.). De mçscho. Dans Comment. Bonon., t. ni, p. 72 et 177. 
Reid (A.). OJ the effects of the Tunquinese medecine. Dans Philos, 
trans., 1744, p. 212. 

Wall (J.). On the effects of musk in convulsive disorders. Dans Philos, 
trans., 1744, et dans The med. Tracts. Oxford, 1780, in-8“. 

Thalles (B. L. ). Diss.\de limitandis laudibus et abusa moschi in 
mcdcla morboram. Breslau, 1783, 10-8“. 



MDSCIES, îsirscrtAiRE (système). 333 

JOERG (J. Chr. Godefr.). Malerialien zu einevkünftigun Ueilniiltellehre, 
t. I. Leipzig, 1825, ia-S’’. Effets des musc.'ExXr. Aasis Archiv. gén. de 
méd., t. XXVI, p. 99. 

Kapp (G. L. Ch.). Ueber einige Wirkungen des Moschusin den Kvank- 
Aei>« cfer ÆTe/iJcAen. Nuremberg, 1811,in-8“. 

Beaucoup d’observations particulières sont rapportées dans les di¬ 
vers recueils concernant les effets du musc dans différentes maladies. 
Nous n’avons pas dû les citer. Voyez les Traités de mat. méd., en par¬ 
ticulier ceux de Murray, Cullen, Mérat et Delens. 

MUSCLES, MUSCULAIRE (système, tissu). — Les muscles 
sont des organes mous, rouges ou rougeâtres, composés de 
fibres plus ou moins parallèles entre elles, irritables et con¬ 
tractiles , et destinés à mouvoir le corps en totalité ou en partie. 
Les muscles, qui sont en quelque sorte réduits à un état ru¬ 
dimentaire dans les animaux inférieurs, deviennent déplus en 
plus nombreux dans les classes plus élevées, et forment, dans 
les vertébrés surtout, la plus grande partie de la masse du 
corps. Considérés dans l’homme, on peut les diviser eu deux 
grandes classes ; les uns sont extérieurs et les autres intérieurs. 
Les premiers sont pleins, de volume variable, appartiennent 
au squelette, aux organes des sens et de la voix, à la peau, et 
se contractent sous l’influence de la volonté : ils concourent à 
l’exécution des fonctions animales; les seconds sont creux, 
membraniformes, et spécialement destinés aux fonctions vé- 
tatives. Nous allons examiner rapidement et d’une manière 
générale les caractères propres à ces deux classes de muscles , 
et nous étudierons ensuite l’organisation et les propriétés du 
système musculaire considéré dans son ensemble. 

S I. Considérations anatomiqdes et physiologiques. — A. Les 
muscles extérieurs, nommés encore muscles volontaires ou de la 
vie animale, sont très multipliés ; mais leur nombre n’a pas 
été déterminé d’une manière précise, parce que certains ana¬ 
tomistes regardent comme un seul muscle ce que d’autres 
considèrent comme la réunion de plusieurs, et vice versâ; néan¬ 
moins, on peut dire qu’il y en a trois ou quatre cents. La déno¬ 
mination de chacun d’eux, qui est très variée, est tirée tantôt de 
leur ordre'numérique, tantôt de leur situation dans les régions 
du corps qu’ils éecupent; d’autres fois, de leur forme ou de leur 
ressemblance avec des objets connus. Enfin, leur direction. 



334 MDSCIES, amSCELAlRE (système). 

leurs attaches, quelques particularités de leur structure, et 
leurs usages, ont aussi servi de base à leur nomenclature. 
Quelques-uns de ces muscles sont, par leur situation, intermé¬ 
diaires aux muscles extérieurs et intérieurs , et se confondant 
insensiblement avec ces derniers : tels sont ceux qui appartien¬ 
nent aux orifices des voies digestives , ui-inaires, respiratoires. 
D’autres sont spécialement destinés aux organes des sens, et 
ceux des os ou du squelette sont, en général, plus allongés aux 
merabresj où ils forment des masses volumineuses, tandis qu’ils 
sont élargis et nombreaix sur le tronc ; quant à leurs dimen- 
mensions respectives, ils sont grands, moyens, petits et très 
petits. Tous sont doubles, excepté le diaphragme, les sphinc¬ 
ters de la bouche et de l’anus, l’aryténoïdien et le releveur de 
la luette; leur disposition est symétrique des deux côtés du 
corps : le diaphragme seul fait exception. Les muscles du tronc 
qui sont larges, et ceux des memljres dont la forme est, au 
contraire, allongée, sont disposés par couches , et les plus su¬ 
perficiels sont habituellement plus grands que ceux qu’ils re¬ 
couvrent. Les muscles courts se rencontrent profondément au 
tronc, et aux membres, près des articulations. La direction 
des muscles, qui est fort variable, considérée par rapport à 
l’axe du corps , est souvent très différente de celle des fibres 
charnues; de là surtout, des différences dans l’intensité et la 
direction de leur action. 

On considère généralement dans chaque muscle un corps 
charnu ou ventre, et deux extrémités qui sont ordinairement 
tendineuses, et qu’on distingue assez souvent en point fixe et en 
point mobile; ces divisions ne sont d’ailleurs applicables 
qu’aux muscles longs, et encore avec de fréquentes modifica¬ 
tions. Le corps charnu compris entre les deux attaches est 
tantôt unique, tantôt formé de faisceaux distincts qu’on pour¬ 
rait prendre pour autant démuselés. D’autres fois, le corps 
charnu est divisé par un tendon moyen, ou par une aponévrose 
d’iutersection. Quelques muscles sont simples à une extrémité, 
et divisés à l’autre en plusieurs portions. D’autres ont une 
structure plus compliquée ; tels sont les muscles des gouttières 
vertébrales, par exemple, qui résultent chacun de beaucoup 
de faisceaux musculaires, distincts aux extrémités et confon¬ 
dus au centre ; de telle sorte que chaque portion démuselé, 
unique aune extrémité, se continue à l’autre avec deux por- 



MUSCLES, MrSCULAIRE (.SYSTÈME). 33à 

lions, et chacune de celles-ci tient à une double portion de 
l’extrémité opposée. Des tendons ou des aponévroses attachent 
par leurs deux extrémités, au périoste et à la surface des os, les 
muscles nombreux du squelette. Ceux du larynx sont fixés de 
même aux cartilages ou au périchondre : on observe-également 
des fibres tendineuses aux deux extrémités de ceux qui s’éten¬ 
dent du squelette aux organes des sens. Les muscles qui s’atta¬ 
chent aux tégumens en sont dépourvus. Le plus souvent les fi¬ 
bres charnues sont droites et sensiblement parallèles dans toute 
la longueur du muscle, d’autres fois elles se rendent obliquement 
sur le tendon, tantôt sur une de ses faces, quelquefois sur ses 
deux faces opposées, et dans une direction différente ; de là 
les noms de muscles semi-pennés et pennés. Quelques muscles 
sont formés de la réunion de faisceaux penniformes. Dans 
certains muscles, les fibres divergent en rayonnant, et for¬ 
ment ainsi un faisceau épais à l’une des insertions. 

11 existe encore comme dépendances des muscles des 

d’enveloppe qui servent à les maintenir et à leur fournir 
des points d’attache, et des gaines ou anneaux ligamenteux 
qui préviennent le déplacement des tendons, dont les glisse- 
mens sont facilités par les membranes synoviales. Ces mus¬ 
cles reçoivent un grand nombre de nerfs, surtout ceux des 
oiganes des sens. Ces nerfs viennent presque tous de l’axe ner¬ 
veux spinal, quelques-uns du grand sympathique, mais ces 
derniers ne sont jamais seuls. Suivant Bellingeri, les nerfs 
rachidiens postérieurs se rendraient aux muscles qui exécu¬ 
tent les mouvemens d’extension et d’adduction, tandis que 
les antérieurs se distribueraient aux muscles fléchisseurs et 
adducteurs. 

Les muscles extérieurs concourent à un même mouvement, ou 
déterminent des mouvemens opposés, de là leur distinction en 
congénères et antagonistes. Eu outre, l’espèce, de mouvement 
qu’ils impriment leur a fait donner les noms de fléchisseurs, 
extenseurs, supinateurs, pronateurs, élévateurs, abaisseurs, etc; 
Dans toutes les parties du corps à peu près, les muscles affec¬ 
tés à un mouvement déterminé sont plus forts que ceux qui 
produisent le mouvement opposé. En général, eeux du tronc 
n’offrent pas une différence sensible des deux côtés, tandis 
quelle est très prononcée entre les fléchisseurs et les exten¬ 
seurs. Borelli pensait que l’antagonisme des premiers et des 



336 MUSCLES, MUSCULAIRE (sïSTÈMe). 

seconds dépend de leur longueur respective, et conséquemment 
de leur tension, et que, leur force de contraction étant égale, 
les fléchisseurs, qui sont plus courts que les extenseurs, causent 
nécessairement la flexion : qu’ainsi ces derniers n’ont pas l’a¬ 
vantage. Celte opinion a été réfutée par Meckel, MM. Riche- 
rand et Roulin. fiéclard, faisant remarquer qu’il faut cher¬ 
cher la prédominance dans la longueur des muscles et le 
nombre de leurs fibres, par conséquent dans leur volume, 
dans leur disposition relativement aux leviers qu’ils doivent 
mouvoir, dans l’attitude la plus habituelle de certaines parties 
dans le repos, le sommeil, la paralysie et le tétanos , pense, 
d’après ces diverses considérations, que dans le tronc les exten¬ 
seurs sont prépondérans; que ce sont les élévateurs à la m⬠
choire, les fléchisseurs aux membres supérieurs en général, 
les pronateurs à l’avant-bras, les extenseurs aux membres 
inférieurs, et les adducteurs au pied. 

Considérés en général, les muscles sont encore modifiés dans 
leur action par certaines dispositions toutes matérielles ; ainsi 
leur insertion oblique ou perpendiculaire sur la partie qu’ils 
doivent mouvoir, la différence des leviers, la résistance des 
muscles antagonistes, le frottement des tendons, celui des ar¬ 
ticulations, le changement de direction que ^ muscle éprouve, 
le volume des extrémités articulaires, l’existence d’apophyses 
et d’os sésamoïdes, etc., etc. ; toutes ces circonstances influent 
sur laforce deSmuscles, soit en la diminuant, soit en l’augmen¬ 
tant. Éminemment irritables, ils sont les organes immédiats de 
la contraction qui opère les mouvements d’après l’influence 
émanée du centre nerveux. De cette contraction résultent les 
attitudes et les déplacements d’une partie ou de la totalité du 
corps, le geste, la voix, la parole, les mouvements des organes 
des sens, de la peau, et de ceux qui concourent à l’exécution 
des fonctions intérieures. Enfin, c’est à l’affaiblissement de 
la contraction musculaire qu’est dû le tremblement; son anéan¬ 
tissement constitue la paralysie; quand la contraction existe 
d’une manière permanente, elle produit les spasmes toniques, 
le tétanos, et lorsqu’elle est involontaire et irrégulière, elle 
détermine les convulsions, les contractions cloniques. Ces dif- 
férens phénomènes de la contraction musculaire sont dus à des 
causes qui agissent sur le tissu des muscles, ou sur les nerfs, 
ou sur le centre cérébro-spinal. 



MÜSCIÆS, MDSCüLAfRE (SYSTÈME). 337 

B. Les muscles intérieurs^ qu’oa désigne aussi sous les noms de 
muscles involontaires, muscles creux ou de la vie organique , 
n’ont pas de dénomination particulièré. Les uns doublent la 
membrane muqueuse des appareils gastro-pulmonaire et gé¬ 
nito-urinaire; un autre constitue l’organe central de la circula¬ 
tion , le cœur. Ces muscles, dont le volume est très peu con¬ 
sidérable comparativement à celui des musclés extérieurs, 
contribuent à former des parois de canaux, ou de réservoirs. 
Ils sont, en général, disposés par couches et faisceaux qui s’en- 
tre-croisent; ainsi, dans le canal alimentaire, ils forment des 
plans distincts de fibres longitudinales et circulaires, dont 
l’épaisseur varie; dans certains réservoirs, comme la vessie, les 
faisceaux musculaires se croisent entre eux dans tous les sens; 
dans le cœur, les fibres sont repliées en anses dont les extré¬ 
mités sont fixées aux côtés des ouvertures de cet organe. Les 
fibres ont généralement une disposition plus distincte dans le 
canal alimentaire que dans les autres viscères. Les fibres des 
muscles intérieurs ne diffèrent dé celles des muscles extérieurs 
que par une couleur plus pâle, d’un blanc grisâtre, si ce n’est 
dans le cœur, où elles sont rouges. 

Le tissu cellulaire des muscles intérieurs est bien plus serré 
que celui des muscles extérieurs: il est peu abondant; leurs 
fibres ne s’insèrent point généralement sur un tissu ligamenteux 
ou tendineux, à l’exception de celles du cœur, organe où l’on 
retrouve ce tissu à différens orifices, aux valvules, et dans les 
tendons des colonnes charnues. Dans quelques points où le 
tissu cellulaire sous-muqueux est dense et résistant, il repré¬ 
sente en quelque sorte le tissu ligamenteux, et donne attache 
aux fibres musculaires sous-jacentes. M. Ribes pense que les 
muscles intérieurs sont moins pourvus de vaisseaux que les 
muscles extérieurs ; Béclard et Meckel sont d’une opinion con¬ 
traire. Leurs nerfs, qui sont généralement en petit nombre, 
appartiennent au grand sympathique, quelques-uns au pneu¬ 
mogastrique, d’autres sont en communication directe avec la 
moelle épinière. 

Les phénomènes de l’irritabilité sont ici les mêmes que dans 
les muscles extérieurs, mais cette propriété y est bien moins 
soumise à l’influence nerveuse; en outre, le cœur seul présente 
l’agitation fibrillaire. Les contractions des muscles intérieurs 
Dict. de Méd. xx. 22 




338 MUSCIES, MUSCULAIRE (SYSTÈME), 

sont, en général, plus foriemeut excitées par les irritations 
mécaniques que par l’action galvanique : quelquefois elles ré- 
stiileut ci’un effet purement sympathique, comme on le voit 
dans certains voiui.ssemens. La volonté n’ioHue pas en général 
sut- l’action des muscles intérieurs, surtout sur celle des plus 
jtrofonds; mais ceux qui sont voisins des ouvertures natu¬ 
relles , comme le rectum, la vessie, l’œsophage, et quelquefois 
même l’estomac, paraissent un peu soumis à cette influence. 
Les mouvemens du cœur sont complètement involontaires; ce¬ 
pendant, on cite toujours, d’après Cheyne, l’exemple de ce 
capitaine anglais qui pouvait à volonté suspendre ou accélérer 
les mouvemens de cet organe. M. Ri’nes rapporte que Bayle 
était dans le même cas. Quant à Faction des muscles intérieurs, 
elle est, suivant Haller, inhérente à la fibre musculaire, et in¬ 
dépendante de l’influence nerveuse, â laquelle, au contraire, 
Legallois l’a attribuée tout entière. Ces'deux opinions sont trop 
exclusives, et l’observation apprend que si ces muscles agis¬ 
sent indépendamment d’un centre nerveux, chez certains 
animaux inférieurs, et chez ceux, qui sont très jeunes, ils eu 
sont dépendans chez l’adulte. 

Quand les muscles intérieurs sé contractent, ils entraînent 
quelquefois dans une action simultanée certains muscles ex¬ 
térieurs , comme on le voit dans la défécation, l’accouche¬ 
ment, etc.; le rétrécissement des cavités qu’ils forment est le 
résultat constant de leurs contractions. Iis n’ont point, à pro¬ 
prement parier, de muscles antagonistes, comme les muscles 
extérieurs : on considère cependant comme agens analogues 
lés matières renfermées dans les cavités qu’ils forment ; la 
contraction alternative des fibres des ventricules et des oreillet¬ 
tes a été aussi regardée comme une sorte d’antagonisme entre 
les diverses parties des couches de cet organe musculeux. Dans 
le canal intestinal, cet antagonisme n’est que temporaire, et 
consiste dans le resserrement ou la dilatation que les portions 
voisines de ce conduit éprouvent, en expulsant les matières 
qu’il contient; enfin, les muscles extérieurs sont quelquefois 
dans un véritable antagonisme d’action avec les muscles inté¬ 
rieurs. Ges derniers n’ont pas de point fixe dans leurs contrac¬ 
tions, quand ils sont circulaires ; mais ceux qui sont longitu¬ 
dinaux, ou qui concourent à former des cavités à orifices, 
trouvent une insertion fixe à ces orifices. C’est ce qu’on oh- 



MUSCLES, MUSCULAIRE (SYSTEME). 3.S9 

serve aux deux extrémités du canal alimentaire, aux ouvertures 
du cœur, à la vessie, etc. 

C. Nous allons étudier maintenant le tissu musculaire sous 
le double rapport de sa structure et de ses propriétés. Les 
muscles sont susceptibles de se diviser en faisceaux, en fas.çi- 
cules, composés eux-mêmes de fibres dont la subdivision est 
bornéè, ainsi que le montre l’inspection microscopique, à un 
degré de divisibilité bien déterminé. Les faisceaux mus¬ 
culaires, plus ou moins distincts dans les différens muscles, 
varient, dans chacun d’eux, de nombre et de volume; ils sont 
toujours, comme nous venons de le dire, formés de faisceaux 
plus petits qui résultent eux-mêmes de fascicules généralement 
prismatiques, à cinq ou six pans, et jamais cylindriques. Çes 
fascicules s’étendent, suivant Prochaska, dans toute la lon¬ 
gueur de la portion charnue du muscle : il paraît que l’opinion 
contraire, émise par Albinus et Haller, n'est pas fondée. Enfin, 
des dernières divisions auxquelles on puisse arriver résultent 
les fibres musculaires, visibles seulement au microscope. Hooke, 
Leuwenhoeck, D.ehayde, etc., les ont plus ou moins exactement 
indiquées; mais Prochaska a reconnu qu’elles sont parallèles 
entre elles, toujours droites, aplaties ou prismatiques, formées 
d’une matière solide et diaphane, d’un diamètre beaucoup 
moindre que le plus grand diamètre d’un globule rouge du 
sang, ce qui ne paraît pas exact; il serait le cinquième de ce 
diamètre, suivant Autenrieth , et égalerait, au contraire, sept 
fois celui de ces globules, d’après Sprengel. Prochaska n’as¬ 
sure pas, d’ailleurs, que ces fibrilles soient des fibres élé¬ 
mentaires: d’après les observations microscopiques des frères 
Wenzel, chaque fibre est composée de corpuscules ronds ex¬ 
cessivement ténus. 

Suivant MM. Bauer et E. Home, la fibre, musculaire n’est 
autre chose que des particules du sang dépourvues de matière 
colorante, et dont les globules centraux se sont réunis en fila- 
mens. Telle est l’opinion de Béclard et de MM. Prévost, Du¬ 
mas et Milne Edwards {Ann. des sc. nat., t. ix). Ces fibres ont 
la même grosseur et la même forme dans tous lés muscles. 

Poussant plus loin ses investigations , M. Dutrochet paraît 
avoir observe le mécanisme de la formation de la fibre muscu¬ 
laire , assistant ainsi en quelque sorte à ce travail de la nature. 
C’est dans un Mémoire qu’il a lu à l’Académie des sciences, le 



210 MtISCI.ES, milSCCLAlKE (SYSTEME). 

21 novembre 1831, que cet habile et ingénieux observateur a 
rapporté le détail'de ces expériences. Dans tous les êtres orga¬ 
nisés, dit-il, la matière solide est la seule qu’on ])uibse considé¬ 
rer comme organisée; tandis que toutes les matières liquides 
qui entrent dans la composition de ces êtres sont bien plutôt 
de la matière organisable que de la matière organisée : elles ne 
• devront être considérées comnie telles,que lorsqu’elles auront 
passé à l’état solide; examinant alors les diverses conditions 
qui président à cette transformation, M. Dutrochet est conduit 
à en voir la cause dans l’électricité moléculaire qui naît du 
contact de certains corps sur les liquides organiques coagula¬ 
bles, et, parmi ces liquides organisables, l’albumine est celui 
qui l'est le plus. MM. Prévost et Dumas avaient déjà soup¬ 
çonné l’importance du rôle que joue l’àlbumine dans l’écono¬ 
mie organique, lorsqu’en répétant l’expérience dé Brande sur 
la coagulation du blanc d’œuf par la pile galvanique, ils aper¬ 
çurent dans le coagulum des globules semblables à ceux du 
sang décoloré, à ceux du lait, dû pus, etc., offrant même ap¬ 
parence, mêine diamètre, même disposition à former des ran¬ 
gées, des agrégats. C’est cette découverte si importante qui 
a conduit M. Dutrochet à une autre, plus importante encore , 
c’est-à-dire à celle du mode de formation des fibres muscu¬ 
laires, et dé leurs contractions subséquentes au moyen de 
plis sinueux. 

Si l’on jette quelques gouttes de sang dans de l’eau légère¬ 
ment alcaline, par laquelle les globules soient dissous, que l’on 
place sur une lame de verre un peu de cette eau, et qu’on la 
mette convenablement en rapport avec les deux pôles d’une 
pile voltaïque, on voit bientôt, à l’aide du microscope, dit cet 
observateur, se former des fibres musculaires qui se contrac¬ 
tent de la manière connue. On obtient le même effet avec une 
émulsion de jaune d’œuf, seulement les fibres formées sont 
jaunes au lieu d’être rouges. L’action doit, d’ailleurs, être 
faible; trop forte, elle exciterait des mouvemens tumultueux 
qui nuiraient à l’arrangement des globules. 

Dans la séance du 12 décembre suivant, M. Turpin a an¬ 
noncé à l’Académie que, malgré tout le soin qu’il avait ap¬ 
porté en répétant les expériences de M. Dutrochet, il n’a¬ 
vait pu obtenir et observer que des agrégats de globules 
muqueux plus ou moins épais, plus ou moins linéaires, ou. 



MDSCtES, 3ÎDSCCLAIRE (SYSTÈME). 341 

filiformes, et non des fibres flexueuses et symétriques.-Vou.- 
lant néanmoins savoir jusqu’à quel point les fibres signalées 
pouvaient représenter la véritable fibre musculaire, M. Tur- 
pin a examiné au microscope les muscles d’une cuisse de gre¬ 
nouille, lesquels sont très dépouillés de tissu graisseux, et con¬ 
séquemment plus faciles à isoler et à observer : il n’a rien 
remarqué d’analogue entre les coagulums obtenus par M. Du- 
trochel et celte fibre musculaire, laquelle observée avec un 
grossissement de 250 fois , et n’ayant que la grosseur du quart 
à la moitié d’un cheveu, offrant une forme cylindrique, se 
composait des deux parties suivantes : 1” d’une quantité con¬ 
sidérable de filamens parallèles, très ténus, irrégulièrement 
noduleux, incolores, d’une substance molle et muqueuse, ras¬ 
semblés eu faisceau, et simulant un écheveau ; 2“ d’un tube ou 
boyau membraneux, aponévrotique, ifune minceur extrême, 
blanc, transparent, et finement froncé ou plissé en travers. La 
grande transparence de ce boyau permet de voir le faisceau 
longitudinal des filamens qu’il enveloppe. C’est cette disposi¬ 
tion qui est, suivant M. Turpin, la cause des divergences 
d’opinion des anatomistes qui ont cherché à expliquer la 
véritable structure de la fibre musculaire; il suffit de laisser 
macérer quelques jours dans l’eau la fibre musculaire pour 
bien reconnaître cette organisation ; car, à mesure que le li¬ 
quide s’interpose dans la cavité de ce boyau, il en allonge les 
parois, et les plis ou froncemens transversaux disparaissent. 
M. Turpin dit avoir o’nservé les mêmes particularités d’organi¬ 
sation sur les fibres musculaires du bœuf, du cochon, du mou¬ 
ton, et du |)onlet {Archives génér. de mid., t. xxviii, an. 1832, 
pag. 139 et 147). ■ 

Suivant M. Raspail, l’arrangement des molécules élémen¬ 
taires du tissu musculaire est fort différent de celui qui a été 
indiqué par les auteurs que j’ai cités plus haut. L’hydrogène 
et l’oxygène s’unissent au carbone dans une proportion telle 
qu’il en résulte des molécules organiques qui se disposent en 
spirales pour former les parois d’une vésicule. Ces.parois vési¬ 
culaires ne présentent d’abord aucune granulation à leur sur¬ 
face; mais à mesure que les vésicules se développent sous 
l’influence de la vie, les granules primitifs commencent à de¬ 
venir visibles sous forme de cellules analogues au tégument 
qu’elles constituent; U se développe ainsi spr. une sprfaçe de 



342 MUSCLES, MUSCULAIRE (SYSTÈME), 

tégument une si grande quantité de granulations globuleuses , 
que cette surface ne paraît plus être que le résultat de leur 
agrégation non interrompcte, sous diverses configurations. 
Dèsemblàbles apparences peuvent tromper au premier abord, 
et faire Supposer que les tissus se composent de globules dis¬ 
posés en lignes de tous ordres, droites ou eourbes, sans laisser 
soupçonner l’existence des vésicules qui sont, cependant, l’élé¬ 
ment essentiel et général de tous lès tissus existans. 

M. Raspail pense qwe c’est par l’effet de l’illusion qu’il signale 
que MM. Bauer, E. Home, Prévost et Dumas, Milne Edwards, 
Ont décrit les tissus animaux comme étant composés de fibres 
identiques, soit par leur forme, soit par le volume des glo¬ 
bules qui les constituent. Suivant ces auteurs, les tissus ani¬ 
maux seraient formés de globules Organiques de même vo¬ 
lume, et d’un diamètre constant; suivant M. Raspail, il existe 
des vésicules emboîtées les unes dans les autres qui, d’abord 
très petites, et mêmes invisibles, s’accroissent suivant certaines 
lois dont l’effet est de donner aux parties les caractères pbysi- 
«pies qui les différencient. « Dans les muscles, cès emboîtèmens 
cellulaires, au lieu de se rapprocher de la forme sphéroïdale, 
sont tous étirés en longueur dans le sens de leur insertion 
aux parties que le muscle sert à mouvoir. Amené à un état de 
division telle qu’on puisse l’observer au microscope, le mus¬ 
cle ne présente plus qu’un faisceau de. cylindres agglutinés 
intimement les uns aux autres', et disposés en spirales très 
lâches autour de l’axe idéal du faisceau. Chacun de ces cy¬ 
lindres est plein d’une substance non miscible entièrement à 
l'eau froide, et dans l’intérieur on aperçoit çà et là des glo¬ 
bules isolés et disposés irrégulièrement contre la surface 
interne du cylindre» {Nouveau système de chimie organique, 
pag. 120). 

Les diverses recherches dont je viens de présenter un ré¬ 
sumé ne donnent peut-être pas le dernier mot sur l’organisation 
moléculaire du tissu musculaire; remis il n’est ))as douteux que 
ce sont les travaux des micrographes modernes qui auront le 
j)lus avancé la solution de celte intéressante question. 

Tous les anatomistes qui ont étudié le tissu musculaire ont 
parlé des rides que présente chaque fascicule ; elles ne parais¬ 
sent être que des flexuosités ou des ondulati'ons, et existent 
tbUj’ours dans ies musclés contractés. Elles disparaissent quand 



MüSCtES, MüSClir.A!UE (SYSTÈME). 3>i3 

OU allongé le muscle, soit sur le vivant, soit sur le cadavre. 
Ce froucement transversal existe même dans chaque fibre, soit 
que eet effet résulte de la disposition des globules qui consti¬ 
tuent chaque fibrille, ou qu’il soit produit par un plissement 
réel de leur enveloppe commune. Cette dernière explication 
est d’autant plus probable que la distension des fibres fait 
disparaître ce plissement, et qu’il augmente par la coetion et 
par l’immersion dans l’alcool. 

Chaque muscle est enveloppé d’unecouche de tissu cellulaire, 
et chacun des faisceaux et des fascicules qui le composent est 
également entouré d’une gaine celluleuse. L’épaisseur des lames 
de ce tissu diminue successivement, à mesure qu’il pénètre ainsi 
dans les interstices des fascicules dont l’enveloppe fournit des 
prolougemens intérieurs qui unissent les fibres entre elles. 
Dugès pense que l’enveloppe des fibres n’est pas membraneuse, 
mais formée par une matière gélatineuse qui colle et enduit 
extérieurement les fibrilles, sans en gêner les mouvemens, 
auxquels elle se conforme en se plissant transversalement en 
stries onduleuses {Traité de physiologie comparée, t. ii, p. 8&). 

Quelquefois on trou ve du tissu adipeux dansles intervalles des 
faisceaux musculaires, et même des fascicules. Les vaisseaux 
des muscles sont très nombreux, et beaucoup plus dans les 
muscles intérieurs que dans les muscles extérieurs. Ils sont 
aussi d’autant plus aboudans que le volume du muscle est plus 
considérable. Dugès a constaté dans plusieurs injections que 
les capillaires artériels les plus fins sont parallèles aux fibres 
musculaires. Les veines ont une capacité supérieure à celle des 
artères. Ces vaisseaux, ramifiés à l’infini dans le tissu cellulaire 
du tissu musculaire, et après s’être anastomosés un grand 
nombre de fois, pénètrent dans l’intervalle des fascicules 
entre les fibres, en se subdivisant à l’infini, et se terminent en 
s’abouchant avec les veines : on ignore commentées vaisseaux 
concourent à la texture et à la nutrition des muscles, à la 
couleur desquels ils ne contribuent aucunement, ainsi que le 
démontrent les muscles intérieurs qui sont très pâles, quoi¬ 
qu’ils soient beaucoup plus vasculaires que les muscles exté¬ 
rieurs qui sont très colorés. On distingue aussi des vaisseaux 
lymphatiques dans l’épaisseur de certains muscles, mais oo ee 
sait pas de quelle Manière iis ên naissent. 

Quant aux nerfs, ils sont très volumineux et fort nombreux 



344 MUSCLES, musculaire (sïstème). 

et d’autaat plus, en général, que les muscles ont plus de 
masse. Us accompagnent ordinairement les vaisseaux dans 
leurs divisions. On pense que leurs derniers filets s’étendent 
jusqu’aux fibres primitives. D’après MM. Prévost et Dumas, 
ils se terminent en s’insérant entre ces fibres dont ils coupent 
la ÿrection à angle droit; en effet, leur marche est souvent 
ainsi transversale, mais il s’en faut beaucoup que ces filets 
nerveux présentent partout la régularité et la disposition que 
les auteurs que je viens de nommer ont admises comme 
bases de leur théorie de la contraction musculaire. Lauth, 
Wagner, Dugès, ont reconnu que la distribution de ces nerfs 
est loin d’être aussi régulière, etWagner croit même avoir re¬ 
marqué que les filamens nerveux se terminent en se confon¬ 
dant avec la substance musculaire (Dugès, loc. cit., p. 87). 

Les extrémités des fibres musculaires, surtout celles des 
muscles extérieurs, s’insèrent sur un tissu ligamenteux, par 
l’intermédiaire duquel leur action est transmise plus ou moins 
loin. Elles sont plus pâles dans les muscles intérieurs que dans 
les muscles extérieurs; mais leur couleur est généralement 
d’autant plus foncée, que le volume des muscles est plus con¬ 
sidérable. La consistance du tissu musculaire est très variable, 
et dépend des causes qui ont agi antérieurement ou postérieu¬ 
rement à la mort; néanmoins la fibre musculaire est ordinai¬ 
rement molle, humide, peu élastique et facile à déchirer sur le 
cadavre. M. Gerdy a très bienfait connaître les rapports appa- 
rens des tendons avec les fibres musculaires ; quant au mode 
de connexion de ces fibres avec le tissu ligamenteux ou tendi¬ 
neux , l’inspection microscopique y fait reconnaître une con¬ 
tinuité de'substance, au moins pour la gaîne des fibres mus- . 
culaires et tendineuses. 

La ehair musculaire desséchée par tranches perd plus de la 
moitié de son poids, acquiert plus de transparence, devient 
brune et très dure ;.elle se décolore par l’immersion dans l’eau 
froide, se gonfle, et se ramollit par la macération. L’alcool, les 
acides étendus, etcertaines solutions salines, augmentent sa con¬ 
sistance, la durcissent, et retardent sa décomposition ou l’em¬ 
pêchent tout-à-fait; la dissolution de chlorure de calcium jouit 
entre autres de cette propriété, en conservant au tissu muscu¬ 
laire sa consistance et sa flexibilité. Traité par l’eau, ce tissu 
abandonne sa matière colorante, qui est un peu différente de 



MüSClES, MUSCCLAIRE (SYSTÈME). 345 

celle du sang, de l’albumine, de la gélatine, et une matière 
extractive signalée par Thouvenel ; en outre, par l’action de 
l’eau bouillante, il fournit de la graisse. Les fibres du tissu 
musculaire épuisé par l’eau ont toutes les propriétés de la 
fibrine. On obtient par la calcination environ un vingtième de 
sou poids de matières salines. Il résulte des analyses faites 
par Thouvenel, Fourcroy, Thénard, etc., que la chair muscu¬ 
laire du bœuf est principalement composée dè fibrine, et 
qu’elle renferme aussi de l’albumine, de la gélatine, de l’os- 
mazôme, des phosphates de soude et de chaux, et du carbo¬ 
nate de chaux. 

Le tissu musculaire jouit d’une propriété active, que Haller 
nommait irritabilitéj qu’on a appelée myotilité, et qui présente 
plusieurs phénomènes remarquables, dont le mieux constaté 
est la contraction, d’où résulte le raccourcissement des muscles: 
on a admis aussi uné élongation active, et une force de situa¬ 
tion fixe dans les muscles ; mais ces deux phénomènes ne sont 
rien moins que prouvés. Quant à la contraction, voici ce qu’on 
observe : au moment où cet effet est produit, le muscle se 
raccourcit; quelques anatomistes, Swammerdam, Glisson, 
Goddart, M. F.rman, ont pensé qu’il éprouvait alors une di¬ 
minution de volume; d’autres, au contraire, tels que Ham- 
berger, Prochaska, M. Carlisle, ont soutenu le contraire. Mais 
il est très probable, d’après les expériences de G. Blane, Bar- 
zelotti, Mayo, Prévost et Dumas, que le muscle ne change 
point de volume, et que le gonflement qui existe est compensé 
par le raccourcissement. Cette opinion fut également celle de 
Sœmmering, Sprengel, Meckel et Béclard. Le raccourcissement 
ou la contraction du muscle produit aussi un endurcissement 
momentané de son tissu ; il n’apporte aucun changement dans 
sa couleur ; il n’y a point un afflux plus grand du sang dans les 
muscles lors de leur contraction, et ce phénomène ne doit 
point être attribué à cette cause, ainsi que quelques auteurs 
l’ont pensé. Les fibres musculaires forment des sinuosités 
très régulières pendant la contraction ; suivant MM. Prévost et 
Dumas elles auraient toujours lieu de la même manière, et les 
sommets des angles, qui sont les points de la fibre qui se 
rapprochent lors de la contraction, seraient aussi ceux où 
se terminent les dernières ramifications transverses des nerfs, 
.l’ai dit plus haut que cette distribution des filamens nerveux 


346 MBSCLES, MUSCUtAIRE (SYSTÈME). 

était IoIq d’être aussi régulière que le pensent les auteurs que 

je viens de citer. 

Pendant la contraction, les fibres sont agitées d’un mouvement 
continuel, résultant de la contraction des unes, du relâche¬ 
ment des autres ; c’est à ce mouvement qu’on a donné le nom 
d'agitation /ibrillaire, et qu’est dû le bruissement parti'culier 
qu’on entend soit à l’aide du stéthoscope, soit en appliquant le 
doigt sur le conduit auriculaire. Quelques muscles ontla faculté 
de se contracter partiellement; on ignore encore si cela est 
particulier à ceux qui reçoivent plusieurs nerfs. La contraction 
est extrêmement rapide, comme ou le s'oit dans une multitude 
demouvemens, la course, la parole, etc. ; sa force est ex¬ 
trême, puisqu’elle détermine souvent la rupture des parties les 
plus résistantes du corps , tels que des tendons, des os : dans 
cet état, les muscles conservent toujours un degré d’élasticité 
manifeste.-Mais toutes les ruptures dont on a rapporté des 
exemples doivent-elles être attribuées, comme la plupart des 
auteurs le pensent, à l’énergie de la contraction, k sa puis¬ 
sance P M. le docteur Rameaux ( thèses de Paris , 1834 ) 
' a fait à ce sujet des remarques fort justes. Il s’agit d’a¬ 
boi d de bien s’entendre sur ce qu’on appelle la puissance 
de contraction d’un muscle ; on pourrait la mesurer d’a¬ 
près l’évaluation du poids le plus lourd que cet organe 
puisse soutenir en se contractant. De la sorte, l’expression 
de cette puissance sera invariable tant que le muscle se con¬ 
tractera lentement et sans secousse. Mais comme toute force 
peut être représentée par une certaine masse multipliée par la 
vitesse, la force d’un muscle sera donc égaie à sa puissance 
multipliée par sa vitesse de contraction. D’où l’on voit que, dans 
toutes les circonstances où un muscle se contractera avec une 
extrême vitesse, la force de cet organe augmentera avec ce 
facteur, et pourra même devenir prodigieuse. C’est donc à la 
vitesse de contraction des muscles , et non à leur puissance de 
coGtraction, qu’il faut attribuer les ruptures de certains ten¬ 
dons et de différens os. Ce qui vient à l’appui de cette opinion, 
c’eft que les ruptures se font non pas dans de grands efforts à 
soutenir, mais dans des mnuvemens automatiques, brusques, 
rapides, comme dans ceux qui ont pour but de prévenir une 
chute, d’éviter un choc, etc. Quant à l’étendue de la contrac¬ 
tion considérée dans le tissu lui-même, elle est relative à la 




347 


amSClES, MUSCUI-AiKE (système). 
longueur des fibres musculaires ; l’on a évalué, d’après des 
expériences directes, qu’une fibre contractée se raccourcissait 
d’ûn quart de sa longueur. 

Les différents phénomènes que nous venons d’examiner ne 
peuvent avoir lieu par l’action d’un stimulant ou d’un excitant, 
fju’autant que lè muscle jouit delà vie, que son tissu n’est point 
altéré, que ses vaisseaux et ses nerfs communiquent avec les 
dentres circulatoires et nerveux; son action est toujours très- 
affaiblie, quand on y intercepte la circulation; si l’on inter¬ 
rompt sa communication avec le centre nerveux, le mus¬ 
cle est dès lors soustrait à l’influence de ce centre, et les 
mouvemens qu’il peut encore manifester par l’impression 
portée immédiatement sur lui résultent de ce qu’il est ir¬ 
ritable, et que l’impression agit sur le nerf qui n’est point 
détaché de son tissu. La distension d’un muscle peut empê¬ 
cher son action; son raccourcissement l’influence bien moins. 
L’irritabilité musculaire est généralement diminuée par le 
froid ou la chaleur portés à un haut degré, de même que 
par l’application immédiate de l’opium et de quelques autres 
substances. D’après des expériences du docteur W. Ch. Henry, 
les muscles involontaires, et plus spécialement!le cœur et le 
canal intestinal^ perdent à l’instant leur irritabilité par le con¬ 
tact des narcotiques avec les membranes qui recouvrent 
ces muscles {Archiv. gén. de méd.. tom. xxvnr, pag. 240 et 

Enfin, il faut nécessairement un excitant pour que l’ac¬ 
tion musculaire se manifeste. Ainsi, indépendamment des 
stimulans portés directement sur les muscles, leurs mouve¬ 
mens sont déterminés par la volonté, comme on le voit pour 
les muscles extérieurs , par les émotions vives, par l’altération 
des centres nerveux avec lesquels ils communiquent. L’impres¬ 
sion exercée sur certains organes éloignés agit encore sur eux 
sympathiquement : telle est la stimulation de la peau ou de la 
membrane muqueuse. (Quelquefois cet effet résulte en quelque 
sorte de leur contiguïté avec certaines parties irritées, comme 
leur enveloppe celluleuse, les membranes des grandes cavités, 
celles de certains organes à parois musculeuses, etc. Quant à 
la cause de l’action musculaire, elle est impossible à détermi¬ 
ner, de même que lotîtes les autres actions organiques. 

Nous ne chercherons point ici à résoudre si l’irritabilité est 


348 MUSCLES, MUSCULAIRE (SYSTÈME), 

une force inhérente à la matière fibrineuse des muscles, ou si sa 
source unique est dans le système nerveux : ces deux questions 
nous paraissent également insolubles. Quoiqu’il en soit, l’action 
musculaire a pour effet de déterminer ou d’empêcher le mou¬ 
vement des parties solides et liquides, et celui du corps, eu 
partie ou en totalité. Dans ces mouvements, aussi nombreux 
que variés, les museles agissent eu ayant tantôt une extrémité 
fixe et l’autre mobile, tantôt une disposition telle que les deux 
extrémités des fibres agissent en même temps, comme dans le 
diaphragme, ou bien qu’elles sont également mobiles, comme 
dans les sphincters, etc. Ces différens mouyemens sont, d’ail¬ 
leurs , volontaires ou involontaires. Les premiers sont exécutés 
par les muscles extérieurs ; les seconds par les muscles inté¬ 
rieurs. Ces derniers sont sollicités tantôt par un stimulant qui 
agit à travers une membrane mince contiguë aux muscles : 
ici se rangeut^les mouvemens du tube intestinal, de la vessie, 
du cœur, etc. ; d’autres fois, ils sont causés par les passions, les 
émotions ; tels sont les cris, le rire. Cette distinction des mou¬ 
vemens volontaires et involontaires n’est pas d’ailleurs aussi 
tranchée qu’elle peut le paraître au premier abord, car il est 
peu de fonctions que la volonté ou les passions n’influencent 
directement. D’un autre côté, les convulsions ne sont-elles pas 
un exemple de contraction involontaire des muscles extérieurs? 
La paralysie n’anéantit-elle pas l’influence de la volition sur les 
mouvemens de ces mêmes muscles ? La volonté agit d’ailleui'S 
évidemment sur une infinité de mouvemens dits involontaires. 
Enfin, en examinant les muscles extérieurs et intérieurs, nous 
avons fait voir que leurs mouvemens étaient tantôt simultanés 
pour déterminer le même effet, et)|tantôt opposés de manière 
à produire des effets contraires; de là, cette distinction des 
muscles en congénères et en antagonistes. Nous ne reviendrons 
pas ici sur ces différences. 

L’irritabilité et la contractilité ne disparaissent pas également 
vite après la mort dans les différents muscles; c’est dans le 
cœur que ces deux propriétés persistent le plus long-temps ; 
néanmoins, l’état de santé antérieure àpa mort, le genre de 
mortj, lesj circonstances extérieures qui l’ont précédée , sont 
autant de causes qui influent manifestement sur la durée de 
l’irritabilité musculaire ; la nature du stimulus modifie beaucoup 
aussi la susceptibilité à la contraction, Différens auteurs, tels 




MDSCLKS, Ml-SCliLAïRE (sYSTÉMk). 349 

que Haller, Zinn. Zimmermanu, Oeder, Froriep, Nysten, ont 
indiqué un ordre suivant lequel ce phénomène cesse d’être 
sensible dans les différens muscles; mais cette succession est 
loin d’être constamment la même. Béelard pensait que le mou¬ 
vement très circonscrit qu’on détermine seulement là où on 
irrite un muscle, quand l’irritabilité y est épuisée ou presque 
éteinte, est du même genre que celui qu’on observe dans la 
libriné du sang ; c’est la vis insita de la fibre musculaire. 

C’est après la cessation complète de toute irritabilité dans le 
cadavre, que se manifeste la raideur cadavérique qui a consé¬ 
quemment son siège dans le système musculaire : il semble que 
ce soit le dernier effort de la contractilité de ce tissu. Cette 
raideur est analogue à la contraction du coagulum fibrineux 
du sang, et cesse comme lui quand la putréfaction commence. 
Cette raideur, jointe au refroidissement, peut être regardée 
comme un des signes certains de la mort. 

Les fibres musculaires, auxquelles on avait attribué encore 
d’autres propriétés, sont extensibles, et jouissent d’une rétrac- 
tilité indépendante de leur contraction par irritation. Elles 
ne sont que médiocrement sensibles ; dans l’état de santé, la 
seule sensation qu’elles déterminent est celle de la fatigue qui 
résulte de leur action prolongée : quand elle a été violente ou 
très longue, elle cause une sensibilité douloureuse. Ces effets 
varient suivant les individus, d’ailleurs, considérablement, et 
l’habitude exerce à cet égard une grande influence ; la force des 
muscles a aussi beaucoup de part dans la différence de ces ef¬ 
fets, ce qui tend à prouver que toutes leurs fibres n’agissent pas 
habituellement à la fois dans ces contractions musculaires répé¬ 
tées. Lorsqu’elles ont été long-temps continuées, la fatigue ainsi 
poussée à l’extrême détermine un épuisement général, qui en¬ 
traîne invinciblement à un repos absolu ; la circulation est en 
même temps vivement excitée, un mouvement fébrile se mani¬ 
feste ; enfin, l’emploi exagéré des forces musculaires peut cau¬ 
ser un état typhoïde, et rendre le sang incoagulable. Ce qu’on 
observe dans les animaux surmenés n’en est-il pas une preuve? 
D’après les observations de Cabanis et de Yelloly, il paraît 
que certaines maladies détruisent la sensibilité des muscles. 
Un exercice soutenu favorise leur nutrition, et détermine une 
augmentation de leur volume’ et plus de coloration de leur 
tissu ; le repos prolongé produit l’effet contraire. La quantité 



350 SITISCIES, MUSCULAIRE (sySTÈME). 

et le genre d’alimentation ont égaienient beaucoup d’inlluence 
sur la forme et le volume des muscles. Dans leur atrophie , 
qui est causée surtout par certaines maladies, on ne sait pas 
s’il y a diminution de volume seulement, ou disparition des 
fibres musculaires. 

Les muscles présententquelques différences suivant les sexes; 
ils sont en général plus faibles, plus arrondis, moins solides 
chez la femme que chez l’homme. Jusqu’à présent ou n’a pas 
apprécié jusqu’à quel point ils peuvent être différens les uns 
des autres dans les diverses races de l’espèce humaine ; mais 
les observations de Péron prouvent qu’il existe des différences 
dans la force musculaire chez les différens peuples, lesquelles 
dépendent très prohableifient du genre de vie et des habitudes 
de chacun d’eux. 

Dans les premiers temps de la vie utérine, le tissu muscu¬ 
laire n’est pas distinct du tissu cellulaire , avec lequel il forme 
une masse gélatiniforme; il n’a dans le principe aucune struc¬ 
ture fibreuse apparente, et sa couleur est très pâle.Cependant 
celui du cœur paraît avoir acquis un degré de développement 
assez prononcé peu de temps après la conception, ainsi que l’an¬ 
noncent les battemens de cet organe. A deux mois, les muscles 
extérieurs ont déjà des fibres distinctes, qui deviennent sur¬ 
tout apparentes par l’action de l’alcool. Il paraît, d’après les 
recherches de Meckel, que les grandes divisions des mus¬ 
cles , les faisceaux, se forment avant les petites , phénomène 
remarquable en ce qu’on voit aussi chez les animaux des 
classes inférieures les dernières subdivisions des muscles dans 
lesquelles prédomine la dimension en longueur, être pro^ 
portionnellement et même absolument plus volumineuses que 
chez les animaux supérieurs, et qu’on n’aperçoit que des glo¬ 
bules ou de petits points au milieu des gros faisceaux dans les¬ 
quels le muscle se partage lui-même; iis sont aussi plus minces 
et plus faibles, à l’exception du cœur, qui a comparativement 
un volume bien plus considérable dans les premiers temps de 
la conception que plus tard. A quatre mois, les muscles com¬ 
mencent à exécuter quelques contractions; ceux de la moitié 
supérieure du corps, de la tête, du cou et du dos, sont géné¬ 
ralement plus développés que ceux des membres supérieurs. 
La portion libre des tendons est déjà proportionnellement 
aussi forte et aussi longue qu’on l’observe à une époque plus 



MUSCLES, MUSCULAIRE (sVSTÈMê). 351 

éloigüée, mais elle est moins prononcée à l’intérieur des mus¬ 
cles. L’irritabilité des muscles est moindre chez le fœtus que 
chez l’adulte, suivant Bichat, et d’autant moindre que l’em¬ 
bryon se rapproche davantage du moment de la conception: 
les expériences de Meckel sont contraires à cette opinion 
Après la naissance, les muscles deviennent plus rouges et 
plus forts, mais ils restent,peu volumineux relativement aux 
nerfs et au tissu adipeux : ils sont mous, arrondis , plus géla¬ 
tineux que fibrineux ; leurs mouvemens sont faciles, prompts 
et faibles : ils acquièrent une couleur rouge vermeille , et plus 
foncée chez l’adulte. C’est quand l’accroissement est terminé 
qu’ils deviennent épais, anguleux, plus résistans : dans la 
vieillesse, ils perdent de leur coloration, ils deviennent pâles, 
fauves et livides; leurs contractions sont difficiles, lentes et 
faibles. 

Dans certaines monstruosités, les muscles manquent, quoi¬ 
que la plupart des autres parties se soient formées ; ce qui a 
lieu spécialement dans le cas de développement incomplet 
d’une grande partie du corps. On les a peut-être quelquefois 
méconnus alors, parce qu’ils étaient confondus avec les masses 
gélatiniformes qu’on rencontre sous la peau, et que leur cou¬ 
leur est, dans ce cas, ordinairement blanchâtre. Il est assez com¬ 
mun de voir certains muscles ne pas exister, soit en partie ou 
eu totalité. Ce sont principalement ceux dont les usages né 
sont pas importans , et qui peuvent être suppléés par d’autrês, 
qui présentent des exemples de cette anomalie; tels sont les py¬ 
ramidaux, le palmaire grêle, le petit zygomatique, etc. Quel¬ 
quefois , au contraire, on trouve des muscles surnuméraires, 
et cette disposition se rencontre habituellement des deux côtés 
du corps à la fois, ainsi que Bichat et Meckel l’ont fait obser¬ 
ver., De cette duplicité du système musculaire pour certains 
muscles, Tiedemann a conclu que la structure athlétique chez 
l’homme pouvait ainsi ne pas résulter d’un exercice long-temps 
soutenu, mais bien d’une multiplicité congénitale de plusieurs 
grands muscles-, je ne sache pas que des exemples bien cons¬ 
tatés et assez nombreux soient venus justifier l’opinion du 
savant anatomiste que je viens citer. Ces muscles surnumé¬ 
raires peuvent aussi par leur disposition n’avoir aucune espèce 
d’influence sur la force musculaire. J’ai vu, par exemple, 
un faisceau charnu, large de deux travers de doigts, se sé- 



MTÎSCtES, 


â52 


, MÜSCÎ.TAIRE (eiBUOCR.). 


parer du muscle long dorsal, un peu au dessous de son at¬ 
tache à l’humérus, et venir se réunir par un tendon fort et 
épais à l’insertion du grand pectoral au même os. Ce plan 
charnu, dont la situation elles rapports étaient les mêmes des 
deux côtés du corps, fermait ainsi en bas la cavité de l’aisselle. 
Les muscles offrent quelquefois un accroissement ou une pe¬ 
titesse extrême dans leur volume ou leurs autres dimensions; 
ce changement est rarement congénital, il est le résultat de 
quelques circonstances accidentelles. C’est ainsi que le défaut 
d’exercice, une compression prolongée, produisent une atro¬ 
phie plus ou moins prononcée de certains muscles : ces 
organes présentent aussi parfois des variétés dans leurs inser¬ 
tions , leurs rapports et leur situation. Oi.uvier. 


Bibliographie. — I. Structure des muscles. 

FabriZio d’Aqdapendente. t>e musculi artiji'cio et ossium de articula- 
tionibus. Vicence, 16)4, in-4° , et 0pp. omit. anat. et physiol. 

Leüwenhoeck (Ant. Van ). Some microscopical observations upon mus¬ 
cles, and the manner of iheirproduction. Dans Philos, transact., t. xxvii, 
1712, p.529. — Divers autres travaux de L, sont insérés dans le même 
recueil, t. xxix, p. 55, t. xxxi, p. 129,134, 194— La plupart de ces 
travaux se trouvent dans les Jrcana naturœ de cet auteur. 

Qdeisen (Fr. Corn. ). Diss. de musculorum structura et motu. Harde- 
vick, 1736, m-4“. 

Muys (Wier. Guill.). Investigatio fahricœ quce in partibus musculos 
componentibus extat. Leyde , 1738, 1741,1751, in-4‘’, fig. 

Prochaska (Greg,). De carne musculari tractatus anatomico-physiôlogi- 
cus, tab. œn. iîlustr. Vienne , 1778, in-S®. 

Fontana (Fél.). Sur la structure des muscles. Dans le Traité sur le 
venin de la vipère, 1781, t. ii,p. 221. 

Edwards (H. Milne). Mém. sur la structure élémentaire des principaux 
tissus organiques des animaux. Thèse. Paris, 1823, in-4“. Dans Archives 
génér.deméd., t. iii, p. et Annales des sciences naturelles, 1826. 

Hodgki.y et Lister. Notice sur quelques obs. microscopiques sur le sang 
et le tissu des animaux. Dans Annales des scienc. nat. 1827, t. iii, 
p. 64. 

Doelunger (J.). Bemerhungen über die Vertheilung der Jeinsten Blutge- 
fâsse in den beweglichen TUcilen des thierischen Kôrpers. Dans Meckel's 
Archiv., t. iv, p. 186. Trad. dans Journ. compl. du Dict. des sciences méd., 
1821, t. U, p. 312. 



mesc5.es, mï:scui,a.ii\e i^BiBLiocn.). 3i3 

Dotrochet. Mém. sur la puissance organisatrice et sur la formâtion de 
la fibre musculaire. 1832. — Turpin, même sujet (séances de l’Acad. 
des sciences). Dans Jrck. géit. de med., t. xxviii, p. 139 et 147. 

Thompson (Alex.). Sur la structure intime des muscles. 1835. 

Emmert (Fr. C.). Ueber die Endigungsweise der Nerven in den Mus- 
Berne, 1836. 

Mandl (L.). Sur la structure des muscles. Dans Jnat. microscopique, 
1838, l*'' livr., in-fol. ; et Traité pratique du microscope , 1839, in-8° , 
p. 73, 

IL Description des muscles, etc. 

Galien. 'De mitsculorum dissectione (il n’y a point d’édition grecque), 
Aug. Gadaldino interpr. Avec le traité De nervorum dissect. et plu¬ 
sieurs autres. Lyon, 1551, in-16; 1556, 10-8°. Trad. en franc., avec 
d’autres traités, par J. Dalechamp. Lyon, 1564. 

Spon (Ch.). Myologia heroico carminé expressa. — Masculorum mi- 
crocosmi origo et insertio. Dans Manget, Bibliothèque anatomique, t. ii, 
p. 585. 

Güillemead (Ch ). Histoire des muscles du corps humain. Paris, 1612, 
in-8°; et dans Œuvres <Ie Jacques Guillemeau.— Ostéomyologie, ou 
Di.scours et des muscles du corps humain. Paris, 1618, in-8°. 

Stenon (Nie.). Observ. anal, de muscutis et glandulis specimen , etc. 
Copenhague, 1654, in-4" ; Amsterdam, 1664, in-12.— Elementorum 
niyologiæ spécimen, seu musculorum descriptio geometrica, etc. Florence, 
■ 1067, in-4°. Copenhague , 1669, 1689 , in-8° ; et réimpr. dans Manget, 
Mbl. anat. , t. ii. 

Browne(J.). a complet treatise of the muscles, etc. Londres, 1681, 
1688 , 1697, in-fol .—Myographia nova, seu musculorum omnium, in 
corpore humano hactenus repertorum , accuratissima descriptio, etc. 
Leyde, 1687, 1690, in-fol. Amsterdam, 1694, in-fol.; réimpr. dans 
Manget, Theatrum anat., avec fig. 

CowPER (W.). Myotomia reformata, or a new andministration of ail 
the muscles of the human body, etc. Londres 1694, in-8°, fig.— To wieh 
is.prefixed an introduction concerning muscular motion, by Pemberton. 
Londres, 1724 , in-fol. , fig. 

. Veruuc (J.-Ph.). Suite de la nouvelle ostéologie , contenant un Traité de 
myologie raisonné. Paris, 1698,1711, in-12. Trad. en lat. : Syllabus 
niHSCul. corp. hum. Londres, 1698, in-8°. 

Doijolas (J.). Myographiœ comparatœ specimen , or a comparative des¬ 
cription of ail the muscles in a man and in a quadruped, etc. Londres , 
1707, Edimbourg, 1750, in-8°. Traduit en latin par J.-Fr. Schreiber. 
Leyde, 1729, 1738, in-8«. 

Garengeot (K.-J. Croiss. de). Myotomie humaine et canine, ou la Ma¬ 
nière de disséquer les muscles de l'homme et des chiens. Paris, 1724, in-12. 
Dict. de Méd. XX. 23 





354 aiDSClES, MDSCriA-IRE (bibliogr.). 

2' édit., aug d’une Myologie ou histoire abrégée des muscles. Paris, 1750, 
in-12,2vol. 

WALTBER(Aug.-Fr.). Anatome musculorum teneriorum humani corpo- 
ris repetUa, etc. Leipzig, 1731, in-4'’. — Observutiones novœ de muscu- 
Jis. Ibid., 1733, — Béimpr. dans Haller, Diss. anat., t. vi. 

Albinüs (Bern.-Siegb.). Historia musculorum corporis humani. Leyde, 
1734, 1736,in-4°. Francfort et Leipzig , 1784, in-4“. Ed. notisquè illustr. 
J. Hartenkeil. Bamberg et Wircebourg, 1796, in-4“.— Tabulœ sceleti et 
musculorum corporis humani. Leyde, 1747, |graud in-fol. ; reprod. par 
copie. Londres. 1749-52, in-fol. 

Düverney (Fr. Maur.). Mjotomologie, ou l’art de disséquer méthodique¬ 
ment les muscles du corps humairi. Paris, 1749, in-12. 

Tarin (P.). Myographie ou Description, des muscles du corps humain. 
Paris, 1753, in-4‘’, fig. 

Lichtensteger (G.). Forstellung der Qebeine und Muskelu des menschl. 
Kôrpers, wobei dieselhen in ihrer naturlichen Farbe dargestellet, und in 
deutsch., lat. und Jranz. Sprache tahellenjôrmig beschrieben sind, etc. 
Nuremberg, 1774, in-fol. 

Bertin (Exup.-Jos.). Traité de myologie. Paris, 1774, in-12. 

Walter (J.-Gottl.) Myologisches Dandbuch zum Gebrauch derjenîgen, 
die sick in der Zergliederungskunst üben auf dem anat. Jheater in Ber- 
Un. Berlin, 1777-1784 , in-8“. 

Hoffmann (Gbr. Gottl.). Succincta descriptio ossium et musculorum 
corporis humani, ac horum prœcipuè qui in superficie corporis sunt 
obvii, oder Kurze Beschreibung, etc. Nuremberg^ 1783, in-fol. 

Hüber (J.-J.). Observutiones anatomicce ad musculorum historiam ja- 
cientes. Dans Act. helvet. phys., t. iii, p. 249. 

~ Sandifoht (Ed.). Descriptio musculorum hominis. Leyde, 1784, in-4“. 

Barth (Jos.). Anfiansgriinde der Muskellehre. Vienne, 1786, in-f., fig. 

Chaüssier (Fr.). Expositioa sommaire des muscles, suivant la classifi¬ 
cation et la nomenclature méthodiques adoptées au cours d’anatoniie de 
Dijon. Dijon, 1789, in-8“. Paris, an v (1797), in-4°. — Table synoptique 
des muscles. In-plano. 

ScHREGER (Chr. H. Theod.). Fersuch einer neuen Nomenclàtur der 
Siuskeln des menschlichen Kôrpers. Leipzig, 1794, in-4“. 

Ddmas (Ch. L.). Système méthodique de nomenclature et de classification 
des muscles du corps humain. M.oaVpe\\\er, 1797, in-4“. 

Gatard (Hyac.). Traité de myologie suivant la méthode de Desauli. Paris, 
1791, in-8“. 2® édit. Ibid., 1802 , in-8“. 

Mater (Jér.-Benj.). Synoptische TabelUn der Muskeln des menschlichen 
ATôr/ierj. Halle, 1806, in-fol. 

Lewis (G.). Fiews of the muscles efi the human body, dratvn from na¬ 
ture and engraved, etc. Londres, 1820, in-4“. 

Bobbi (H.). Darstellung der Muskeln zum Unterrichte Jür Aerzte und 



MUSCLES, MUSCULAIRE (BIBLIOGR.). 355 

Wtuidârzte hei chirurgischen Operationen, etc. Leipzig, 1821 , in-8“. 
Atlas ^-4». 

Chassaignac. Note sur le système musculaire. Dans Archives gén. de 
méd., 1834, 2« série , t. iv, p. 465. 

Fischer (J.-Mart.). Darstellung des Knochenbaues und der Müskeln. des 
menschl. Kôrpers. Vienne, 1838, in-fol., 10 planch., et texte de 
six feuilles. 

Haller (Alb. ). Observationes quædam. myologiœ Gottingue, 1742, in-4°. 

IsENFLAMM (J.-Fréd.) , resp. W. Chr. Hammer. Diss. de musculoram 
Erlangue, 1765,in-4‘’. 

RosENMDLLER(J.-Chr.). Diss.de nonnullis musculorum corporis hutftOni 
varietatibus. Leipzig, 1804, m-4°. 

Fleiscbmann (G.). Anat. Wahrnehmungen : noch unbemerkte f'arietm- 
ten der Muskeln. Dans Abhandl. derphys. med. Soc. zu Erlangen, 1810, 

I . 1 , p. 1. 

Meokel (Fred.). Beschretbung zweier, duYch sekr âhnliche Bddungsab- 
weickungen entstelter Geschwister. Dans Meckel’s Archiv. , t. vu, p. 99. 

Moser. Besckreibung niehrerer im TKmterhalbjahre, 1820 und 21, ge- 
fundener Muskelvanetdten. Dans MeckeVs Archiv ., t. vu, p. 224. 

IsÉNFLAMM (H.-Fred. ). Uber die Entwickelung der Muskeln und Sehnen 
im menschlichen Fôtas. Dans ses Anat. Untersuchungen. Erlangue, 1821, 
in-8», fig. 

. Valentin (G. G.)'. Historica evolulionis systematis muscularis prolusio. 
Bressau, 1832, in-4"., fig. lith. 

AtESSANDRiNi. De l’influence du système nerveux sur le développement du 
système musculaire. Dans Bulletino di Bologna, 1835 ; et dans Arch. gén. 
de méd., 2® sér., t. xi, p. 218. 

Outre les figures des muscles indiquées précédemment, voyez 
eelles qui composent principalement les ouvrages d’anatomie destinés 
aux peintres et aux sculpteurs, tels que ceux de H. de Piles et Ff. 
Tortebat (Paris, 1668, in-fol.), de Genga (Rome, 1691, in-fol.), de 
Cesio (Rome, 1697, in-fol.), d’Andrée Bardon (Paris, 1770, 1783), de 

J. Jos. Sue (Paris, 1788, in-4°), de P. Mascagni (Florence, 1816, 
in-fol.), de Chaussier (Paris, 1823, in-4“. fig.), de P.-N. Gérdy 
(Paris , 1829 , in-8® et planches in-fol.). 

, III. Physiologie des muscles. 

Aristote. De commUni animalium motione lib. Ed. græc. Bâle, i53'4, 
in fol. Interpr. Aleyonio. Paris, 1533, in-fol. ; et dans Opp. 

Galien. De motu musculorum libri duo. Ed. gr. Bâle, 1544 , în-4“. — 
Ed. lat. ,iVîc. Leoniceno interpr. Londres, 1522, in-4'‘; Paris, 1528, 
in-S®. Trad. en fr. par J. Canapé. Paris, 1541, in-4“. Lyon, 1552. 



356 MÜSCLtS, MüSCBLAiRE (biBLIOGR.). 

D£üSiNG(Ant.). Exercirationes de motuMnimaliam, iiUi de mntismuscu- 
loram et respiratione, itemque de sensuum functionibus, etc. Groningue, 
166J , in-12. 

Groone (G.)resp.A. G. Maynier. De raHane motus muscutonim. Lon¬ 
dres, 1664, in-4“. Amsterdam , 1667, in-12; réimpr. dans Cerebrianat. 
de Willis. Leyde, 1664. 

WiLLis (Th.). Exercitationesphysico-med. duce de sanguinis accensione 
et de motu musculorum. A la suite de : Adfect. quœ dict.hysterirœ ethypo- 
chondriacœ pathol. Londres, 1670, in-8“. Leyde, 1671, in-12 ; réimpr. 
dans Manget , Bihl. anat , t. h , p. 552. 

Glisson (Fr.). Trnctatus de natura substanüce energeticce, etc.Londres, 
1672, in.4°; et 0pp. omn. 

Bernouilli (J.). De motu musculorum, de effervescentia et fermenta- 
tione. Diss. p/iys. mec/i. Bâle, 1674 , in-4“. — 2® ed. emend. acc. P. Ant. 
Michelotti anidmadvers. X, ad eu quœ J. Keill protulit in tentanimo V. 
quod est de motu musculari. Venise, 1721, in-4*. Kaples, 1734, in-4'’. 
La Haye, 1743, in-4“. 

Goltsched (J.), resp. R. Wagner. Diss. de motu musculorum ex fun- 
damentisphys. mech. demonstrato. Kœnisberg, 1691,1715, in-4°; réimpr. 
dans Haller, Diss. anat., t. iii, p. 359. 

Deidier (Ant.). r/e mot« mttjca/oram. Montpellier, 1699, in-4®; 
réimpr. dans Haller, Diss. anat. 

Asteüo (J.). Diss. phys. anat..de motu musculari. Montpellier, 1710, 
in-12, fig., réimpr. dans Manget. Theatr. anat. 

Langrish (Browne). New essay on muscular motion, founded on expe- 
riment and Newtonian phitosophy. Londres, 1733, in-8". 

JoNAS (Rog.). De motus musculariscausa. Leyde, 1735, in-4"; réimpr. 
dans Haller, Diss. anat. , t. vu, p. 533. 

ViNTER (Fred.). Diss. de motu musculorum. Leyde, 1736, in-4". 
Réimpr. dans Haller, Diss. anat. 

Stuart (Alex.). De" structura et motu musculorum. Bordeaux, 1737 
in-12. Londres, 1738, in-8". Extr. dans les Trans. philos., t. xL. 

Whytt (Rob.). Au essay on tbe vital and other invo!untary motions of 
«njMia/s. Edimbourg. 1751,/n-8". 

Hailer (Alb.). De parti bus corporis humani sensiUbus et irritabilibus. 
Gottingue, 1753, in-4", réimpr. dans 0pp. min., t. i ; et dans Gom/n. 
Soc. doit. , t. Il, p. 114. Trad. en franc, par Tissot. Lausanne, 1755, 
in-8*.— Mémoire sur tes parties sensibles et irritables, \v^ partie, Lau¬ 
sanne , 1756-9, in-12. —Nous ne donnons pas ici les nombreux 
écrits qui ont été publiés pour ou contre l’irritabilité hallérienne. 
L'histoire en a été très bien tracée par Aug. Théoph. Weber dans 
l’ouvrage suivant: Commentatio de initiis ac progressibus doctrinœ inita- 
bilitatis, cum historia sensibilitatis atque irritabilitatis partium morbosœ. 

Halle, 1783, in-8". 





MUSCLES, MUSCDLAinU (ciBLlOGR.). 357 

Lecat (Cl. Nie.). Diss. qui a remporté le prix proposé pari’ Acad, roy, de 
Prusse, sur le principe de l'action des musclés, avec les pièces qui ont con¬ 
couru. Berlin , 1754 , in-4". — Traité de l'existence, de la nature et des 
propriétés du fluide desnerjs dans le mouvement musculaire. Berlin,!765, 

Küehn (J.-Fr.), præs. J, G. Roedkher. Nonnulla motus museufatis mo- 
mentapertustrat. Gottinfjue , 1755, in-4“. 

Roger (J.-L.). Specim. phys. de perpétua fibrarum muscularium palpita- 
tione, novitm phœnomenon in corpore humano experimeiuis drtectum et 
demoHstratum. Gouingue, 1760, in-T2. 

Smith (Th.). Tenlamenphysiol. inaug. de 'actione musculari. Édimh;, 
1767, in-8, réimpr. dans Smellie, Thésaurus med. , t. iii, p. 79. 

Oetinger (F.-Ch.), resp. Chr.-Fr. Jaeger. Diss. deantagonismo muscuio- 
rum. Tubingue, 1767, in-4“. 

Ypey (Ad.). Observationes physiol. de motu musculorum voluntario et 
vitali. Franker, 1775, in-8“. Trad. en allem. avec remarq., par J.-C.-F. 
Leuoe. Leipzig, 1787. 

Fontana (Fél.). Réflexions sur le mouvement des muscles. Dans Traité 
du -venin de la vipère, 1781, t. ii, 239. 

Haase (J. GotlL). Progr. de adminuculis motus muscularis. Leipzig, 
1785, in-4". 

Galvani (Louis). De viribus electricitatis in motu musculari commen- 
tnrius. Dans Act. inst. Ronon. 1791, t. vn. 

Home (Ever.). The croonian lecture on muscular motion, etc. Dans 
Trans. plùl., 1795 et 1796. Et Trans. abrég., t. xvii, p. 453 et 525.— 
Recherches sur la disposition en vertu de laquelle s’opèrent L’allongement 
<t la contraction de la fibre musculaire. Dans Philos- trans., 1820. Exir. 
dans Journ. des progrès, 1830, 2® sér., t. i, p. 97. 

Barzellotti (G,). Esame di alcune moderne teoiie intorno alla Causa 
prossima délia contrazione muscolare. Sienne, 1796, in-8". 

Humboldt (Alex.). De Vinfluence dugalvanisme sur l’irritabilité des mus¬ 
cles. Dans Mém. de la Soc. de méd. d’émulation, t. i, 1797. 

Krimer ( Wencesl.). Diss. de vi musculorum in partibus a corpore se- . 
junctis. Halle, 1818, in-8". 

Koeblsr (J. Fr.), præs. Fr. Nasse Diss. de vi musculorum absque ce- 
rebro etmedulla spinali.KaiXe, 

Nysten. Nouvelles expériences faites sur les organes musculaires de 
t’homme et des animaux à sang rouge, dans laquelle, en classant les di¬ 
vers organes sous le rapport de leur excitabilité galvanique, ou prouve que 
le cœur est celui qui conserve le plus longtemps cette propriété. Th. Paris, 
1807, in-8"; et Recherches de physiol. et de chimie pnthol. pour faire 
suite à celles de Richat sur la vie et la mort. Paris, 1811, in-8". 

Jeffrbys (J.). An inquiry inlo the comparative forces of the éxtensor 
and flexor muscles, connected mfh the jointe of tlip human, body. Londres, 
1822, in-S", 



358 MUSCLES (PATHOL.). 

Prévost et Dümas. Mém. sur les phénomènes qui accompagnent la con¬ 
traction de la fibre musculaire. Dans Journ. de phqsiol. expérim. de Ma¬ 
gendie, 1823, t. lit, p. 301 et 339; et dans Archiv. gén. de méd., t. ni, 
p. 172. 

Dütrochet (M. h.). Recherches anat. et physiôl sur la structure des 
animaux et des végétaux, et'sur leur motilité. Paris, 1824, in-4“, sect. v. 
Obs. sur là structure intime des systèmes nerveux et muscul., et sur le mé¬ 
canisme de la contraction chez les animaux, p. 163. 

Edwards (H.). Note sur les contractions musculaires produites par le 
contact d’un corps solide avec les nerfs, sans arc galvanique. Dans Ann. 
des sç.natur, 1825. 

Henry (Will. Ch.). ^ criticaland experimental inquiry into the relations 
subsisting belween Nerve and Muscle. Dans Edinb. med. and surg. Journ., 
1832, t. xxxvir, p. 11. Trad. dans Arch. gén. de méd., t. xxviii, p. 240. 

Bameaux (J. F.). Considérations sur les muscles. Th. Paris, 1834, 
in-4», n» 386. 

Taddei de Gratina (Corr.). Nuovo tentative diretto a fissure l’in- 
fluenza di alcuni pezzi cerebrali sopra le azioni di certi muscoli, fig. 
Dans Ann. di med. d’Omodei, 1836, t. lxxt, p. 494. Extr. dans Arch. 
gén: de méd., 2® sér., t. x, p. 479. 

Voyez, en outre. Fart. Locomotion, où se trouvent cités les ouvrages 
de Borelli^ Barthes, etc. R. D. 

§ ÏI. Des ALTÉRATIONS DES MUSCLES.— La première réflexion que 
fait naîirel’étude des maladies des muscles, c’est que ces organes, 
doués d’une vitalité siactive, parcourus d’un nombresi considéra¬ 
ble de vaisseaux et de nerfs, ne soient pas plus souventle siégede 
l’inflammation. Cette remarque a été faile par tous les observa¬ 
teurs , et l’on s’est efforcé d’en donner l’explication en émettant 
différentes hypothèses ; on a dit que les muscles étaient moins 
exposés aux excitans extérieurs, aux réactions vitales, qu’ils 
recevaient plutôt des nerfs du mouvement que du senti¬ 
ment, etc. Toutes ces suppositions prouvent que le fait est bien 
constaté, et que la cause nous échappe. Les auteurs ne sont 
pas non plus d’accord sur la possibilité de la dégénérescence 
du tissu musculaire en un autre tissu. Il y a, dit-on, simple 
atrophie de la fibre charnue, et dépôt d’un nouveau tissu dans 
le lieu qu’elle occupait. Qu’on explique le fait comme on l’en¬ 
tendra, il n’en est pas moins vrai que, dans certaines circons¬ 
tances, la nutrition de l’organe est pervertie, qu’au lieu de tissu 
musculaire, c’est,par exemple, du tissu adipeux qu’on y observe, 
et que celui-ci occupe la place du premier : disons cependant 



mtCSCLES (PATHOL.). 369 

que le plus souvent les produits accidentels se forment dans le 
tissii cellulaire interstitiel, et que, par leur développement, 
ils atrophient les fibres charnues, et les font disparaître. 

Nous divisons les altérations des muscles en deux classes, lé¬ 
sions physiques et lésions vitales. Sous le dernier chef, nous 
rangeons toutes les affections morbides dont les muscles peu¬ 
vent spontanément devenir le siège. Du reste les remarques 
générales qui précèdent, et celles que nous exposons dans cet 
article, ont presque exclusivement pour objet les muscles de 
la vie animale; ceux de la vie organique ont des fonctions 
et des affections trop spéciales pour pouvoir être réunis avec 
les premiers, 

bÉsiONS PHYSIQUES. — Plaies des muscles. — Lorsqu’un muscle 
est coupé en travers dans toute son épaisseur, les deux bouts 
s’écartent et s’éloignent d’autant plus l’un de l’autre , que le 
sujet blessé est doué d’une énergie vitale plus prononcée, et 
que les fibres musculaires sont plus longues. Cet écartement 
est encore augmenté si la position de la partie tend à mettre 
le muscle dans l’extension, si la présence d’un corps étranger, 
ou toute autre circonstance, vient exciter sôn irritabilité. Ilfaut 
donc, comme on le verra au mot Plaie, éviter toutes les 
causes qui peuvent s’opposer au rapprochement des bouts 
divisés dont le mode de réunion doit seulement nous occuper 
ici. Le tissu musculaire ne se reproduit pas; il se dépose entre 
les surfaces de la division une lymphe coagulable, qui S’orga¬ 
nise peu à peu, se change en tissu cellulaire, s’unit à celui qui 
occupe les intervalles des faisceaux charnus, devient fibreux, 
et forme ainsi une cicatrice solide et résistante, analogue aux 
intersections tendineuses du muscle droit de l’abdomen. Lors¬ 
que l’écartement a été peu considérable, ou que les fibres 
charnues ont beaucoup de longueur, la contractilité, et par 
suite, les mouvemens de la partie où se trouve le muscle qui 
a été divisé , çonserventà peu près leur intégrité normale. Mais 
on comprend qu’il n’en est pas de même dans les circonstan¬ 
ces opposées. 

Les contusions, des muscles offrent ceci de bien particulier 
à noter, c’est qu’il arrive quelquefois que la violence du coup 
détermine non-seulement une gêne, mais même une paralysie 
des mouvemens, qui persiste beaucoup plus long-rtemps qu’on 
ne le pense communément. J’ai vu plusieurs exemples de ces 



360 


MDSCLES (PATHOL.), 
paralysies traumatiques , qui, après uii traitemeut antiphlogis¬ 
tique énergique et prolongé, avaient résisté à l’action du galva¬ 
nisme, de l’électro-punelure, des douches de vapeur, et qui 
étaient accompagnées d’une atrophie réelle des muscles que la 
contusion avait atteints. 

Ruptures des muscles. — Les exemples bien constatés de cet ac¬ 
cident ne remontent pas au delà -de la fin du siècle der¬ 
nier; c’est surtout aux travaux de Roussille-Chamseru et de 
M. Sédillot (Mém. et Prix de la Soc. de méd. de Paris, 1817) 
que nous devons les connaissances que l’on possède aujour¬ 
d’hui sur ce sujet. Beaucoup d’auteurs pensaient que les ten¬ 
dons seuls sont susceptibles de se rompre, et Bichat, dans 
son Atiaiomie générale (tom. vin, pag. 153; Paris 1801), s’ef¬ 
force d’expliquer ce phénomène en disant que, lorsqu’une 
rupture arrive, les fibres charnues sont en contraction, et, par 
conséquent, loin d’être distendues, comme le sont les fibres 
tendineuses, qui se trouvent alors, pour ainsi dire, passives; 
que dès lors le muscle contracté acquiert une dureté et une 
densité plus grandes que celles de son tendon. Mais M. Sédiilot, 
s’étayant sur un nombre assez considérable de faits dans les¬ 
quels la solution de continuité avait manifestement intéressé 
les parties charnues, démontra l’inexactitude de cette opinion : 
Ces lésions, dit-il, sont toujours dues à un effort subit et 
inopiné, .qui met en contraction forcée certain musclé ou 
certaines portions de muscles, pendant que le reste de l’or¬ 
gane ou ses congénères sont dans le relâchement; alors les 
fibres contractées, n’ayant pas assez de force pour lutter contre 
les antagonistes , ou contre la résistance placée à leur extré¬ 
mité, cessent d’être puissance , et éprouvent un allongement 
forcé d'où résulte leur rupture ( Mém. cité). Quoi qu’il en soit 
de cette explication, que l’on pourra rapprocher de celle 
que nous avons donnée plus haut, M. Sédiilot, résumant les 
vingt-huit observations renfermées dans son travail, fait voir 
que dans les vingt-un cas où le siège de la lésion est indiqué, 
treize fois elle a eu lieu dans le point d’insertion des fibres 
charnues aux tendons, et huit fois dans le corps même du 
muscle. Boyer et d’autres auteurs ont rapporté des faits ana¬ 
logues. 

Cet accident arrive, comme nous l’avons déjà dit, bien 
moins quand on a de grands efforts à soutenir, que dans des 



MUSCLES (l'ATtlOL.). 361 

mouveniens automatiques, brusques, inattendus, comme pour 
prévenir une chute , éviter un choc, etc. 

Les muscles qui sont le plus exposés à se rompre sont ceux 
du mollet, le droit antérieur de la cuisse, le droit antérieur 
de l’abdomen, le psoas, le deltoïde, etc. 

La contraction brusque et involontaire qui occasionne la 
rupture est ordinairement interrompue par une douleur 
aiguë, instantanée, qui signale le moment précis de la déchi¬ 
rure, et empêche les mouvemens de la partie malade. Si 
le blessé est abandonné à lui-même, cette douleur persiste 
ordinairement pendant assez long-temps, plusieurs semaines, 
par exemple, mais avec moins d’intensité. Fort souvent l’acci¬ 
dent dont nous parlons est accompagné d’un certain bruit 
occasionné par la rupture des fibres musculaires, et qu’on a 
comparé au claquement d’un fouet. Lorsqu’un nombre consi¬ 
dérable de faisceaux charnus ont été déchirés, ou qù’unmusclc 
se trouve rompu transversalement dans toute son épaisseur, 
il existe au niveau de la lésion une dépression proportionnée, 
quant à la largeur et à la profondeur, à l’étendue.de la solu¬ 
tion de continuité; cette dépression augmente ou diminué, 
suivant que le muscle blessé est mis dans l’extension ou le 
relâchement. Souvent ce phénomène n’est appréciable qu’au 
moment de la rupture, ou assez long-temps après, car l’épan¬ 
chement sanguin qui résulte de la déchirure des vaisseaux 
détermine une ecchymose et un gonflement souvent assez con¬ 
sidérable pour masquer la dépression ; les signes de l’épan¬ 
chement sanguin ne se montrent guère qu’au bout de vingt- 
quatre à quarante-huit heures,etcessent rarement avant la fia 
de la première semaine. 

Abandonnée à elle-même, la rupture d’un muscle est un 
temps fort considérable, souvent plusieurs mois, avant de se 
terminer par la guérison. Et ici, comme dans les plaies, la 
cicatrisation se fait par un tissu cellulaire intermédiaire qui 
revêt plus tard l’aspect fibreux. Ces ruptures n’ont pas géné¬ 
ralement de conséquences graves, à moins que le désordre 
ne soit très considérable Ou qu’un muscle profond du tronc 
ne se trouve intéressé. C’est ainsi qu’à propos du pronostic , 
on rapporte l’observation d’un jeune homme qui, s’étant 
rompu le psoas en soulevant un baquet, fut pris d’accidens fort 
graves, inflammation, abcès, etc, et finit par siiecoipber 




362 MDSCtES (PATHOL.). 

(Sédillat, Mém. cité, et Boyer, Traité de chir., t. xi, p. 89). Mais 
cette observation étant fort incomplète sous le rapport de l’a¬ 
natomie pathologique, il est impossible de savoir si les nom¬ 
breux phénomènes observés furent la conséquence de la 
seule rupture du psoas. 

Les moyens propres à favoriser la guérison de la rupture des 
muscles sont la situation, le repos, le bandage, et diverses indi¬ 
cations appropriées aux accidens. Ainsi, on placera d’abord le 
membre dans une situation telle que le muscle rompu se trouve 
dans le relâchement, et si la rupture est considérable, qu’elle 
intéresse un muscle volumineux ou plusieurs muscles, qu’elle 
soit profondément située, dans le muscle psoas, par exemple, 
ou bien enfin que le sujet soit très irritable, on maintiendra 
la position du membre dans une immobilité presque absolue, 
pendant au moins huit ou dix jours. L’appareil consiste dans 
un bandage compressif appliqué aussi méthodiquement que la 
région blessée puisse le permettre. Les observations que rap¬ 
porte M. Sédillot prouvent d’une manière évidente l’utilité de 
cet appareil, et je ne comprends pas que les auteurs qui ont 
écrit depuis sur ce sujet n’aient pas plus insisté qu’ils ne l’ont 
fait sur son emploi. La compression favorise le relâchement 
du muscle, maintient rapprochés les bords de la solution 
de continuité autant qu’on puisse le désirer, s’oppose à de 
nouvelles contractions, et enfin facilite la résorption de l’é¬ 
panchement et la résolution de l’engorgement. Avec un bandage 
bien exactement appliqué, dans des cas de rupturedes muscles 
extenseurs du pied , le malade peut quelquefois se livrer immé¬ 
diatement à quelques mouvemens de progression, avantage 
dont les malades, plus que les médecins, peuvent apprécier 
l’importance. Si l’engorgement était très considérable, s’il sur¬ 
venait de l’inflammation ou même une réaction fébrile, alors 
les saignées générales ou locales, les cataplasmes, les fomen¬ 
tations, etc., devraient être employés. 

Delà luxation des muscles .— ün muscle peut-il se luxer, 
c’est-à-dire sortir de sa gaine fibreuse, sans que celle-ci ait été 
déchirée, et surtout sans que l’aponévrose d’enveloppe ait été 
rompue ? Si Ton s’en rapporte au tnémoire dePouteau (Mélariges 
dechirur.,^. 405), cet accident se présenterait assez fréquem¬ 
ment; mais il faut convenir que la seule observation qu’il cite 
à l’appui de sa théorie n’est pas de nature à lever tous les 



MOSCtES (PATHOL.). 363 

doutes. Portai, dans son Anatomie médicale (t. U, p. 412), rap¬ 
porte que, dans trois cas, en disséquant des cadavres, on put 
constater le déplacement des muscles hors de leur gaine. 
Mothe, de Lyon {Mélanges de chiriir. et de méd., 1.1, 289 et 
suiv.), a réfuté la doctrine de Pouteau, et a cherché à établir 
que les cas rapportés à la luxation des muscles étaient dus à 
une rupture, ou même tout simplençient à unie contraction 
spasmodique ou crampe de ces organes : telle est, en effet, 
la seule interprétation qui soit fondée. .4ujourd’hui les luxations 
des muscles ne sont plus admises, et, d’ailleurs, tout ce que 
Pouteau a dit des causes et des symptômes de cette affection 
peut très bien se rapporter, comme l’a dit Mothe, aux ruptures 
ou aux crampes. Mais quand, dans une blessure ou par toute 
autre cirçonstance,„une aponévrose est ouverte ou éraillée , il 
peut très bien arriver que le muscle, en se contractant, s’é¬ 
chappe en partie par l’issue qui lui est offerte , et qu’une par¬ 
tie de ses fibres soit comme étranglée : dans ce cas, si la dou¬ 
leur est violente , que le muscle ne puisse être réduit, il faut 
inciser la peau, dans le cas où elle serait intacte, et débrider 
l’aponévrose ; la réduction une fois obtenue, on appliquera un 
simple bandage compressif sur la plaie. 

Lésions vitaies. — Inflammation,. — Cette phlegmasie est aussi 
désignée sous les noms de myositisoM myosite. Quelques auteurs 
regardent comme telle les douleurs rbtimatismales qui siègent 
dans la continuité des membres. Mais d’abord, comme nous 
l’avons déjà dit en commençant, rien de plus rare que la 
véritable inflammation des muscles de la vie animale , et pour 
beaucoup de pathologistes fort recommandables, la phlegma¬ 
sie, quand elle a lieu, ne siège pas dans la fibre musculaire elle- 
même, mais seulement dans le tissu celluleux dentelle est par¬ 
tout environnée. 

Les causes de l’inflammation des muscles sont tantôt une ' 
suppression brusque de la transpiration par l’action du froid, 
tantôt, et le plus souvent, une secousse violente, des efforts 
répétés, une contusion, etc., en un mot, une violence méca¬ 
nique. 

Les premiers désordres que l’on puisse observer dans un 
muscle qui a été le siège d’une inflammation sont une injec¬ 
tion marquée du tissu cellulaire inter-fibrillaire; souvent 
même ce tissu est infiltré d’une sérosité plus ou moins épaisse. 



364 MUSCLES (PATHOL.). 

trouble ou sanguinolente, quelquefois comme .gélatineuse; 
l’inimersioa dans l’eau et le lavage ne peuvent pas faire dis¬ 
paraître la coloration rouge que présente l’organe altéré. Si la 
maladie a duré long-temps, il n’est pas rare de voir la lymphe 
' déposée se coaguler, et revêtir un aspect fibreux ou lardacé. 
Quand la phlogose a été très intense, le muscle est changé en 
une pulpe d’un rouge lie de vin tout infiltrée de sang. 

Les phénomènes à l’aide desquels on peut reconnaître une 
pljlegmasie musculaire sont d’abord le gonflement et la dou¬ 
leur plus ou moins vive dont l’organe malade est le siège ; 
en même temps, les contractions étant empêchées par la dou¬ 
leur, il y a impossibilité de faire mouvoir le membre ou la 
])artie dans laquelle le muscle est situé. Quand la phlegmasie est 
très intense, que la suppuration est survenue, on observe alors 
des phénomènes de fièvre grave, et l’individu succombe; c’est 
ce qu’on a remarqué dans des cas de psoïtis. L’existence anté¬ 
rieure d’un rhumatisme, la mobilité de cette affection, qui 
passe souvent d’une région à une autre, le défaut de gonfle¬ 
ment, et enfin cette circonstance que le rhumatisme muscu¬ 
laire ne se termine jamais par suppuration , suffisent pour éta¬ 
blir une différence bien tranchée entre cette dernière affection 
et l’inflammation franche d’un muscle. Quant au traitement, 
c’est celui de toutes les phlegmasies aiguës; les émissions san¬ 
guines générales et locales , suivant les indications, les topi¬ 
ques émolliens , etc., senties moyens qui conviennent ici. 

Suppuration des muscles. — Elle survient assez rarement dans 
les cas de phlegmasie ordinaire; elle se montre plus souvent 
dans certains états généraux bien étudiés, dans ces derniers 
temps, tels que les résorptions purulentes et la morve aiguë. 
Dans les cas ordinaires, la suppuration annoncée par ses si¬ 
gnes habituels (voy. Abcès) s’établit dans les interstices fibril- 
laires; peu à peu il se forme de petits foyers qui se réunissent 
entre eux, et constituent une poche d’autant plus grande que 
l’étendue des parties altérées est plus considérable. Quand ces 
abcès sont formés très profondément, il est rare qu’on puisse 
bien positivement diagnostiquer leur existence ; ce n’est guère 
qu’à l’autopsie qu’on peut les reconnaître. Si le muscle psoas 
est le siège de la maladie, le pus vient ordinairement former 
un foyer dans la région inguinale. Dans tous les cas, cette sup¬ 
puration est généralement un phénomène grave, et comme 




MUSCLES (PATflOI..). 365 

nous l'avons dit, on la voit assez souvent se terminer par la 
mort. 

Dans les résorptions purulentes, on trouve dans les muscles 
des abcès circonscrits renfermant un pus blanc, et bien lié(vof. 
Abcès métastatiques), qui n’ont que rarement donné lieu à des 
symptômes appréciables. Il n’en est pas de même dans la 
morve aiguë communiquée à l’homme ce mot) : des dou¬ 
leurs assez violentes , de l’empâtement, précèdent et accompa¬ 
gnent ces vastes suppurations qui, dans certains cas, ont 
réduit en bouillie les muscles d’une région toute entière. Enfin, 
des foyers purulens se rencontrent aussi dans les muscles pen¬ 
dant certaines épidémies de fièvres puerpérales. 

Ulcération. — Elle ne se montre guère qu’à la suite de can¬ 
cers rongeans, et même, le plus souvent, la destruction occa¬ 
sionnée par le cancer est long-temps arrêtée par les aponé¬ 
vroses d’enveloppe. 

Je ne parlerai pas de la gangrène des muscles : il n’y a rien 
de spécial dans son histoire , et qui ne rentre dans celle de la 
gangrène en général. 

h’induration peut être la suite de phlegmasies légères et sou¬ 
vent répétées : dans ce cas, la lymphe qui se dépose dans le 
tissu cellulaire interstitiel se condense et se change en tissu 
fibreux, qui donne au muscle une consistance et une dureté 
anormales; mais l’état pathologique le plus commun est peut- 
être le suivant. 

Rétraction des muscles. — Si l’on examine les muscles ré¬ 
tractés, on verra leurs fibres blanches et presque réduites 
à l’état de fibres aponévrotiques. Tantôt le muscle a conservé 
son volume normal, tantôt il est aminci, comme atrophié et 
aplati en tout sens. Il est habituellement dur, et se tend au 
moindre effort que l’on fait pour redresser la partie qu’il tient 
infléchie. Quelquefois le raccourcissement du muscle est de 
moitié, d’autres fois du tiers, du quart, etc. Les phénomènes 
consécutifs à cette rétraction des muscles sont la flexion de 
la partie où se trouve le muscle malade, et par suite de sa lon¬ 
gueur normale, souvent, une conformation vicieuse des parties 
osseuses dont la situation et les rapports sont ainsi rendus 
permanens. Cette déformation sera bien plus marquée si l’af¬ 
fection date de l’enfance. Quant aux causes, au traitement, et 
au choix que l’on doit faire entre les appareils mécaniques et 




366 MDSCIKS (PATHOL.). 

]a section du muscle rétracté, etc., je ne pourrais que répeler 
ici ce qu’on lira aux articles Pied-bot, Torticolis. 

Apoplexie musculaire. — M. Gruveilhier désigne sous ce nom 
les congestions passives qui se forment dans les muscles sous 
l’influence d’ün état spécial de l’économie, le scorbut, par 
exeniple, congestions suivies de rupture et d’épancbement dans 
le tissu musculaire. M. Gruveilhier a rencontré ces lésions à la 
Maternité, chez des enfans mort-nés qui présentaient des 
tâches scorbutiqùes à la peau. Dans un mémoire fort intéres¬ 
sant sur une épidémie de scorbut observée à l’hôpital Saint- 
Louis, Fr. Poupart avait déjà décrit ces congestions et Ces en- 
gorgemens sanguins {Mém. de rAcad. rôy. des sciences, an. 1699). 
Depuis, Lind et d’autres observateurs ont insisté sur ce phé¬ 
nomène, qui a encore été rencontré dans certaines épidémies 
dé fièvre jaiine, notamment dans celle de Gibraltar {voy. Fièvre 
JAUNE, t. XVII, p. 290). 

Le ramollissemeni (myomalaxie) et la fragilité des muscles tien¬ 
nent de bien près à l’état que nous vêtions de décrire, et qui en 
est en quelque sorte l’exagération ou la conséquence, car on ren¬ 
contre ces deux étals à peu près dans les mêmes affections, tel¬ 
les que le typhus, le scorbut, et autres maladies accompa¬ 
gnées d’une altération profonde des fluides. D’autres fois, c’est 
chez des individus qui ont été exposés à l’action de la foudre, 
qui, comme on le sait, détruit si rapidement les propriétés 
vitales. Suivant hoh^téia (Traité d’anatomiepaihol., t. ii,p. 353), 
cè sont surtout les muscles psoas, pectiné et adducteurs de 
la cuisse qui sont exposés au ramollissement d’une manière 
plus marquée. Quelques auteurs ont cru que les ruptures 
musculaires tiennent à un défaut de cohésion du tissu de Cés 
organes; nous avons vu que celte condition d’organisation 
n’est pas, dans la majorité des cas, la cause déterminante 
de la rupture. Les muscles ramollis sont tantôt rouges et gor¬ 
gés de sang, tantôt, au contraire, pâles, blafards, et comme 
macérés, ainsi qu’on le voit dans l’anasarque, par exemple. 
Après là mort, la rigidité cadavérique ne se montre pas, et îa 
putréfaction survient avec une grande promptitude. 

Les muscles sont-ils susceptibles de subir une véritable 
dégénérescence P En d’autjies termes, leur tissu peut-il être 
transformé en un autre tisbu analogue, ou non; à ceux du reste 
dé l’économie? Nous avons déjà examiné cette question au 



MUSCLES (PATHOL.)* 367 

cotnmencement de cet article, et nous avons dit comment elle 
devait être interprétée. Voyons quelles sont les dégénéres¬ 
cences qu’on peut observer. 

A. Dégénérescence graisseuse. — Les fibres charnuès com¬ 
mencent par prendre une couleur blanchâtre, puis jaunâtre; 
bientôt elles diminuent de volume, s’atrophient, et finissent 
par disparaître en totalité ou en partie, â mesure que de la 
graisse se dépose dans leurs intervalles ; il arrive quelquefois 
que le tissu musculaire disparaît, et qu’il est remplacé par du 
tissu adipeux, qui, occupant les gaines celluleuses des fais¬ 
ceaux charnus , affecte exactement la forme de l’organe qiii 
n’est plus. Béclard pensait que toujours il était possible, soit 
par un examen attentif, soit par l’analyse chimique, de recon¬ 
naître la présence de quelques fibres musculaires qui restaient 
lâcomme pour attester qu’il y avait un simple dépôt de graisse, 
et faon